{"id":1799,"date":"1997-05-15T09:00:29","date_gmt":"1997-05-15T13:00:29","guid":{"rendered":"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=1799"},"modified":"2015-05-16T11:10:08","modified_gmt":"2015-05-16T15:10:08","slug":"a-quelles-conditions-la-presence-des-femmes-influencera-t-elle-le-fonctionnement-organisationnel-de-leglise-de-demain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=1799","title":{"rendered":"\u00c0 quelles conditions la pr\u00e9sence des femmes  influencera-t-elle le fonctionnement organisationnel de l\u2019\u00c9glise de demain?"},"content":{"rendered":"<p><span class=\"gras\"><a href=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/Jacques-Beausoleil.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"  wp-image-3050 alignleft\" src=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/Jacques-Beausoleil.jpg\" alt=\"Jacques Beausoleil\" width=\"82\" height=\"108\" \/><\/a>Introduction<\/span> <a>[1]<\/a> <a name=\"ret1\"><\/a><\/p>\n<p>Si la foi est un myst\u00e8re, ma pr\u00e9sence, elle, est au moins un paradoxe. Encore une fois, un homme est invit\u00e9 et accepte de r\u00e9fl\u00e9chir publiquement sur la place des femmes dans les organisations, alors que des Qu\u00e9b\u00e9coises poss\u00e9dant l&rsquo;exp\u00e9rience intime de la condition f\u00e9minine et une aussi grande, sinon plus grande, comp\u00e9tence intellectuelle sur le sujet se sont inscrites \u00e0 ce symposium ou sont connues publiquement<a>[2]<\/a> <a name=\"ret2\"><\/a> . Est-ce l\u00e0 la subtile et \u00e9ternelle id\u00e9e que seuls les hommes peuvent parler de gestion et d&rsquo;organisation, parce qu&rsquo;ils s&rsquo;en sont arrog\u00e9 le droit et en ont fait une chasse gard\u00e9e?\u00a0 Probablement.<!--more--><\/p>\n<p>V\u00e9ritable d\u00e9fi, cette invitation faite par l&rsquo;A\u00c9Q m&rsquo;a permis de faire le point -comme personne de sexe masculin-comme professionnel, comme marginal engag\u00e9 et comme chr\u00e9tien-, sur un sujet complexe, \u00e9motivement difficile, et majeur pour l&rsquo;avenir de notre soci\u00e9t\u00e9 et de nos communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes<a>[3]<\/a> <a name=\"ret3\"><\/a> .<\/p>\n<p>Dans le d\u00e9pliant publicitaire qui vous est parvenu, cette conf\u00e9rence a pour titre\u00a0: \u00ab\u00a0L&rsquo;impact de la pr\u00e9sence des femmes dans le fonctionnement organisationnel de l&rsquo;\u00c9glise.\u00a0\u00bb Cette formulation d\u00e9bouche sur une s\u00e9rie de questions: quelle est l&rsquo;intensit\u00e9 et la nature de la pr\u00e9sence des femmes en \u00c9glise? De quelle \u00c9glise veut-on parler ici?\u00a0 S&rsquo;agit-il de l&rsquo;impact qu&rsquo;a eu jusqu&rsquo;ici la pr\u00e9sence des femmes ou veut-on faire un effort de prospective et, donc, tenter de deviner, sinon de pr\u00e9dire, leur influence \u00e0 venir? \u00c0 quoi se r\u00e9f\u00e8re-t-on lorsqu&rsquo;on mentionne le fonctionnement organisationnel de l&rsquo;\u00c9glise?<\/p>\n<p>Pr\u00e9cisons bri\u00e8vement la r\u00e9ponse \u00e0 chacune de ces questions afin de bien situer notre propos.<\/p>\n<p>On a, \u00e0 maintes reprises, r\u00e9p\u00e9t\u00e9 que les femmes sont pr\u00e9sentes, comme disciples et fid\u00e8les, d\u00e8s la gestation de la religion chr\u00e9tienne, mais ce n&rsquo;est que r\u00e9cemment qu&rsquo;elles ont commenc\u00e9 \u00e0 occuper des postes d&rsquo;intervenantes r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es en pastorale, de th\u00e9ologiennes ou de gestionnaires<a>[4]<\/a> <a name=\"ret4\"><\/a> . C&rsquo;est de cette pr\u00e9sence nouvelle, et qui s&rsquo;intensifie de plus en plus, que nous parlons ici.<\/p>\n<p>Nous ne disposons ni des moyens ni de la comp\u00e9tence pour traiter cette question dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u00c9glise catholique. Nous nous en tenons modestement \u00e0 ce que nous savons de l&rsquo;\u00c9glise catholique du Qu\u00e9bec, mais une br\u00e8ve excursion dans la litt\u00e9rature sur les \u00c9glises protestantes montre qu&rsquo;il y aurait avantage \u00e0 puiser dans leur exp\u00e9rience, compte tenu que des femmes y sont ordonn\u00e9es pr\u00eatres et m\u00eame \u00e9v\u00eaques<a>[5]<\/a> <a name=\"ret5\"><\/a> .<\/p>\n<p>Depuis Vatican II surtout, on discute de plus en plus ouvertement du gouvernement de l&rsquo;\u00c9glise catholique romaine aux divers \u00e9chelons de la hi\u00e9rarchie.\u00a0 L&rsquo;approche th\u00e9ologique pr\u00e9domine dans ces d\u00e9bats. On poss\u00e8de peu d&rsquo;\u00e9tudes syst\u00e9matiques et critiques, sous l&rsquo;\u00e9clairage des sciences de la gestion, du fonctionnement concret des paroisses et des dioc\u00e8ses. C&rsquo;est \u00e0 ce niveau de gestion et du d\u00e9veloppement organisationnel que nous nous r\u00e9f\u00e9rons ici.<\/p>\n<p>Pour ce qui est de l&rsquo;impact sur les changements organisationnels de l&rsquo;\u00c9glise catholique qu\u00e9b\u00e9coise, on part facilement de l&rsquo;id\u00e9e que les femmes \u00e9tant diff\u00e9rentes des hommes par nature ou par culture, leur pr\u00e9sence engendrera automatiquement des changements. Certains faits d\u00e9montrent qu&rsquo;un tel pr\u00e9suppos\u00e9 est loin d&rsquo;\u00eatre s\u00fbr. Pour r\u00e9pondre d&rsquo;une fa\u00e7on rigoureuse \u00e0 la question :\u00abLa pr\u00e9sence des femmes comme agente de pastorale, th\u00e9ologienne, gestionnaire hi\u00e9rarchique ou cadre sp\u00e9cialis\u00e9e a-t-elle modifi\u00e9 l&rsquo;organisation et la gestion concr\u00e8tes des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes? \u00bb, il faudrait pouvoir comparer le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent \u00e0 partir d&rsquo;\u00e9tudes d&rsquo;observation et d&rsquo;analyse du fonctionnement concret des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes. Ces \u00e9tudes sont peu nombreuses et plut\u00f4t r\u00e9centes. Nous voyons donc notre intervention comme une modeste participation \u00e0 la r\u00e9flexion sur le sujet et comme un outil d\u00e9clencheur de votre propre r\u00e9flexion.<\/p>\n<p>De plus, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de suivre un chemin qui, aux yeux je certaines personnes, appara\u00eetra comme un d\u00e9tour inutile. Pour chacun des aspects que nous d\u00e9sirons traiter, nous nous r\u00e9f\u00e9rerons d&rsquo;abord \u00e0 la r\u00e9flexion sur la condition des femmes dans les milieux\u00a0 de travail non religieux avant d&rsquo;aborder leur situation en \u00c9glise. Une telle approche a deux avantages: elle fait ressortir l&rsquo;influence du contexte social sur le fonctionnement du milieu religieux et elle montre de quelle fa\u00e7on les sp\u00e9cialistes de la gestion ont \u00e9tudi\u00e9 cette question.<\/p>\n<p>Enfin, apr\u00e8s un bref rappel de l&rsquo;influence du contexte social sur la situation des femmes au travail, nous aborderons ce dernier aspect d&rsquo;une fa\u00e7on sp\u00e9cifique. Dans une premi\u00e8re section, nous traiterons des acquis et de la situation actuelle des femmes au travail comme employ\u00e9es et, ensuite, comme gestionnaires ou cadres sp\u00e9cialis\u00e9es. Dans chaque cas, nous traiterons d&rsquo;abord de la situation des travailleuses \u00abau plan civil\u00bb pour passer ensuite \u00e0 leur condition en \u00c9glise. \u00c0 la suite de ce constat, nous nous demanderons \u00e0 partir de certains indicateurs, jusqu&rsquo;\u00e0 quel point les femmes seront en mesure de r\u00e9pondre aux attentes des chr\u00e9tiens de demain.<\/p>\n<p class=\"centre gras\"><strong>LES FEMMES ET LES MILIEUX DE TRAVAIL<\/strong><\/p>\n<p><strong><span class=\"gras\">Les femmes au sein d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 patriarcale<\/span><\/strong><\/p>\n<p>Partons du rez-de-chauss\u00e9e que repr\u00e9sente la soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale par o\u00f9 nous devons passer pour monter aux \u00e9tages sup\u00e9rieurs. La tr\u00e8s forte majorit\u00e9 des analystes de la situation des femmes ont insist\u00e9 sur l&rsquo;influence des valeurs et des normes v\u00e9hicul\u00e9es dans toutes les sph\u00e8res de la soci\u00e9t\u00e9 sur la condition des travailleuses.<\/p>\n<p>De la reine Hatchepsout<a>[6]<\/a> <a name=\"ret6\"><\/a> , en passant par les h\u00e9ro\u00efnes de Sophocle<a>[7]<\/a> <a name=\"ret7\"><\/a> , jusqu&rsquo;\u00e0 ma m\u00e8re qui a souffert, m&rsquo;a-t-elle dit au soir de sa vie, de devoir demander la permission au cur\u00e9 de la paroisse pour espacer les naissances, jusqu&rsquo;\u00e0 la bataille que m\u00e8nent pr\u00e9sentement les femmes pour \u00eatre membres de l&rsquo;Orchestre symphonique de Vienne<a>[8]<\/a> <a name=\"ret8\"><\/a> , une profonde continuit\u00e9 se dessine et un fait est ind\u00e9niable: dans l&rsquo;ensemble, ce sont les hommes qui ont fa\u00e7onn\u00e9 les soci\u00e9t\u00e9s et qui les ont dirig\u00e9es sans jamais donner \u00e0 l&rsquo;ensemble des femmes la reconnaissance de leurs droits fondamentaux ni les conditions de leur plein \u00e9panouissement comme \u00eatres humains et comme femmes<a>[9]<\/a> <a name=\"ret9\"><\/a>. L&rsquo;homme masculin et l&rsquo;organisation semblent ne plus \u00eatre dissociables: ils sont comme la peau et la couleur de la peau, m\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne de culture. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on a appel\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale et la litt\u00e9rature f\u00e9ministe s&rsquo;y r\u00e9f\u00e8re constamment.<\/p>\n<p>Pour mettre un b\u00e9mol \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ralisation, notons cependant que, m\u00eame dirig\u00e9es par des hommes, les soci\u00e9t\u00e9s sont loin de toujours avoir r\u00e9pondu aux attentes des autres hommes et de leur avoir donn\u00e9 les moyens de leur \u00e9panouissementt personnel.<\/p>\n<p>Le Qu\u00e9bec n&rsquo;a pas plus \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne que l&rsquo;\u00c9glise catholique qui a v\u00e9cu en son sein. Si elle a eu longtemps et a encore des raisons de nature id\u00e9ologique pour restreindre le champ d&rsquo;activit\u00e9 des femmes, on peut penser que le climat social ambiant a d\u00fb et doit encore renforcer ses convictions.<\/p>\n<p class=\"italique\"><em>Les femmes et le march\u00e9 du travail: le niveau des employ\u00e9es<\/em><\/p>\n<p><em>a) Au plan civil<\/em><\/p>\n<p>Passons \u00e0 la situation des femmes sur le march\u00e9 du travail. Parlons-en dans leur t\u00e2che de production ou de service direct \u00e0 la client\u00e8le avant de les voir comme cadres ou gestionnaires.<\/p>\n<p>Il faudrait refaire ici l&rsquo;historique de l&rsquo;\u00e9volution du monde du travail depuis les d\u00e9buts de l&rsquo;industrialisation sauvage jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui. Il faudrait expliquer comment le mod\u00e8le bureaucratique s&rsquo;est largement impos\u00e9 dans les grandes entreprises priv\u00e9es et publiques, influen\u00e7ant par la suite les petites et moyennes entreprises aussi bien que toutes les formes d&rsquo;organisation du travail. Des McDonald&rsquo;s aux CLSC, on retrouve des ressemblances importantes. Non seulement nos organisations, surtout industrielles, sont en train de d\u00e9truire l&rsquo;environnement, mais elles arrivent mal \u00e0 cr\u00e9er un climat o\u00f9 la personne humaine puisse vivre en utilisant une ressource qui lui est propre: son cerveau, et, d\u00e8s lors, puisse avoir la ma\u00eetrise de son milieu de travail et prendre part \u00e0 toutes les d\u00e9cisions qui l&rsquo;affectent. Omar Aktouf<a>[10]<\/a> <a name=\"ret10\"><\/a> documente fortement cette conclusion g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 que l&rsquo;industrialisation se soit civilis\u00e9e, certaines r\u00e9alit\u00e9s, telles que les formes violentes de harc\u00e8lement sexuel au travail, demeurent le lot des femmes. De plus, en comparaison avec les hommes dans le m\u00eame contexte de travail, les femmes ont toujours \u00e9t\u00e9 d\u00e9favoris\u00e9es. Michel Perreault, dans une \u00e9tude fort rigoureuse<a>[11]<\/a> <a name=\"ret11\"><\/a> , nous d\u00e9crit d&rsquo;abord le processus de s\u00e9gr\u00e9gation des emplois en typiquement f\u00e9minins et typiquement masculins. Ensuite, il diss\u00e8que les caract\u00e9ristiques du travail des femmes par comparaison \u00e0 celui des hommes dans les m\u00eames cat\u00e9gories de postes de travail. Il identifie quatorze caract\u00e9ristiques qui marquent un clivage entre les deux groupes; la configuration qui s\u2019en d\u00e9gage est tr\u00e8s claire: les femmes sont consid\u00e9r\u00e9es dans l&rsquo;organisation du travail comme ayant un potentiel et des aptitudes qui en font des travailleuses de seconde zone.<\/p>\n<p>L&rsquo;Organisation internationale du travail qui vient de d\u00e9poser un rapport sur la condition de la femme dans le monde<a>[12]<\/a> <a name=\"ret12\"><\/a> confirme ce m\u00eame constat. Je cite :<\/p>\n<p class=\"tab_tab\" style=\"padding-left: 30px;\">Par rapport aux hommes, les femmes sont toujours confront\u00e9es \u00e0 des niveaux salariaux in\u00e9gaux, \u00e0 des possibilit\u00e9s inf\u00e9rieures de formation, \u00e0 un acc\u00e8s in\u00e9gal aux ressources de production, \u00e0 la s\u00e9gr\u00e9gation et \u00e0 la concentration dans une portion \u00e9troite des secteurs dits f\u00e9minins et leur progression dans la hi\u00e9rarchie est limit\u00e9e.<\/p>\n<p>Aux \u00e9l\u00e9ments mentionn\u00e9s dans cette conclusion du rapport de l&rsquo;OIT, il faut ajouter le conflit entre le travail ext\u00e9rieur et le travail domestique. Le beau r\u00f4le de m\u00e8re et d&rsquo;\u00e9ducatrice des enfants a \u00e9t\u00e9 fortement valoris\u00e9; mais, dans le contexte actuel, il est la cause de nombreux obstacles injustifi\u00e9s pour la femme au travail, il l&rsquo;oblige \u00e0 une vie de tension incroyable. Perreault note que la r\u00e9alit\u00e9 fait mentir les pronostics qu&rsquo;on avait pos\u00e9s concernant la participation des hommes nouveaux aux travaux domestiques<a>[13]<\/a> <a name=\"ret13\"><\/a> .\u00a0 Une fois de plus, les hommes gardent le gros bout du b\u00e2ton.<\/p>\n<p class=\"italique\"><em>b) Qu&rsquo;en est-il de l&rsquo;\u00c9glise?<\/em><\/p>\n<p>Sommes-nous si loin de cette r\u00e9alit\u00e9 dans notre \u00c9glise catholique? Peut-\u00eatre que non. L&rsquo;\u00c9glise catholique a baign\u00e9 dans ce climat occidental. Elle est rest\u00e9e au cours du xx<sup>e<\/sup> si\u00e8cle une multinationale fortement centralis\u00e9e au niveau des d\u00e9cisions, quoique d\u00e9centralis\u00e9e au niveau territorial. Elle a maintenu des normes, des standards et des r\u00e8glements qui ne laissaient pas toujours la marge de manoeuvre correspondant aux capacit\u00e9s et aux attentes r\u00e9elles de ses membres, qui s&rsquo;\u00e9taient soumis ou adapt\u00e9s au cours des si\u00e8cles. On l&rsquo;a vu avec Jean XXIII qui a appliqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise universelle ce que toutes les grandes organisations bureaucratiques discutent depuis plusieurs ann\u00e9es \u00a0comment diminuer le poids d\u00e9cisionnel des sp\u00e9cialistes et des si\u00e8ges sociaux pour redonner \u00e0 la ligne hi\u00e9rarchique et \u00e0 ceux qui sont plus proches de la base leur pouvoir de d\u00e9cision? Une comparaison avec le fonctionnement des \u00e9glises protestantes peut permettre de mieux saisir cette affirmation, en plus d&rsquo;en tirer des le\u00e7ons fructueuses<a>[14]<\/a> <a name=\"ret14\"><\/a> .<\/p>\n<p>Lorsque j&rsquo;\u00e9tais conseiller pour les communaut\u00e9s religieuses, j&rsquo;ai entendu pendant des heures des religieux et des religieuses d\u00e9crire leur vie durant la p\u00e9riode qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le tournant de 1970, avant que les ondes de choc de Vatican Il ne les rejoignent concr\u00e8tement. Ils tenaient exactement les m\u00eames propos que les cadres et les ouvriers en milieu de travail. Ils invoquaient l&rsquo;absence du droit de penser, de parler et d&rsquo;avoir le contr\u00f4le de leur environnement imm\u00e9diat de travail, donc de participer aux d\u00e9cisions qui les concernaient \u00e9troitement. Si la firme \u00e0 laquelle j&rsquo;appartenais a pu travailler aupr\u00e8s des communaut\u00e9s religieuses avec la m\u00eame philosophie de gestion et les m\u00eames outils qu&rsquo;avec les gestionnaires des entreprises de production et de service, c&rsquo;est que les conditions de travail \u00e9taient exactement les m\u00eames, malgr\u00e9 des missions, des valeurs et des structures diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>A-t-on gard\u00e9 des relents de cette \u00e9poque pas si lointaine malgr\u00e9 les progr\u00e8s accomplis? Un certain nombre disent oui. On en a un bon exemple dans les d\u00e9bats actuels concernant les conseils pastoraux de paroisse, o\u00f9 les membres se plaignent de ne pas \u00eatre trait\u00e9s comme des partenaires \u00e0 part enti\u00e8re. Posons une question: Jusqu&rsquo;\u00e0 quel point, au-del\u00e0 de certains leaders, les femmes prennent-elles vraiment la parole telle qu&rsquo;elles le pourraient ou le devraient?<\/p>\n<p>Puisque nous sommes en famille, laissez-moi vous raconter un fait significatif. Il y a quelques ann\u00e9es, j&rsquo;ai servi de conseiller \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e des \u00e9v\u00eaques du Qu\u00e9bec. Je travaillais avec le Comit\u00e9 des priorit\u00e9s en vue de repenser les rapports entre les divers comit\u00e9s qui forment la structure d&rsquo;ensemble de l&rsquo;A\u00c9Q. Apr\u00e8s trois mois de d\u00e9blayage, les responsables des divers comit\u00e9s demand\u00e8rent au responsable du Comit\u00e9 des priorit\u00e9s une demi-journ\u00e9e de travail pour faire le point sur l&rsquo;\u00e9tat des travaux. Ce responsable a donc r\u00e9uni tous ces comit\u00e9s pr\u00e9sid\u00e9s par un \u00e9v\u00eaque et chacun d&rsquo;eux \u00e9tait accompagn\u00e9 de la personne permanente attach\u00e9e \u00e0 son comit\u00e9. En l&rsquo;occurrence, il n&rsquo;y avait que des femmes \u00e0 ce poste. Durant toute la r\u00e9union, pas une seule femme ne fut invit\u00e9e explicitement \u00e0 intervenir dans la discussion et aucune d&rsquo;elle ne prit la parole. J&rsquo;en fus scandalis\u00e9 car j&rsquo;\u00e9tais convaincu que, sur certains aspects, ces femmes poss\u00e9daient une expertise plus raffin\u00e9e ou auraient eu une fa\u00e7on diff\u00e9rente et plus efficace d&rsquo;exposer le sujet. Le lendemain, j&rsquo;attirai l&rsquo;attention du responsable du Comit\u00e9 des priorit\u00e9s et du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;A\u00c9Q \u00e0 ce sujet. On ne peut attribuer de tels comportements aux caract\u00e9ristiques personnelles de ces femmes comp\u00e9tentes et engag\u00e9es. Il est de l&rsquo;ordre des normes et des standards, qu&rsquo;on appelle l&rsquo;ordre structurel.<\/p>\n<p>Comment les femmes pourraient-elles \u00e9viter de subir le contrecoup d&rsquo;un climat qui a affect\u00e9 m\u00eame la main-d&rsquo;oeuvre masculine avant leur arriv\u00e9e en pastorale? Pour s&rsquo;en convaincre, il faut lire les quelques \u00e9tudes que des sp\u00e9cialistes des sciences humaines ont men\u00e9es sur le cheminement de carri\u00e8re des pr\u00eatres, sur les diff\u00e9rents climats de travail qui r\u00e9gnaient dans les presbyt\u00e8res, sur le sentiment d&rsquo;ali\u00e9nation v\u00e9cue par des vicaires et des la\u00efques engag\u00e9s, sur les conflits mal r\u00e9gl\u00e9s entre les si\u00e8ges dioc\u00e9sains et les paroisses, ou les oeuvres qui leur \u00e9taient rattach\u00e9es<a>[15]<\/a> <a name=\"ret15\"><\/a> . Bien des hommes de bonne volont\u00e9 se sont sentis diminu\u00e9s comme \u00eatre humain. La plupart d&rsquo;entre eux ont peut-\u00eatre trouv\u00e9 dans la gr\u00e2ce la force d&rsquo;assumer cette condition, mais certains ont d\u00e9rap\u00e9 dans les abus sexuels, l&rsquo;alcoolisme, le vol, la violence verbale faite aux paroissiens et la menace brandie au nom de Dieu. Je suis toujours surpris de constater, lorsque de tels \u00e9v\u00e9nements surviennent dans notre \u00c9glise, que le discours officiel a tendance \u00e0 attribuer ces d\u00e9rapages au fait que les clercs sont des \u00eatres humains susceptibles de faire des erreurs. En r\u00e9agissant ainsi, on fait porter aux seuls individus le poids de ce type d&rsquo;erreur sans se questionner, du moins publiquement, sur les facteurs organisationnels qui influencent de tels comportements.<\/p>\n<p>Le monde du travail a \u00e9volu\u00e9 \u00e0 ce sujet. Depuis maintenant une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es, des entreprises acceptent de collaborer avec les universitaires pour analyser le fonctionnement de leurs gestionnaires; elles acceptent aussi de rendre publics un certain nombre de r\u00e9sultats, m\u00eame si elles pr\u00e9f\u00e8rent toujours que les exp\u00e9riences r\u00e9ussies aient la vedette.<\/p>\n<p>Combien d&rsquo;\u00e9tudes poss\u00e9dons-nous sur le style de leadership des \u00e9v\u00eaques, sur le niveau de satisfaction des paroissiens, sur l&rsquo;\u00e9puisement professionnel dans le clerg\u00e9 et parmi les agents de pastorale, sur les facteurs d&rsquo;efficacit\u00e9 dans la gestion des paroisses, sur le niveau de participation des paroissiens dans les d\u00e9cisions? Une telle absence est le reflet d&rsquo;une certaine forme de bureaucratisation.<\/p>\n<p>Il ne faut cependant pas durcir une telle conclusion. Si nous revenons \u00e0 la situation sp\u00e9cifique des femmes r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es en pastorale au Qu\u00e9bec, nous constatons que c&rsquo;est \u00e0 leur sujet qu&rsquo;on poss\u00e8de peut-\u00eatre le plus de donn\u00e9es empiriques. Ces donn\u00e9es font ressortir certains acquis qui marquent s\u00fbrement une avance par rapport \u00e0 d&rsquo;autres r\u00e9gions du monde. J&rsquo;ai lu avec attention, pour ne pas dire avec passion, le livre <i>Les Soutanes roses<\/i><a>[16]<\/a> <a name=\"ret16\"><\/a> . On y constate que cette \u00c9glise catholique du Qu\u00e9bec \u00e9chappe, du moins en partie, \u00e0 la tendance des milieux de travail \u00e0 cantonner les femmes uniquement dans les t\u00e2ches les moins valorisantes. Dans la sph\u00e8re trop \u00e9troite qui demeure disponible, elles occupent quand m\u00eame un large \u00e9ventail de postes: intervenantes, sp\u00e9cialistes, gestionnaires et th\u00e9ologiennes.<\/p>\n<p>Par contre, la venue des femmes au poste de responsable de paroisse s&rsquo;accompagne peut-\u00eatre d&rsquo;une baisse de statut et d&rsquo;une augmentation de la t\u00e2che. \u00a0On peut le voir par la pr\u00e9sence des mod\u00e9rateurs qui sont le fruit d&rsquo;un compromis avec le droit canonique. De plus, l&rsquo;\u00e9puisement professionnel s&rsquo;\u00e9tend dans certains dioc\u00e8ses, mais on en fait peu l&rsquo;\u00e9tude.<\/p>\n<p>Enfin, signalons l&rsquo;absence des hommes la\u00efques dans le recrutement et l&rsquo;invitation \u00e0 participer aux activit\u00e9s pastorales. Quoique non voulu par les femmes, nous croyons que ce ph\u00e9nom\u00e8ne aura des r\u00e9percussions n\u00e9gatives \u00e0 plus ou moins long terme. Il est assez probable que si la tendance se maintient, comme dit si bien Bernard Der\u00f4me les soirs d&rsquo;\u00e9lection, l&rsquo;\u00c9glise catholique qu\u00e9b\u00e9coise de demain sera faite d&rsquo;une tr\u00e8s forte majorit\u00e9 de femmes aux postes d&rsquo;intervention et de conseil. Comme le poste d&rsquo;\u00e9v\u00eaque leur sera ferm\u00e9e encore longtemps, il faudra commencer \u00e0 songer \u00e0 la fusion des dioc\u00e8ses dans une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es, \u00e0 moins d&rsquo;accepter de diminuer consid\u00e9rablement la qualit\u00e9 des \u00e9v\u00eaques, puisque la th\u00e9orie dit qu&rsquo;il faut disposer d&rsquo;un large r\u00e9servoir pour recruter des cadres sup\u00e9rieurs comp\u00e9tents, \u00e0 moins qu&rsquo;on ne les exporte des nouveaux pays fortement \u00e9vang\u00e9lis\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"italique\"><em>Les femmes cadres ou gestionnaires<\/em><\/p>\n<p>Montons \u00e0 un autre palier que celui de la condition des femmes oeuvrant au niveau de la production ou du contact direct avec la client\u00e8le. Parlons des cadres, des gestionnaires ou des sp\u00e9cialistes.<\/p>\n<p class=\"italique\"><em>a) Au plan civil<\/em><\/p>\n<p>Si on passe en revue les principales \u00e9tudes empiriques sur la condition des femmes gestionnaires<a>[17]<\/a> <a name=\"ret17\"><\/a> , trois aspects g\u00e9n\u00e9raux ont \u00e9t\u00e9 explor\u00e9s :<\/p>\n<p class=\"tab_tab\" style=\"padding-left: 30px;\">&#8211; Les difficult\u00e9s d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 ces postes de gestionnaire et le niveau hi\u00e9rarchique que les femmes peuvent atteindre. Celles-ci restent en majorit\u00e9 cantonn\u00e9es aux niveaux inf\u00e9rieur et interm\u00e9diaire. L&rsquo;OIT mentionne que 6% atteignent le niveau sup\u00e9rieur<a>[18]<\/a> <a name=\"ret18\"><\/a> .<\/p>\n<p class=\"tab_tab\" style=\"padding-left: 30px;\">&#8211; L&rsquo;obtention de conditions de travail ad\u00e9quates et adapt\u00e9es \u00e0 leur situation de femme et de m\u00e8re, tant pour elles-m\u00eames dans leur poste de gestion que pour leurs consoeurs en contact direct avec la client\u00e8le. \u00a0Ceci constitue une pr\u00e9occupation majeure, sinon la pr\u00e9occupation prioritaire, chez les femmes cadres. Les \u00e9tudes d\u00e9montrent que ces femmes font face aux m\u00eames difficult\u00e9s de la part de l&rsquo;organisation -celle des hommes- que leurs consoeurs au niveau de la production, au point que certaines f\u00e9ministes plus radicales clament bien haut que les femmes ne devraient pas aller y gaspiller le meilleur de leurs \u00e9nergies et de leurs talents, mais devraient les garder pour lutter et chercher \u00e0 modifier cette bureaucratie \u00e9touffante.<\/p>\n<p class=\"tab_tab\" style=\"padding-left: 30px;\">&#8211; La possibilit\u00e9, une fois rendue au pouvoir, de modifier la trajectoire et la culture de l&rsquo;organisation. Les \u00e9tudes ont tendance \u00e0 d\u00e9montrer que la pr\u00e9sence des femmes a apport\u00e9 des modit\u00efcations \u00e0 certains fonctionnements de l&rsquo;organisation, mais qu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9 peu en mesure, jusqu&rsquo;ici, d&rsquo;affecter le fonctionnement d&rsquo;ensemble de l&rsquo;appareil. Le syst\u00e8me est trop lourd, sauf pour un certain nombre de femmes qui deviennent chefs de petites ou de moyennes entreprises, souvent de caract\u00e8re familial.<\/p>\n<p>Nous devons nous demander d&rsquo;o\u00f9 viennent les r\u00e9sistances au changement car, franchement, je n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 affirmer que rien, absolument rien de ce que j&rsquo;ai lu, vu ou entendu au cours de mes ann\u00e9es professionnelles me laisse croire que les femmes en tant que femmes ne sont pas aussi en mesure que les hommes d&rsquo;occuper n&rsquo;importe quel poste de gestion, \u00e0 n&rsquo;importe quel niveau, n&rsquo;importe o\u00f9. La qualit\u00e9 la plus fondamentale pour \u00eatre gestionnaire est de poss\u00e9der un cerveau capable d&rsquo;\u00e9tablir des connexions et un coeur capable d&rsquo;\u00eatre sensible aux \u00eatres humains. Le reste est question de s\u00e9lection, de formation et de support de la part de l&rsquo;organisation.<\/p>\n<p>Pendant dix ans, j&rsquo;ai \u00e9cout\u00e9, au cours de sessions intensives de formation, des gestionnaires masculins donner les nombreuses raisons pour que les femmes restent \u00absur le plancher\u00bb, comme ils disaient. Je peux regrouper ces arguments en trois cat\u00e9gories: le manque d&rsquo;aptitude des femmes pour la gestion, les grandes qualit\u00e9s qu&rsquo;elles manifestent et qui leur sont propres dans les travaux d&rsquo;ex\u00e9cution et, de toute fa\u00e7on, le peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat que pr\u00e9sente la fonction de gestion et le stress qu&rsquo;elle engendre. \u00c0 cela, il faudrait ajouter une synth\u00e8se de la r\u00e9flexion de Lise No\u00ebl<a>[19]<\/a> <a name=\"ret19\"><\/a> sur les rapports entre les majorit\u00e9s et les minorit\u00e9s.<\/p>\n<p>Il est normal alors de discuter de la fameuse question du nombre critique de femmes, tant au niveau de la base que de la gestion, comme une des solutions \u00e0 cette situation. Cette approche pr\u00e9suppose que le poids du nombre entra\u00eenerait des changements dans la culture masculine. Les donn\u00e9es recueillies par le Comit\u00e9 d&rsquo;\u00e9quit\u00e9 ou celui de la condition f\u00e9minine d\u00e9montrent le contraire. Francine Harel Giasson<a>[20]<\/a> <a name=\"ret20\"><\/a> affirme que, selon certaines \u00e9tudes, 20% est le pourcentage qui am\u00e8ne les hommes \u00e0 modifier leurs comportements, mais lorsque ce pourcentage atteint 30% , les hommes et l\u2019organisation qu&rsquo;ils ont mise en place commencent \u00e0 se crisper et \u00e0 manifester plus de r\u00e9sistance.<\/p>\n<p class=\"italique\"><em>b) Au plan religieux<\/em><\/p>\n<p>Dans l&rsquo;ensemble, il en est du milieu religieux comme du milieu non religieux. Les <i>Soutanes roses<\/i> nous en trace un portrait comportant un certain nombre d&rsquo;aspects positifs mais \u00e9galement des contraintes et des limites. Des diff\u00e9rences importantes existent entre les dioc\u00e8ses sur les postes offrant des responsabilit\u00e9s de leadership et confi\u00e9s aux femmes. Toutefois, plus on monte dans la hi\u00e9rarchie de l&rsquo;\u00c9glise, plus cette pr\u00e9sence se rar\u00e9fie. La pr\u00e9sence de quelques femmes alibis dans certaines commissions nationales ou pontificales ne doit pas faire illusion. Disons que les progr\u00e8s sont constants mais que la mont\u00e9e est lente.<\/p>\n<p>On pourrait faire ici un parall\u00e8le int\u00e9ressant avec les institutions non religieuses. Les clercs sont dans l&rsquo;\u00c9glise ce que les m\u00e9decins ont \u00e9t\u00e9 longtemps dans les h\u00f4pitaux, les professeurs dans les \u00e9coles, les ing\u00e9nieurs dans les entreprises de nature technique: on ne pouvait imaginer que le directeur g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;un h\u00f4pital ne soit pas un m\u00e9decin, ou celui d&rsquo;une grosse commission scolaire. un enseignant. Dans ces institutions, tout cela a chang\u00e9. Les femmes ont un double obstacle \u00e0 franchir dans l&rsquo;\u00c9glise: que des la\u00efques puissent occuper de plus en plus de postes dans la hi\u00e9rarchie religieuse et que les femmes aient les m\u00eames droits que les hommes \u00e0 ce sujet.<\/p>\n<p>Il faudrait ici ins\u00e9rer la question des communaut\u00e9s religieuses f\u00e9minines. Dans l&rsquo;\u00c9glise catholique, c&rsquo;est le seul lieu o\u00f9 les femmes ont atteint les plus hauts postes de la hi\u00e9rarchie et ont fait la preuve de leur comp\u00e9tence. Une hypoth\u00e8se sociologique<a>[21]<\/a> <a name=\"ret21\"><\/a> veut qu&rsquo;un des facteurs de la prolif\u00e9ration des communaut\u00e9s religieuses f\u00e9minines au Qu\u00e9bec au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ait tenu \u00abau besoin d&rsquo;int\u00e9gration sociale des veuves et des femmes c\u00e9libataires d&rsquo;un certain \u00e2ge dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les statuts et les r\u00f4les f\u00e9minins \u00e9taient peu diversifi\u00e9s. Ces femmes sortaient de la zone grise et passive des marginalis\u00e9es pour atteindre au statut valoris\u00e9 et valorisant de fondatrices et de leaders\u00bb (p.11). On pourrait se demander pourquoi elles n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 en mesure d&rsquo;influencer davantage le fonctionnement de l&rsquo;ensemble de l&rsquo;institution, si tant est fond\u00e9e l&rsquo;id\u00e9e que les caract\u00e9ristiques f\u00e9minines doivent changer la culture organisationnelle typiquement masculine.<\/p>\n<p>En se r\u00e9f\u00e9rant au chanoine Hostie, on peut mieux comprendre pourquoi cette influence a \u00e9t\u00e9 limit\u00e9e, malgr\u00e9 que tr\u00e8s t\u00f4t, dans la vie monastique, les femmes furent en nombre sup\u00e9rieur :<\/p>\n<p class=\"tab_tab\" style=\"padding-left: 30px;\">Quoi qu&rsquo;il en soit, force est de reconna\u00eetre que dans la vie religieuse -tout comme dans la vie de l&rsquo;\u00c9glise- l&rsquo;initiative structurante et l&rsquo;activit\u00e9 organisationnelle sont assum\u00e9es de fait par les hommes, m\u00eame si les femmes y ont pris une part tr\u00e8s active et m\u00eame pr\u00e9pond\u00e9rante au point de vue num\u00e9rique. Qu&rsquo;une telle situation se soit traduite de plus en plus en une supr\u00e9matie de droit, n&rsquo;a rien d&rsquo;\u00e9tonnant. D\u00e8s lors, les hommes la ressentaient comme allant de soi, comme toute naturelle, voire comme voulue par Dieu. Et les femmes leur embo\u00eetaient le pas. Ce n&rsquo;est que tout r\u00e9cemment que sur ce point -comme en tant d&rsquo;autres &#8211; des questions pertinentes -ou impertinentes aux yeux de certains -sont soulev\u00e9es<a>[22]<\/a> <a name=\"ret22\"><\/a> .<\/p>\n<p>Les quelques exp\u00e9riences des monast\u00e8res doubles o\u00f9 l&rsquo;abbesse a pleine autorit\u00e9 sur tous les membres, y compris les moines, mais o\u00f9 ceux-ci gardent les fonctions sp\u00e9cialis\u00e9es sacramentelles n&rsquo;arriveront pas \u00e0 modifier la trajectoire et elles dispara\u00eetront avec le temps<a>[23]<\/a> <a name=\"ret23\"><\/a> .<\/p>\n<p>Je sais que maintenant la question est rediscut\u00e9e dans les communaut\u00e9s f\u00e9minines et des \u00e9crits t\u00e9moignent qu&rsquo;on tente d&rsquo;apporter des changements<a>[24]<\/a> <a name=\"ret24\"><\/a> .<\/p>\n<p>Il est int\u00e9ressant de piger dans l&rsquo;exp\u00e9rience des femmes pasteures anglicanes pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la question. \u00a0Elle d\u00e9montre que l&rsquo;accessibilit\u00e9 des femmes au poste de pasteure progresse gr\u00e2ce \u00e0 un certain nombre d&rsquo;\u00e9v\u00eaques et de congr\u00e9gations qui adoptent une attitude positive et ouverte, mais les r\u00e9sistances demeurent intenses chez d&rsquo;autres. Une fois le poste de pasteure atteint, un certain nombre de difficult\u00e9s continuent \u00e0 se manifester et les pasteures anglicanes gardent un peu sur le c\u0153ur les compromis qu&rsquo;a faits la haute direction de leurs \u00c9glises en acceptant leur pr\u00e9sence. Quant \u00e0 influencer le fonctionnement global, le ph\u00e9nom\u00e8ne est trop jeune et leur cr\u00e9dibilit\u00e9 n&rsquo;est pas acquise<a>[25]<\/a> <a name=\"ret25\"><\/a> .<\/p>\n<p class=\"italique\"><em>Premi\u00e8re conclusion<\/em><\/p>\n<p>Dans l&rsquo;\u00c9glise catholique du Qu\u00e9bec, comme dans les autres secteurs de la soci\u00e9t\u00e9 et peut-\u00eatre influenc\u00e9e par eux, les femmes occupent de plus en plus le march\u00e9 du travail r\u00e9mun\u00e9r\u00e9. Certaines acc\u00e8dent, quoique lentement, \u00e0 des postes de gestion qui donnent le pouvoir de d\u00e9cision propre \u00e0 assurer les changements attendus et n\u00e9cessaires dans une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9quitable. Par contre, en n&rsquo;acc\u00e9dant ni au sacerdoce, ni \u00e0 l&rsquo;\u00e9piscopat, ni aux postes des dicast\u00e8res romains, leur pr\u00e9sence influence peu le fonctionnement plus global des institutions eccl\u00e9siales.<\/p>\n<p>Ce constat \u00e9tant \u00e9tabli, il faut signaler certaines lacunes qui apparaissent dans la r\u00e9flexion et les \u00e9tudes f\u00e9ministes. Trois ph\u00e9nom\u00e8nes, \u00e0 mon avis, y sont rarement mentionn\u00e9s :<\/p>\n<p class=\"tab_tab\" style=\"padding-left: 30px;\">&#8211; \u00c0 part l&rsquo;abus sexuel qui n&rsquo;est pas \u00e0 minimiser et envers lequel on devrait adopter une attitude de tol\u00e9rance z\u00e9ro, la plupart des facteurs qui furent causes, tout au long de l&rsquo;histoire du travail, des souffrances et de la d\u00e9tresse des femmes le furent \u00e9galement pour les hommes, mais \u00e0 un moindre degr\u00e9 sur un certain nombre d&rsquo;aspects. Le mythe de la solidarit\u00e9 et de la conspiration entre hommes n&rsquo;est pas absolu: le m\u00e2le a exploit\u00e9 et exploite encore le m\u00e2le.<\/p>\n<p>La situation des clercs en \u00c9glise -car l&rsquo;individu n&rsquo;est pas qu&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 structurelle- n&rsquo;est pas simple. La d\u00e9croissance, les inqui\u00e9tudes face \u00e0 l&rsquo;avenir, l&rsquo;adaptation aux changements et l&rsquo;\u00e9tablissement de nouveaux rapports avec les femmes n&rsquo;est pas facile.<\/p>\n<p class=\"tab_tab\" style=\"padding-left: 30px;\">&#8211; Depuis les deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, on insiste sur les nombreux autres groupes qui n&rsquo;ont pas droit \u00e0 leur juste part du travail comme lieu de dignit\u00e9 humaine et de croissance personnelle: les d\u00e9crocheurs scolaires, les ex-alcooliques et toxicomanes, les handicap\u00e9s physiques et mentaux, les assist\u00e9s sociaux, les personnes aux prises avec la maladie mentale, les ex-d\u00e9tenus, les minorit\u00e9s sexuelles: gais, lesbiennes et transsexuelles. Les femmes sauront-elles reconna\u00eetre cette r\u00e9alit\u00e9, non seulement pour elles-m\u00eames, mais \u00e9galement pour les hommes?<\/p>\n<p>O\u00f9 sont, en pastorale, les handicap\u00e9s, les ex-d\u00e9tenus et les autres groupes mentionn\u00e9s plus haut?<\/p>\n<p class=\"tab_tab\" style=\"padding-left: 30px;\">&#8211; On ne parle \u00e0 peu pr\u00e8s jamais des longs efforts que depuis toujours les syndicats, les universitaires et les gestionnaires ont fait pour rendre les entreprises plus humaines, prenant des risques certains chaque fois que les dossiers devenaient chauds. Par exemple, le pr\u00e9sident de Volvo en Su\u00e8de a d\u00fb risquer son poste pour obtenir des actionnaires qu&rsquo;on abandonne les cha\u00eenes de montage dans leurs usines, avant que partout dans le monde on tente difficilement de l&rsquo;imiter. Beaucoup de ces progr\u00e8s, quoique tr\u00e8s lents et pas assez massifs, ont aussi servi les femmes, m\u00eame s&rsquo;ils sont encore loin de r\u00e9pondre ad\u00e9quatement \u00e0 leurs attentes fort justifi\u00e9es.<\/p>\n<p>Des la\u00efques, des th\u00e9ologiens, des pr\u00eatres ont pris des risques pour favoriser les changements dans l&rsquo;\u00c9glise. M\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;hommes, les femmes reconna\u00eetront-elles leur participation au changement qu&rsquo;elles demandent?<\/p>\n<p class=\"centre gras\"><strong>LES FEMMES ET L\u2019\u00c9GLISE DE DEMAIN<\/strong><\/p>\n<p>Nous venons de traiter du pass\u00e9 et du pr\u00e9sent des femmes dans le travail pastoral. Qu&rsquo;en est-il des signes avant-coureurs concernant l&rsquo;avenir? \u00a0Si les femmes sont loin d&rsquo;occuper actuellement la place qui leur est due au plan organisationnel, celles qui y sont d\u00e9velopperont-elles les outils n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise de demain? Nous en traitons bri\u00e8vement.<\/p>\n<p class=\"italique\"><em>a) Au plan civil<\/em><\/p>\n<p>Au d\u00e9but du si\u00e8cle, tout gestionnaire acc\u00e9dait \u00e0 son poste sans formation professionnelle ou sp\u00e9cialis\u00e9e dans le domaine de la gestion. \u00a0Depuis ce temps, les C\u00e9geps ont introduit des cours de formation technique en gestion et toutes les universit\u00e9s ont cr\u00e9\u00e9 des d\u00e9partements sp\u00e9cialis\u00e9s touchant la gestion de presque tous les organismes connus: \u00e9coles, h\u00f4pitaux, industries, gouvernements, organismes sociaux et m\u00eame culturels. \u00a0Bient\u00f4t, plus personne n&rsquo;acc\u00e9dera \u00e0 un poste de gestion sans cette formation. M\u00eame certaines directrices d&rsquo;organismes communautaires qui encadrent neuf ou dix employ\u00e9es ont un baccalaur\u00e9at en administration ou dans des sciences humaines connexes, comme la psychologie du travail, le droit, les relations industrielles, l&rsquo;\u00e9conomie, l&rsquo;andragogie.<\/p>\n<p>Les femmes sont actives dans ce mouvement de recherche et de formation. \u00c0 l&rsquo;\u00c9cole des hautes \u00e9tudes commerciales, les inscriptions f\u00e9minines d\u00e9passent les 50% -ph\u00e9nom\u00e8ne compl\u00e8tement nouveau- et les femmes professeures, hardies et solidement outill\u00e9es, y prennent de plus en plus de place, y poussant \u00e0 fond l&rsquo;analyse de la condition f\u00e9minine. Un nouveau langage et une nouvelle culture organisationnelle s&rsquo;\u00e9difient au Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p class=\"italique\"><em>b) Au plan religieux<\/em><\/p>\n<p>Seule l&rsquo;\u00c9glise boude. Combien de th\u00e9ologiens eccl\u00e9siologues ont inscrit \u00e0 leur programme de doctorat des cours pris dans une facult\u00e9 universitaire de gestion? Combien d&rsquo;\u00e9v\u00eaques ont au moins un certificat, sinon un dipl\u00f4me, en gestion pour exercer la fonction de gouvernement qui leur est d\u00e9volue? Une fois de plus, Les <i>Soutanes roses<\/i> nous montrent que les agentes de pastorales, tant religieuses que la\u00efques, poss\u00e8dent dans l&rsquo;ensemble une formation scolaire relativement \u00e9lev\u00e9e et qu&rsquo;aux sciences religieuses qui pr\u00e9dominent, elles ajoutent des sciences humaines. Par contre, m\u00eame si l&rsquo;organisation compte pour 30% de toutes les t\u00e2ches mentionn\u00e9es, on y parle tr\u00e8s peu des \u00e9tudes sp\u00e9cialis\u00e9es dans le domaine de la gestion, m\u00eame les femmes qui travaillent dans les bureaux dioc\u00e9sains.<\/p>\n<p>Une tentative, amorc\u00e9e vers les ann\u00e9es 1960, pour fonder une \u00e9cole de formation \u00e0 la gestion des instituts religieux a avort\u00e9<a>[26]<\/a> <a name=\"ret26\"><\/a> . De plus, certains enseignements sur le leadership ou le travail en \u00e9quipe se donnent \u00e0 l&rsquo;Institut de pastorale de Montr\u00e9al ou ailleurs sans que les professeurs n\u2019aient une formation sp\u00e9cialis\u00e9e dans le domaine.<\/p>\n<p>Par contre, certaines initiatives de la Facult\u00e9 de th\u00e9ologie de l&rsquo;Universit\u00e9 de Montr\u00e9al sont un signe des temps: on y a introduit \u00e0 l&rsquo;automne un cours intitul\u00e9 \u00abLeadership et gestion pastorale\u00bb, donn\u00e9 par Lise Baroni qui a poursuivi des \u00e9tudes sp\u00e9cialis\u00e9es en administration sociale. Un pr\u00eatre, Guy Lagac\u00e9, de Rimouski y poursuit une th\u00e8se de doctorat sur la participation des la\u00efques aux d\u00e9cisions de son dioc\u00e8se, sans crainte de se laisser influencer par les sciences humaines de la gestion. \u00a0Ces sciences devraient \u00eatre au renouvellement du gouvernement des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes ce qu&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 l&rsquo;ethnographie et l&rsquo;histoire au renouveau biblique. Elles devraient dynamiser l&rsquo;action pastorale pratique et favoriser une augmentation de la qualit\u00e9 du fonctionnement des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes.<\/p>\n<p>Nous croyons que pour un nombre important de probl\u00e8mes auxquels sont confront\u00e9s les paroisses ou les dioc\u00e8ses, les sciences humaines de la gestion ont d\u00e9gag\u00e9 de l&rsquo;analyse des divers types d&rsquo;organisation des cadres th\u00e9oriques ou des m\u00e9thodes de travail qui peuvent \u00eatre utiles pour le gouvernement des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes. Une liste exhaustive serait trop longue, mais mentionnons, \u00e0 titre d&rsquo;exemples, l&rsquo;analyse diagnostique de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;une communaut\u00e9, la red\u00e9finition op\u00e9rationnelle de sa mission, la r\u00e9organisation des structures -incluant les fusions dont on parle beaucoup ces temps-ci-, l&rsquo;exercice du leadership, le financement des paroisses, les rapports entre le si\u00e8ge dioc\u00e9sain et les paroisses ou le provincialat et les maisons, les rapports entre les conseils de fabrique et l&rsquo;\u00e9quipe pastorale mandat\u00e9e, le fonctionnement des conseils pastoraux de paroisse, la formation des personnels de gestion, l&rsquo;\u00e9closion des centres de formation eux-m\u00eames, la participation aux d\u00e9cisions, et j&rsquo;en passe.<\/p>\n<p>Je terminerai en ne prenant qu&rsquo;un exemple pour illustrer mon propos: celui de la d\u00e9finition de la mission. Au plan th\u00e9orique, la puissante th\u00e9orie de Katz et Kahn<a>[27]<\/a> <a name=\"ret27\"><\/a> explique comment naissent, se d\u00e9veloppent et meurent les organisations. Ils nous ont montr\u00e9 qu&rsquo;apr\u00e8s une naissance centr\u00e9e sur l&rsquo;ext\u00e9rieur -les besoins du milieu-, l&rsquo;organisation se replie sur elle-m\u00eame, perd contact avec les changements externes et, lentement, s&rsquo;asphyxie. Souvent lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9veille, il est trop tard: d&rsquo;autres organisations ont pris la place et les soubresauts qui l&rsquo;agitent ne peuvent plus assurer sa survie que pour une p\u00e9riode limit\u00e9e. C&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;histoire de nos communaut\u00e9s religieuses et aussi celle des chr\u00e9tiens qui d\u00e9sertent les communaut\u00e9s et les lieux de pratique.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;on demande \u00e0 une paroisse ou \u00e0 une communaut\u00e9 religieuse d&rsquo;\u00e9crire d&rsquo;une fa\u00e7on op\u00e9rationnelle et claire ses objectifs pour l&rsquo;ann\u00e9e en cours -les objectifs sont la face concr\u00e8te de la mission-, on nous r\u00e9pond assez souvent en citant les quatre axes de l&rsquo;action pastorale, ce qui tient du langage proprement bureaucratique. La gestion a mis au point des m\u00e9thodes pr\u00e9cises pour analyser la mission, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour conna\u00eetre les attentes et les besoins de la population qu&rsquo;elle veut desservir, incluant des approches pour lui permettre de se prendre en charge.<\/p>\n<p>J&rsquo;illustrerai mon propos \u00e0 partir d&rsquo;une exp\u00e9rience v\u00e9cue au moment o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais consultant pour une communaut\u00e9 religieuse f\u00e9minine. En 1980, cette communaut\u00e9 religieuse d\u00e9cide de donner corps \u00e0 la mission telle que d\u00e9finie par le dernier Conseil g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Rome: venir en aide aux personnes les plus d\u00e9munies de la soci\u00e9t\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire ceux et celles que la soci\u00e9t\u00e9 et l&rsquo;\u00c9glise rejettent. C&rsquo;\u00e9tait hardi et t\u00e9m\u00e9raire.<\/p>\n<p>Le travail d\u00e9buta par un exercice qui consistait \u00e0 dresser la liste des groupes les plus d\u00e9munis au Qu\u00e9bec. La premi\u00e8re liste fut r\u00e9v\u00e9latrice. Elle identifiait la plupart des groupes reconnus et aupr\u00e8s desquels n&rsquo;importe quel travailleur social ou fonctionnaire gouvernemental \u00e9tait susceptible d&rsquo;intervenir, en assurant sa carri\u00e8re et en maintenant une image honorable de lui-m\u00eame dans notre soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise. En fait, il s&rsquo;agissait de groupes d\u00e9munis mais faisant toujours partie de cette majorit\u00e9 psychologique et sociale reconnue et admise ouvertement. Nulle part, on n&rsquo;y mentionnait les ex-d\u00e9tenus, les itin\u00e9rants \u00e0 probl\u00e8mes multiples, les prostitu\u00e9s masculins de la rue Sainte-Catherine et les prostitu\u00e9es f\u00e9minines de la rue Saint-Laurent, les gais, les lesbiennes, les bisexuels et les transsexuels, les pr\u00eatres qui ont des ma\u00eetresses et les ma\u00eetresses de ces pr\u00eatres, les pr\u00eatres et les \u00e9v\u00eaques alcooliques et toxicomanes qu&rsquo;on envoie en traitement \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur de leur communaut\u00e9 d&rsquo;appartenance; et aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;ajouterais les sid\u00e9ens et les pr\u00eatres qui meurent du sida, mais que la complicit\u00e9 des familles, des \u00e9v\u00each\u00e9s, des embaumeurs et des m\u00e9decins pr\u00e9sente comme des victimes du cancer avec toutes les implications perverses que cela repr\u00e9sente. Bref, \u00e9taient absents de la liste les groupes marginalis\u00e9s et tabous parmi les d\u00e9munis<a>[28]<\/a> <a name=\"ret28\"><\/a> .<\/p>\n<p>Lorsque je signalai ce ph\u00e9nom\u00e8ne aux religieuses pr\u00e9sentes, la responsable me r\u00e9pondit :\u00ab Mais, nous vois-tu sur la rue Saint-Laurent! \u00bb Et j&rsquo;ai r\u00e9pondu : \u00ab Pourquoi pas? \u00bb Nous avons alors discut\u00e9 du fait que pendant que cette communaut\u00e9 vieillissante \u00e9tait en voie de disparition, M\u00e8re Teresa ne savait plus o\u00f9 donner de la t\u00eate pour loger les filles qui lui venaient du monde entier, y compris du Qu\u00e9bec, pour participer \u00e0 son oeuvre. Pourquoi? \u00a0Parce que cette femme avait quitt\u00e9 son riche et confortable couvent d&rsquo;Albanie pour plonger dans l&rsquo;univers infect des <i>suburbs<\/i> de nos grandes villes modernes que nous, les hommes, avons cr\u00e9es et qui, dans les ann\u00e9es \u00e0 venir, deviendront encore plus denses et se d\u00e9t\u00e9rioreront toujours davantage, selon les pr\u00e9dictions de l&rsquo;Unesco.<\/p>\n<p>Je ne dis l\u00e0 rien de neuf. Retournez \u00e0 nouveau \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude <i>Les Soutanes roses<\/i>. Vous y constaterez que dans la r\u00e9partition des groupes aupr\u00e8s desquels les r\u00e9pondantes exercent leur t\u00e2che principale, 11% oeuvrent aupr\u00e8s des d\u00e9munis et des minorit\u00e9s et un autre 11% fait de m\u00eame aupr\u00e8s des distants, non-croyants et des marginaux. L&rsquo;auteure analyse ces r\u00e9sultats en posant le probl\u00e8me du rapport entre les t\u00e2ches traditionnelles et les t\u00e2ches innovatrices. Et lorsque l&rsquo;innovation n&rsquo;est plus au rendez-vous, c&rsquo;est la mort lente \u00e0 petit pas. <i>Voix de femmes Voies de<\/i> <i>passage<\/i> reprend le m\u00eame message en soulignant, il est vrai, que certains \u00e9v\u00eaques et des agentes de pastorale s&rsquo;inqui\u00e8tent de cette fermeture sur l&rsquo;interne<a>[29]<\/a> <a name=\"ret29\"><\/a> .<\/p>\n<p>Je me permettrai un petit excursus \u00e0 saveur th\u00e9ologique avant de tirer la conclusion finale. Cette analyse de la mission et cette vision personnelle que j&rsquo;en ai sont le pr\u00e9cipit\u00e9 chimique issu de mon \u00e9volution personnelle et de ma carri\u00e8re professionnelle. Elles expriment \u00e9videmment mes convictions profondes. Mon attachement \u00e0 J\u00e9sus Christ ne tient qu&rsquo;\u00e0 une seule chose: J\u00e9sus a certes \u00e9t\u00e9 bon et attentif \u00e0 tous les d\u00e9munis qui souffraient mais qu&rsquo;on tol\u00e9rait sur la place publique tout en les m\u00e9prisant. L\u00e0, cependant, o\u00f9 il s&rsquo;est distingu\u00e9 vraiment et o\u00f9 la soupe s&rsquo;est mise \u00e0 chauffer, c&rsquo;est quand, brisant tous les tabous de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 laquelle il appartenait, il s&rsquo;est mis \u00e0 \u00e9couter et \u00e0 dialoguer avec ceux et celles qu&rsquo;on rejetait des structures officielles: les femmes, ou les impurs tels que d\u00e9finis par la culture environnante: la maison de Simon, la femme adult\u00e8re -on est dans le champ de la sexualit\u00e9 -, les non-juifs de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du lac<a>[30]<\/a> <a name=\"ret30\"><\/a> . Ma vision de J\u00e9sus Christ veut que t\u00e9moigner aupr\u00e8s des pauvres qui ne pr\u00e9sentent pas de risques pour notre image sociale traduit la dimension humaine du Christ, semblable en cela \u00e0 tout \u00eatre sensible aux autres ou \u00e0 tout intervenant social professionnel. Mais accepter d&rsquo;apprendre de ceux et celles qui pr\u00e9sentent des risques, c&rsquo;est traduire sa dimension divine.<\/p>\n<p class=\"gras\"><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>Je terminerai donc en r\u00e9pondant \u00e0 la question pos\u00e9e au d\u00e9but : \u00c0 quelles conditions la pr\u00e9sence des femmes influencera-t-elle le fonctionnement de l&rsquo;\u00c9glise de demain?<\/p>\n<p>Rappelons que les femmes en tant que femmes ont la capacit\u00e9, comme n&rsquo;importe quel homme, de modifier les organisations tant au plan de leurs orientations, de leurs structures que de leur fonctionnement, mais l&rsquo;institution ne leur en a pas encore donn\u00e9 les moyens. Les femmes doivent donc continuer \u00e0 lutter pour les obtenir et les hommes doivent se montrer sensibles \u00e0 cette attente. Mais nous croyons que ces efforts ne sont valables et efficaces qu&rsquo;\u00e0 certaines conditions\u00a0:<\/p>\n<p class=\"tab_tab\" style=\"padding-left: 30px;\">-que les femmes ne se sentent pas seules \u00e0 subir les effets n\u00e9gatifs et les d\u00e9tresses engendr\u00e9es par les organisations, car d&rsquo;autres groupes, form\u00e9s d&rsquo;hommes et de femmes, subissent les m\u00eames limites \u00e0 leur croissance personnelle;<\/p>\n<p class=\"tab_tab\" style=\"padding-left: 30px;\">-que les femmes se battent pour obtenir de meilleures conditions de vie pour elles-m\u00eames dans toutes les organisations -religieuses comme non religieuses-, mais qu&rsquo;elles fassent alliance avec les hommes qui \u00e0 leur fa\u00e7on poursuivent les m\u00eames combats;<\/p>\n<p class=\"tab_tab\" style=\"padding-left: 30px;\">-qu&rsquo;elles cherchent \u00e0 monter le plus haut possible dans la pyramide du pouvoir des organisations, tant en \u00c9glise qu&rsquo;ailleurs, car si les besoins et les frustrations venant de la base sont \u00e0 l&rsquo;origine des changements, seules les personnes qui ont la responsabilit\u00e9 de gouverner et de d\u00e9cider peuvent faire exister ces changements et les consolider d&rsquo;une fa\u00e7on non violente;<\/p>\n<p class=\"tab_tab\" style=\"padding-left: 30px;\">-que les femmes sachent que la prise de pouvoir, quoique n\u00e9cessaire, n&rsquo;est pas un rem\u00e8de aux lois de la constitution de l&rsquo;\u00eatre humain et de la nature des grandes organisations et que, dans cette marche ascendante, elles luttent pour se faire accompagner par des hommes la\u00efques. Elles r\u00e9sisteront alors peut-\u00eatre mieux, une fois rendues sur le toit, \u00e0 la tentation de faire basculer dans le vide l&rsquo;autre moiti\u00e9 de l&rsquo;univers qui porte le titre d&rsquo;\u00ab\u00a0hommes au masculin\u00a0\u00bb;<\/p>\n<p class=\"tab_tab\" style=\"padding-left: 30px;\">-qu&rsquo;elles se dotent des outils mis \u00e0 leur disposition par la fine pointe du progr\u00e8s de la pens\u00e9e et de la technologie, mais en gardant un regard critique, en sachant que l&rsquo;outil ne va jamais plus loin que la main, le cerveau et le coeur qui le manient;<\/p>\n<p class=\"tab_tab\" style=\"padding-left: 30px;\">-qu&rsquo;elles marchent sans s&rsquo;arr\u00eater et qu&rsquo;elles soient patientes, car on ne vire pas un train dans une basse-cour, comme disait un coll\u00e8gue venant du milieu rural. Les changements significatifs et durables sont comme les m\u00fbrissements profonds -les femmes qui mettent des enfants au monde savent tr\u00e8s bien cela: ils sont lents, difficiles, respectueux des rythmes, non parce que les personnes humaines sont contre le changement, mais parce qu&rsquo;elles n\u2019aiment pas \u00eatre bouscul\u00e9es et \u00eatre chang\u00e9es sans avoir leur mot \u00e0 dire: elles veulent se changer elles-m\u00eames;<\/p>\n<p class=\"tab_tab\" style=\"padding-left: 30px;\">-qu&rsquo;elles cherchent, enfin, \u00e0 obtenir les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 une v\u00e9ritable qualit\u00e9 de vie au travail -pour elles-m\u00eames bien s\u00fbr- mais qu&rsquo;elles r\u00e9alisent qu&rsquo;elles doivent, en collaboration avec les hommes, travailler \u00e0 r\u00e9aliser la mission de l&rsquo;\u00c9glise de demain qui devra \u00eatre ouverte davantage aux marginaux et aux exclus.<\/p>\n<hr \/>\n<p class=\"gras\"><strong>Notes<\/strong><\/p>\n<p><a>[1]<\/a> <a name=\"note1\"><\/a> Tout en gardant la forme adopt\u00e9e \u00e0 la conf\u00e9rence, nous retournons au texte initial que nous avions mis au point et duquel nous avons tir\u00e9 la partie donn\u00e9e en conf\u00e9rence selon le temps allou\u00e9. Nous modifions et pr\u00e9cisons ce texte pour incorporer des sources nouvelles ou pour tenir compte de certains commentaires recueillis lors du symposium lui-m\u00eame.\u00a0 Il ne s\u2019agit pas ici d&rsquo;un expos\u00e9 sur les principes de gestion mais d&rsquo;une r\u00e9flexion \u00e0 partir de ces principes, sur la condition des femmes comme employ\u00e9es de l&rsquo;\u00c9glise catholique qu\u00e9b\u00e9coise.<\/p>\n<p><a>[2]<\/a> <a name=\"note2\"><\/a> Il faut mentionner particuli\u00e8rement le livre de Marie-Andr\u00e9e Roy, <i>Les ouvri\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise<\/i>, Montr\u00e9al, M\u00e9diaspaul, 1996. Elle traite en 420 pages exactement de la m\u00eame question que nous posons ici. Par contre, la perspective qu&rsquo;elle adopte est plus strictement f\u00e9ministe et centr\u00e9e da- vantage sur le partage des pouvoirs en \u00c9glise.<\/p>\n<p><a>[3]<\/a> <a name=\"note3\"><\/a> Une autre raison pour accepter cette demande vient du fait que, gr\u00e2ce \u00e0 la complicit\u00e9 de Lise Baroni, je me suis associ\u00e9 avec Mark Gibson, un conseiller anglican en d\u00e9veloppement communautaire, pour fonder le Partenariat pour le d\u00e9veloppement des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes. Nos objectifs sont ambitieux: cr\u00e9er un outil efficace pour aider les paroisses, les dioc\u00e8ses, les communaut\u00e9s religieuses, les instituts s\u00e9culiers et les mouvements d&rsquo;inspiration chr\u00e9tienne \u00e0 mieux franchir le virage difficile et tourment\u00e9 vers le renouveau auquel font face les \u00c9glises en ce d\u00e9but de troisi\u00e8me mill\u00e9naire. Comme les femmes seront de plus en plus pr\u00e9sentes, c&rsquo;\u00e9tait une occasion importante pour approfondir cette question cruciale.<\/p>\n<p><a>[4]<\/a> <a name=\"note4\"><\/a> Il faut noter l&rsquo;exception que constituent les communaut\u00e9s religieuses f\u00e9minines. En effet, depuis des si\u00e8cles, les femmes y occupent les plus hauts postes de gestion mais, comme nous le verrons plus loin, un large conditionnement masculin y encadre l&rsquo;exercice de cette fonction.<\/p>\n<p><a>[5]<\/a> <a name=\"note5\"><\/a> Nous avons d&rsquo;ailleurs affirm\u00e9, dans un des ateliers du symposium, combien nous regrettions qu&rsquo;une femme pasteure ou \u00e9v\u00eaque anglicane n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e comme conf\u00e9renci\u00e8re.<\/p>\n<p><a>[6]<\/a> <a name=\"note6\"><\/a> La reine Hachepsout fut la premi\u00e8re et unique femme pharaon sur une p\u00e9riode de deux mille cinq cents ans. Elle exigea de garder les v\u00eatements masculins et de porter la barbe postiche pour bien marquer la lign\u00e9e royale et \u00eatre trait\u00e9e comme ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs masculins. Voir : H. Sterlin, <i>Le monde des pharaons<\/i>, Gen\u00e8ve, Edito-Service, 1981, p. 34.<\/p>\n<p><a>[7]<\/a> <a name=\"note7\"><\/a> En plein \u00e2ge d&rsquo;or de la Gr\u00e8ce d\u00e9mocratique, Tecmesse s&rsquo;\u00e9crie: \u00abAjax se contenta de me r\u00e9pondre ce qu&rsquo;on ne cesse de nous chanter : Femme, le silence est la parure des femmes \u00bb, dans Sophocle, \u00abAjax\u00bb, <i>Th\u00e9\u00e2tre complet<\/i>, Paris, GF-Flammarion, 1964, p. 40; et Ism\u00e8ne rappelle \u00e0 Antigone : \u00abN&rsquo;oublie pas que nous sommes femmes et que nous n&rsquo;aurons jamais raison contre des hommes \u00bb <i>Id<\/i>., \u00abAntigone\u00bb, p. 70.<\/p>\n<p><a>[8]<\/a> <a name=\"note8\"><\/a> Le Devoir, 15 ao\u00fbt 1996, B8, \u00abL&rsquo;Orchestre philharmonique de Vienne. Les femmes bient\u00f4t accept\u00e9es.\u00bb<\/p>\n<p><a>[9]<\/a> <a name=\"note9\"><\/a> Il s&rsquo;agit ici d&rsquo;un constat global. Certains font exception \u00e0 cette r\u00e8gle. Des femmes, quoique peu nombreuses, ont occup\u00e9 des hauts postes de gouvernement dans l&rsquo;histoire et \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque contemporaine. Mentionnons \u00e9galement les m\u00e8res de clan chez les Am\u00e9rindiens.<\/p>\n<p><a>[10]<\/a> <a name=\"note10\"><\/a> Omar AKTOUF, <i>Le management entre tradition et renouvellement<\/i>, Montr\u00e9al, Ga\u00ebtan Morin \u00e9diteur, 1994.<\/p>\n<p><a>[11]<\/a> <a name=\"note11\"><\/a> Michel Perreault, \u00abLa diff\u00e9renciation sexuelle en mati\u00e8re de sant\u00e9 et s\u00e9curit\u00e9 du travail. Des conditions de travail diff\u00e9rentes ou le sexe en cause\u00bb, dans Jean-Fran\u00e7ois Chanlat (dir.), <i>L\u2019individu dans l\u2019organisation.\u00a0 Les dimensions oubli\u00e9es<\/i>, Qu\u00e9bec, PUL, 1990, p. 749-768.<\/p>\n<p><a>[12]<\/a> <a name=\"note12\"><\/a>Selon l&rsquo;Organisation internationale du travail. Les femmes travaillent plus et gagnent moins. <i>Le Devoir<\/i>, 30 juillet 1996.<\/p>\n<p><a>[13]<\/a> <a name=\"note13\"><\/a> Michel Perreault, <i>loc. cit<\/i>., p. 755.<\/p>\n<p><a>[14]<\/a> <a name=\"note14\"><\/a> Roger Boisvert traite directement de cette question dans son article \u00abCatholicisme, anglicanisme et structures de pouvoir \u00bb, dans Camille M\u00e9nard et Florent Villeneuve (dir.), <i>Drames <\/i><i>humains et foi chr\u00e9tiennes<\/i>, col.\u00ab H\u00e9ritage et projet \u00bb, Montr\u00e9al, Fides, 1994.<\/p>\n<p><a>[15]<\/a> <a name=\"note15\"><\/a> Une de ces \u00e9tudes est de Paul Stryckman, <i>Les pr\u00eatres du Qu\u00e9bec aujourd\u2019hui<\/i>, vol. II, Centre de recherches en sociologie religieuse, Universit\u00e9 Laval, 1973. Voir \u00e9galement Charles W. Dahrm, <i>Pouvoir et autorit\u00e9 dans l&rsquo;\u00c9glise catholique. Cardinal Cody<\/i>, Montr\u00e9al, Gu\u00e9rin, 1982 (c&rsquo;est dans ce dioc\u00e8se qu&rsquo;est n\u00e9e la premi\u00e8re association am\u00e9ricaine de pr\u00eatres fonctionnant sous le mode syndical tout en s&rsquo;en d\u00e9fendant publiquement); ainsi que Douglass T. Hall &amp; Benjamin Schneider, <i>Organisational Climate and Careers<\/i>. <i>The Work Life of Priests<\/i>, N. Y.\/London, Seminar Press, 1973.<\/p>\n<p><a>[16]<\/a> <a name=\"note16\"><\/a> \u00a0\u00a0Au del\u00e0 du titre que je n&rsquo;aime pas \u00e0 cause de son relent cl\u00e9rical &#8211; on aurait pu dire \u00abLes jupons roses\u00bb-, et de quelques interpr\u00e9tations un peu risqu\u00e9es, ce livre est d&rsquo;une grande clart\u00e9 dans la description, d&rsquo;une probit\u00e9 intellectuelle \u00e0 toute \u00e9preuve, d&rsquo;une finesse d&rsquo;analyse qui manque \u00e0 \u00a0beaucoup d&rsquo;\u00e9tudes du genre en gestion et d&rsquo;une interpr\u00e9tation qui n\u2019est pas revancharde ni mesquine. En travaillant avec les faits, cette \u00e9tude \u00e9vite le \u00a0pi\u00e8ge de l&rsquo;id\u00e9ologie et des g\u00e9n\u00e9ralisations trop faciles. Sarah B\u00e9langer, <i>Les soutanes roses<\/i>, Montr\u00e9al, Bellarmin, 1988.<\/p>\n<p><a>[17]<\/a> <a name=\"note17\"><\/a> Voir Francine Harel Giasson, <i>\u00a0<\/i><i>Femmes gestionnaires.\u00a0 L\u2019actrice et l\u2019organisation, <\/i>\u00a0p.407-416.\u00a0 Galdys Symons, <i>Les femmes cadres dans l\u2019univers bureaucratique.\u00a0 Une perspective critique, p. 417<\/i>-430;\u00a0 Fran\u00e7oise Belle, \u201cLes femmes cadres.\u00a0 Quelle diff\u00e9rence dans la diff\u00e9rence?\u201d, dans Jean-Fran\u00e7ois Chanlat, <i>L\u2019individu dans l\u2019organisation.\u00a0 Les dimensions oubli\u00e9es, op. cit. <\/i>p. 431-466;\u00a0 Claudine Beauxdoux, Claire V. De La Durantaye, <i>La femme de l\u2019organisation, <\/i>\u00a0Qu\u00e9bec, PUQ, 1988; Gilbert Tarrab et Carolle Simard, <i>Une gestion au f\u00e9minin? Nouvelles r\u00e9alit\u00e9s<\/i>, Montr\u00e9al, \u00c9ditions G. Vermette, 1986; F. Harel Giasson et J.Robichaud (dir.), <i>Tout savoir sur les femmes cadres d&rsquo;ici<\/i>, Montr\u00e9al. Les Presses H.E.C., 1988.<\/p>\n<p><a>[18]<\/a> <a name=\"note18\"><\/a> Voir la note 12.<\/p>\n<p><a>[19]<\/a> <a name=\"note19\"><\/a>Lise No\u00ebl, <i>L&rsquo;intol\u00e9rance. Une probl\u00e9matique g\u00e9n\u00e9rale<\/i>, coll. \u00abBor\u00e9al compact\u00bb, Montr\u00e9al\/Paris, Bor\u00e9a\/Seuill, 1991.<\/p>\n<p><a>[20]<\/a> <a name=\"note20\"><\/a> Jeanne Morazin, \u00ab Le d\u00e9fi de la diff\u00e9rence. \u00ab\u00a0\u00catre ou ne pas \u00eatre\u00a0\u00bb, le dilemme quotidien des femmes cadres \u00bb, dans <i>Le Devoir \u00c9conomique<\/i>, vol. 6, n\u00b0 4, 1990, p. 27-36.<\/p>\n<p><a>[21]<\/a> <a name=\"note21\"><\/a> <i>Bernard <\/i><i>Denault<\/i><i> et Beno\u00eet <\/i><i>L\u00e9vesque<\/i><i>, \u00c9l\u00e9ments pour une sociologie des communaut\u00e9s religieuses au Qu\u00e9bec<\/i>, Montr\u00e9al, PUM\/PUS, 1975.<\/p>\n<p><a>[22]<\/a> <a name=\"note22\"><\/a> Raymond HOSTIE, <i>Vie et mort des ordres religieux. Approches psychosociologiques<\/i>, Paris, Descl\u00e9e de Brouwer, 1972, p. 23.<\/p>\n<p><a>[23]<\/a> <a name=\"note23\"><\/a> Raymond HOSTIE (cf. note pr\u00e9c\u00e9dente) traite de l&rsquo;exp\u00e9rience des ordres mixtes, exp\u00e9rience fascinante quoique marginale. \u00abRobert d&rsquo;Arbrissel [1050-1117] adopte la r\u00e8gle de saint Beno\u00eet en lui enlevant sa mod\u00e9ration. Peu avant sa mort, il stipule que l&rsquo;abbesse de Fontevrault sera d\u00e9sormais sup\u00e9rieure g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;ordre et que les sup\u00e9rieures des communaut\u00e9s de femmes seront aussi \u00e0 la t\u00eate des communaut\u00e9s d&rsquo;hommes. [&#8230;] Brigitte de Su\u00e8de [XIV<sup>e<\/sup>, si\u00e8cle] cr\u00e9e le seul ordre d&rsquo;hommes fond\u00e9 par une femme. [&#8230;] Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 ses visions, elle pr\u00e9voit que tous les couvents de son ordre abriteront 60 moniales, 13 moines, 4 diacres et 8 fr\u00e8res convers. Tous les membres de la communaut\u00e9 [hommes et femmes] \u00e9taient soumis \u00e0 l&rsquo;abbesse [&#8230;]. Les moines, sous la conduite du prieur, s&rsquo;occupent uniquement de la direction spirituelle des soeurs et de pr\u00e9dication, d&rsquo;enseignement et d&rsquo;\u00e9tude. La soumission des hommes \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 de l&rsquo;abbesse \u00e9tait justifi\u00e9e par le fait que Jean avait servi Marie apr\u00e8s la mort de J\u00e9sus\u00bb (p. 20-22). Cet Ordre a surv\u00e9cu jusqu&rsquo;en 1803.<\/p>\n<p>Il est int\u00e9ressant de noter que le mod\u00e8le d&rsquo;une femme responsable de paroisse avec un nouveau partage de t\u00e2che pour le clerg\u00e9 a son parall\u00e8le dans les communaut\u00e9s religieuses au Moyen-\u00c2ge et il est non moins int\u00e9ressant de noter qu&rsquo;on avait trouv\u00e9 le moyen de fonder ce mod\u00e8le sur l&rsquo;\u00c9vangile. Il faudrait citer ici toute une partie de ce chapitre o\u00f9 l&rsquo;auteur traite de la naissance et du d\u00e9veloppement des ordres f\u00e9minins. \u00abToutes les donn\u00e9es recueillies convergent: les instituts religieux f\u00e9minins sont tributaires des initiatives structurantes des hommes, peu importe que les fondatrices aient recherch\u00e9 leur appui ou essay\u00e9 d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 leur emprise\u00bb (p. 45).<\/p>\n<p><a>[24]<\/a> <a name=\"note24\"><\/a>Diana Bader, o.p., \u00ab Leadership transformationnel \u00bb, dans <i>Revue ACCS<\/i>, \u00e9t\u00e9 1995.<\/p>\n<p><a>[25]<\/a> <a name=\"note25\"><\/a> Nous nous r\u00e9f\u00e9rons ici \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude la plus r\u00e9cente sur le sujet et qui a adopt\u00e9 la m\u00eame approche de recherche que <i>Voix de femmes Voies de passages<\/i> (voir note 29). Il s&rsquo;agit de Jr. Schmidt, W. Frederick, <i>A Still Small Voice. Women, Ordination and the Church<\/i>, Syracuse University Press, 1996. Ce dossier est trait\u00e9 largement dans <i>La Croix-<\/i><i>L\u2019\u00c9v\u00e9nem<\/i><i>ent<\/i> des mois de novembre et d\u00e9cembre 1992 ainsi que de janvier 1993.<\/p>\n<p><a>[26]<\/a> <a name=\"note26\"><\/a>Le P\u00e8re Alfred Ducharme, s.j., est un des acteurs importants encore vivants de cette tentative entreprise en collaboration avec une communaut\u00e9 religieuse f\u00e9minine.<\/p>\n<p><a>[27]<\/a> <a name=\"note27\"><\/a> D. Katz et R. Kahn, <i>The Social Psychology of Organizations<\/i>, New York, John Wiley et Sons, 1978.<\/p>\n<p><a>[28]<\/a> <a name=\"note28\"><\/a> J&rsquo;ai particip\u00e9 \u00e0 ce genre d&rsquo;exercice en milieu CLSC. Ceux et celles qui se pr\u00e9sentent comme les professionnels de la souffrance humaine, mettent de c\u00f4t\u00e9, \u00e0 peu pr\u00e8s syst\u00e9matiquement, les populations taboues, celles qui souvent auraient le plus besoin de leur pr\u00e9sence.<\/p>\n<p><a>[29]<\/a> <a name=\"note29\"><\/a>Lise Baroni, Yvonne Bergeron, Pierrette Daviau et Micheline Lagu\u00eb, <i>Voix de femmes Voies de passage. Pratiques p<\/i><i>astorales et enjeux eccl\u00e9siaux<\/i>, Montr\u00e9al. Paulines, 1995.<\/p>\n<p><a>[30]<\/a> <a name=\"note30\"><\/a> G\u00e9rard Laverdure d\u00e9veloppe d&rsquo;une fa\u00e7on pr\u00e9cise et engag\u00e9e le m\u00eame point de vue dans son livre <i>Du d\u00e9pannage \u00e0 la justice sociale. Un parti pris pour les exclus<\/i>, Mont.r\u00e9al. Fidcs. 1995.<\/p>\n<hr \/>\n<p>1997 Tir\u00e9 de <i>Pleins feux sur le partenariat en \u00c9glise\u00a0; Actes du symposium\u00a0; Le partenariat hommes et femmes en \u00c9glise, <\/i>pp. 33-57.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction [1] Si la foi est un myst\u00e8re, ma pr\u00e9sence, elle, est au moins un paradoxe. Encore une fois, un homme est invit\u00e9 et accepte de r\u00e9fl\u00e9chir publiquement sur la place des femmes dans les organisations, alors que des Qu\u00e9b\u00e9coises &hellip; <a href=\"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=1799\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[71,43],"tags":[],"ppma_author":[134],"class_list":["post-1799","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pleins_feux","category-partenariat","author-jacques-beausoleil"],"authors":[{"term_id":134,"user_id":3,"is_guest":0,"slug":"jacques-beausoleil","display_name":"Jacques Beausoleil","avatar_url":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2015\/05\/Jacques-Beausoleil.jpg","user_url":"http:\/\/auteur","last_name":"Beausoleil","first_name":"Jacques","description":"Jacques Beausoleil est psychologue organisationnel et cofondateur de Partenariat pour le d\u00e9veloppement des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes. 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