{"id":136,"date":"2006-10-28T15:00:39","date_gmt":"2006-10-28T19:00:39","guid":{"rendered":"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=136"},"modified":"2018-01-04T14:24:41","modified_gmt":"2018-01-04T19:24:41","slug":"une-relecture-sous-langle-de-lexegese-biblique-des-arguments-scripturaires-utilises-par-rome-dans-la-controverse-autour-de-lordination-des-femmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=136","title":{"rendered":"Une relecture sous l&rsquo;angle de l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se biblique des arguments scripturaires utilis\u00e9s par Rome dans la controverse autour de l&rsquo;ordination des femmes"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\"><strong><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 8pt;\">Texte d&rsquo;une conf\u00e9rence pr\u00e9sent\u00e9e lors du colloque\u00a0<em>L\u2019acc\u00e8s des femmes aux minist\u00e8res ordonn\u00e9s dans l\u2019\u00c9glise catholique : une question r\u00e9gl\u00e9e<\/em> en octobre 2006. Ce texte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 une premi\u00e8re fois sur notre site et est d&rsquo;actualit\u00e9 \u00e0 la suite\u00a0des r\u00e9centes d\u00e9clarations de Fran\u00e7ois<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a href=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?attachment_id=3966\" rel=\"attachment wp-att-3966\"><img decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3966\" src=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Olivette-Genest-2.jpg\" alt=\"olivette-genest-2\" width=\"100\" height=\"110\" \/><\/a>Des perplexit\u00e9s d\u2019ex\u00e9g\u00e8te \u00ab de m\u00e9tier \u00bb, des r\u00e9flexes n\u00e9s d\u2019une longue familiarit\u00e9 avec l\u2019Ancien Testament, le Nouveau et la litt\u00e9rature apparent\u00e9e m\u2019ont conduite \u00e0 l\u2019\u00e9tude des textes pontificaux promulgu\u00e9s en r\u00e9ponse \u00e0 la demande d\u2019ordination sacerdotale pour les femmes. Deux affirmations pos\u00e9es comme \u00e9videntes ont surtout attir\u00e9 mon attention :<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px; text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">1) la dite clart\u00e9 des \u00e9vangiles au sujet de l\u2019ordination r\u00e9serv\u00e9e aux hommes;<\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"> 2) la conclusion qu\u2019ont tir\u00e9e Paul VI et Jean-Paul II : l\u2019\u00c9glise n\u2019est donc pas autoris\u00e9e \u00e0 ordonner les femmes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Cette clart\u00e9 ne s\u2019\u00e9tait jamais lev\u00e9e sur ma lecture personnelle.<!--more--><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">De par leur genre litt\u00e9raire habituel, les textes pontificaux sont truff\u00e9s \u00e0 tous leurs niveaux de citations bibliques, directes ou indirectes, explicites ou implicites. J\u2019ai voulu voir ce que devenaient, une fois amalgam\u00e9s au discours magist\u00e9riel, des passages sur les femmes de la Bible longuement travaill\u00e9s pour eux-m\u00eames \u00e0 l\u2019occasion de cours, de s\u00e9minaires, de direction de m\u00e9moires et th\u00e8ses, d\u2019articles command\u00e9s et de congr\u00e8s depuis les ann\u00e9es 1982-83. C\u2019est \u00e0 dire que je me suis mise \u00e0 analyser ces textes comme un cas d\u2019intertextualit\u00e9 et d\u2019herm\u00e9neutique biblique, avec d\u2019autant plus d\u2019int\u00e9r\u00eat que la pratique d\u2019une herm\u00e9neutique diff\u00e9rente des m\u00eames extraits bibliques lus \u00e0 travers le filtre d\u2019eccl\u00e9siologies diff\u00e9rentes, de conceptions diff\u00e9rentes de la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne, ne prohibe pas l\u2019existence de femmes pasteures, ministres, rabbins m\u00eame, quant aux passages de l\u2019Ancien Testament.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">\u00c0 l\u2019adresse de qui s\u2019int\u00e9resse aux questions d\u2019ordre m\u00e9thodologique, je pr\u00e9cise bri\u00e8vement que le lieu de mes analyses est celui des documents pertinents \u00e0 l\u2019ordination des femmes. Elles proc\u00e8dent de l\u2019\u00e9l\u00e9ment biblique dans le texte pontifical vers le m\u00eame \u00e9l\u00e9ment dans son \u00ab\u00a0terroir\u00a0\u00bb d\u2019origine, soit la Bible. Pour qui ne se r\u00e9gale pas particuli\u00e8rement d\u2019heuristique et de th\u00e9orie, j\u2019ose croire que les r\u00e9flexions suivantes demeurent potables et digestibles. La question reste la m\u00eame pour tous : le texte biblique import\u00e9 dans le texte magist\u00e9riel admet-il la signification nouvelle qu\u2019il acquiert?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Quant au d\u00e9tail et aux justifications des analyses, ils para\u00eetront dans une publication actuellement \u00e0 l\u2019\u00e9tape de la r\u00e9daction. Dans le cadre de la pr\u00e9sente relecture, on trouvera ici un aper\u00e7u de cinq observations globales qualifiant l\u2019argumentation biblique du magist\u00e8re, ses choix et sa d\u00e9marche; une r\u00e9flexion sur la part du poids du genre masculin et f\u00e9minin dans l\u2019interpr\u00e9tation qui en d\u00e9coule; enfin une \u00e9bauche d\u2019\u00e9valuation des fondements bibliques du NON final \u00e0 l\u2019ordination des femmes. \u00c0 noter que ma conf\u00e9rence au colloque organis\u00e9 par Femmes et Hommes en \u00c9glise et Genre en Christianisme \u00e0 Paris en janvier 2006 avait adopt\u00e9 en substance la m\u00eame structure et le m\u00eame contenu. Elle a d\u00e9j\u00e0 paru dans le <em>Hors s\u00e9rie no 15<\/em> de la revue <em>PARVIS<\/em>, \u00ab\u00a0Femmes pr\u00eatres, enjeux pour la soci\u00e9t\u00e9 et les \u00c9glises\u00a0\u00bb, pp. 49-54.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><strong>UNE ARGUMENTATION BIBLIQUE, SES CHOIX ET SA D\u00c9MARCHE<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><strong>De quelques textes tr\u00e8s peu fr\u00e9quent\u00e9s<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Les d\u00e9clarations successives du magist\u00e8re pontifical dans la controverse sur l\u2019ordination des femmes ont donn\u00e9 naissance \u00e0 un corpus litt\u00e9raire clairement identifi\u00e9. Il s\u2019\u00e9tend de la premi\u00e8re prise de position de Paul VI en 1976, suivie de quatre documents de Jean-Paul II en 1988 (ao\u00fbt et d\u00e9cembre), 1994 et 1995, jusqu\u2019\u00e0 une <em>Note de la Congr\u00e9gation de la doctrine de la foi<\/em> en 1995 \u00e0 propos du terme \u00ab d\u00e9finitif \u00bb accol\u00e9 au refus de l\u2019acc\u00e8s des chr\u00e9tiennes \u00e0 ce minist\u00e8re dans <em>Ordinatio sacerdotalis<\/em> de 1994. Cette Note porte dangereusement la discussion dans le voisinage de la question de l\u2019infaillibilit\u00e9 pontificale. Le motu proprio <em>Ad tuendam fidem<\/em> de 1998 va plus loin encore : il range \u00ab la doctrine sur l\u2019ordination sacerdotale exclusivement r\u00e9serv\u00e9e aux hommes \u00bb dans la deuxi\u00e8me cat\u00e9gorie de v\u00e9rit\u00e9s \u00e0 tenir, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab celles qui sont n\u00e9cessairement li\u00e9es \u00e0 la R\u00e9v\u00e9lation \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Un membre de phrase de la <em>Lettre aux femmes<\/em> de 1995, au no 11, r\u00e9sume commod\u00e9ment pour notre propos la dialectique de l\u2019ensemble : \u00ab Le Christ \u2013 par un choix libre et souverain, bien attest\u00e9 dans l\u2019\u00c9vangile et dans la tradition constante de l\u2019\u00c9glise \u2013 a confi\u00e9 seulement aux hommes le devoir d\u2019\u00eatre <em>\u201cic\u00f4ne\u201d de son visage de \u201cpasteur\u201d et \u201cd\u2019\u00e9poux\u201d de l\u2019\u00c9glise \u00e0 travers l\u2019exercice du sacerdoce minist\u00e9riel&#8230;<\/em> \u00bb. On y retrouve les trois ordres de raisons invoqu\u00e9es depuis Paul VI, soit les raisons bibliques (le choix du Christ), les raisons du domaine de la tradition (la pratique constante de l\u2019\u00c9glise), les raisons dites ou de convenance ou symboliques ou typologiques (la repr\u00e9sentation du Christ masculin impossible \u00e0 une femme, de l\u00e0 son incapacit\u00e9 cultuelle). Or l\u2019argument biblique fonde chacun de ces trois ordres. Le premier repose sur les \u00e9vangiles, le deuxi\u00e8me sur les Actes et les \u00e9p\u00eetres, le troisi\u00e8me renvoie \u00e0 la question de l\u2019image de Dieu.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Les citations du canon des \u00c9critures utilis\u00e9es dans la discussion sont devenues famili\u00e8res. M\u00eame sans grande culture biblique et th\u00e9ologique, on s\u2019attend \u00e0 y retrouver les passages sur la subordination de la femme dans la gradation hi\u00e9rarchique Dieu-Christ-homme-femme (1 Co 11, 3), sur la culpabilit\u00e9 d\u2019Eve et le verdict divin de soumission \u00e0 son mari (Gn 3,16) avec son \u00e9cho en Paul (Eph 5, 22-24), sur l\u2019interdiction de parler dans les assembl\u00e9es eccl\u00e9siales (1 Co 14, 34-35) et d\u2019enseigner (1 Tim 2, 11-12; 2 Tim 3, 6-7), sur l\u2019absence de noms f\u00e9minins dans la liste des Douze, de personnages f\u00e9minins lors d\u2019envois en mission apostolique et \u00e0 l\u2019institution du sacerdoce \u00e0 la C\u00e8ne. La liste s\u2019allonge en fonction du degr\u00e9 de familiarit\u00e9 avec la Bible de la personne qui lit ce corpus litt\u00e9ralement tiss\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9ments v\u00e9t\u00e9ro et n\u00e9otestamentaires. J&rsquo;en tirerai la s\u00e9rie d\u2019observations annonc\u00e9es sur le traitement de l\u2019ensemble de ce mat\u00e9riau biblique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><em><strong>Premi\u00e8re observation: les passages convoqu\u00e9s par l\u2019argumentation proviennent pour la plupart des espaces textuels les moins clairs de la Bible.<\/strong><\/em> Rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 cela au premier abord, puisque sauf les br\u00e8ves apparitions de quelques femmes exceptionnelles, la femme ne fait surface dans le Livre qu\u2019\u00e0 travers les probl\u00e8mes qu\u2019elle suscite \u00e0 l\u2019occasion dans le bel ordre patriarcal. Ainsi, en 1 Corinthiens 11, 2-16, la chr\u00e9tienne doit-elle porter un voile pour proph\u00e9tiser dans l\u2019assembl\u00e9e eccl\u00e9siale \u00e0 Corinthe? La r\u00e9ponse de Paul t\u00e2tonne, s\u2019\u00e9gare \u00e0 la recherche d\u2019appuis d\u00e9mesur\u00e9s dans la loi divine puis naturelle. Avec le r\u00e9sultat qu\u2019elle multiplie les difficult\u00e9s de lecture aux niveaux du vocabulaire, de la syntaxe, des r\u00e9f\u00e9rents et de la logique interne. T\u00e9moin le nombre de notes des traducteurs au seul verset 10, b\u00e9molis\u00e9es par une accumulation des \u00ab sans doute \u00bb, \u00ab une des interpr\u00e9tations possibles \u00bb et expressions \u00e9quivalentes. M\u00eame apr\u00e8s le recours aux meilleures ressources de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se, la question d\u00e9sarmante demeure : \u00ab Quelle est la position de Paul? \u00bb Des relectures successives ou de sources diverses trouveront et les \u00e9l\u00e9ments d\u2019une r\u00e9ponse positive et ceux d\u2019une r\u00e9ponse n\u00e9gative et, plus grave encore, ceux de la relance du dilemme : \u00ab Que dit ce passage finalement? \u00bb Paul lui-m\u00eame s\u2019y perd, si bien qu\u2019il va clore le sujet par un impatient : \u00ab Et si quelqu\u2019un se pla\u00eet \u00e0 contester, nous n\u2019avons pas cette habitude et les \u00e9glises de Dieu non plus! \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Et pourtant, par-del\u00e0 le d\u00e9tail vestimentaire, ce texte est le meilleur t\u00e9moin que nous ayons d\u2019un fait crucial pour la question des minist\u00e8res : des femmes proph\u00e9tisaient en \u00c9glise dans les premi\u00e8res communaut\u00e9s. \u00ab Et ceux que Dieu a \u00e9tablis dans l\u2019\u00c9glise sont premi\u00e8rement, des ap\u00f4tres, deuxi\u00e8mement, des proph\u00e8tes\u2026 \u00bb (1 Co 12, 28). Apr\u00e8s le d\u00e9part de l\u2019ap\u00f4tre \u00e9vang\u00e9lisateur, l\u2019exercice de la proph\u00e9tie passe m\u00eame au premier plan. Rome ne retiendra pas cet aspect, mais la cat\u00e9gorisation \u00e9tablie par le verset 3 et sa conclusion : \u00ab Le chef de la femme, c\u2019est l\u2019homme. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><em><strong>Deuxi\u00e8me observation : ces passages sont au sens litt\u00e9ral du terme des extraits souvent coup\u00e9s de leur unit\u00e9 discursive d\u2019appartenance et r\u00e9utilis\u00e9s dans un autre sens.<\/strong><\/em> Par exemple, restitu\u00e9 \u00e0 son contexte, le 1 Co 11, 3 cit\u00e9 ci-haut appara\u00eet dans le premier volet d\u2019une unit\u00e9 discursive bien d\u00e9limit\u00e9e des versets 2 \u00e0 16 et clairement subdivis\u00e9e en deux volets, versets 2-10 et 11-16, dont le deuxi\u00e8me conteste la pertinence du premier. La s\u00e9rie d\u2019affirmations hi\u00e9rarchis\u00e9es qui \u00e9taie la subordination des femmes est r\u00e9fut\u00e9e \u00e0 partir du mot charni\u00e8re : \u00ab Et pourtant \u00bb dans le Seigneur (verset 11) il n\u2019en va pas ainsi. R\u00e9futation selon l\u2019ordre syntagmatique, c\u2019est-\u00e0-dire celui du d\u00e9roulement du premier au deuxi\u00e8me volet, et r\u00e9futation transphrastique de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, ax\u00e9es sur le double sens de chef et de partie sup\u00e9rieure du corps humain pr\u00e9sent dans le lex\u00e8me t\u00eate en grec comme en fran\u00e7ais.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Or, dans le document <em>Inter insigniores<\/em> de 1976, \u00e0 propos de la d\u00e9fense faite aux femmes d\u2019enseigner dans l\u2019assembl\u00e9e chr\u00e9tienne, nous trouvons au no 4 : \u00ab Cette prescription pour saint Paul est li\u00e9e au plan divin de la cr\u00e9ation \u00bb, plan divin explicit\u00e9 ici par le renvoi \u00e0 l\u2019extrait hors-contexte imm\u00e9diat de 1 Co 11, 7 : \u00ab l\u2019homme est l\u2019image et la gloire de Dieu, mais la femme est la gloire de l\u2019homme\u2026 \u00bb pourtant rectifi\u00e9, renvers\u00e9 par le m\u00eame Paul quelques versets plus loin. Pour ne rien dire maintenant du rendez-vous \u00e9vit\u00e9 avec Gn 1, 27 o\u00f9 l\u2019homme et le femme sont cr\u00e9\u00e9s image de Dieu, et de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du dernier renvoi choisi : Gn 2, 18-24, cr\u00e9ation de la femme \u00e0 partir d\u2019une c\u00f4te de l\u2019homme.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><em><strong>Troisi\u00e8me observation : la Bible contenant une grande diversit\u00e9 d\u2019\u00e9crits, les passages qui lui sont emprunt\u00e9s sont aussi de genre et de registres litt\u00e9raires vari\u00e9s.<\/strong><\/em> Leur identit\u00e9 stylistique et rh\u00e9torique n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re au m\u00e9canisme de leur production de sens. Cette \u00e9vidence vaut et pour le corpus biblique et pour le corpus magist\u00e9riel qui en est d\u00e9duit. Qu\u2019ils servent \u00e0 des commentaires, \u00e0 des exhortations, \u00e0 un discours de sagesse ou \u00e0 des pr\u00e9ceptes normatifs, les emprunts bibliques ne sont pas dissociables de leur facture litt\u00e9raire d\u2019origine. Dans cette perspective, on peut s\u2019\u00e9tonner du traitement d\u2019\u00c9ph\u00e9siens 5, 21-33 dans les documents pontificaux. En son lieu n\u00e9otestamentaire, cet espace textuel, \u00e9mule de 1 Co11, 2-16 quant aux difficult\u00e9s de lecture, est de plus tout entier construit sur la m\u00e9taphore nuptiale Christ-\u00c9glise, enracin\u00e9e dans la comparaison avec le mariage de type patriarcal de l\u2019homme et de la femme de l\u2019\u00e9poque. Dans son usage magist\u00e9riel, cette mise en discours d\u2019ordre m\u00e9taphorique est d\u00e9cod\u00e9e de fa\u00e7on litt\u00e9rale et passe au rang de mesure canonique pour la r\u00e9partition socio-religieuse des membres de l\u2019esp\u00e8ce humaine. Les \u00e9l\u00e9ments d\u2019une m\u00e9taphore sont \u00e9rig\u00e9s en principe et loi de destin\u00e9es concr\u00e8tes. L\u2019ensemble de la m\u00e9taphore est trait\u00e9 comme un point de d\u00e9part absolu en la mati\u00e8re, alors que le m\u00eame corpus paulinien propose \u00e9galement d\u2019autres m\u00e9taphores des relations Christ-\u00c9glise. Il y aurait d\u2019ailleurs beaucoup \u00e0 dire en g\u00e9n\u00e9ral sur la lecture, la production et le statut de la m\u00e9taphore dans les diverses disciplines de la th\u00e9ologie. Et question de curiosit\u00e9 : que devient \u00e0 l\u2019\u00e8re postmoderne la port\u00e9e de cette lecture litt\u00e9rale institutionnalis\u00e9e bas\u00e9e sur la structure du mariage patriarcal en voie de disparition?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><em><strong>Quatri\u00e8me observation : certains emprunts \u00e0 la Bible, et non les moindres, ont \u00e9t\u00e9 retenus en raison de leur silence au sujet des femmes<\/strong><\/em>, absence des femmes dans la liste des Douze, dans les r\u00e9cits d\u2019envoi en mission, \u00e0 la C\u00e8ne, absence de Marie dans les rangs du sacerdoce. Les crit\u00e8res d\u2019absence sont, par d\u00e9finition, p\u00e9rilleux \u00e0 manier, vite menac\u00e9s de devenir l\u2019argument par le vide.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Il reste que jamais auparavant le magist\u00e8re universel et local ne s\u2019\u00e9tait autant int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sence des femmes, autres que Marie et Marie-Madeleine, dans les textes fondateurs. Trop souvent cependant, la r\u00e9daction de ces d\u00e9couvertes est coul\u00e9e dans le mod\u00e8le de ce passage d\u2019<em>Inter insigniores<\/em> : \u00ab ce sont pourtant les femmes qui, les premi\u00e8res, ont eu le privil\u00e8ge de voir le Christ ressuscit\u00e9 et ce sont elles que J\u00e9sus charge de porter le premier message pascal aux Onze eux-m\u00eames&#8230; \u00bb Splendide formulation des envois en mission pourtant d\u00e9ni\u00e9s. Mais apr\u00e8s l\u2019avanc\u00e9e \u00e9tonnante de la lecture, l\u2019\u00e9tonnante retomb\u00e9e : \u00ab&#8230;pour pr\u00e9parer ceux-ci \u00e0 devenir les t\u00e9moins officiels de la r\u00e9surrection \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Quant aux r\u00e9cits de la C\u00e8ne, si on leur appliquait le type de lecture abusivement litt\u00e9ral r\u00e9serv\u00e9 aux personnages f\u00e9minins, qu\u2019en serait-il de l\u2019absence de mention de pr\u00eatres et de sacerdoce, voire de l\u2019absence du r\u00e9cit de l\u2019institution lui-m\u00eame dans l\u2019\u00e9vangile de Jean? Or, la C\u00e8ne transcende l\u2019institution de deux sacrements, l\u2019eucharistie et l\u2019ordination sacerdotale. Elle est la ratification de la nouvelle Alliance dans le sang de J\u00e9sus, l\u2019identification de J\u00e9sus avec ses convives et avec les multitudes qu\u2019ils repr\u00e9sentent. Elle est aussi identification des convives entre eux en J\u00e9sus, naissance de la nation sainte, du \u00ab sacerdoce royal \u00bb de la 1<sup>re<\/sup> \u00e9p\u00eetre de Pierre (2, 9) que poss\u00e8dent \u00e9galement toutes les femmes baptis\u00e9es et au service duquel sera vou\u00e9 le sacerdoce minist\u00e9riel, et non l\u2019inverse comme dans la r\u00e9partition institutionnelle clerg\u00e9\/la\u00efcat actuelle.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><em><strong>Cinqui\u00e8me observation : ce ne sont pas a priori les passages bibliques o\u00f9 para\u00eet le mot femme qui d\u00e9tiennent le monopole des solutions justes dans l\u2019effort de promotion des femmes au rang de personne.<\/strong><\/em> Ils sont souvent obscurs, t\u00e2tonnants et tatillons, reflets de r\u00e9dacteurs (y compris parfois le grand saint Paul) encore malhabiles devant les implications de la nouveaut\u00e9 du christianisme. Comme pour l\u2019homme au masculin, qu\u2019on accorde plut\u00f4t aux femmes l\u2019honneur de rechercher leur salut dans les d\u00e9veloppements th\u00e9ologiques et christologiques du Nouveau Testament. Il faut bien nous l\u2019avouer : ni l\u2019Ancienne Alliance, ni la Nouvelle, ni la mariologie \u00e0 son apog\u00e9e n\u2019ont entrepris la saine critique de la position socioreligieuse des femmes dans l\u2019esp\u00e8ce humaine. Avec le r\u00e9sultat que certaines soci\u00e9t\u00e9s la\u00efcis\u00e9es devancent actuellement les valeurs chr\u00e9tiennes sur ce point. La controverse de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ordination offre une occasion id\u00e9ale \u00e0 cet examen, et pourquoi pas dans le cadre d\u2019une collaboration magist\u00e8re et la\u00efcat, maintenant que la\u00efcs, et m\u00eame la\u00efques, ont appris \u00e0 lire aussi bien que les clercs. Le magist\u00e8re s\u2019est exprim\u00e9 par une suite de longs documents \u00e9crits. Or combien de la\u00efcs-ques, combien de pr\u00eatres peuvent-ils exposer correctement l\u2019essentiel de l\u2019argumentation qui a conduit au NON. Combien de th\u00e9ologiens-ennes voient la n\u00e9cessit\u00e9 de savoir ce qui y est engag\u00e9 comme notions th\u00e9ologiques, bibliques, canoniques, eccl\u00e9siales? Quelle est la nature du silence maintenant impos\u00e9 \u00e0 ce sujet? D\u2019apr\u00e8s quel type d\u2019autorit\u00e9 pratiqu\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><strong>LE POIDS DU GENRE DANS L\u2019INTERPR\u00c9TATION DES PASSAGES BIBLIQUES PRIVIL\u00c9GI\u00c9S<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Le mot genre est employ\u00e9 ci-apr\u00e8s sous son acception de cat\u00e9gorie heuristique, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019instrument d\u2019analyse. Cette cat\u00e9gorie a \u00e9t\u00e9 mise au point dans la recherche f\u00e9ministe pour servir \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de la base critique d\u2019op\u00e9rations herm\u00e9neutiques subs\u00e9quentes. Hautement op\u00e9ratoire, elle nous permet de distinguer ici un double poids du genre dans le corpus qui nous occupe: celui du texte biblique d\u00e9j\u00e0 \u00ab genr\u00e9 \u00bb, lui-m\u00eame litt\u00e9rature d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 patriarcale fortement caract\u00e9ris\u00e9e par sa hi\u00e9rarchie du masculin et du f\u00e9minin, et celui du texte pontifical \u00ab genrant \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire introduisant le genre dans la r\u00e9flexion et les conclusions qu\u2019il en tire. La suite du membre de phrase de la <em>Lettre du Pape aux femmes<\/em> observ\u00e9 jusqu\u2019ici en fournit une illustration \u00e9clairante. Une mise en synopse des deux premiers paragraphes de ce no 11, \u00e0 l\u2019aide des propres mots du texte, donne le sch\u00e9ma suivant :<\/span><\/p>\n<table class=\"alignleft\" style=\"border: 2px solid #000000;\" border=\"2\" cellspacing=\"2\" cellpadding=\"2\" align=\"center\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 10pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">1<sup>er<\/sup>\u00a0<span class=\"centre souligne\" style=\"line-height: 2;\">PARAGRAPHE<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span style=\"line-height: 2;\">Domaine de\u00a0l\u2019\u00e9conomie sacramentelle<br \/>\n<\/span>Hommes = ic\u00f4nes du Christ<br \/>\nChrist = ic\u00f4ne de Dieu<\/span><\/p>\n<\/td>\n<td style=\"border: 1px solid #000000;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-size: 10pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">2<sup>e<\/sup> PARAGRAPHE<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"> Domaine de l\u2019\u00e9conomie des signes<br \/>\nF\u00e9minit\u00e9 = quasi-ic\u00f4ne de Marie<br \/>\nMarie = pleinement ic\u00f4ne de l\u2019\u00c9glise<\/span><\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"border: 1px solid #000000; text-align: center;\"><span style=\"font-size: 10pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Caract\u00e8re iconique masculin<\/span><\/td>\n<td style=\"border: 1px solid #000000; text-align: center;\"><span style=\"font-size: 10pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Caract\u00e8re iconique f\u00e9minin<\/span><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"border: 1px solid #000000; text-align: right;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Compl\u00e9mentarit\u00e9<\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"> <span style=\"line-height: 1.71429;\">masculin<br \/>\n<\/span><span style=\"line-height: 1.71429;\">r\u00e9alis\u00e9e par l\u2019\u00c9glise<br \/>\n<\/span>p\u00e9trinien<\/span><\/td>\n<td style=\"border: 1px solid #000000;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">iconique des deux\u00a0<span style=\"line-height: 2;\">r\u00f4les<br \/>\n<\/span>+ f\u00e9minin<\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"> en ses deux principes<\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"> + marial<\/span><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Une sym\u00e9trie s\u00e9miotique de surface, aussi soigneusement construite, recouvre cependant une production de signification asym\u00e9trique et non la compl\u00e9mentarit\u00e9 profess\u00e9e. Terme \u00e0 terme, comme le sch\u00e9ma le met en \u00e9vidence, \u00ab f\u00e9minit\u00e9 (et non femmes)-Marie-\u00c9glise \u00bb ne correspond pas \u00e0 \u00ab hommes-Christ-Dieu \u00bb, comme dans l\u2019\u00e9talement des phrases du texte. Les femmes sont aussi ic\u00f4nes du Christ et de Dieu, et pas seulement de Marie. Marie elle-m\u00eame est aussi ic\u00f4ne du Christ et de Dieu et pas seulement ic\u00f4ne de l\u2019\u00c9glise. Question embarrassante : les hommes ne seraient pas ic\u00f4nes de l\u2019\u00c9glise puisque pas ic\u00f4nes de Marie? Autre d\u00e9faut de compl\u00e9mentarit\u00e9, la masculinit\u00e9 poss\u00e8de en elle-m\u00eame l\u2019\u00e9tat d\u2019image du Christ pasteur et \u00e9poux, alors que la f\u00e9minit\u00e9 n\u2019est qu\u2019\u00e9vocation du mod\u00e8le sublime de Marie chez qui se r\u00e9alise pleinement le caract\u00e8re iconique de l\u2019\u00c9glise. Chez les femmes, il n\u2019est que pr\u00e9gnant, inchoactif, chez les croyantes et les consacr\u00e9es, qu\u2019un symbolisme fortement \u00e9vocateur.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">R\u00f4le \u00e0 r\u00f4le, on constate la m\u00eame disparit\u00e9 : \u00e0 la f\u00e9minit\u00e9, les r\u00f4les d\u2019ordre biologique de vierge, \u00e9pouse et m\u00e8re; \u00e0 la masculinit\u00e9, la fonction du sacerdoce minist\u00e9riel, sans mention de paternit\u00e9, ni chez l\u2019homme ni chez le Dieu-P\u00e8re, et le r\u00f4le d\u2019ic\u00f4ne du Christ dans son visage d\u2019\u00e9poux de l\u2019\u00c9glise ne se r\u00e9alise qu\u2019 \u00ab \u00e0 travers l\u2019exercice du sacerdoce \u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Dans le texte complet, le sacerdoce, fonction plut\u00f4t que r\u00f4le, ressort hors-compl\u00e9mentarit\u00e9, en exc\u00e9dance du c\u00f4t\u00e9 masculin, sans correspondant du c\u00f4t\u00e9 f\u00e9minin. Malgr\u00e9 la sym\u00e9trie voulue des deux paragraphes, calqu\u00e9e par le sch\u00e9ma, il n\u2019y a pas compl\u00e9mentarit\u00e9 iconique des genres. Malgr\u00e9 les efforts conceptuels et litt\u00e9raires de la Lettre aux femmes et les progr\u00e8s de la discussion, nous demeurons encore, \u00e0 mon avis, en pr\u00e9sence d\u2019une christianisation inachev\u00e9e de la perception des genres f\u00e9minin&#8230; et masculin.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><strong>\u00c9VALUATION DES FONDEMENTS BIBLIQUES INVOQU\u00c9S<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Une analyse rigoureuse \u00e0 laquelle on accorderait une expansion suffisante d\u00e9montrerait facilement ce que des observations \u00e0 fleur-de-texte nous ont fait pressentir. Les passages bibliques retenus comme r\u00e9servant le sacerdoce minist\u00e9riel aux hommes sont fort vuln\u00e9rables. Les difficult\u00e9s de lecture abondent dans leur formulation m\u00eame. En leur qualit\u00e9 de textes marginaux et mineurs en regard des grands enjeux christologiques et th\u00e9ologiques de la Bible, ils ne peuvent gu\u00e8re servir \u00e0 \u00e9tayer des conclusions doctrinales en th\u00e9ologie des minist\u00e8res. Surtout, ils demeurent encore en attente d\u2019une herm\u00e9neutique plus pouss\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Je pr\u00e9cise que, pour notre propos, les termes lecture, interpr\u00e9tation et herm\u00e9neutique se rejoignent et s\u2019\u00e9quivalent. Donc, une herm\u00e9neutique plus pouss\u00e9e des fondements bibliques attribu\u00e9s \u00e0 la r\u00e9ponse n\u00e9gative du magist\u00e8re garantirait-elle un OUI \u00e0 l\u2019ordination des femmes? Elle permettrait d\u2019abord de reformuler une question aujourd\u2019hui enlis\u00e9e dans une r\u00e9clamation d\u2019\u00e9galit\u00e9 hommes-femmes, de droit-\u00e0, de justice, de guerre entre les sexes \u00e0 coups d\u2019id\u00e9ologie, et le terme semble devenu une injure. Il y a tout cela dans le d\u00e9bat, oui, mais plus grave encore : la n\u00e9cessit\u00e9 et l\u2019urgence de la critique de la solution actuelle et s\u00e9culaire par une remise en perspective sur le fond de sc\u00e8ne de la r\u00e9alit\u00e9 du christianisme. Ce qui revient \u00e0 dire que le niveau d\u2019herm\u00e9neutique atteint et \u00e0 poursuivre se devrait encore de proc\u00e9der \u00e0 son propre examen critique (herm\u00e9neutique de la foi) et pratique (herm\u00e9neutique de la vie des croyants). Le d\u00e9bat ne saurait \u00eatre clos \u00e0 peine amorc\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Il appartient \u00e0 la nature de la lumi\u00e8re de n\u2019avoir plus \u00e0 \u00eatre d\u00e9montr\u00e9e d\u00e8s qu\u2019elle appara\u00eet. Or, ladite clart\u00e9 des textes bibliques sur l\u2019ordination r\u00e9serv\u00e9e aux hommes qui est cens\u00e9e apporter la lumi\u00e8re n\u2019arrive pas \u00e0 remporter l\u2019adh\u00e9sion. Dans l\u2019\u00e9tat actuel du corpus pontifical, le seul argument qui s\u2019impose vraiment, c\u2019est l\u2019argument d\u2019autorit\u00e9. Dans une \u00c9glise \u00e0 magist\u00e8re, il est parfaitement l\u00e9gitime, valide et valable. \u00ab Moi Paul VI ou Jean-Paul II juge ni opportun ni pertinent, ni utile \u00e0 ce moment de la vie de l\u2019\u00c9glise d\u2019appeler les femmes \u00e0 l\u2019ordination sacerdotale. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">L\u2019argument dirimant ne dispense cependant pas d\u2019une r\u00e9flexion sur le type d\u2019exercice de l\u2019autorit\u00e9 qui correspondrait le mieux au type d\u2019organisme qu\u2019il r\u00e9git. L\u2019\u00c9glise n\u2019est pas une d\u00e9mocratie, r\u00e9p\u00e8te-t-on souvent. Mais elle n\u2019est pas une monarchie non plus, encore moins un empire ou une tyrannie m\u00eame \u00e9clair\u00e9e. Dans les faits, une d\u00e9cision unilat\u00e9rale, ancr\u00e9e dans un d\u00e9finitif qui n\u2019a pas non plus ralli\u00e9 les sujets de l\u2019autorit\u00e9, a plut\u00f4t engendr\u00e9 un ph\u00e9nom\u00e8ne de non-r\u00e9ception amplifi\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 une mar\u00e9e d\u2019ordinations parall\u00e8les.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">L\u2019\u00e9laboration \u00e9crite de la position pontificale pr\u00e9sente certes des acquis marquants. Son int\u00e9gration intelligente de certains r\u00e9sultats de recherches r\u00e9centes en ex\u00e9g\u00e8se biblique (voir entre autres dans <em>Mulieris dignitatem<\/em> la longue m\u00e9ditation de Jean-Paul II sur les r\u00e9cits de la cr\u00e9ation d\u2019Adam et d\u2019Eve) fr\u00f4lerait peut-\u00eatre l\u2019h\u00e9r\u00e9sie aux yeux de certains P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise. Cependant, au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9tape du NON r\u00e9p\u00e9t\u00e9, son incompl\u00e9tude actuelle soul\u00e8ve deux questions encore plus retentissantes qui appartiennent \u00e0 la discussion amorc\u00e9e : celle du statut eccl\u00e9sial de la chr\u00e9tienne et celle des carences de la th\u00e9ologie des minist\u00e8res elle-m\u00eame qui n\u2019arrive pas \u00e0 int\u00e9grer ces chr\u00e9tiennes. Il est malheureusement impossible d\u2019aborder ici cette deuxi\u00e8me question de m\u00eame que son corollaire l\u2019argument de Tradition, invoqu\u00e9, lui, le plus fr\u00e9quemment comme une fid\u00e9lit\u00e9 dirig\u00e9e vers l\u2019arri\u00e8re d\u2019une part, alors que, d\u2019autre part, il existe des ann\u00e9es-lumi\u00e8res de distance entre la pr\u00eatrise d\u2019aujourd\u2019hui et les presbytres (ou anciens) et les \u00e9piscopes (ou surveillants) dans les \u00e9glises du Nouveau Testament.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">\u00c0 bapt\u00eame identique, sacerdoce royal \u00e9gal, la chr\u00e9tienne serait-elle diff\u00e9rente du chr\u00e9tien? Question rh\u00e9torique qui a vu le jour \u00e0 partir du trouble suscit\u00e9 par la r\u00e9ponse soup\u00e7onn\u00e9e qu\u2019on h\u00e9site \u00e0 prononcer \u00e0 haute voix : ce OUI factuel en contradiction avec le Nouveau Testament et les protestations de l\u2019institution. C\u2019est cette autre question (insolente?) de son acc\u00e8s \u00e0 l\u2019ordination sacerdotale qui s\u2019impose maintenant de fa\u00e7on aig\u00fce. Elle n\u2019avait pas encore \u00e9merg\u00e9 de fa\u00e7on aussi claire et aussi r\u00e9pandue aux si\u00e8cles ant\u00e9rieurs. Et nous sommes mieux pr\u00e9par\u00e9s que jamais \u00e0 une meilleure prise de conscience du probl\u00e8me, mieux outill\u00e9s que jamais pour lui appliquer un traitement s\u00e9rieux. Ne point-il pas \u00e0 l\u2019horizon ce stade d\u2019intelligence des r\u00e9alit\u00e9s chr\u00e9tiennes qui inviterait Dina, s\u0153ur des douze fils de Jacob, \u00e0 la table de la C\u00e8ne? La longue patience des femmes en attente de leur statut eccl\u00e9sial pl\u00e9nier sera peut-\u00eatre l\u2019occasion imminente d\u2019un progr\u00e8s \u00e9tonnant vers \u00ab la taille parfaite du Christ \u00bb (Eph 4, 12-13) \u00e9voqu\u00e9e par la premi\u00e8re hom\u00e9lie du pontificat de Beno\u00eet XVI.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Olivette Genest, professeure \u00e9m\u00e9rite<\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"> Facult\u00e9 de th\u00e9ologie et de sciences des religions<\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"> Universit\u00e9 de Montr\u00e9al.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Montr\u00e9al, octobre 2006<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-size: 10pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Texte d&rsquo;une conf\u00e9rence pr\u00e9sent\u00e9 lors du colloque\u00a0<strong>L\u2019acc\u00e8s des femmes aux minist\u00e8res ordonn\u00e9s dans l\u2019\u00c9glise catholique : une question r\u00e9gl\u00e9e<\/strong>\u00a0organis\u00e9 en octobre 2006 par le\u00a0<em>Centre justice et foi<\/em>\u00a0en partenariat avec le\u00a0<em>Centre St-Pierre<\/em>, la collective<em>\u00a0L&rsquo;autre Parole\u00a0<\/em>et le r\u00e9seau<em>\u00a0Femmes et Minist\u00e8res<\/em>.\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Olivette Genest, ex\u00e9g\u00e8te et auteure, analyse les arguments bibliques \u00e9voqu\u00e9s par Rome pour justifier la position actuelle du magist\u00e8re. <a href=\"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=136\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":106,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[81,2],"tags":[],"ppma_author":[110],"class_list":["post-136","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-colloque-lacces-des-femmes-aux-ministeres-ordonnes","category-ordination_des_femmes","author-olivette-genest"],"authors":[{"term_id":110,"user_id":106,"is_guest":0,"slug":"olivette-genest","display_name":"Olivette Genest","avatar_url":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/Olivette-Genest.jpg","user_url":"","last_name":"Genest","first_name":"Olivette","description":"Olivette Genest, ex\u00e9g\u00e8te de renomm\u00e9e internationale, est professeure \u00e9m\u00e9rite de la facult\u00e9 de th\u00e9ologie et de sciences des religions de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al. Ses champs de recherche : la sot\u00e9riologie, la s\u00e9miotique et la lecture f\u00e9ministe. Elle est une sp\u00e9cialiste reconnue pour la question des minist\u00e8res des femmes en lien avec le Second Testament. Elle est l\u2019auteure de \u00ab Le discours du Nouveau Testament sur la mort de J\u00e9sus \u00bb (PUL, 1995) et de nombreux articles."}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/136","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/106"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=136"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/136\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=136"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=136"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=136"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fppma_author&post=136"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}