{"id":1645,"date":"2002-04-03T12:00:00","date_gmt":"2002-04-03T17:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=1645"},"modified":"2014-04-03T16:01:26","modified_gmt":"2014-04-03T20:01:26","slug":"dieu-itinerance-infinie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=1645","title":{"rendered":"Dieu, Itin\u00e9rance infinie"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><a href=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Lise-Baroni-e1389367901154.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-1235 alignleft\" alt=\"Lise Baroni\" src=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/Lise-Baroni-e1389367901154.jpg\" width=\"90\" height=\"101\" \/><\/a>L\u2019automne dernier, sur le quai d\u2019une gare, au terme d\u2019un voyage qui avait dur\u00e9 16 heures, mon attention fut attir\u00e9e par une femme semblant attendre qu\u2019on la remarque enfin. Seule, au milieu de quelques bagages, elle ne savait pas o\u00f9 elle arrivait, elle n\u2019avait aucun endroit o\u00f9 aller et esp\u00e9rait trouver du travail, \u00e0 l\u2019encontre de tout bon sens, dans ce petit village gasp\u00e9sien qui s\u2019appr\u00eatait \u00e0 fermer pour l\u2019hiver. \u00c9tait-ce son mode de vie habituel? Une fuite de quelqu\u2019un ou quelque chose? Je ne sais&#8230; mais visiblement, cette jeune femme \u00e9tait une itin\u00e9rante. Peut-\u00eatre a-t-elle fait \u00e9cho \u00e0 ma propre itin\u00e9rance car tout de suite j\u2019ai ressenti de la tendresse pour elle.<!--more-->Personnellement, je crois donner l\u2019image d\u2019une personne d\u00e9termin\u00e9e, s\u00fbre d\u2019elle-m\u00eame. D\u00e9termin\u00e9e? je le suis; mais assur\u00e9e? D\u2019aussi loin que je me souvienne, j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 en qu\u00eate de signification et de sens: de mon existence, de celle des autres, principalement des plus pauvres, de ce monde si beau et si absurde, de la religion si salutaire et si dangereuse, des dieux et du Dieu chr\u00e9tien lui-m\u00eame. Encore aujourd\u2019hui, il m\u2019arrive de ne pas savoir o\u00f9 j\u2019arrive, quelle route emprunter, ni dans quel cul-de-sac je risque d\u2019aboutir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Devant les informations que je lui donnais, la jeune femme s\u2019est \u00e9cri\u00e9e: \u00abPeut-\u00eatre que je viens de me fourrer dans une bien mauvaise affaire !\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Ai-je toujours fait les bons choix? Je ne sais pas. Il me semble avoir suivi de longs d\u00e9tours. M\u00eame si cela m\u2019est encore difficile, j\u2019essaie de n\u2019en regretter aucun car, \u00e0 chaque fois, c\u2019est l\u2019amour, parfois sa folie m\u00eame, qui m\u2019a guid\u00e9e. Je constate, en vieillissant, qu\u2019aucun passage ne m\u2019a \u00e9t\u00e9 inutile. Mais je sais aussi que ni l\u2019amour, ni Dieu n\u2019emp\u00eachent d\u2019errer. O\u00f9 ai-je lu cette phrase de Maurice Blondel? \u00ab\u00a0On veut infiniment plus qu\u2019on ne trouve, mais on cherche seulement o\u00f9 l\u2019on voudrait trouver\u00a0\u00bb. Tous les chemins que j\u2019ai parcourus, toutes les batailles que j\u2019ai men\u00e9es, toutes les questions qui m\u2019ont tenaill\u00e9es, toutes les rages qui m\u2019ont habit\u00e9es, toutes les solidarit\u00e9s qui m\u2019ont sollicit\u00e9es concernent la foi. Croire n\u2019est pas, pour moi, un acte de pure adh\u00e9sion intellectuelle mais d\u2019amour, d\u2019espoir et d\u2019engagement. C\u2019est un acte int\u00e9grateur de ce qui me passionne et me fait vivre. Perdre la foi en quelqu\u2019un ou en quelque chose c\u2019est m\u2019\u00e9teindre et mourir \u00e0 cette personne ou \u00e0 cette chose. Dieu est pour moi une question vitale. Pour le trouver et le\u00a0com-prendre\u00a0(prendre avec), comme le dit encore Blondel, ce n\u2019est pas la t\u00eate qu\u2019il faut se casser, c\u2019est le coeur.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Pourquoi cette insistance qui confine aux limites du tragique? Peut-\u00eatre parce que Dieu m\u2019est \u00e0 la fois familier et \u00e9tranger, r\u00e9barbatif et tendre, lointain et intime, Tout et Rien. Cette fascination m\u2019entra\u00eene dans une sorte d\u2019itinerrance<a href=\"#note1\">[1]<\/a>\u00a0<a name=\"ret1\"><\/a>sans fin. Comme si la route se pr\u00e9sentait tant\u00f4t comme un espace immense entre doutes et certitudes, tant\u00f4t comme un chemin \u00e9troit o\u00f9 se confrontent intuitions, observations et exp\u00e9riences. J\u2019\u00e9volue entre une recherche acharn\u00e9e, parfois f\u00e9brile, de la\u00a0 libert\u00e9 et de la justice, et le d\u00e9sir de me reposer amoureusement dans l\u2019espace d\u2019une infinie tendresse. Qui est en fait ce Dieu qui, marquant mon itin\u00e9raire, d\u00e9finit \u00e9galement mon errance? \u00c0 moins qu\u2019il en soit la cause? Ou l\u2019errance m\u00eame? Ou encore, que ce\u00a0Il\u00a0soit\u00a0Elle? D\u2019entr\u00e9e de jeu, je m\u2019arr\u00eate \u00e0 cette derni\u00e8re question: comment en suis-je venue \u00e0 penser que Dieu \u00e9tait une femme? Trois \u00e9tapes m\u2019ont conduite \u00e0 cette conviction. La quatri\u00e8me pr\u00e9sentera, sous un autre angle, les lieux actuels de mon itin\u00e9rance croyante.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><em>1)\u00a0 Quand une m\u00e8re apprend \u00e0 sa fille l\u2019intelligence de l\u2019exp\u00e9rience f\u00e9minine<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Issue d\u2019un milieu populaire, je suis l\u2019a\u00een\u00e9e d\u2019une famille de 13 enfants, dont 10 sont des filles. Toute jeune d\u00e9j\u00e0, ne pas comprendre me bouleverse. Pourquoi sommes-nous si pauvres? Pourquoi mon p\u00e8re, ouvrier dans une usine de goudron, est-il malade toutes les nuits? Pourquoi, lui si bon, ne supporte pas de voir ma m\u00e8re prier \u00e0 genoux au pied de son lit? Pourquoi aucune de leurs 10 filles ne peut servir la messe comme les gar\u00e7ons? \u00c0 travers les d\u00e9bats qui opposent mes parents, je comprends que les r\u00e9ponses ne seront pas donn\u00e9es; il me faudra les risquer.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">De mon p\u00e8re, je garderai l\u2019indignation contre tout absolutisme moral \u00abjusque dans notre chambre \u00e0 coucher\u00bb disait-il. De ma m\u00e8re, j\u2019ai appris le go\u00fbt du recueillement et de l\u2019int\u00e9riorit\u00e9. Plus calme et plus pos\u00e9e, elle continue de se rendre aux c\u00e9l\u00e9brations du dimanche. Je l\u2019accompagne. Sa fa\u00e7on de prier sans ostentation ni fausset\u00e9 m\u2019impressionne. Au retour de l\u2019\u00e9glise, nous parlons de tout et de rien mais souvent de religion. Un jour, alors enceinte de 7 mois, elle me dit: \u00abJe refuse de je\u00fbner comme on l\u2019exige et j\u2019irai quand m\u00eame communier; tu sais ma grande, les cur\u00e9s n\u2019ont pas toujours raison; un homme ne sait pas ce qu\u2019implique rendre un enfant dans sa pleine grosseur\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Je r\u00e9alisais la densit\u00e9 de signification que rec\u00e8le une exp\u00e9rience f\u00e9minine\u00a0spirituellement\u00a0r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9e. Laboratoires de sens o\u00f9 le coeur, le corps et l\u2019esprit s\u2019enrichissent mutuellement, certaines exp\u00e9riences religieuses v\u00e9cues par des femmes engendrent une nouvelle intelligence des choses de la foi. Celle de ma m\u00e8re m\u2019a appris que\u00a0 Dieu-P\u00e8re, tout Absolu qu\u2019il est, ne contient pas l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 humaine. D\u00e9sormais pour moi, la vie rattrapait et d\u00e9passait la loi religieuse. Ma conception de Dieu \u00e9tait fractur\u00e9e; par la br\u00e8che s\u2019introduisait la conviction que Dieu pouvait apprendre et recevoir de ses filles. \u00c0 partir de ce moment, aucun homme d\u2019\u00e9glise n\u2019exer\u00e7a un pouvoir indu sur ma vie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><em>2)\u00a0 Quand Dieu r\u00e9cup\u00e8re la part f\u00e9minine de son \u00eatre<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Beaucoup plus tard, devenue travailleuse sociale, je travaillerai avec des femmes cheffes de familles assist\u00e9es sociales. Ces dix ann\u00e9es m\u2019ont fait c\u00f4toyer le meilleur et le pire de l\u2019itin\u00e9rance psychologique, sociale, \u00e9conomique et religieuse. J\u2019y ai vu l\u2019errance dans les d\u00e9dales d\u2019inconscients bless\u00e9s, dans la froideur bureaucratique d\u2019organismes gouvernementaux, dans le cul-de-sac \u00e9conomique jobine\/ch\u00f4mage\/aide sociale et dans une perversit\u00e9 religieuse aliment\u00e9e par un perp\u00e9tuel va-et-vient entre la culpabilit\u00e9 et la r\u00e9volte.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Pr\u00e9tentieusement, je me croyais plus solide. Apr\u00e8s tout, je venais tout juste de terminer un baccalaur\u00e9at en th\u00e9ologie. J\u2019avais des choses \u00e0 dire, \u00e0\u00a0leur\u00a0dire&#8230; pour\u00a0leurlib\u00e9ration. La r\u00e9action fut rapide: \u00abMets de c\u00f4t\u00e9 tes grands mots&#8230; et parle-nous surtout pas d\u2019un homme bon et tendre ni de l\u2019amour d\u2019un P\u00e8re&#8230; Quant \u00e0 l\u2019\u00c9glise, on en reparlera quand elle sera moins riche\u00bb. J\u2019ai alors 33 ans; un autre carrefour. Comme l\u2019itin\u00e9rante de la gare de Perc\u00e9, je ne savais pas o\u00f9 je d\u00e9barquais ni o\u00f9 il fallait me diriger. Ma propre relation \u00e0 Dieu erra un bon moment. Comment parler de J\u00e9sus sauveur et d\u2019un P\u00e8re accueillant \u00e0 des femmes abandonn\u00e9es, abus\u00e9es par des hommes pr\u00e9tendument leur amant et le p\u00e8re de leurs enfants? Comment les convier en v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 une table eucharistique autour d\u2019un homme qui, bien malgr\u00e9 lui, rappelait cet autre qui les avait laiss\u00e9es sans pain? Comment parler d\u2019une Bonne Nouvelle quand la vie est un flot intarissable de mauvaises nouvelles?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Par ailleurs, j\u2019observais ces m\u00e8res risquer leur sant\u00e9 pour nourrir leurs enfants, porter \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 les m\u00eames v\u00eatements, refuser les distractions payantes et, s\u2019il le fallait, accepter l\u2019humiliation du \u00abpanier de d\u00e9pannage\u00bb. \u00abMoi ce n\u2019est pas grave; c\u2019est pour les enfants\u00bb. Chaque jour, elles sacrifiaient un peu de leur vie. Dieu se faisait M\u00e8re Providence \u00e0 travers la patiente \u00e9nergie de ces femmes donn\u00e9es. Elles m\u2019ont fait la d\u00e9monstration incontestable de la sensibilit\u00e9 de Dieu, de la folie de son don et de l\u2019insatiabilit\u00e9 de son amour. D\u00e9sormais je ne me repr\u00e9senterai plus Dieu\u00a0 sans une conscience vive de la part f\u00e9minine qu\u2019il rec\u00e8le. Emmitoufl\u00e9e dans cette certitude reposante, ma qu\u00eate s\u2019apaisa pendant plusieurs ann\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><em>3)\u00a0 Quand Dieu change tout bonnement de sexe<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Devenir th\u00e9ologienne c\u00e9l\u00e9bra la r\u00e9alisation du r\u00eave qui habitait d\u00e9j\u00e0 mes 16 ans. Mais contrairement \u00e0 ce qu\u2019on croit trop souvent, la connaissance amplifie le myst\u00e8re. Plus on s\u2019en approche, plus il s\u2019enfonce, plus il fuit. Mon errance se creusa.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Encore novice dans le m\u00e9tier, je m\u00e8ne avec d\u2019autres une recherche f\u00e9ministe de grande ampleur<a href=\"#note2\">[2]<\/a>\u00a0<a name=\"ret2\"><\/a>. Je dois faire face \u00e0 ce que je n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 appeler un scandale, \u00e0 moins que ce ne soit plut\u00f4t un dilemme fondamental: Peut-on sortir Dieu du fond patriarcal d\u2019injustices et de perversit\u00e9s dans lequel trop de religions l\u2019ont enlis\u00e9 depuis des mill\u00e9naires?<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Est-il un mot du langage des hommes qui ait \u00e9t\u00e9 plus abusivement utilis\u00e9 que celui de Dieu? Un mot qui ait \u00e9t\u00e9 autant souill\u00e9, autant viol\u00e9 que celui-ci ? Tout ce sang vers\u00e9 en son nom a terni son \u00e9clat. Toutes les injustices qu\u2019il a d\u00fb couvrir lui ont \u00f4t\u00e9 de son poids. Lorsque j\u2019entends nommer le Tr\u00e8s-Haut \u201cDieu\u201d, cela sonne \u00e0 mes oreilles comme un blasph\u00e8me.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">C\u2019est un vieux philosophe, ami de Martin Buber, qui s\u2019indigne ainsi. La r\u00e9ponse de celui-ci me trouble toujours.<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Oui, c\u2019est le mot le plus charg\u00e9 de tous les mots humains. Pas un qui n\u2019ait \u00e9t\u00e9 aussi souill\u00e9, aussi lac\u00e9r\u00e9. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la raison pour laquelle je ne puis y renoncer [&#8230;] Il n\u2019est pas en notre pouvoir de purifier le mot \u201cDieu\u201d, pas plus que de lui restituer son int\u00e9grit\u00e9, mais nous pouvons, tel qu\u2019il est, souill\u00e9 et d\u00e9chir\u00e9, le relever de terre et le dresser pendant une heure de grande inqui\u00e9tude<a href=\"#note3\">[3]<\/a>\u00a0<a name=\"ret3\"><\/a>.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Voil\u00e0, pour moi, la mati\u00e8re de cette\u00a0itinerrance, de longues heures d\u2019une \u00abgrande inqui\u00e9tude\u00bb. Surtout lorsque Augustin affirme que \u00absi tu comprends ce que tu dis, ce n\u2019est pas Dieu<a href=\"#note4\">[4]<\/a>\u00a0<a name=\"ret4\"><\/a>\u00bb. Pourtant, quoi qu\u2019en ait dit ce prestigieux personnage, je n\u2019abandonnai pas. Humblement mais avec acharnement, j\u2019ai, une fois de plus, tent\u00e9 de \u00abrelever de terre\u00bb ce f\u00e9minin enfoui dans le myst\u00e8re de Dieu. Quelques mystiques chr\u00e9tiens m\u2019ont inspir\u00e9e mais aussi grandement intrigu\u00e9e. Ces pri\u00e8res, parmi d\u2019autres, m\u2019ont fait particuli\u00e8rement r\u00e9fl\u00e9chir.<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Vous \u00eates P\u00e8re, vous \u00eates M\u00e8re, vous \u00eates m\u00e2le et vous \u00eates femelle.\u00a0(Syn\u00e9sios, \u00e9v\u00eaque de Libye, Ve si\u00e8cle)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Mais vous, J\u00e9sus, notre Seigneur, n\u2019\u00eates-vous pas aussi une m\u00e8re? N\u2019\u00eates-vous pas cette m\u00e8re qui comme une poule, rassemble ses poussins sous son aile? Vraiment, Ma\u00eetre, vous \u00eates une m\u00e8re !\u00a0(St-Anselme, XIe si\u00e8cle)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Tu as mis \u00e0 nu les seins de ta douceur, premiers aliments de ta gr\u00e2ce.\u00a0(Guillaume de St-Thierry, XIIe si\u00e8cle)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Non seulement Seigneur vous nourrissez ceux qui sont pr\u00e9sents du lait de la douceur int\u00e9rieure, mais vous r\u00e9pandez sur les absents l\u2019odeur agr\u00e9able d\u2019une bonne r\u00e9putation [&#8230;] Vous avez du lait, dis-je, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur vous r\u00e9pandez des parfums.\u00a0(Bernard de Clervaux, XIIe si\u00e8cle)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Notre Seigneur montrant le tr\u00e8s aimable sein de son divin amour [&#8230;] il serre l\u2019\u00e2me, la presse et la colle de ses l\u00e8vres de suavit\u00e9 et sur sa d\u00e9licieuse poitrine, la baisant du sacr\u00e9 baiser de sa bouche, et lui faisant savourer ses mamelles meilleures que le vin.\u00a0(Fran\u00e7ois de Sales, XVIe si\u00e8cle)<a href=\"#note5\">[5]<\/a>\u00a0<a name=\"ret5\"><\/a>.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Aucun de ces hommes ne peut \u00eatre tax\u00e9 de f\u00e9minisme. Ils ne faisaient que relire les \u00c9critures \u00e0 la lumi\u00e8re de leur exp\u00e9rience spirituelle. Il me semble que ces \u00e9loquents t\u00e9moignages confirment l\u2019importance de redonner \u00e0 Dieu sa part de f\u00e9minit\u00e9. Lorsque le coeur humain cherche Dieu, il ne peut l\u2019imaginer autrement que par les voies \u00e0 travers lesquelles il a lui-m\u00eame re\u00e7u l\u2019amour et par lesquelles il se sent appeler \u00e0 le redonner, habituellement, celles de la rencontre entre un homme et une femme. J\u2019ai d\u00e9couvert alors qu\u2019une sorte d\u2019h\u00e9ritage f\u00e9minin, issu d\u2019un imaginaire religieux \u00e9rotique, avait travers\u00e9 toute l\u2019histoire de la repr\u00e9sentation de Dieu dans le christianisme.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Cela me touche et me choque \u00e0 la fois. La beaut\u00e9 du d\u00e9sir de ces hommes \u00e9meut; elle se manifeste avec tendresse sans pudibonderie ni glissement pervers. Mais le d\u00e9tournement, l\u2019\u00e9vitement, voire la n\u00e9gation de la femme r\u00e9elle choque. Comme si une projection transsexuelle sur Dieu rendait inutile et sans signification la moiti\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9. Comme si la masculinit\u00e9 \u00e9tait en elle-m\u00eame compl\u00e8te puisque Dieu comblait la diff\u00e9rence. Comme si le v\u00e9cu f\u00e9minin n\u2019\u00e9tait qu\u2019une image ou une m\u00e9taphore utile mais accessoire, et non l\u2019exp\u00e9rience de personnes authentiques capables de transmettre avec profit leur propre sagesse du corps et du coeur. J\u2019irai plus loin. On aura beau, \u00e0 la suite de plusieurs mystiques, voir en J\u00e9sus une m\u00e8re, cela ne changera pas le fait que son exp\u00e9rience est masculine. Ce qu\u2019il a v\u00e9cu dans son corps d\u2019homme ne pourra jamais remplacer ce qu\u2019une femme vit dans son corps lorsqu\u2019elle perd du sang, porte un enfant, accouche, allaite et materne.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Une r\u00e9ponse claire \u00e9mergea enfin. Il ne suffit plus d\u2019accoler des images f\u00e9minines sur Dieu, ni m\u00eame de trouver les traits f\u00e9minins d\u2019une divinit\u00e9 masculine; il s\u2019agit d\u2019arriver \u00e0 se repr\u00e9senter Dieu comme une femme aussi compl\u00e8tement et aussi enti\u00e8rement qu\u2019on se le repr\u00e9sente lorsqu\u2019on le voit comme un homme.\u00a0Elle\u00a0cherche sa drachme perdue tout autant qu\u2019Il\u00a0cherche la brebis \u00e9gar\u00e9e.\u00a0Elle\u00a0est tout autant Sagesse, qu\u2019Il est Logos.\u00a0Elle\u00a0est tout autant m\u00e8re cr\u00e9atrice de vie qu\u2019Il\u00a0est proph\u00e8te lib\u00e9rateur. Dieu est aussi\u00a0Dieue; que cela fasse sourire m\u2019importe peu.\u00a0 Ce \u00abe\u00bb final a au moins l\u2019avantage de faire ressortir la part muette qu\u2019on cherche encore trop souvent \u00e0 ignorer.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Certes, d\u2019aucuns diraient que repr\u00e9senter le Dieu des chr\u00e9tiens par une femme s\u2019apparente \u00e0 un retour aux antiques divinit\u00e9s pa\u00efennes. Mais par ailleurs, peut-on nier s\u00e9rieusement qu\u2019imaginer Dieu au masculin et au f\u00e9minin assure une traduction plus juste et plus contemporaine de la r\u00e9alit\u00e9 telle qu\u2019on l\u2019appr\u00e9hende aujourd\u2019hui? \u00c0 cet effet, la th\u00e9ologie f\u00e9ministe a instaur\u00e9 plus qu\u2019un courant th\u00e9ologique parmi d\u2019autres. \u00abLorsque les mots changent, le monde change et Dieu change<a href=\"#note6\">[6]<\/a>\u00a0<a name=\"ret6\"><\/a>\u00bb. Non seulement les discours traditionnels ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9s mais une nouvelle figure divine a \u00e9merg\u00e9. Elle ouvre aux femmes une proximit\u00e9 et une identification qui autrefois s\u2019av\u00e9raient tortueuses, voire impossibles. Une femme peut maintenant recevoir, en v\u00e9rit\u00e9, l\u2019appel \u00e0 devenir \u00ab image et\u00a0 ressemblance de\u00a0Dieue\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Oui, je crois profond\u00e9ment tout cela. Et pourtant !&#8230; Suis-je plus avanc\u00e9e? Malgr\u00e9 tout,\u00a0aucune conclusion ne s\u2019impose&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">La jeune inconnue \u00e9tait confuse. On lui avait expliqu\u00e9, qu\u2019\u00e0 Perc\u00e9, un couvent de \u00abbonnes soeurs\u00bb l\u2019accueillerait sans doute. Quel imbroglio ! Il s\u2019agissait en fait du motel\u00a0Les Trois Soeurs, endroit plut\u00f4t dispendieux pour une itin\u00e9rante ! Elle me demanda de la conduire au CLSC : \u00abNe viens pas avec moi; si je suis seule ils seront oblig\u00e9s de m\u2019aider\u00bb. Qu\u2019est-ce au juste? Une d\u00e9pendance? Un besoin d\u2019autonomie? De toute fa\u00e7on, d\u2019autres voies lui seront offertes&#8230; Parfois, de surprenantes avenues surgissent d\u2019impasses d\u00e9busqu\u00e9es&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Personnellement, je pense pouvoir dire en v\u00e9rit\u00e9 que mes recherches f\u00e9ministes n\u2019ont pas suscit\u00e9 en moi une d\u00e9pendance id\u00e9ologique. L\u2019autonomie de pens\u00e9e m\u2019est trop essentielle. Mais une chose s\u2019av\u00e8re certaine, de nouveaux questionnements me forcent \u00e0 reprendre la route&#8230; seule? Assur\u00e9ment pas, car l\u2019amour est au rendez-vous de ma soixantaine. Quand m\u00eame, des questions d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9es th\u00e9ologiquement mais\u00a0visc\u00e9ralement\u00a0in\u00e9dites pour moi s\u2019imposent \u00e0 mon insatiable qu\u00eate. Ainsi, depuis mon enfance jusqu\u2019\u00e0 l\u2019horizon d\u2019une retraite prochaine, en passant par mes engagements de jeune travailleuse, c\u2019est la m\u00eame errance qui se poursuit. Seule la lunette d\u2019approche diff\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><em>4) Quand Dieu\/e cesse d\u2019\u00eatre Tout-Puissant\/e, les interrogations \u00e9clatent et se complexifient.<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">\u00c9voquer la divinit\u00e9 sous les traits d\u2019une femme ne r\u00e9sout pas mon inconfort devant son \u00e9ternit\u00e9, son immuabilit\u00e9, sa perfection. Cette totalit\u00e9, ce plein me g\u00eanent. Je sais qu\u2019en certains milieux religieux cette seule confidence provoquera un scandale. Pourquoi avoir pris le risque d\u2019\u00e9crire sur un sujet aussi d\u00e9licat? Peut-\u00eatre qu\u2019Augustin a raison? Tenter de nommer l\u2019innommable ne peut que faire entrer dans un bafouillage sans fin. Pourtant, le chemin est encore l\u00e0 devant moi&#8230;\u00a0 je dois poursuivre et tenter d\u2019exprimer comment l\u2019Indicible\u00a0se pr\u00e9sente \u00e0 ma recherche actuelle. Bien que l\u2019absence de recul rende l\u2019entreprise hasardeuse, j\u2019ose quand m\u00eame pr\u00e9senter ici ces quelques balises de r\u00e9flexion.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">\u00c0 la base, une hypoth\u00e8se principale : On a souvent parl\u00e9 d\u2019un Dieu qui lib\u00e8re mais aujourd\u2019hui il me semble urgent de\u00a0lib\u00e9rer Dieu\/e. On l\u2019a confin\u00e9 dans une totalit\u00e9 absolue. \u00c9ternelle, infinie et inalt\u00e9rable, aucune limite n\u2019entachait sa perfection. Or, je crois que Dieu\/e conna\u00eet des limites sans pour autant que ce soit les n\u00f4tres. CarDieu\/e est Dieu\/e\u00a0et refuser toute diff\u00e9rence et toute distance entre la condition divine et la condition humaine induit une fusion perverse qui n\u2019aboutirait qu\u2019\u00e0 une nouvelle totalit\u00e9. Par ailleurs, l\u2019enfermer dans une Raison Pure le projette en dehors de notre entendement et le transforme en une Id\u00e9e qui ne trouve plus aucune complicit\u00e9 avec \u00able croyable disponible<a href=\"#note7\">[7]<\/a>\u00a0<a name=\"ret7\"><\/a>\u00bb actuel. \u00c0 tout prendre, je pr\u00e9f\u00e8rerais le Vide en tant qu\u2019espace ouvert, plut\u00f4t qu\u2019un Plein, si plein qu\u2019il n\u2019a que faire de nos efforts. Pour moi, la divinit\u00e9 chr\u00e9tienne a cette extraordinaire particularit\u00e9 de s\u2019immerger\u00a0dans et d\u2019\u00e9merger\u00a0de la condition humaine. \u00c0 cause de cela, \u00e0 mon avis, il existe en Dieu\/e un certain nombre de\u00a0limitations divines. Quelques-unes d\u2019entre elles m\u2019interpellent particuli\u00e8rement. Je les \u00e9voquerai (trop) rapidement. Elles me sont particuli\u00e8rement ch\u00e8res en ces temps o\u00f9 paradoxalement Dieu\/e appara\u00eet si\u00a0utilis\u00e9\u00a0et si absent.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">On a dit que Dieu\/e conna\u00eet tout du pass\u00e9, du pr\u00e9sent et de l\u2019avenir. Or, nul ne ma\u00eetrise le futur, pas m\u00eame le Tr\u00e8s-Haut. Je ne crois pas qu\u2019en un haut lieu hypoth\u00e9tique pr\u00e9-existe un plan divin trac\u00e9 \u00e0 l\u2019avance sur nos vies. Pour l\u2019unique raison que, pr\u00e9sentement, l\u2019avenir n\u2019existe pas. Comme le dit Fran\u00e7ois Varonne: \u00abCe qui n\u2019est pas encore, n\u2019est pas du tout, n\u2019est rien du tout. Et rien n\u2019est pas, pour personne, un objet de connaissance, m\u00eame divine.\u00a0Rien c\u2019est rien<a href=\"#note8\">[8]<\/a>\u00a0<a name=\"ret8\"><\/a>!\u00bb. Le futur appara\u00eetra lorsque nous le ferons. La vie qui surgira alors de notre libert\u00e9, voil\u00e0 ce qui int\u00e9resse Dieu\/e.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">\u00c9galement, je ne crois pas que la divinit\u00e9 chr\u00e9tienne soit invuln\u00e9rable et sans possibilit\u00e9 de changement. Si on croit qu\u2019elle vit, il faut tenir qu\u2019elle\u00a0bouge. Si elle aime, elle souffre. Je refuse une divinit\u00e9 qui resterait froide devant la terreur mondiale actuelle. Elle s\u2019exprimerait probablement comme cette jeune femme qui me t\u00e9l\u00e9phonait, au soir du 11 septembre dernier:\u00a0 \u00abJe veux simplement te dire que j\u2019ai le go\u00fbt de pleurer\u00bb. J\u2019aurais voulu la consoler comme on aimerait parfois consolerDieue&#8230; Je songe aussi \u00e0 ce chauffeur de taxi qui s\u2019exclamait : \u00abSi j\u2019\u00e9tais Dieu\/e, je mourrais de honte !\u00bb. Il pourrait travailler \u00e0 New-York, \u00e0 Kaboul et dans combien d\u2019autres villes encore.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">De plus, comment Dieu\/e ne connaissant pas \u00e0 l\u2019avance les options \u00e0 venir de notre libert\u00e9 pourrait ne pas changer, s\u2019il\/elle doit s\u2019adapter \u00e0 nos d\u00e9cisions humaines? Non pas pour s\u2019y laisser enfermer (Dieu\/e ne veut pas la guerre, par exemple) mais au contraire, envers et contre tout, y recr\u00e9er\u00a0 l\u2019espoir et l\u2019imagination cr\u00e9atrice. On a qu\u2019\u00e0 lire la Bible pour se convaincre que l\u2019histoire chr\u00e9tienne est une longue suite de confrontations entre Dieu\/e et son peuple. Et tr\u00e8s souvent, l\u2019un est surpris de la r\u00e9partie de l\u2019autre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Cons\u00e9quemment, je ne crois pas que Dieu\/e veuille se passer des humains, de vous, de moi, pour cr\u00e9er, pour agir, pour sauver. Plus encore, je crois que sans notre r\u00e9ponse positive \u00e0 son projet sur le monde, il demeure\u00a0impuissant\u00a0et sans recours. Par ailleurs, je ne pense pas qu\u2019il attende que nous soyons parfaits pour co-agir avec nous. Les chaos individuels et collectifs ne paralysent nullement son action, car son chemin privil\u00e9gi\u00e9 est celui du coeur. C\u2019est de la d\u00e9termination de ceux et celles qui, sur la plan\u00e8te enti\u00e8re, d\u00e9noncent les processus de d\u00e9shumanisation (tous, d\u2019o\u00f9 qu\u2019ils proviennent) que surgiront les miracles. J\u2019aime penser que la toute-puissance de Dieu\/e en est une d\u2019amour plut\u00f4t que d\u2019actes p\u00e9remptoires pos\u00e9s sur nos vies.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Finalement, avec le th\u00e9ologien John B. Cobb, je ne crois pas que l\u2019on puisse s\u00e9parer Dieu\/e et le monde actuel<a href=\"#note9\">[9]<\/a>\u00a0<a name=\"ret9\"><\/a>. Certes, Dieu\/e n\u2019est pas le monde et le monde n\u2019est pas Dieu\/e. Mais leur incontournable association est inscrite dans le projet\u00a0toujours effectif\u00a0d\u2019une incarnation encore en train de se r\u00e9aliser. L\u2019un ne peut se passer de l\u2019autre. Je ne crois pas que les leaders du monde arrivent \u00e0 r\u00e9aliser le bonheur des peuples sans accepter de s\u2019ouvrir aux d\u00e9sirs de transcendance qui se manifestent clairement chez nos contemporains. Cet appel de spiritualit\u00e9 correspond aux d\u00e9sirs de v\u00e9rit\u00e9, de courage, de justice et de paix qui habitent le meilleur de l\u2019humanit\u00e9. Plus que jamais, la qu\u00eate de sens d\u00e9passe la sph\u00e8re priv\u00e9e pour se faire sociale, politique et \u00e9conomique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Je crois fonci\u00e8rement qu\u2019aux besoins des humains r\u00e9pond le d\u00e9sir de Dieu\/e. Si les humains mendient l\u2019aide des dieux, les dieux ne r\u00e9alisent rien sans les humains.Le christianisme n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 cette limite.\u00a0Rien, absolument rien, n\u2019est gagn\u00e9 \u00e0 l\u2019avance. L\u2019\u00c9glise officielle aura beau se proposer comme un phare qui guide dans la nuit, (j\u2019y vois plut\u00f4t une lumi\u00e8re aveuglante aussi pleine que son Dieu\u00a0plein) rien n\u2019est assur\u00e9, m\u00eame le Royaume. Si le salut individuel ne peut advenir sans un engagement libre de la personne, comment croire que le salut collectif puisse arriver\u00a0ind\u00e9pendamment\u00a0d\u2019une participation active de l\u2019humanit\u00e9? Peut-\u00eatre que le Nazar\u00e9en, lui-m\u00eame, a eu cette conscience d\u2019un ins\u00e9parable destin? \u00ab\u00a0Lorsque le Fils de l\u2019Homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre<a href=\"#note10\">[10]<\/a>\u00a0<a name=\"ret10\"><\/a>?\u00a0\u00bb. Les humains auront-ils accompli leur part de boulot? Lib\u00e9rer Dieu\/e de sa pr\u00e9tendue\u00a0compl\u00e9tude\u00a0apeure car cela sollicite, de notre part, une \u00e9norme responsabilit\u00e9. Mais la Libert\u00e9, la sienne et la n\u00f4tre, n\u2019en vaut-elle pas le prix?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Comment conclure? Chaque question en am\u00e8ne une autre. Pr\u00e9tendre exprimer Dieu\/e m\u2019aura fait entrer dans un balbutiement in\u00e9gal et enchev\u00eatr\u00e9. Bien modestement, j\u2019ai tent\u00e9 de partager quelques lieux de cette incessante itin\u00e9rance. Ma vie de foi n\u2019est-elle qu\u2019une errance sans fin? \u00c0 moins que ce soit Dieu\/e qui erre, \u00e0 la recherche de mon adh\u00e9sion toujours fuyante? Je ne sais&#8230; Ce que je peux par ailleurs certifier, c\u2019est que cette\u00a0pr\u00e9sence\/absence\u00a0me bouleverse. Je me sens face \u00e0 elle comme devant l\u2019homme de ma vie: confuse et maladroite devant tant d\u2019amour, et dans le m\u00eame mouvement, passionn\u00e9ment \u00e9prise et engag\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Apr\u00e8s quelques jours, l\u2019itin\u00e9rante crois\u00e9e \u00e0 la gare de Perc\u00e9 a d\u00e9cid\u00e9 de continuer sa route vers Gasp\u00e9. En micmac, Gasp\u00e9 veut dire \u00abbout de la terre\u00bb. Droit devant, il n\u2019y a que l\u2019immensit\u00e9 de la mer&#8230; Semblablement, ma propre itin\u00e9rance me conduira probablement, \u00abau bout de ma terre\u00bb&#8230; devant l\u2019immensit\u00e9 de Dieu\/e?&#8230; Qui sait?<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Notes<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><a href=\"#ret1\">[1]<\/a>\u00a0<a name=\"note1\"><\/a>Une expression employ\u00e9e par Jacques SALOM\u00c9 dans\u00a0<em>Le courage d\u2019\u00eatre soi<\/em>,\u00a0Paris, les \u00c9ditions du Reli\u00e9, 1999, p. 19<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><a href=\"#ret2\">[2]<\/a>\u00a0<a name=\"note2\"><\/a>Je fais allusion ici \u00e0 la recherche men\u00e9e, \u00e0 travers le Canada fran\u00e7ais, aupr\u00e8s de 225 femmes et qui a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e sous le titre\u00a0<em>Voix de femmes. Voies de passage<\/em> par Lise BARONI , Yvonne BERGERON , Pierrette DAVIAU , Micheline LAG\u00dcE , Montr\u00e9al, Paulines, 1995.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><a href=\"#ret3\">[3]<\/a>\u00a0<a name=\"note3\"><\/a>Cit\u00e9 par \u00c9lysabeth A. JOHNSON,\u00a0<em>Dieu au-del\u00e0 du masculin et du f\u00e9minin. Celui\/celle qui est<\/em>, Paris\/Montr\u00e9al, Cerf\/Paulines, 1999, p. 73-74.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><a href=\"#ret4\">[4]<\/a>\u00a0<a name=\"note4\"><\/a>Ibid. p. 14<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><a href=\"#ret5\">[5]<\/a>\u00a0<a name=\"note5\"><\/a>On trouvera les trois premi\u00e8res citations dans Virginia RAMEY MOLLENKOTT,\u00a0<em>Dieu au f\u00e9minin. Images f\u00e9minines de Dieu dans la Bible<\/em>, Montr\u00e9al, Paulines, 1990, p. 22-112-119 et les deux derni\u00e8res dans Michel CAZENAVE,\u00a0La face f\u00e9minine de Dieu, Paris, No\u00easis, 1999, p. 118-120-121.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><a href=\"#ret6\">[6]<\/a>\u00a0<a name=\"note6\"><\/a>Juan ARIAS,\u00a0<em>Un Dieu pour l\u2019an 2000<\/em>, Montr\u00e9al, Fid\u00e8s, 1999, p. 35<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><a href=\"#ret7\">[7]<\/a>\u00a0<a name=\"note7\"><\/a>Paul RICOEUR, \u00abT\u00e2ches de la communaut\u00e9 eccl\u00e9siale dans le monde moderne\u00bb dans\u00a0<em>La th\u00e9ologie du renouveau<\/em>, Montr\u00e9al,\/Paris, Fid\u00e8s\/ Cerf, 1968, p. 52.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><a href=\"#ret8\">[8]<\/a>\u00a0<a name=\"note8\"><\/a><em>Ce Dieu absent qui fait probl\u00e8me<\/em>, Paris, Cerf, 1985, p. 114<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><a href=\"#ret9\">[9]<\/a>\u00a0<a name=\"note9\"><\/a>Voir Andr\u00e9 GOUNELLE,\u00a0<em>Le dynamisme cr\u00e9ateur de Dieu. Essai sur la th\u00e9ologie du Process<\/em>, Paris, Van Dieren, 2000, p. 60.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><a href=\"#ret10\">[10]<\/a>\u00a0<a name=\"note10\"><\/a>Luc, 18, 8b<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-size: x-small;\"><strong><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Texte publi\u00e9 dans<em>\u00a0Itin\u00e9rances spirituelles<\/em>, Richard Bergeron, Guy Lapointe, Jean-Claude Petit, M\u00e9diaspaul, 2002, p. 137-151 et reproduit avec les permissions requises<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: small;\">\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019automne dernier, sur le quai d\u2019une gare, au terme d\u2019un voyage qui avait dur\u00e9 16 heures, mon attention fut attir\u00e9e par une femme semblant attendre qu\u2019on la remarque enfin. Seule, au milieu de quelques bagages, elle ne savait pas o\u00f9 &hellip; <a href=\"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=1645\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[],"ppma_author":[148],"class_list":["post-1645","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-temoignages","author-lise_baroni"],"authors":[{"term_id":148,"user_id":2,"is_guest":0,"slug":"lise_baroni","display_name":"Lise Baroni","avatar_url":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/Lise-Baroni.jpg","user_url":"","last_name":"Baroni","first_name":"Lise","description":"Th\u00e9ologienne sp\u00e9cialis\u00e9e en th\u00e9ologie pratique et en travail social et cofondatrice du r\u00e9seau Femmes et Minist\u00e8res, Lise Baroni a \u00e9t\u00e9 successivement directrice d\u2019un centre de jour pour familles d\u00e9favoris\u00e9es, d\u2019une \u00e9cole de formation au dioc\u00e8se de St-J\u00e9r\u00f4me et professeure \u00e0 la Facult\u00e9 de th\u00e9ologie et de sciences des religions de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al. 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