{"id":202,"date":"1994-09-15T12:00:43","date_gmt":"1994-09-15T16:00:43","guid":{"rendered":"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=202"},"modified":"2013-08-15T09:17:45","modified_gmt":"2013-08-15T13:17:45","slug":"202","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=202","title":{"rendered":"Sur un d\u00e9bat clos"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Par une lettre dat\u00e9e du 22 mai 1994, le pape Jean-Paul II a notifi\u00e9 sa volont\u00e9 de clore le d\u00e9bat sur l\u2019admission des femmes \u00e0 l\u2019ordination sacerdotale, un d\u00e9bat qui avait motiv\u00e9 une intervention de Paul VI en 1975 suivie d\u2019une D\u00e9claration de la Congr\u00e9gation pour la doctrine de la foi demand\u00e9e et approuv\u00e9e par lui en 1976, dont son successeur reprend pour l\u2019essentiel l\u2019argumentation. Je ne m\u2019\u00e9tais pas impliqu\u00e9 moi-m\u00eame dans cette discussion, estimant alors que des questions plus urgentes se posaient sur le plan de l\u2019organisation de l\u2019\u00c9glise. Interrog\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion sur ce sujet, je r\u00e9pondais que le Nouveau Testament n\u2019en soufflait mot, que la tradition de l\u2019 \u00c9glise ne s\u2019en \u00e9tait pas davantage occup\u00e9e, qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019argument th\u00e9ologique s\u2019opposant de fa\u00e7on d\u00e9cisive \u00e0 l\u2019admission des femmes au sacerdoce, que le seul v\u00e9ritable obstacle venait de la pratique constante de l\u2019\u00c9glise, mais que cet obstacle n\u2019\u00e9tait que disciplinaire, ce qui laissait le champ libre au d\u00e9bat d\u2019id\u00e9es.<!--more--> J\u2019avais le sentiment, ce disant, d\u2019exprimer l\u2019opinion la plus r\u00e9pandue chez les th\u00e9ologiens qui s\u2019\u00e9taient int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 ce d\u00e9bat. Voici quelques ann\u00e9es, un eccl\u00e9siologue de renom avait publi\u00e9 une \u00e9tude de fond sur la question; apr\u00e8s une analyse minutieuse de la D\u00e9claration de 1976, de son origine, de sa forme juridique, il estimait qu\u2019elle ne constituait pas un enseignement de foi au sens pr\u00e9cis du terme (\u00ab\u00a0Elle n\u2019engage pas le magist\u00e8re\u00a0\u00bb, disait le commentaire qui l\u2019accompagnait); ne trouvant pas non plus d\u2019argument contraire dans l\u2019\u00c9criture (jugement confirm\u00e9 par une r\u00e9ponse de la commission biblique de 1976), ni dans la Tradition, il concluait que le probl\u00e8me restait ouvert et que sa solution pratique devait \u00eatre laiss\u00e9e \u00e0 la prudence du jugement pastoral de l\u2019\u00c9glise, \u2014conclusion que je trouvais fort sage et largement partag\u00e9e autour de moi.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">C\u2019est pourquoi la Lettre de Jean-Paul II a jet\u00e9 le trouble chez nombre de th\u00e9ologiens, qui se demandent comment ils vont pouvoir donner un \u00ab\u00a0assentiment pl\u00e9nier et inconditionnel\u00a0\u00bb \u00e0 une doctrine jusqu\u2019ici le plus commun\u00e9ment tenue pour un point de fibre discussion. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de ce trouble au cours de rencontres avec des coll\u00e8gues enseignants, et notamment \u00e0 la faveur d\u2019un colloque organis\u00e9 par la Revue (sur un tout autre sujet) au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9 et qui r\u00e9unissait une centaine de th\u00e9ologiens, majoritairement fran\u00e7ais et catholiques, mais aussi un bon groupe d\u2019\u00e9trangers et de protestants. Tous souhaitaient que leurs interrogations puissent s\u2019exprimer publiquement et demandaient des \u00e9claircissements.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Est-il permis de le faire, alors que le d\u00e9bat est clos? Je voudrais m\u2019y essayer sans rouvrir le dossier proprement dit, c\u2019est-\u00e0-dire sans plaider en faveur de l\u2019admission des femmes au sacerdoce, d\u2019autant plus que je persiste \u00e0 penser que cette question ne doit pas \u00eatre trait\u00e9e isol\u00e9ment, mais prendre place dans un r\u00e9examen d\u2019ensemble des structures de soci\u00e9t\u00e9 propres \u00e0 l\u2019\u00c9glise catholique. Je m\u2019inspirerai pour cela d\u2019une d\u00e9marche r\u00e9cente des \u00e9v\u00eaques de Belgique qui, transmettant sans r\u00e9ticences l\u2019enseignement du Pape \u00e0 leurs fid\u00e8les, estimaient de leur devoir \u00ab\u00a0pastoral\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0r\u00e9percuter honn\u00eatement aupr\u00e8s des instances centrales de l\u2019\u00c9glise le d\u00e9sarroi \u00e9prouv\u00e9 par une partie des fid\u00e8les\u00a0\u00bb. Semblablement, mais sans m\u2019adresser \u00e0 quelque autorit\u00e9 que ce soit, sans \u00eatre mandat\u00e9 par quiconque, sans engager d\u2019autre responsabilit\u00e9 que la mienne, \u00e0 mon titre modeste de directeur d\u2019une revue de \u00ab\u00a0recherches\u00a0\u00bb depuis quelque vingt-cinq ans, j\u2019estime qu\u2019il rel\u00e8ve de la d\u00e9ontologie de ma fonction de faire connaitre le d\u00e9sarroi de nombreux th\u00e9ologiens, et de poser une question, une seule\u00a0: comment un d\u00e9bat g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9 comme ouvert \u00e0 la recherche pourra-t-il soudain \u00eatre tenu, dans la foi, pour \u00ab\u00a0d\u00e9finitivement\u00a0\u00bb clos, ainsi que s\u2019exprime le Pape?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Mais l\u2019est-il vraiment? D\u2019apr\u00e8s la m\u00eame d\u00e9claration des \u00e9v\u00eaques belges, ce mot \u00ab\u00a0d\u00e9finitif\u00a0\u00bb ne doit pas \u00eatre entendu \u00ab\u00a0comme une interdiction de penser ou de parler, ou comme un effort pour imposer le silence\u00a0\u00bb\u00a0: on peut donc en discuter encore? La \u00ab\u00a0Note de pr\u00e9sentation de la Lettre apostolique\u00a0<i>Ordinatio sacerdotalis\u00a0<\/i>\u00bb, voulant pr\u00e9ciser sa port\u00e9e doctrinale\u2014ce qu\u2019on appelle en termes techniques la \u00ab\u00a0note th\u00e9ologique\u00a0\u00bb\u2014, \u00e9crit qu\u2019il s\u2019agit simplement \u00ab\u00a0d\u2019une doctrine enseign\u00e9e par le Magist\u00e8re pontifical ordinaire de mani\u00e8re d\u00e9finitive, c\u2019est-\u00e0-dire propos\u00e9e (&#8230;) comme certainement vraie\u00a0\u00bb. Que signifie cette expression? II est de la nature affirmative de tout jugement, quel qu\u2019il soit, de s\u2019\u00e9noncer sous la raison de vrai, sans qu\u2019il soit besoin de le dire, moins encore de le certifier. Ou veut-on pr\u00e9ciser qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une doctrine \u00ab\u00a0th\u00e9ologiquement certaine\u00a0\u00bb, qualification qui concerne d\u2019ordinaire les conclusions d\u00e9duites d\u2019une ou deux pr\u00e9misses tir\u00e9es de la r\u00e9v\u00e9lation? Mais de telles propositions, \u00ab\u00a0certainement vraies\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0th\u00e9ologiquement certaines\u00a0\u00bb, n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9es comme s\u2019imposant \u00e0 l\u2019assentiment de la foi, \u00e0 cause de l\u2019interposition d\u2019un raisonnement qui interdit de les assimiler \u00e0 la pure \u00ab\u00a0parole de Dieu\u00a0\u00bb. Combien de ces propositions, gloire et enjeu des joutes scolastiques d\u2019antan, ont totalement disparu de l\u2019enseignement de la th\u00e9ologie! Mais alors, s\u2019il ne s\u2019agit que de cela, pourquoi la Note de pr\u00e9sentation poursuit-elle que cette doctrine \u00ab\u00a0n\u2019appartenant pas aux mati\u00e8res ouvertes \u00e0 la discussion, requiert donc l\u2019assentiment pl\u00e9nier et inconditionnel des fid\u00e8les\u00a0\u00bb, ce qui ne doit se dire que des v\u00e9rit\u00e9s de la foi proprement dites? C\u2019est vraisemblablement ce que veut faire comprendre la Note quand elle ajoute que \u00ab\u00a0cette d\u00e9claration du Souverain Pontife constitue un acte d\u2019\u00e9coute de la Parole de Dieu et d\u2019ob\u00e9issance au Seigneur\u00a0\u00bb. Avec plus de vraisemblance encore, c\u2019est ce que veut dire le Pape quand il d\u00e9clare sur un ton solennel son intention de \u00ab\u00a0confirmer\u00a0\u00bb la foi de ses fr\u00e8res (avec r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Luc 22, 32). Si c\u2019est cela que nous devons comprendre, pourquoi ni la Lettre ni la Note ne disent-elles clairement et simplement qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9 de foi\u00a0\u00bb? Cette qualification, tranchante et bien connue, eut dirim\u00e9 le d\u00e9bat, \u00ab\u00a0d\u00e9finitivement\u00a0\u00bb. La chose est insinu\u00e9e de bien des c\u00f4t\u00e9s, un seul mot e\u00fbt suffi \u00e0 la clarifier, il n\u2019est pas prononc\u00e9. Les mots ont de l\u2019importance pour les th\u00e9ologiens, surtout celui-l\u00e0, qu\u2019il n\u2019est pas permis de galvauder\u00a0\u00a0: rien ne pourra les emp\u00eacher de supputer les raisons de son absence, et par quelle logique leur interdirait-on de r\u00e9entrouvrir un d\u00e9bat dont la cl\u00f4ture est sujette \u00e0 discussion?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Le Pape \u00e9crit cette lettre, cependant, \u00ab\u00a0afin qu\u2019il ne subsiste aucun doute sur une question de grande importance\u00a0\u00bb. Mais il ne suffit pas qu\u2019il<i>dise que<\/i>\u00a0ceci est la v\u00e9rit\u00e9, pour que tout doute soit radicalement dissip\u00e9, encore doit-il\u00a0<i>montrer o\u00f9<\/i>\u00a0cette v\u00e9rit\u00e9 est contenue, car la foi ne peut prendre assurance que sur l\u2019autorit\u00e9 de Dieu se r\u00e9v\u00e9lant. Aussi nous sont pr\u00e9sent\u00e9es les \u00ab\u00a0raisons fondamentales\u00a0\u00bb de la doctrine ici soutenue, qui sont au nombre de trois d\u2019apr\u00e8s le texte de Paul Vl cit\u00e9 par Jean-Paul ll\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019exemple du Christ (&#8230;) la pratique constante de l\u2019\u00c9glise (&#8230;) et son magist\u00e8re vivant, de fa\u00e7on continue\u00a0\u00bb, et que la Note de pr\u00e9sentation \u00e9num\u00e8re un peu diff\u00e9remment\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019exemple du Christ, la pratique des Ap\u00f4tres et le Magist\u00e8re constant de l\u2019\u00c9glise (&#8230;) \u00e9galement les autres documents r\u00e9cents du Magist\u00e8re\u00a0\u00bb. Le magist\u00e8re constant ou continu fait-il nombre avec la pratique constante de l\u2019\u00c9glise, sa tradition, ou lui est-il identifi\u00e9? Cela ne ressort pas clairement des deux textes cit\u00e9s. En fait, on ne conna\u00eet pas d\u2019actes expr\u00e8s du magist\u00e8re authentique sur cette question, pas de d\u00e9finitions conciliaires ou pontificales en dehors des documents r\u00e9cents ci-dessus all\u00e9gu\u00e9s, qui ne font pas mention eux-m\u00eames d\u2019autres autorit\u00e9s, sans quoi il n\u2019y aurait pas eu de discussion sur ce point. La fa\u00e7on de s\u2019exprimer de Jean-Paul II parait plus claire\u00a0: \u00ab\u00a0&#8230; la doctrine sur l\u2019ordination sacerdotale exclusivement r\u00e9serv\u00e9e aux hommes (a) \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9e par la Tradition constante et universelle de l\u2019\u00c9glise et (est) fortement enseign\u00e9e par le Magist\u00e8re dans les documents les plus r\u00e9cents\u00a0\u00bb. Le \u00ab\u00a0magist\u00e8re\u00a0\u00bb n\u2019est donc repr\u00e9sent\u00e9 en cette affaire que par des actes r\u00e9cents du magist\u00e8re pontifical dit \u00ab\u00a0ordinaire\u00a0\u00bb. C\u2019est du reste ce que reconnait la Note de pr\u00e9sentation\u00a0: la Lettre du Pape, dit-elle, ne fait que \u00ab\u00a0confirmer une certitude constamment admise et v\u00e9cue par l\u2019Eglise. Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019une formulation dogmatique nouvelle, etc.\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Ce \u00ab\u00a0donc\u00a0\u00bb est curieux. II n\u2019est aucune d\u00e9finition dogmatique, qu\u2019elle \u00e9mane d\u2019un concile ou d\u2019un pape, qui ne soit la reprise et la confirmation d\u2019une certitude de foi ant\u00e9rieure; aucune nouvelle d\u00e9finition dogmatique n\u2019est, en principe, une v\u00e9rit\u00e9 de foi nouvelle, en vertu de l\u2019adage\u00a0: seul doit \u00eatre cru ce qui a \u00e9t\u00e9 de tout temps et partout cru et enseign\u00e9 en tant que v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. Une nouvelle d\u00e9finition ne fait donc que formuler, pr\u00e9ciser, expliciter une v\u00e9rit\u00e9 ant\u00e9rieurement crue et enseign\u00e9e, en confirmant qu\u2019elle appartient bien au \u00ab\u00a0d\u00e9p\u00f4t\u00a0\u00bb de la r\u00e9v\u00e9lation et de la foi; c\u2019est pourquoi elle s\u2019accompagne d\u2019habitude d\u2019une formulation de ce type\u00a0: \u00ab\u00a0ainsi que l\u2019\u00c9glise l\u2019a toujours cru et enseign\u00e9\u00a0\u00bb; c\u2019est pourquoi aussi un croyant accorde un assentiment \u00e9gal \u00e0 toutes les v\u00e9rit\u00e9s de la foi, qu\u2019elles soient rev\u00eatues d\u2019une autorit\u00e9 d\u00e9f\u00ecnitoire particuli\u00e8re, ou qu\u2019elles lui soient simplement propos\u00e9es par ce qu\u2019on appelle la pr\u00e9dication ordinaire de l\u2019\u00c9glise.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Il ne peut en aller autrement pour les actes du magist\u00e8re pontifical ordinaire (je ne discuterai pas de la propri\u00e9t\u00e9 de ce terme, qui peut cr\u00e9er confusion avec l\u2019emploi pr\u00e9c\u00e9dent). Que la Lettre de Jean-Paul II ne soit pas une d\u00e9finition de foi, malgr\u00e9 un ton solennel qui pouvait faire illusion, nous en prenons volontiers acte. Pour un catholique, ce ne serait pas un motif de marchander son assentiment \u00e0 la doctrine qui y est soutenue, d\u00e8s lors qu\u2019elle appartiendrait \u00e0 la foi ant\u00e9rieure de l\u2019\u00c9glise et que cela lui serait clairement\u00a0<i>montr\u00e9<\/i>. Les actes de ce magist\u00e8re constituent de nos jours une litt\u00e9rature abondante autant que diverse, difficile \u00e0 cerner et \u00e0 discerner. Les gens de curie et th\u00e9ologiens officieux ont coutume de les envelopper d\u2019un flou subtil (notre Note en est un bon exemple), revendiquant au b\u00e9n\u00e9fice de ces documents\u2014 souvent au titre de \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9s connexes\u00a0\u00bb \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation\u2014un assentiment de foi sans toutefois l\u2019imposer formellement, soit parce que leur nature s\u2019y pr\u00eate mal soit par manque d\u2019arguments \u00ab\u00a0indiscutables\u00a0\u00bb. Toutes ces subtilit\u00e9s sont finalement de peu d\u2019importance. Car ce n\u2019est pas l\u2019autorit\u00e9 du pape qui fait la certitude de la v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019il affirme, ni la certitude de son appartenance au d\u00e9p\u00f4t de la foi, moins encore celle de la foi qui lui est accord\u00e9e. La parole du pape ne se substitue pas \u00e0 la voix de l\u2019\u00c9glise des si\u00e8cles pass\u00e9s, elle ne peut que la faire r\u00e9entendre. Elle peut \u00eatre tr\u00e8s pr\u00e9cieuse pour montrer et pour confirmer qu\u2019une v\u00e9rit\u00e9 appartient bien \u00e0 la foi de l\u2019\u00c9glise, dans les cas o\u00f9 cette appartenance est mal per\u00e7ue ou discut\u00e9e,\u2014et tel est bien le cas qui nous occupe. Quand cela a \u00e9t\u00e9 fait et vu, sans qu\u2019aucun doute subsiste, alors l\u2019ob\u00e9issance de la foi est\u00a0<i>possible<\/i>\u00a0et due; mais elle ne s&rsquo;arr\u00eate pas \u00e0 la parole du pape, elle va directement \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, l\u00e0 o\u00f9 celle-ci est\u00a0<i>montr\u00e9e<\/i>\u00a0de tout temps contenue et crue, dans la tradition de pr\u00e9dication ordinaire de l\u2019\u00c9glise qui lit les \u00c9critures \u00e0 ses fid\u00e8les. Voyons ce qu\u2019il en est.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">L\u2019enseignement de Jean-Paul II, dit la Note de pr\u00e9sentation, est \u00ab\u00a0fond\u00e9 sur la Tradition constante et universelle qui a r\u00e9serv\u00e9 depuis le commencement l\u2019ordination sacerdotale aux hommes\u00a0\u00bb. Le fait est incontestable, et le Pape est en droit d\u2019en conclure que cela doit toujours se faire puisque cela s\u2019est toujours fait (quoiqu\u2019il ne soit pas s\u00fbr que sa d\u00e9cision ait pouvoir de lier \u00ab\u00a0d\u00e9finitivement\u00a0\u00bb ses successeurs)\u00a0\u00bb Mais ce ne serait jamais qu\u2019un point de discipline sacramentelle. Or, on veut que cette pratique ait valeur d\u2019enseignement doctrinal\u00a0: comment le sait-on, comment parvient-on \u00e0 le tenir?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Le Pape cite une autre Allocution de Paul Vl, disant en 1977 que \u00ab\u00a0le Christ a donn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9glise sa constitution fondamentale et l\u2019anthropologie th\u00e9ologique qui a toujours \u00e9t\u00e9 observ\u00e9e ensuite par la Tradition de cette m\u00eame \u00c9glise\u00a0\u00bb. O\u00f9 et sous quelle forme trouve-t-on enseign\u00e9e cette anthropologie\u00a0\u00bb? La D\u00e9claration de 1976, il est vrai, Jean-Paul II en fait la remarque, d\u00e9veloppe \u00ab\u00a0d\u2019autres raisons th\u00e9ologiques\u00a0\u00bb, qu\u2019on peut bien appeler anthropologiques, \u00ab\u00a0qui mettent en lumi\u00e8re la convenance de cette disposition divine\u00a0\u00bb; mais des \u00ab\u00a0raisons de convenance\u00a0\u00bb, par d\u00e9finition, n\u2019appartiennent pas intrins\u00e8quement \u00e0 l\u2019enseignement de la foi. Suffit-il que l\u2019exclusion des femmes du sacerdoce soit \u00ab\u00a0observ\u00e9e\u00a0\u00bb pour en faire une v\u00e9rit\u00e9 enseign\u00e9e? O\u00f9 trouvons-nous celle-ci int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9dication du salut qui constitue l\u2019essence m\u00eame de l\u2019enseignement de la foi? On a discut\u00e9 dans les \u00e9coles de th\u00e9ologie de l\u2019aptitude de la femme \u00e0 l\u2019ordination sacerdotale exactement comme on discutait des qualit\u00e9s requises pour la r\u00e9ception de tout autre sacrement, mais il n\u2019y a jamais eu un vrai d\u00e9bat d\u2019\u00c9glise sur cette question; on ne peut donc pas dire qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 tranch\u00e9e, puisqu\u2019elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e sous la forme pr\u00e9cise de l\u2019exclusion. L\u2019explication la plus obvie est que l\u2019\u00c9glise s\u2019est inspir\u00e9e tout naturellement et sans se poser de question des coutumes qui avaient cours au sujet des femmes dans les soci\u00e9t\u00e9s du temps.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">La Note de pr\u00e9sentation \u00e9carte vivement cette explication\u00a0: \u00ab\u00a0S\u2019agissant d\u2019un sacrement et non d\u2019une organisation sociale, il (le sacerdoce minist\u00e9riel) ne peut \u00eatre compris qu\u2019\u00e0 la lumi\u00e8re de la r\u00e9v\u00e9lation du Christ, transmise dans l\u2019\u00c9criture interpr\u00e9t\u00e9e par la Tradition.\u00a0\u00bb Le sens de cet avertissement est clair\u00a0: les sciences historique et sociologique n\u2019ont rien \u00e0 dire en cette affaire, I\u2019exclusion de la femme des charges de l\u2019\u00c9glise n\u2019a rien \u00e0 voir avec son exclusion des charges publiques de la soci\u00e9t\u00e9. Quel esprit critique sera-t-il dispos\u00e9 \u00e0 admettre cela? Cette pratique de l\u2019\u00c9glise est un fait social et historique qui participe n\u00e9cessairement du m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019exclusion qu\u2019on observe \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque dans la m\u00eame soci\u00e9t\u00e9, elle rel\u00e8ve du m\u00eame type d\u2019explication anthropologique. Quand s\u2019est d\u00e9clench\u00e9 le mouvement de revendication des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s de l\u2019individu, ou, plus r\u00e9cemment, celui de l\u2019\u00e9mancipation de la femme et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de ses droits avec l\u2019homme, I\u2019\u00c9glise a-t-elle tellement brill\u00e9 par sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et son lib\u00e9ralisme qu\u2019elle puisse pr\u00e9tendre ne s\u2019\u00eatre jamais laiss\u00e9e impr\u00e9gner par une culture in\u00e9galitaire? \u00c0 tenir ce langage, \u00e0 se d\u00e9rober avec raideur aux analyses des sciences humaines, elle s\u2019emp\u00eache de communiquer avec la pens\u00e9e de son temps et donne prise \u00e0 l\u2019accusation de s\u2019enfermer dans un discours sectaire et peu cr\u00e9dible.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">M\u00eame en restant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une stricte th\u00e9ologie r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, rien n\u2019impose de tenir l\u2019exclusion de la femme du sacerdoce pour une v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. Car c\u2019est un point qui concerne la discipline de l\u2019administration des sacrements, et celle-ci n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme partie int\u00e9grante de leur essence, \u00e0 preuve qu\u2019elle a beaucoup vari\u00e9 au cours de l\u2019histoire pour chaque sacrement. M\u00eame si c\u2019\u00e9tait le cas, il faudrait s\u2019entendre sur la d\u00e9finition de cette essence, car on trouverait bien des changements dans la d\u00e9signation des rites cens\u00e9s lui appartenir.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Toutefois, une explication de type culturel n\u2019emp\u00eache pas que cette pratique, si ancienne et si constante, ne\u00a0<i>rel\u00e8ve aussi<\/i>\u00a0d\u2019un principe surnaturel et d\u2019une attitude de foi: de la volont\u00e9 de l\u2019\u00c9glise d\u2019imiter le Christ et de lui ob\u00e9ir. La Lettre raisonne ainsi: en voyant le Christ choisir ses ap\u00f4tres parmi les hommes uniquement, et les ap\u00f4tres \u00e0 leur tour choisir pour successeurs des hommes uniquement, et en r\u00e9fl\u00e9chissant que \u00ab\u00a0dans ce choix se trouvaient inclus ceux qui, dans le temps de l\u2019\u00c9glise, continueraient la mission confi\u00e9e aux Ap\u00f4tres de repr\u00e9senter le Christ\u00a0\u00bb, l\u2019\u00c9glise a compris qu\u2019elle n\u2019avait pas le pouvoir d\u2019ordonner des femmes pr\u00eatres, et c\u2019est cela qu\u2019elle enseigne par sa pratique. Que penser de ce raisonnement?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Qu\u2019il va trop vite et trop loin, qu\u2019il passe, sans justification logique, d\u2019un\u00a0<i>uniquement<\/i>\u00a0\u00e0 un\u00a0<i>exclusivement<\/i>\u00a0d\u2019un\u00a0<i>pr\u00e9sentement<\/i>\u00a0\u00e0 un<i>perp\u00e9tuellement<\/i>\u00a0et cela \u00e0 deux reprises. L\u2019\u00c9glise voit le Christ appeler des hommes\u00a0<i>uniquement<\/i>, et les ap\u00f4tres faire de m\u00eame\u00a0: elle ne le voit pas faire un choix entre hommes et femmes et\u00a0<i>exclure<\/i>\u00a0ces derni\u00e8res d\u2019une volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e et perp\u00e9tuelle. D\u2019o\u00f9 le saurait-elle, puisque aucun texte du Nouveau Testament ne notifie une telle interdiction? Nous la voyons ordonner des hommes uniquement, et nous disons que cette pratique exprime l\u2019intention\u00a0<i>d\u2019exclure<\/i>\u00a0\u00e0 jamais les femmes de l\u2019ordination sacerdotale. D\u2019o\u00f9 le savons-nous, puisque l\u2019\u00c9glise ne le proclame pas dans sa pr\u00e9dication orale? Sa pratique d\u2019ordination t\u00e9moigne d\u2019un fait pass\u00e9\u00a0: elle r\u00e9p\u00e8te ce qui s\u2019est fait initialement; tout fait institu\u00e9 porte en soi la loi de sa r\u00e9p\u00e9tition dans le pr\u00e9sent et le proche futur, mais ne pr\u00e9juge pas de sa perp\u00e9tuit\u00e9; aucune pratique sacramentelle n\u2019interdit qu\u2019il soit fait autrement dans un avenir impr\u00e9visible, si cela s\u2019av\u00e8re n\u00e9cessaire pour faire face \u00e0 des besoins nouveaux. L\u2019histoire des sacrements, pr\u00e9cis\u00e9ment, est pleine de changements aussi importants que celui que voudraient conjurer les papes de notre temps; par exemple, le passage, qui s\u2019est fait sur plusieurs si\u00e8cles, de la p\u00e9nitence unique et publique \u00e0 la p\u00e9nitence multiple et priv\u00e9e. Dans le cas de l\u2019ordination, quand l&rsquo;\u00c9glise voit le Christ appeler des ap\u00f4tres et ceux-ci se choisir des successeurs, ce qu\u2019elle regarde avant tout, ce n\u2019est pas le sexe des personnes appel\u00e9es, c\u2019est la volont\u00e9 du Christ que des ouvriers soient incessamment envoy\u00e9s travailler \u00e0 sa mission. Voil\u00e0 la loi fondamentale et absolue \u00e0 laquelle l\u2019\u00c9glise ob\u00e9it et qu\u2019elle enseigne comme une v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par la pratique ininterrompue des ordinations sacerdotales. Si elle se voit dans le besoin d\u2019ordonner des femmes pour remplir sa mission, soit parce que les hommes ne se pr\u00e9sentent plus en nombre suffisant, soit parce que les fid\u00e8les r\u00e9clament instamment un minist\u00e8re de femmes, qu\u2019est-ce qui pourrait emp\u00eacher l\u2019\u00c9glise de changer sa pratique, comme elle l\u2019a fait si souvent dans le pass\u00e9 pour d\u2019autres sacrements? L\u2019obligation de pourvoir \u00e0 sa mission est le seul absolu qui s\u2019impose \u00e0 elle.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Or, n\u2019est-ce pas ce besoin nouveau qui s\u2019exprime \u00e0 travers le d\u00e9sarroi des fid\u00e8les que les \u00e9v\u00eaques de Belgique se sont fait un devoir pastoral de transmettre \u00e0 Rome? L\u2019histoire de l\u2019\u00c9glise est riche en enseignements qui permettraient de chercher une r\u00e9ponse \u00e0 cet appel, \u00e0 condition de se mettre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de l\u2019histoire qui requiert la patience de la recherche. Aussi les th\u00e9ologiens \u00e9prouvent-ils \u00e0 leur tour un grand d\u00e9sarroi de voir cette histoire r\u00e9\u00e9crite en forme de dogme par voie d\u2019autorit\u00e9, et ses dossiers h\u00e2tivement referm\u00e9s. Mais cette intervention ne fournit pas la preuve que la pratique historique de l\u2019ordination des hommes enseigne comme v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e l\u2019interdiction d\u2019ordonner des femmes. Au mieux pourrait-on supposer que l\u2019\u00c9glise a suppos\u00e9 que telle \u00e9tait l\u2019intention manifest\u00e9e par le choix des ap\u00f4tres. Mais de telles suppositions, quel que soit leur degr\u00e9 de vraisemblance, ne peuvent pas constituer un enseignement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 ni fournir \u00e0 la foi la certitude qu\u2019elle exige.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\"><i>\u00c0 moins<\/i>\u00a0qu\u2019on ne puisse acqu\u00e9rir\u00a0<i>l\u2019\u00e9vidence<\/i>, par une \u00e9tude plus approfondie du Nouveau Testament, que le choix du Christ a r\u00e9ellement valeur d\u2019exclusion; auquel cas on devrait admettre que la m\u00eame \u00e9vidence s\u2019est impos\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9glise du pass\u00e9 et s\u2019est exprim\u00e9e dans sa pratique d\u2019ordination. C\u2019est ce qu\u2019il nous reste \u00e0 examiner.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Je ferai au pr\u00e9alable deux remarques de m\u00e9thode, qui expliquent le trouble des th\u00e9ologiens dans cette affaire. Dans le processus habituel du d\u00e9veloppement des dogmes, c\u2019est la tradition doctrinale qui met en lumi\u00e8re les v\u00e9rit\u00e9s de foi diss\u00e9min\u00e9es dans les \u00c9critures, et le magist\u00e8re vient ensuite confirmer l\u2019enseignement de l\u2019\u00c9glise. Ici, inversement, il incombe \u00e0 l\u2019\u00c9criture de\u00a0<i>montrer<\/i>\u00a0qu\u2019une pratique d\u2019\u00c9glise est porteuse d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 de foi et de\u00a0<i>confirmer<\/i>\u00a0l\u2019affirmation qui en est faite par le magist\u00e8re (magist\u00e8re papal \u00ab\u00a0ordinaire\u00a0\u00bb et r\u00e9cent, rappelons-le). Or, la raison ultime invoqu\u00e9e par Paul VI et par Jean-Paul II est l\u2019exemple du Christ dans le choix des ap\u00f4tres\u00a0: ce n\u2019est pas une parole, c\u2019est un\u00a0<i>fait.<\/i>\u00a0La Note de pr\u00e9sentation le justifie: \u00ab\u00a0non seulement les paroles, mais les faits viennent des sources de r\u00e9v\u00e9lation et deviennent parole dans la m\u00e9moire vivante de l\u2019\u00c9glise\u00a0\u00bb. Je ne le contesterai pas, mais j\u2019en souligne la difficult\u00e9 : les faits ne parlent pas par eux-m\u00eames, ils peuvent contenir en eux leur sens et leur raison d\u2019\u00eatre, mais ils ne l\u2019expriment pas, il faut les faire parler, interpr\u00e9ter ce qu\u2019ils signifient, et cela en se gardant de leur faire dire ce que nous voudrions qu\u2019ils disent et qu\u2019ils n\u2019 ont peut-\u00eatre pas l\u2019intention de dire. Nous venons de rencontrer cette difficult\u00e9 \u00e0 propos de la\u00a0<i>pratique<\/i>\u00a0d\u2019ordination, nous la retrouvons avec le\u00a0<i>choix<\/i>\u00a0des ap\u00f4tres. Nous sommes donc en droit d\u2019exiger une totale\u00a0<i>clart\u00e9<\/i>\u00a0dans l\u2019interpr\u00e9tation de ce fait, d\u2019autant plus grande qu\u2019elle a la charge de soutenir l\u2019affirmation dogmatique qui s\u2019y r\u00e9f\u00e8re. Voyons quelle est l\u2019argumentation de Jean-Paul II.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Elle peut \u00eatre fid\u00e8lement pr\u00e9sent\u00e9e comme suit\u00a0: J\u00e9sus offre l\u2019image d\u2019un homme affranchi des pr\u00e9jug\u00e9s et des ostracismes communes aux gens de son temps et de sa soci\u00e9t\u00e9; il converse avec des femmes, m\u00eame \u00e9trang\u00e8res, il leur manifeste du respect, il les fr\u00e9quente amicalement, il se laisse m\u00eame approcher par des femmes r\u00e9put\u00e9es impures ou p\u00e9cheresses, il est accompagn\u00e9 dans ses d\u00e9placements par un groupe de femmes qui comptent au nombre de ses disciples; quand donc on le voit choisir ses ap\u00f4tres, \u00ab\u00a0apr\u00e8s avoir pass\u00e9 la nuit en pri\u00e8re\u00a0\u00bb (cf. Luc 6, 12), et ne retenir que des hommes, on n\u2019a pas le droit de penser qu\u2019il l\u2019a fait \u00ab\u00a0en ob\u00e9issant \u00e0 des motivations sociologiques ou culturelles propres \u00e0 son temps\u00a0\u00bb, mais on doit dire qu\u2019il a fait ce choix en pleine connaissance de cause et dans l\u2019intention d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d\u2019exclure les femmes, afin d\u2019ob\u00e9ir ainsi \u00e0 la disposition de Dieu.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Cette argumentation est tout a fait sympathique, elle montre en J\u00e9sus un esprit libre et critique, adversaire de toute discrimination sexuelle, pionnier d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 ouverte et \u00e9galitaire; elle ne peut que recueillir l\u2019adh\u00e9sion des chr\u00e9tiens. Toutefois, la conclusion s\u2019impose-t-elle avec autant de force que les consid\u00e9rants? Il ne le semble pas. Dans une soci\u00e9t\u00e9 et \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 c\u2019\u00e9tait l\u2019affaire des hommes de s\u2019occuper des choses publiques, d\u2019enseigner et de gouverner, tandis que les femmes vaquaient aux choses domestiques, \u00e0 l\u2019\u00e9ducation des enfants, \u00e0 la tenue de la maison, aux relations familiales, J\u00e9sus a pu s\u2019inspirer de ces us et coutumes sans y voir autre chose qu\u2019une sage r\u00e9partition des t\u00e2ches fix\u00e9e par la tradition de son peuple, sans y d\u00e9celer aucune atteinte port\u00e9e \u00e0 la dignit\u00e9 de la femme, aucune discrimination suspecte, et sans m\u00eame songer \u00e0 s\u2019en d\u00e9marquer, puisqu\u2019il n\u2019y trouvait rien de contraire \u00e0 l\u2019esprit de son \u00c9vangile. Il est donc vraisemblable qu il a choisi des hommes sans que l\u2019id\u00e9e lui vienne qu\u2019il pourrait appeler aussi des femmes \u00e0 la m\u00eame charge. Y e\u00fbt-il song\u00e9 qu\u2019il a pu y renoncer pour ne pas heurter les convenances sociales ni troubler l\u2019ordre public, et non pour ob\u00e9ir \u00e0 une volont\u00e9 expresse du P\u00e8re ni pour \u00e9tablir une loi qui devrait \u00eatre observ\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la fin des temps. Ce\u00a0<i>fait<\/i>\u00a0n\u2019offre donc pas\u00a0<i>l\u2019\u00e9vidence<\/i>\u00a0d\u2019une disposition divine r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, il peut trop facilement s\u2019expliquer par d\u2019autres motivations, sociologiques peut-\u00eatre, mais \u00e9trang\u00e8res au type de discriminations, avant tout religieuses, contre lesquelles r\u00e9agissait J\u00e9sus.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">L\u2019interpr\u00e9tation du Pape serait plus persuasive si elle montrait quelle \u00e9tait la motivation de la volont\u00e9 du P\u00e8re \u00e0 laquelle aurait ob\u00e9i J\u00e9sus, autrement dit, quelle serait la raison divine d\u2019exclure les femmes de la charge apostolique et sacerdotale, mais il n\u2019en est rien dit, sinon qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une \u00ab\u00a0disposition qu\u2019il faut attribuer \u00e0 la Sagesse du Seigneur de l\u2019univers\u00a0\u00bb. Cette allusion \u00e0 la Sagesse cr\u00e9atrice et \u00e0 l\u2019ordre de l\u2019univers signifie-t-elle que l\u2019homme J\u00e9sus ne pouvait \u00eatre \u00ab\u00a0repr\u00e9sent\u00e9\u00a0\u00bb que par une personne du m\u00eame sexe? Ce n\u2019est pas impossible, car des th\u00e9ologiens avaient \u00e9labor\u00e9 des raisonnements de ce genre qui avaient \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s par la D\u00e9claration de 1976. Cependant, Jean-Paul II les laisse de c\u00f4t\u00e9, sans doute parce qu\u2019ils ne constituent pas des \u00ab\u00a0raisons fondamentales\u00a0\u00bb. Il se montre sensible, par contre, \u00e0 un autre\u00a0<i>fait<\/i>, la non-\u00e9lection de Marie \u00e0 la charge apostolique et sacerdotale\u00a0: c\u2019est la preuve, fait-il observer, que les femmes n&rsquo;en sont pas exclues \u00e0 cause d\u2019une moindre dignit\u00e9 ni par l\u2019effet d\u2019une discrimination. Cela laisse entendre que J\u00e9sus aurait appel\u00e9 sa M\u00e8re la premi\u00e8re, s\u2019il n\u2019avait pas d\u00e9cid\u00e9 que les femmes devaient \u00eatre exclues de cette charge. Toujours \u00e0\u00a0<i>supposer<\/i>\u00a0qu\u2019il ait envisag\u00e9 la possibilit\u00e9 de les y admettre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Encore une fois et en d\u2019autres termes, la diff\u00e9renciation des t\u00e2ches selon les sexes, compte tenu de la nature de la soci\u00e9t\u00e9, ici rest\u00e9e patriarcale, ne signifie pas par elle-m\u00eame une discrimination infamante pour le sexe f\u00e9minin, et n\u2019est s\u00fbrement pas ressentie comme telle quand elle est le fruit d\u2019une longue tradition et l\u2019objet d\u2019un consensus quasi unanime. J\u00e9sus a donc pu y voir une sage \u00ab\u00a0disposition\u00a0\u00bb conforme \u00e0 l\u2019ordre de la cr\u00e9ation et s\u2019y conformer lui-m\u00eame spontan\u00e9ment quand il fit choix de ses ap\u00f4tres, sans faire une d\u00e9lib\u00e9ration expresse portant sur le choix de leur sexe. Pensant en \u00eatre humain, il \u00e9tait \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb, au sens chalc\u00e9donien du terme, qu\u2019il pens\u00e2t en toutes choses selon les coutumes et les mentalit\u00e9s des gens de son pays, pour autant qu\u2019elles ne portaient pas en elles la marque du p\u00e9ch\u00e9. Dans cette optique, ce choix pr\u00e9f\u00e9rentiel ne peut en aucune fa\u00e7on \u00eatre suspect\u00e9 de discrimination sexuelle, mais il n\u2019est pas davantage porteur d\u2019une disposition salutaire \u2014la seule qui pourrait relever d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation proprement dite\u2014 excluant \u00e0 jamais les femmes des charges auxquelles \u00e9taient appel\u00e9s les hommes.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Voil\u00e0 pourquoi il est difficile de\u00a0<i>croire<\/i>\u00a0d\u2019une vraie foi que le Christ a voulu exclure les femmes du sacerdoce. La foi peut-elle \u00eatre command\u00e9e tant que n\u2019est pas fournie l\u2019\u00e9vidence d\u2019un acte de r\u00e9v\u00e9lation ? Elle ne peut pas \u00eatre donn\u00e9e, en tout cas, en tant qu\u2019assentiment de l\u2019intelligence, aussi longtemps que cette \u00e9vidence n\u2019est pas acquise. Le Pape la per\u00e7oit sans doute, s\u2019il est vrai qu\u2019il tient pour r\u00e9v\u00e9l\u00e9 ce point de la \u00ab\u00a0constitution divine\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9glise. On peut essayer de partager son sentiment, mais personne ne peut fonder sa foi sur l\u2019\u00e9vidence pr\u00e9sum\u00e9e du Pape, sous peine qu\u2019elle aille \u00e0 sa parole au lieu d\u2019\u00eatre accord\u00e9e \u00e0 la seule autorit\u00e9 de Dieu se r\u00e9v\u00e9lant.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Voil\u00e0 qui explique le d\u00e9sarroi de nombreux th\u00e9ologiens auquel j\u2019ai estim\u00e9 de mon devoir de porter t\u00e9moignage. Il serait moins grand s\u2019ils se sentaient seulement invit\u00e9s \u00e0 plus de patience et de prudence, dans un contexte mondial de revendications f\u00e9ministes pouvant mettre en p\u00e9ril l\u2019ordre eccl\u00e9sial. Est-il permis de penser que le Pape n\u2019a voulu que \u00ab\u00a0calmer le jeu\u00a0\u00bb, jugeant que les opinions publiques n\u2019\u00e9taient pas pr\u00eates, ni dans le clerg\u00e9 ni chez les fid\u00e8les, \u00e0 accepter des femmes ordonn\u00e9es pr\u00eatres, qu\u2019il fallait tenir compte de la grande diversit\u00e9 des \u00c9glises locales, que les solutions th\u00e9ologiques elles-m\u00eames avaient besoin de m\u00fbrir dans le silence et la lenteur des travaux ex\u00e9g\u00e9tiques et historiques? Tous les esprits pond\u00e9r\u00e9s applaudiraient \u00e0 ce langage de sagesse. La Note de pr\u00e9sentation, malheureusement, ferme la voie \u00e0 cette issue, quand elle bl\u00e2me d\u2019avance ceux qui voudraient ne retenir de cette Lettre qu\u2019un \u00ab\u00a0enseignement prudentiel\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Est-on donc accul\u00e9 \u00e0 recevoir cette ex\u00e9g\u00e8se papale du choix des Douze comme l\u2019interpr\u00e9tation \u00ab\u00a0authentique\u00a0\u00bb de l\u2019\u00c9criture? Ce qui choque le plus les th\u00e9ologiens, c\u2019est que le travail de l\u2019herm\u00e9neutique biblique y soit aussi peu pris en compte dans le pr\u00e9sent et mis en cong\u00e9 pour l\u2019avenir,\u2014la remarque en a \u00e9t\u00e9 faite derni\u00e8rement par un \u00e9v\u00eaque allemand. Moins habitu\u00e9s que les catholiques aux interventions du magist\u00e8re dans le travail th\u00e9ologique, nos amis protestants ressentent douloureusement cette solution d\u2019autorit\u00e9 comme un manque de respect, sinon envers les \u00c9critures elles-m\u00eames, du moins envers les pratiques d\u2019interpr\u00e9tation g\u00e9n\u00e9ralement observ\u00e9es. Une \u00ab\u00a0R\u00e9flexion du Conseil de l\u2019\u00c9glise nationale protestante de Gen\u00e8ve\u00a0\u00bb, de juin dernier, pr\u00e9sente des objections contre cette ex\u00e9g\u00e8se et des arguments allant dans un sens oppos\u00e9. N\u2019ayant pas voulu \u00ab\u00a0plaider\u00a0\u00bb pour ou contre la cause des minist\u00e8res f\u00e9minins, je m\u2019en suis tenu \u00e0 l\u2019argumentation du Pape sans p\u00e9n\u00e9trer dans la discussion ex\u00e9g\u00e9tique proprement dite. Mais tous les gens avertis de ses difficult\u00e9s et de ses proc\u00e9dures savent quelle retenue il faut mettre quand on interroge les vues de J\u00e9sus\u2014mais l\u2019origine est-elle atteignable?\u2014sur les \u00ab\u00a0Douze\u00a0\u00bb, sur le \u00ab\u00a0sacerdoce\u00a0\u00bb ou sur la \u00ab\u00a0constitution\u00a0\u00bb \u00e0 venir de \u00ab l\u2019\u00c9glise\u00a0\u00bb. Aussi l\u2019herm\u00e9neutique biblique redoute-t-elle l\u2019assurance dogmatique qui se h\u00e2te de trancher \u00ab\u00a0d\u00e9finitivement\u00a0\u00bb des probl\u00e8mes aussi complexes et controvers\u00e9s\u00a0: pour elle, la patience de la recherche est marque de respect envers la Parole de Dieu.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Il faut encore tenir compte dans l\u2019herm\u00e9neutique des textes anciens du sens produit chez le lecteur d\u2019aujourd\u2019hui par les interrogations nouvelles qu\u2019il leur adresse et par la sensibilit\u00e9 diff\u00e9rente que sa lecture y introduit. Dans le contexte actuel des revendications des droits de la femme, en quel sens pense-t-on que sera lu le r\u00e9cit du choix des Douze par des femmes d\u2019aujourd\u2019hui, chr\u00e9tiennes ou non, quand il leur sera expliqu\u00e9 que cet appel les laisse de c\u00f4t\u00e9 irr\u00e9m\u00e9diablement ? Comment emp\u00eacher qu\u2019elles le comprennent en termes de discrimination sexuelle? Ce que j\u2019en ai entendu dire par des femmes th\u00e9ologiennes ou ex\u00e9g\u00e8tes ne laisse gu\u00e8re de doute sur la r\u00e9ponse. On se doit de reconna\u00eetre que le discours de Jean-Paul II au sujet des femmes, \u00e0 la suite d\u2019ailleurs de celui de Paul VI, est noble et chaleureux, plein d\u2019une estime qui n\u2019est certes pas feinte. Mais quand on exalte la vocation des femmes dans l\u2019\u00c9glise, quand on les invite \u00e0 y remplir des charges, quand on leur rend gr\u00e2ce des services qu\u2019elles lui rendent,\u2014services sans lesquels, on ne le sait que trop, tant de communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes s\u2019\u00e9crouleraient\u2014, et quand il leur arrive de s\u2019offrir \u00e0 remplir des charges encore plus \u00e9lev\u00e9es, parce qu\u2019il n\u2019y a plus assez d\u2019hommes pour le faire, et qu\u2019il leur est r\u00e9pondu, sur un ton d\u00e9sol\u00e9, malgr\u00e9 le besoin criant qu\u2019on en a, que l\u2019\u00c9glise n\u2019a pas re\u00e7u le pouvoir de les y appeler\u00a0: comment s\u2019imagine-t-on que ce langage sera re\u00e7u, sinon comme le refus des hommes de partager avec les femmes les privil\u00e8ges qu\u2019ils tiennent du Seigneur? Plus le discours se fait louangeur et compatissant \u00e0 l\u2019adresse des femmes, moins il dissimule le refus de passer aux actes, et plus il d\u00e9voile les enjeux de pouvoir qui se mettent \u00e0 l\u2019abri derri\u00e8re les silences de J\u00e9sus.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">Les th\u00e9ologiens se sentent responsables du discours de l\u2019\u00c9glise devant les fid\u00e8les et devant le monde\u00a0: c\u2019est \u00e0 eux qu\u2019il est demand\u00e9 d\u2019en r\u00e9pondre, d\u2019en rendre raison. Aussi sont-ils profond\u00e9ment troubl\u00e9s quand ils ne parviennent pas \u00e0 s\u2019en rendre solidaires dans leur conscience de croyants. D\u2019o\u00f9 le d\u00e9sarroi dont ces pages sont l\u2019\u00e9cho. Le magist\u00e8re les tient lui aussi volontiers pour responsables, mais dans un autre sens\u00a0: parce qu\u2019ils r\u00e9pandent leurs contestations et leurs dissonances devant les fid\u00e8les et l\u2019opinion publique,\u2014ce sont eux qui rouvrent les dossiers qui devraient rester clos. Langage d\u2019enseignement, et donc de tradition et d\u2019autorit\u00e9, d\u2019un c\u00f4t\u00e9; langage de recherche, et donc d\u2019intelligence critique, de l\u2019autre. Cela suffit pour expliquer qu\u2019ils entrent en conflit l\u2019un avec l\u2019autre, et cela ne devrait pas \u00eatre jug\u00e9 dramatique. Mais ils ont besoin de rester, a l\u2019\u00e9coute l\u2019un de l\u2019autre pour constituer ensemble le discours de l\u2019\u00c9glise, \u00e0 la fois enracin\u00e9 dans sa tradition et ouvert \u00e0 l\u2019esprit des temps nouveaux. C\u2019est le langage des th\u00e9ologiens, tant qu\u2019il reste libre et critique, qui fait la communicabilit\u00e9 du discours de l\u2019\u00c9glise avec la pens\u00e9e d\u2019aujourd\u2019hui, dont les fid\u00e8les sont \u00e9galement partie prenante. S\u2019il venait \u00e0 s\u2019\u00e9teindre ou \u00e0 se rar\u00e9fier, parce que l\u2019espace de libert\u00e9 se serait r\u00e9tr\u00e9ci dans l\u2019\u00c9glise, le danger serait grand qu\u2019elle devienne secte\u00a0: soci\u00e9t\u00e9 close et \u00e9touffante. C\u2019est le risque des d\u00e9bats pr\u00e9matur\u00e9ment clos. Contre ce seul risque j\u2019ai voulu plaider, pour l\u2019honneur de la th\u00e9ologie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i><b>Recherches de Science Religieuse<\/b><\/i>\u00a0<b>82 (Juillet-Septembre 1994) num\u00e9ro 3, pp. 321 -333.<br \/>\nReproduit avec les permissions requises.<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&#8230;Dans le cas de l\u2019ordination, quand l&rsquo;\u00c9glise voit le Christ appeler des ap\u00f4tres et ceux-ci se choisir des successeurs, ce qu\u2019elle regarde avant tout, ce n\u2019est pas le sexe des personnes appel\u00e9es, c\u2019est la volont\u00e9 du Christ que des ouvriers soient incessamment envoy\u00e9s travailler \u00e0 sa mission. Voil\u00e0 la loi fondamentale et absolue \u00e0 laquelle l\u2019\u00c9glise ob\u00e9it et qu\u2019elle enseigne comme une v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par la pratique ininterrompue des ordinations sacerdotales. Si elle se voit dans le besoin d\u2019ordonner des femmes pour remplir sa mission, soit parce que les hommes ne se pr\u00e9sentent plus en nombre suffisant, soit parce que les fid\u00e8les r\u00e9clament instamment un minist\u00e8re de femmes, qu\u2019est-ce qui pourrait emp\u00eacher l\u2019\u00c9glise de changer sa pratique, comme elle l\u2019a fait si souvent dans le pass\u00e9 pour d\u2019autres sacrements? L\u2019obligation de pourvoir \u00e0 sa mission est le seul absolu qui s\u2019impose \u00e0 elle. \u00bb<\/p>\n<p>Recherches de Science Religieuse 82 (Juillet-Septembre 1994) num\u00e9ro 3, pp. 321 -333.<br \/>\nReproduit avec les permissions requises. <a href=\"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=202\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":117,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"ppma_author":[128],"class_list":["post-202","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ordination_des_femmes","author-joseph-moingt"],"authors":[{"term_id":128,"user_id":117,"is_guest":0,"slug":"Joseph Moingt","display_name":"Joseph Moingt","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/cd525a53e1b4d61db1978dc460ccb1e5babad2ade5c38888758b6db3b7506f94?s=96&d=wp_user_avatar&r=g","user_url":"","last_name":"Moingt","first_name":"Joseph","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/202","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/117"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=202"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/202\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=202"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=202"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=202"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fppma_author&post=202"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}