{"id":2333,"date":"2014-10-24T08:46:35","date_gmt":"2014-10-24T12:46:35","guid":{"rendered":"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=2333"},"modified":"2014-10-28T11:07:21","modified_gmt":"2014-10-28T15:07:21","slug":"le-pape-francois-et-la-theologie-feministe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=2333","title":{"rendered":"Le pape Fran\u00e7ois et la th\u00e9ologie f\u00e9ministe"},"content":{"rendered":"<p><strong><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 8pt;\">Publi\u00e9 dans la revue guat\u00e9malt\u00e8que <i>Alternativas, revista de an\u00e1lisis y re\ufb02exi\u00f3n teol\u00f3gica,<\/i> n\u00b0 46, 2013, sous le titre <a href=\"http:\/\/www.desveladas.org\/b\/pido\/2014\/04\/09\/el-papa-francisco-y-la-teologia-feminista\/\">El papa Francisco y la teolog\u00eda feminista<\/a>, ce texte a \u00e9t\u00e9 mis en ligne le 9 avril 2014 par <i>DesveIadas<\/i>. La version fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e sur le site de <a href=\"http:\/\/lentraidemissionnaire.org\/?p=369\">L&rsquo;Entraide missionnaire<\/a>.\u00a0<\/span><\/strong><br \/>\n<strong><a href=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/Ivone-Gebara-2-e1410618637619.jpeg\"><img decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2126 \" src=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/Ivone-Gebara-2-150x150.jpeg\" alt=\"Ivone Gebara\" width=\"139\" height=\"139\" \/><\/a><\/strong><\/p>\n<p><strong>Introduction<br \/>\n<\/strong><strong><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Les attentes et les r\u00e9alisations possibles<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">En quelques mois de pontificat, le pape Fran\u00e7ois est devenu non seulement un ph\u00e9nom\u00e8ne m\u00e9diatique, mais une sorte de catalyseur de nombreux espoirs, de trop nombreux espoirs peut-\u00eatre. En g\u00e9n\u00e9ral, nous pouvons observer que son image se construit de mani\u00e8re tr\u00e8s positive. Dans la presse et dans divers articles, on trouve des expressions qui traduisent un enthousiasme contagieux. \u00ab\u00a0L&rsquo;esp\u00e9rance rena\u00eet dans l&rsquo;\u00c9glise\u00a0\u00bb; \u00ab\u00a0Fran\u00e7ois, le pape des pauvres\u00a0\u00bb; \u00ab\u00a0La r\u00e9volution de Fran\u00e7ois dans l&rsquo;\u00c9glise\u00a0\u00bb; \u00ab\u00a0Fran\u00e7ois, pape de la mondialisation\u00a0\u00bb, autant de formules qui indiquent une attente positive face \u00e0 son ponti\ufb01cat. La majorit\u00e9 des th\u00e9ologiens d&rsquo;Am\u00e9rique latine, et des autres continents aussi, je crois, semblent enthousiastes \u00e0 son endroit et n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 faire des pronostics sur les changements radicaux qui pourraient se produire. Il suffit de suivre ses charges \u00e0 propos de la Banque du Vatican, ses d\u00e9nonciations du luxe et de la politique des groupes d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, son projet de r\u00e9forme de la Curie, pour comprendre que quelque chose de nouveau est en train de prendre forme. Chaque jour est un nouveau jour, m\u00eame si nous conservons nos vieilles habitudes, et l&rsquo;inattendu peut aussi bien nous \u00e9tonner agr\u00e9ablement que nous d\u00e9cevoir.<\/span><!--more--><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Toutefois, le bon sens nous rappelle qu&rsquo;on ne peut esp\u00e9rer qu&rsquo;en quelques mois de pontificat le pape puisse mettre en train toutes les r\u00e9formes qu&rsquo;attendent diff\u00e9rents groupes repr\u00e9sentant les int\u00e9r\u00eats les plus divers. La vie de l&rsquo;\u00c9glise catholique romaine illustre bien la complexit\u00e9 de toutes les institutions religieuses \u00e0 notre \u00e9poque et elle re\ufb02\u00e8te les diff\u00e9rentes questions politiques et \u00e9conomiques que posent les religions institutionnelles. \u00c0 l&rsquo;endroit du pape, la diversit\u00e9 des attentes se complique d&rsquo;insatisfactions de divers ordres, relatives aux priorit\u00e9s objectives et subjectives de groupes diff\u00e9rents. Tout cela rel\u00e8ve du moment historique que vit notre monde, o\u00f9 se multiplient de jour en jour les manifestations et les revendications de toutes sortes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Dans un tel contexte, le pape pourra faire certaines choses, mais pas toutes celles qu&rsquo;il faudrait faire aujourd&rsquo;hui et encore moins toutes celles qu&rsquo;attendent tous les groupes. Par ailleurs, ne serait-ce que pour d\u00e9finir ce que nous disons n\u00e9cessaire, nous sommes plong\u00e9s dans un oc\u00e9an d&rsquo;attentes et d\u00a0\u00bbopinions des plus diverses. En somme, il n&rsquo; a pas toujours de convergence entre ce qui semble bon pour l&rsquo;\u00c9glise communaut\u00e9 de croyant-e-s et ce qui nous semble bon, \u00e0 moi et \u00e0 mon groupe. C&rsquo;est au milieu de cette situation complexe, o\u00f9 se font entendre des voix discordantes, que s&rsquo;inscrivent aussi les revendications des femmes. Parler des femmes, ce n&rsquo;est pas \u00e9voquer de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale les repr\u00e9sentantes du deuxi\u00e8me sexe, mais citer plut\u00f4t des groupes pr\u00e9cis de femmes, qui se sont donn\u00e9 entre autres pour mission de r\u00e9interpr\u00e9ter et de vivre l&rsquo;h\u00e9ritage chr\u00e9tien \u00e0 partir de r\u00e9f\u00e9rences nouvelles. Cette attitude s&rsquo;est accentu\u00e9e au 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avec la perception plus vive de la complicit\u00e9 des religions dans les processus de domination et d&rsquo;exclusion des femmes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Les femmes se heurtent \u00e0 plusieurs si\u00e8cles de pouvoir et de contenus th\u00e9ologiques qu&rsquo;on tient pour l&rsquo;expression historique de la foi chr\u00e9tienne, mais qui semblent aujourd&rsquo;hui anachroniques face aux d\u00e9fis de l&rsquo;existence au 21<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. La grande majorit\u00e9 des formulations dogmatiques qui font partie de notre credo sont marqu\u00e9es par les mythes, les conflits et les interpr\u00e9tations qui se sont crois\u00e9s et exclus mutuellement jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;on en arrive \u00e0 un \u00e9nonc\u00e9 qui s`est constitu\u00e9 comme v\u00e9rit\u00e9 catholique. La formulation de ces v\u00e9rit\u00e9s est aujourd&rsquo;hui remise en question au vu des cons\u00e9quences historiques qu&rsquo;eIles ont impos\u00e9es \u00e0 des corps concrets, des corps de femmes, mais aussi d&rsquo;autres groupes sociaux. Le pape Fran\u00e7ois pourra-t-il les modifier rapidement? Pareils changements font-ils partie de sa perspective th\u00e9ologique et eccl\u00e9siale? Ce travail ne revient-il pas plut\u00f4t \u00e0 la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne \u00e0 travers le monde? Quelles sont les nouvelles r\u00e9f\u00e9rences pratiques et th\u00e9oriques qui ressortent des discours publics du pape? Ces questions sont importantes \u00e0 envisager si nous voulons traiter nos nombreuses attentes avec plus de calme et de mod\u00e9ration. Ce n&rsquo;est pas d&rsquo;aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;on r\u00e9duit au silence et qu&rsquo;on voue \u00e0 diverses formes de censure et de pers\u00e9cution les femmes qui revendiquent des espaces et des formes d&rsquo;expression religieuse qui diff\u00e8rent des canons officiels. l&rsquo;institution chr\u00e9tienne a toujours mal r\u00e9agi aux femmes et aux nouveaut\u00e9s qu&rsquo;elles ont cr\u00e9\u00e9es. Le souvenir du p\u00e9ch\u00e9 d&rsquo;\u00c8ve et de sa chute, quand le serpent l&rsquo;a tent\u00e9e, subsiste encore sous des formes multiples dans l&rsquo;inconscient chr\u00e9tien. Le ressentiment originel suscit\u00e9 dans les relations humaines se manifeste de diverses fa\u00e7ons dans la vie de tous les jours. La \u00ab\u00a0guerre des sexes\u00a0\u00bb se poursuit encore aujourd&rsquo;hui quoique d&rsquo;une mani\u00e8re moins violente et plus discr\u00e8te.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Tant que les femmes sont soumises et ob\u00e9issantes \u00e0 l&rsquo;ordre patriarcal, on fait l&rsquo;\u00e9loge de leur g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 au service de la famille et de l&rsquo;\u00c9glise. Mais d\u00e8s qu&rsquo;elles revendiquent la libert\u00e9, leurs droits, et qu&rsquo;elles s&rsquo;en prennent \u00e0 l&rsquo;ordre \u00e9tabli et au discours qu&rsquo;on tient sur elles, on les refoule dans la marge et on les exclut. Ce vieux d\u00e9bat continue au 21<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avec quelques accents particuliers; c&rsquo;est lui qui va orienter la pr\u00e9sente r\u00e9flexion, r\u00e9flexion qui propose un point de vue parmi tant d&rsquo;autres au milieu de la masse des analyses et des publications que suscite la figure du pape Fran\u00e7ois. Un point de vue seulement, car personne n&rsquo;a le don de s&rsquo;exprimer de partout ou de repr\u00e9senter tous les points de vue. Ainsi, qu&rsquo;on parle de th\u00e9ologie, d&rsquo;\u00c9glise ou des femmes, le contenu se limite \u00e0 une fa\u00e7on de voir les relations humaines, fa\u00e7on de voir qui n&rsquo;est aucunement absolue. Chaque point de vue doit \u00eatre accueilli comme une opinion personnelle qui sert \u00e0 rendre possible le dialogue entre diff\u00e9rentes perspectives et \u00e0 faire que la pluralit\u00e9 des approximations autour d&rsquo;un m\u00eame \u00e9v\u00e9nement vienne enrichir la diversit\u00e9 de nos exp\u00e9riences.<\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">1.- La th\u00e9ologie de la majorit\u00e9. Histoire d&rsquo;amorcer la conversation<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Avant de parler de th\u00e9ologie f\u00e9ministe en lien avec certains aspects de la th\u00e9ologie du pape &#8211; c&rsquo;est le sujet que m&rsquo;a propos\u00e9 la revue <i>Alternativas<\/i>, il faut d\u00e9gager les grandes lignes de la th\u00e9ologie de la majorit\u00e9 de ceux et celles qui \u00e0 travers le monde se reconnaissent catholiques. Cette th\u00e9ologie semble \u00eatre avant tout une th\u00e9ologie du sens commun, fond\u00e9e sur la d\u00e9votion, d\u00e9pendante de la hi\u00e9rarchie, attach\u00e9e aux miracles et aux grandes manifestations de masse. Il ne s&rsquo;agit pas ici de contenus th\u00e9oriques de fond ou de nouvelles formulations th\u00e9ologiques, fussent-elles f\u00e9ministes, mais des relations qu&rsquo;on entretient avec Dieu, la Vierge, les saints ou le Seigneur J\u00e9sus, vers qui on se tourne quand on se retrouve dans le besoin. Joue ici une moralit\u00e9 tenue pour catholique et qui rejoint diff\u00e9rents niveaux de l&rsquo;existence. Sur cette th\u00e9ologie ax\u00e9e sur des forces sup\u00e9rieures, les figures masculines continuent d\u201dexercer une in\ufb02uence fondamentale en orientant un processus dans lequel l&rsquo;\u00e9motion et la soumission ont plus de place que la r\u00e9flexion. Je ne pense pas \u00e0 ce que je crois, je crois, c&rsquo;est tout. En ce sens, il faut relever \u00e0 quel point les m\u00e9dias nationaux et internationaux ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 faire ressortir pr\u00e9cis\u00e9ment ces manifestations affectives de religiosit\u00e9, les gu\u00e9risons et autres \u00e9v\u00e9nements extraordinaires, comme si c&rsquo;\u00e9tait ce \u00e0 quoi se r\u00e9duit la foi religieuse. Dans la m\u00eame ligne, on souligne les grandes manifestations de masse, que retransmettent g\u00e9n\u00e9ralement les t\u00e9l\u00e9visions et o\u00f9 les fid\u00e8les, ob\u00e9issant \u00e0 la voix du pr\u00eatre, expriment leur foi dans le cadre de la liturgie. Il semble que cet aspect visible retienne davantage l&rsquo;attention du grand public que la recherche de pratiques de justice ou une r\u00e9\ufb02exion qui porte sur les d\u00e9fis de la culture d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. C\u201cest comme si la vie courante se partageait en deux niveaux distincts, mais interd\u00e9pendants. L&rsquo;un de ces niveaux, c&rsquo;est le quotidien de nos luttes pour la survie avec leur monotonie, leurs surprises, leurs tristesses et leurs joies. L&rsquo;autre, c&rsquo;est le monde spirituel repr\u00e9sent\u00e9 par des forces capables de modifier miraculeusement le cours normal de nos vies. Ces forces viennent de Dieu et, a travers lui, de J\u00e9sus Christ, des saints, de la Vierge Marie. La relation entre ces deux dimensions en est une de d\u00e9pendance mutuelle, sans doute, mais le monde spirituel semble \u00eatre le plus puissant. La dimension spirituelle n&rsquo;est pas seulement assum\u00e9e par les \ufb01d\u00e8les, mais elle est fortement sublim\u00e9e par les pr\u00eatres et les \u00e9v\u00eaques qui indiquent la voie \u00e0 suivre et les comportements \u00e0 adopter. La d\u00e9pendance d&rsquo;une dimension \u00e0 l`\u00e9gard de l\u00b0autre s&rsquo;exprime en particulier dans un mod\u00e8le de soumission des fid\u00e8les aux autorit\u00e9s de leurs \u00e9glises, qui repr\u00e9sentent d&rsquo;une certaine fa\u00e7on le monde spirituel. ll existe un langage ax\u00e9 sur les n\u00e9cessit\u00e9s de l&rsquo;existence et sur la conviction que, si on croit en la puissance de Dieu et des saints, il est possible de changer la vie pour l&rsquo;am\u00e9liorer; ici s&rsquo;inscrit la c\u00e9l\u00e9bration des sacrements, du bapt\u00eame surtout, partie int\u00e9grante de la culture religieuse populaire.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">La th\u00e9ologie des masses ou du commun des croyants d\u00e9passe de beaucoup, \u00e0 mon avis, la th\u00e9ologie des minorit\u00e9s qui cherchent une autre fa\u00e7on d&rsquo;expliciter la tradition chr\u00e9tienne. On va m\u00eame parfois jusqu&rsquo;\u00e0 se demander s&rsquo;il faut parler de th\u00e9ologie des masses ou seulement de religiosit\u00e9. Je n`entre pas dans ce d\u00e9bat pour le moment. Je pr\u00e9f\u00e8re dire que les masses ont une th\u00e9ologie hybride qui comporte de nombreux \u00e9l\u00e9ments et qui est l&rsquo;expression de leurs besoins \u00e0 diff\u00e9rents moments de la vie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">J&rsquo;estime que la th\u00e9ologie f\u00e9ministe est une th\u00e9ologie minoritaire, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle repr\u00e9sente une petite minorit\u00e9, surtout en Am\u00e9rique latine. Ceci parce qu&rsquo;elle est l&rsquo;expression du mouvement de lib\u00e9ration des femmes, qui a conquis d&rsquo;\u00e9normes espaces dans la vie sociale, politique et culturelle de nombreux pays. N\u00e9anmoins, le f\u00e9minisme n&rsquo;a eu d&rsquo;impact important ni dans les \u00e9glises chr\u00e9tiennes ni sur la majorit\u00e9 des th\u00e9ologies re\u00e7ues, notamment dans l&rsquo;\u00c9glise catholique romaine.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Parler de l`\u00c9glise catholique romaine, c&rsquo;est parler de toutes les institutions catholiques qui r\u00e9unissent les catholiques: paroisses, \u00e9coles, h\u00f4pitaux, centres de pastorale. Ces endroits ont ferm\u00e9 la porte, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, au f\u00e9minisme et \u00e0 la th\u00e9ologie f\u00e9ministe. Nombre de catholiques ignorent qu&rsquo;il existe une th\u00e9ologie f\u00e9ministe. On pourrait se demander pourquoi.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Je soup\u00e7onne que la th\u00e9ologie catholique traditionnelle ne peut accueillir les revendications du f\u00e9minisme sans modifier radicalement l&rsquo;anthropologie philosophique qui a servi de base pendant des si\u00e8cles \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation de l&rsquo;h\u00e9ritage du Mouvement de J\u00e9sus. Dans cette philosophie, la conception de l&rsquo;\u00eatre humain est marqu\u00e9e par une hi\u00e9rarchie presque ontologique selon laquelle l&rsquo;homme, le m\u00e2le, est prioritairement divin, repr\u00e9sentant et symbole de l&rsquo;autorit\u00e9 divine. C\u201dest cette repr\u00e9sentation que nous quali\ufb01ons de th\u00e9ologie patriarcale.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Les conqu\u00eates des femmes ont souvent \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9es comme des concessions faites par le pouvoir masculin a\ufb01n de pr\u00e9server l&rsquo;ordre dominant masculin. C&rsquo;est dire que dans Ia culture d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, les nombreux efforts des femmes dans les diff\u00e9rents domaines du savoir et dans la militance sociale et politique sont vus comme de petites ing\u00e9rences dans l&rsquo;organisation masculine du monde. Cette fa\u00e7on de voir et ce mod\u00e8le de comportement restent tr\u00e8s pr\u00e9sents dans les \u00e9glises chr\u00e9tiennes, en particulier dans le catholicisme. Dans le m\u00eame sens, la diversit\u00e9 sexuelle, les nouvelles relations de genre, les nouvelles identit\u00e9s marqu\u00e9es par le changement de notre monde sont toujours accueillies comme des exceptions \u00e0 la r\u00e8gle patriarcale valid\u00e9e par la nature et par Dieu. En d&rsquo;autres mots, l&rsquo;ordre patriarcal &#8212; notamment l&rsquo;ordre religieux patriarcal &#8212; lutte pour pr\u00e9server ce qu&rsquo;il tient pour l&rsquo;ordre naturel des choses ou la v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par Dieu. Ses tenants sont loin d&rsquo;accepter que ce qu&rsquo;ils appellent l&rsquo;ordre naturel est en r\u00e9alit\u00e9 une interpr\u00e9tation, une mani\u00e8re de voir la soci\u00e9t\u00e9 et le cosmos. De la m\u00eame fa\u00e7on, ce qu&rsquo;ils appellent l&rsquo;ordre voulu par Dieu est une interpr\u00e9tation imaginaire d&rsquo;une volont\u00e9 \u00e9thique et supra-\u00e9thique capable de mettre le monde en ordre. Cette philosophie de mod\u00e8le aristot\u00e9lico-thomiste, vulgaris\u00e9e de diverses mani\u00e8res, est tr\u00e8s pr\u00e9sente dans les \u00e9glises et se heurte aux nouveaux d\u00e9\ufb01s du monde contemporain. Les conflits avec diff\u00e9rents groupes se multiplient in\u00e9vitablement.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">\u00c9videmment, il y a des \u00e9l\u00e9ments de notre structure vitale qui ne d\u00e9pendent pas de nous, qui nous sont transmis par les forces de la Vie, mais les enjeux \u00e9thiques dont il s&rsquo;agit ici d\u00e9bordent le donn\u00e9 biologique. Cette distinction qu&rsquo;il importe d&rsquo;introduire de plus en plus dans la th\u00e9ologie populaire rencontre plusieurs r\u00e9sistances de divers ordres. Ainsi en va-t-il de la dimension mystique de l&rsquo;existence, qui peut se traduire en accueil de la vie au-del\u00e0 du pr\u00e9visible; l&rsquo;accueil du myst\u00e8re qui nous tisse et nous enveloppe n&rsquo;a pas n\u00e9cessairement a s&rsquo;identi\ufb01er \u00e0 un sch\u00e9ma philosophique d\u00e9\ufb01ni officiellement. Ce n&rsquo;est pas un sch\u00e9ma th\u00e9orique qui va d\u00e9terminer ou imposer ce qui doit \u00eatre jug\u00e9 vrai ou faux dans l&rsquo;exp\u00e9rience religieuse.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Pour de nombreux chr\u00e9tiens, ce qu&rsquo;on appelle \u00ab\u00a0l&rsquo;ordre naturel\u00a0\u00bb est une r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9\u00e9tablie et r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par Dieu, qui concerne non seulement les choses de la nature, mais aussi nos comportements et nos sentiments. Ils n&rsquo;y voient pas en effet le fruit de l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;\u00eatre humain et des conventions n\u00e9cessaires \u00e0 la vie sociale. Pour beaucoup, il s&rsquo;agit plut\u00f4t de donn\u00e9es pr\u00e9alables, de r\u00e9alit\u00e9s pr\u00e9existantes, qu&rsquo;il faut confesser et observer sans discuter. Or, dans une perspective comme celle- l\u00e0, il n&rsquo;y a presque rien qu&rsquo;on puisse changer dans ce qu&rsquo;on tient pour des lois de la nature puisque cela reviendrait \u00e0 d\u00e9sob\u00e9ir \u00e0 l&rsquo;ordre divin. Bien s\u00fbr, ce qui se pr\u00e9sente comme un argument philosophique et th\u00e9ologique fond\u00e9 sur la raison naturelle n&rsquo;\u00e9chappe pas \u00e0 la complexit\u00e9 affective de l&rsquo;\u00eatre humain et aux mythes que nous construisons autour des situations de notre vie. L&rsquo;ordre affectif semble avoir une force consid\u00e9rable, car plusieurs personnes vont jusqu&rsquo;\u00e0 donner leur vie pour cet ordre-l\u00e0 alors que d&rsquo;autres s&#8217;emploient \u00e0 le pr\u00e9server pour d\u00e9fendre leur propre pouvoir et ce qu&rsquo;ils pensent \u00eatre la volont\u00e9 divine.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Je parle de l&rsquo;ordre affectif pour r\u00e9cup\u00e9rer une dimension importante de notre vie, en particulier les exp\u00e9riences religieuses. L&rsquo;\u00e9motion ne fait pas qu&rsquo;ajouter de la couleur et de l&rsquo;intensit\u00e9 a la religiosit\u00e9\u00a0: en fait, elle facilite ou elle bloque la perception plurielle du monde et la n\u00e9cessit\u00e9 des changements. Tr\u00e8s souvent, nous croyons plus \u00e0 ce que nous ressentons et \u00e0 ce que nous voulons ressentir qu&rsquo;\u00e0 certains faits ou \u00e0 certains \u00e9v\u00e9nements que nous pr\u00e9sente le quotidien. Nous croyons plus \u00e0 nos habitudes qu&rsquo;aux invitations que nous lance l&rsquo;histoire en vue du bien collectif. C&rsquo;est cette religiosit\u00e9 qui continue de se diffuser dans les \u00e9glises quand on c\u00e9l\u00e8bre des f\u00eates de saints, des miracles et des liturgies sacramentelles quotidiennes qui se r\u00e9pandent partout sur notre continent et \u00e0 travers le monde. Cette religiosit\u00e9, qui est devenue une habitude \u00e0 bien des endroits, peut marquer le temps et l&rsquo;espace et exercer un pouvoir consid\u00e9rable sur la vie des masses qui en vivent.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">J&rsquo;irais jusqu&rsquo;\u00e0 dire que les derniers papes, dont Fran\u00e7ois, et plusieurs d&rsquo;entre nous, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, sommes habit\u00e9s par cette th\u00e9ologie des masses, m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 toute une \u00e9rudition philosophique, litt\u00e9raire et th\u00e9ologique. M\u00eame dans les textes et dans les entrevues du pape actuel, comme dans l&rsquo;exercice de son minist\u00e8re, ces niveaux ressortent tant\u00f4t clairement, tant\u00f4t m\u00eal\u00e9s l&rsquo;un \u00e0 I&rsquo;autre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Il faut signaler qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de d\u00e9bats th\u00e9ologiques dans la majorit\u00e9 des communaut\u00e9s populaires et que les conflits de pouvoir s&rsquo;y expriment autrement. La grande majorit\u00e9 des gens ne savent rien des discours et des encycliques des papes. Le langage dans lequel sont r\u00e9dig\u00e9s ces textes et leur style particulier leur arrivent d&rsquo;un monde \u00e0 part. Mais ce monde \u00e0 part et ses discours bien construits renforcent le pouvoir des clercs sur les fid\u00e8les et leur donnent plus de savoir et de pouvoir pour diriger le \u00ab\u00a0troupeau\u00a0\u00bb et l&rsquo;amener \u00e0 d\u00e9pendre d&rsquo;une vision qui s&rsquo;autoproclame la plus juste.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Du pape la majorit\u00e9 des \ufb01d\u00e8les saisissent des gestes, une caresse, le charme exerc\u00e9 sur le public, une b\u00e9n\u00e9diction, des paroles simples. Ils vibrent, l&rsquo;applaudissent, le divinisent, l&rsquo;id\u00e9alisent afin de pr\u00e9server leurs croyances et l&rsquo;\u00e9motion dont ils ont besoin pour vivre. L&rsquo;appr\u00e9ciation positive dure, en g\u00e9n\u00e9ral, le temps que dure l&rsquo;enthousiasme de la pr\u00e9sence physique ou de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. J&rsquo;estime que cette dynamique nourrit la th\u00e9ologie des masses, mais qu&rsquo;en m\u00eame temps qu&rsquo;elle \ufb02atte et fascine la multitude, elle risque d&rsquo;engendrer l&rsquo;ali\u00e9nation. D&rsquo;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 urgente de recommencer \u00e0 participer davantage \u00e0 la discussion et \u00e0 la transformation des contenus de nos croyances afin que l`\u00c9vangile puisse \u00eatre v\u00e9cu pour aujourd&rsquo;hui.<\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">2.- La \u00ab\u00a0th\u00e9ologie de la femme\u00a0\u00bb selon le pape. Perceptions non confirm\u00e9es<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Chaque fois que nous disons qu&rsquo;une personne pense de telle ou telle fa\u00e7on, qu&rsquo;elle fera telle ou telle chose, il faut bien pr\u00e9ciser que c&rsquo;est moi qui pense qu&rsquo;elle pense de la sorte. La chose est particuli\u00e8rement vraie quand nous ne connaissons cette personne qu&rsquo;\u00e0 travers quelques textes, quelques entrevues et quelques conf\u00e9rences. \u00c0 moins d&rsquo;avoir longtemps partag\u00e9 la vie de quelqu&rsquo;un \u00e0 divers niveaux, il est tr\u00e8s difficile de dire ce que pense ou veut l&rsquo;autre. Ainsi, \u00e0 de rares exceptions pr\u00e8s, ma subjectivit\u00e9 et ma mani\u00e8re de percevoir la vie des autres expriment ma mani\u00e8re \u00e0 moi de voir et de juger la vie. N\u00e9anmoins, il faut dire qu&rsquo;il reste possible de se rapprocher et de se comprendre et que la communication et le dialogue entre nous ne sont pas illusoires. Si bien qu&rsquo;en parlant de la pens\u00e9e d&rsquo;un autre, je ne suis pas seulement s\u00e9lective et je peux situer cette pens\u00e9e, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, par rapport \u00e0 ma propre perception du monde et aux positions que je d\u00e9fends. Par ailleurs, la critique que je fais de la pens\u00e9e de cette personne est influenc\u00e9e par ce que je voudrais retrouver dans sa pens\u00e9e et son action. Une bonne partie des choses auxquelles je crois et pour lesquelles je me bats conditionnent ma fa\u00e7on d&rsquo;interpr\u00e9ter la pens\u00e9e de l&rsquo;autre. C&rsquo;est pourquoi ce que je dis ici de ce que je comprends de la pens\u00e9e du pape Fran\u00e7ois en lien avec l&rsquo;objet du pr\u00e9sent article est limit\u00e9 par mon histoire, mes conditionnements, mes perceptions et mes choix.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">La \ufb01gure affable, proche et courageuse du pape Fran\u00e7ois, sa rupture avec le protocole, la simplicit\u00e9 de son mode de vie montrent qu&rsquo;il accorde de l&rsquo;importance au contact direct avec les personnes, \u00e0 l`emploi d&rsquo;un langage plus familier que th\u00e9ologique ou scientifique. Sa mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre ou de se pr\u00e9senter en public en a incit\u00e9 plusieurs \u00e0 dire qu&rsquo;il ressemble \u00e0 Jean\u00a0XXIII, ou que sa pens\u00e9e amorce un printemps de l&rsquo;\u00c9glise catholique. D&rsquo;autre part, nous pouvons remarquer \u00e0 quel point, d\u00e8s les premiers mois de son pontificat, il a tenu \u00e0 introduire une dimension de coll\u00e9gialit\u00e9 dans le d\u00e9bat sur les nombreux probl\u00e8mes du Vatican. Voil\u00e0 qui rompt avec le mod\u00e8le de l&rsquo;infaillibilit\u00e9 ponti\ufb01cale et de la concentration du pouvoir entre les mains d&rsquo;un individu.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">\u00c0 partir de mes options de vie et de pens\u00e9e, je sens que ce langage familier et affectueux du pape Fran\u00e7ois exprime aussi une fa\u00e7on de penser le monde selon un ordre plus ou moins pr\u00e9\u00e9tabli, m\u00eame si le pape parle beaucoup de changements, de temps et d&rsquo;espaces diff\u00e9rents, de modernit\u00e9 et de questions analogues. Je crois trouver dans sa pens\u00e9e, sur la base des discours qu&rsquo;il a prononc\u00e9s et des entrevues qu&rsquo;il a accord\u00e9es, notamment \u00e0 l&rsquo;occasion de la derni\u00e8re Journ\u00e9e mondiale de la Jeunesse, des \u00e9nonc\u00e9s constants venus de la tradition chr\u00e9tienne, mais formul\u00e9s par un homme capable de communiquer dans un langage moderne et familier. Son univers doctrinal catholique est stable et plus ou moins connu. Comment pourrait-il en \u00eatre autrement puisque c&rsquo;est le coll\u00e8ge des cardinaux qui l&rsquo;a \u00e9lu chef supr\u00eame de la communaut\u00e9 catholique mondiale? ll parle en pr\u00eatre, en j\u00e9suite, en lettr\u00e9 qui conna\u00eet la litt\u00e9rature et le cin\u00e9ma en plus de la grande tradition th\u00e9ologique chr\u00e9tienne. ll peut \u00eatre direct et appeler sans d\u00e9tour \u00e0 la proximit\u00e9 des pauvres, \u00e0 l&rsquo;intimit\u00e9 avec J\u00e9sus, \u00e0 la d\u00e9votion envers la Vierge Marie. Tout cela dans un langage affectueux, sobre et familier, que les personnes les plus simples appr\u00e9cient et accueillent plus facilement. Mais, \u00e0 mon avis, il n&rsquo;introduit rien de radicalement nouveau dans l&rsquo;enseignement traditionnel de l&rsquo;\u00c9glise. Les appels \u00e0 la justice que nous entendons dans ses discours sont l&rsquo;\u00e9cho de la doctrine sociale de l&rsquo;\u00c9glise et du concile Vatican II. Le respect des diff\u00e9rents credo religieux fait partie de tout l&rsquo;effort oecum\u00e9nique amorc\u00e9 l\u00e0 encore par le Concile. L&rsquo;af\ufb01rmation du Dieu unique par del\u00e0 le Dieu catholique, affirmation d`une importance fondamentale, est un \u00e9nonc\u00e9 tr\u00e8s ancien dans la th\u00e9ologie et la mystique chr\u00e9tiennes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">La nouveaut\u00e9 du pape ne se trouve pas dans ses discours, mais tient \u00e0 la fa\u00e7on tr\u00e8s personnelle qu&rsquo;il a de se faire proche des personnes, en particulier des enfants abandonn\u00e9s, des jeunes marginalis\u00e9s, des personnes \u00e2g\u00e9es et malades. \u00c0 sa mani\u00e8re simple de vivre et d`entrer en rapport avec les gens, comme \u00e0 certains gestes et \u00e0 certains discours significatifs sur le plan politique. Son voyage \u00e0 Lampedusa, dans le sud de I&rsquo;Italie, en est un exemple; comme ses interventions en appui au peuple syrien et \u00e0 d&rsquo;autres groupes victimes de la stupidit\u00e9 des guerres.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">O\u00f9 interviennent les femmes dans sa pens\u00e9e? C&rsquo;est la question que nous nous posons vu que nous \u00e9mergeons comme sujets historiques actifs par del\u00e0 les st\u00e9r\u00e9otypes et les g\u00e9n\u00e9ralisations masculines.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Pour essayer de cerner quelque chose de sa th\u00e9ologie relativement aux femmes, je vais proc\u00e9der librement en cherchant \u00e0 dialoguer avec ce qu&rsquo;iI a dit publiquement dans ses encycliques, ses hom\u00e9lies et quelques entrevues.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Dans le vol qui le ramenait \u00e0 Rome, au lendemain de la Journ\u00e9e mondiale de la Jeunesse<sup>2<\/sup> a Rio de Janeiro, un participant l&rsquo;interrogea sur l&rsquo;ordination des femmes; il r\u00e9pondit bri\u00e8vement que le pape Jean-Paul Il avait clos le sujet et que les femmes ne pourraient donc pas \u00eatre ordonn\u00e9es. Et comme pour justi\ufb01er sa position et pour \u00e9viter peut-\u00eatre un conflit avec les femmes, il ajouta que \u00ab\u00a0<i>Marie est sup\u00e9rieure aux ap\u00f4tres et que l&rsquo;\u00c9glise a besoin d&rsquo;une th\u00e9ologie f\u00e9minine<\/i><sup><span style=\"font-size: 8pt;\"><i>3<\/i><\/span><\/sup>\u00a0\u00bb Nous avons ici, me semble-t-il, une r\u00e9ponse \u00e0 chaud, un tantinet rh\u00e9torique, abstraite et id\u00e9aliste, Qui r\u00e9v\u00e8le m\u00eame une lacune\u00a0: le pape ignore l&rsquo;existence de la th\u00e9ologie f\u00e9ministe et les efforts de tant de femmes, intellectuelles et engag\u00e9es en pastorale, pour vivre et diffuser un christianisme inclusif, \u00e9galitaire et compr\u00e9hensible pour notre si\u00e8cle. Son attitude trahit la m\u00e9connaissance ou la non-reconnaissance de la th\u00e9ologie f\u00e9ministe qui a d\u00e9j\u00e0 une longue histoire en plusieurs r\u00e9gions du monde, y compris en Am\u00e9rique latine.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Dire que Marie est sup\u00e9rieure aux ap\u00f4tres, c&rsquo;est d&rsquo;une certaine fa\u00e7on esquiver la question. C&rsquo;est r\u00e9pondre \u00e0 une question aussi vaste qu&rsquo;\u00e9pineuse par un propos qui donne dans le spiritualisme et la consolation pr\u00e9caire. La question des femmes n&rsquo;est pas une question abstraite\u00a0: ce n&rsquo;est pas une question th\u00e9ologique, ce n&rsquo;est pas une question de d\u00e9votion; c&rsquo;est un probl\u00e8me pratique et quotidien qui se pose partout dans le monde. C&rsquo;est une question de droit \u00e0 la dignit\u00e9, de citoyennet\u00e9 et de libert\u00e9. Elle renvoie aux fa\u00e7ons hi\u00e9rarchiques de comprendre l&rsquo;\u00eatre humain et aux manipulations qui en d\u00e9coulent. Qu&rsquo;iI suf\ufb01se d&rsquo;\u00e9voquer la violence faite aux femmes, qui prend diff\u00e9rentes formes. On parle m\u00eame aujourd&rsquo;hui d&rsquo;une sorte de g\u00e9nocide f\u00e9minin perp\u00e9tr\u00e9 en diverses r\u00e9gions du monde, notamment en Am\u00e9rique latine. C&rsquo;est pourquoi le fait d&rsquo;en appeler \u00e0 Marie, dans ce contexte, nous semble \u00e0 plusieurs d\u00e9plac\u00e9 et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la question. La d\u00e9valorisation des femmes, la violence dont elles sont victimes, leur r\u00e9duction au silence et les diff\u00e9rentes formes de violence physique et symbolique qu\u2019elles subissent sont de vraies questions que les institutions de l\u2019\u00c9glise doivent regarder en face. Et dire cela, ce n&rsquo;est en aucune fa\u00e7on faire des femmes les principales victimes de l&rsquo;\u00c9glise, comme certains l&rsquo;affirment \u00e0 tort, mais bien reconna\u00eetre des contextes et des rapports qui, de fait, font que les femmes sont objets d&rsquo;abus.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Les hommes chr\u00e9tiens et en particulier les clercs n&rsquo;ont pas encore regard\u00e9 en face les souffrances multiples et vari\u00e9es des femmes et leur combat pour la dignit\u00e9. Ces hommes, dans leur grande majorit\u00e9, n&rsquo;int\u00e8grent pas \u00e0 leur mission la cause des femmes, m\u00eame si quelques-uns d&rsquo;entre eux se montrent plus sensibles au probl\u00e8me. Ils peuvent reconna\u00eetre l&rsquo;existence de la violence, mais sans s&rsquo;approcher des femmes concr\u00e8tes, peut-\u00eatre \u00e0 cause de la prudence et de la m\u00e9fiance que l&rsquo;\u00c9glise leur impose envers elles. En ce sens, je pense que le pape Fran\u00e7ois vit les m\u00eames dif\ufb01cult\u00e9s que le clerg\u00e9. Depuis qu&rsquo;il est tout jeune, orphelin de m\u00e8re, il a surtout v\u00e9cu dans un monde masculin, impr\u00e9gn\u00e9 de pr\u00e9jug\u00e9s relativement aux femmes. C&rsquo;est pourquoi je ne pense pas qu&rsquo;il puisse affronter directement ces questions \u00e0 partir de la formation j\u00e9suite et cl\u00e9ricale qu&rsquo;il a re\u00e7ue. Dire cela, c&rsquo;est souligner les limites de la formation cl\u00e9ricale, qui emp\u00eache d&rsquo;accueillir la multiplicit\u00e9 des mani\u00e8res de vivre et de sentir la vie dans le monde. C&rsquo;est dire aussi qu&rsquo;il est urgent d&rsquo;entendre davantage les cris des femmes \u00e0 travers leur voix \u00e0 elles, et non \u00e0 travers la m\u00e9diation et les interpr\u00e9tations du clerg\u00e9. Et donc de s&rsquo;approcher davantage des mouvements de femmes qui revendiquent plus de place dans l&rsquo;\u00c9glise et des mouvements de la soci\u00e9t\u00e9 civile qui font valoir leurs droits. Comme le pape le dit lui-m\u00eame, il faut \u00ab\u00a0sortir dans la rue\u00a0\u00bb pour \u00eatre avec les gens et par cons\u00e9quent aussi avec les femmes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Dans l&rsquo;entrevue qu&rsquo;il a accord\u00e9e \u00e0 la revue j\u00e9suite <i>La civil<\/i><i>t<\/i><i>\u00e1 ca<\/i><i>t<\/i><i>to<\/i><i>li<\/i><i>c<\/i><i>a<\/i><sup>4<\/sup>, le pape affirme qu&rsquo;il faut \u00ab\u00a0agrandir les espaces pour une pr\u00e9sence f\u00e9minine\u00a0\u00bb dans l&rsquo;\u00c9glise. Ce commentaire, si important qu&rsquo;iI soit, tombe un peu dans le vide, car nous nous demandons de quels espaces il s&rsquo;agit? Fait-il r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;espace des ordres cl\u00e9ricaux? \u00c0 l&rsquo;espace dans les facult\u00e9s de th\u00e9ologie? \u00c0 l&rsquo;espace dans les conclaves cardinalices, comme l&rsquo;ont signal\u00e9 certains journalistes ces derni\u00e8res semaines? S\u00fbrement, il faudra que ce soit dans l&rsquo;espace public, sur le plan de la repr\u00e9sentation, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;\u00c9glise, espace o\u00f9 nous sommes absentes. Dans l&rsquo;exercice d&rsquo;un pouvoir \u00e9galitaire, auquel on ne nous donne pas acc\u00e8s en vertu d&rsquo;une argumentation biais\u00e9e et d&rsquo;une interpr\u00e9tation \u00e9troite du Nouveau Testament. Mais n\u2019oublions pas que l\u00e0 o\u00f9 le pape invite les s\u00e9minaristes et les pr\u00eatres \u00e0 se rendre, chez les plus pauvres, il y a d\u00e9j\u00e0 un grand nombre de femmes qui partagent chaque jour la vie des plus m\u00e9pris\u00e9s de notre monde. Plusieurs y sont par choix, \u00e0 titre personnel, par conviction. Je ne parle pas seulement des religieuses, mais de nombreuses la\u00efques qui par leur travail quotidien soutiennent la foi et la vie de bien des gens en des endroits inhospitaliers et dans des conditions d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es. C&rsquo;est depuis ce lieu aux couleurs et aux voix multiples que nous revendiquons une mani\u00e8re nouvelle de comprendre et de vivre la tradition du Mouvement de J\u00e9sus, une approche qui inclue pratiquement les diff\u00e9rences. C&rsquo;est depuis ce lieu que nous esp\u00e9rons \u00eatre reconnues avec notre interpr\u00e9tation de la tradition chr\u00e9tienne. Pour cela, il ne s&rsquo;agit pas seulement de nous octroyer la \u00ab\u00a0dignit\u00e9 sacerdotale\u00a0\u00bb et de reproduire le mod\u00e8le cl\u00e9rical. Notre r\u00e9volution veut aller plus loin, creuser la terre pour planter une semence nouvelle.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">En abordant l&rsquo;encyclique Lumen Fidei<sup>5<\/sup>, \u00e9crite \u00e0 quatre mains avec Beno\u00eet XVI et la premi\u00e8re du pontificat de Fran\u00e7ois, je me suis sentie vraiment \u00e9mue, surtout en lisant les sept premiers paragraphes. Fran\u00e7ois y propose une sorte d&rsquo;explication ph\u00e9nom\u00e9nologique de la foi avec de tr\u00e8s riches analogies, depuis le culte du soleil dans le monde pa\u00efen jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;urgence de retrouver le sens originel de la foi par del\u00e0 le soleil. La foi comme m\u00e9moire et la foi comme lumi\u00e8re qui vient de l&rsquo;avenir, par del\u00e0 la consolation recherch\u00e9e, par del\u00e0 le vide qui nous envahit. Se d\u00e9gage de ces \u00e9nonc\u00e9s une beaut\u00e9 myst\u00e9rieuse qui n&rsquo;est toutefois \u00e0 la port\u00e9e que d&rsquo;un public restreint.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">J&rsquo;avoue que ces premiers paragraphes ont r\u00e9sonn\u00e9 en moi surtout parce que les noms de Nietzsche, de Dante et de certains p\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise cit\u00e9s par le pape ont r\u00e9veill\u00e9 comme un \u00e9cho de mes ann\u00e9es de formation philosophique et th\u00e9ologique. En lisant ces lignes, je me suis surprise \u00e0 contempler une beaut\u00e9 qui prenait forme en moi dans une sorte de dialogue avec d&rsquo;anciennes exp\u00e9riences remontant \u00e0 ma formation. Mais en m\u00eame temps, j&rsquo;avais conscience de faire partie d\u201dune \u00ab\u00a0 caste\u00a0\u00bb capable de situer ces auteurs et les autres que citait ensuite le pape. Quoique femme, j&rsquo;appartiens aux privil\u00e9gi\u00e9s qui lisent Nietzsche, Buber, Jean-Jacques Rousseau, Dosto\u00efevski et qui peuvent appr\u00e9cier un texte d`une telle qualit\u00e9 litt\u00e9raire, texte qui reste inaccessible \u00e0 la majorit\u00e9 des fid\u00e8les. Je me demandais si les encycliques pourraient \u00eatre diff\u00e9rentes. Si, \u00e0 c\u00f4te des grands textes marqu\u00e9s du sceau de l&rsquo;autorit\u00e9 papale, il ne pourrait pas y avoir de br\u00e8ves chroniques sur diff\u00e9rentes situations, diff\u00e9rentes questions, diff\u00e9rentes joies de notre monde. Je me disais que plus de gens pourraient ainsi avoir acc\u00e8s aux commentaires du pape sur l&rsquo;histoire quotidienne. Et qu&rsquo;il pourrait y avoir plus de discussion et certains consensus.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">De la beaut\u00e9 des premiers paragraphes de l\u2019encyclique, qui peuvent assur\u00e9ment rejoindre l&rsquo;exp\u00e9rience de foi des hommes et des femmes, je suis pass\u00e9e au premier chapitre qui commence avec Abraham, notre p\u00e8re dans la foi. Ici, l&rsquo;histoire reste la m\u00eame qu&rsquo;autrefois\u00a0: on privil\u00e9gie la voix de Dieu \u00e0 Abraham, le dialogue avec lui, la r\u00e9ponse d`Abraham et son cheminement. Encore une fois, ressort \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence l&rsquo;association de la foi \u00e0 une \ufb01gure mythique masculine sans qu&rsquo;on inclue de figures f\u00e9minines. Le texte continue avec la \ufb01gure de Mo\u00efse pr\u00e9sent\u00e9 comme le m\u00e9diateur, celui qui parle avec Dieu et qui communique au peuple la volont\u00e9 divine, et il se rend jusqu&rsquo;\u00e0 J\u00e9sus Christ, toujours selon la m\u00eame dynamique d&rsquo;une histoire de foi transmise \u00e0 travers une s\u00e9rie de personnages masculins. ll montre la place centrale de la foi en J\u00e9sus, le fils de Dieu fait homme, voie du salut pour les chr\u00e9tiens, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de la longue histoire du r\u00f4le privil\u00e9gi\u00e9 r\u00e9serv\u00e9 aux hommes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">L&rsquo;encyclique semble suivre les pistes traditionnelles de l&rsquo;histoire du salut dans la th\u00e9ologie classique. Dieu y est le personnage principa\u00a0: il a une volont\u00e9, un dessein sur tout ce qui existe et au-dessus de tout ce qui existe. J\u00e9sus est pr\u00e9sent\u00e9 comme le miroir dans lequel le croyant doit se regarder.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Tous ces \u00e9nonc\u00e9s paraissent refl\u00e9ter une philosophie caract\u00e9ristique du christianisme primitif; mais ils ont peu d&rsquo;\u00e9cho dans le monde contemporain, formul\u00e9s qu&rsquo;ils sont dans ce genre de langage.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Dire, par exemple, que la foi a une dimension eccl\u00e9siale, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle se vit en communaut\u00e9, c&rsquo;est sans doute vrai, mais \u00e7a ne suffit pas du point de vue pratique. Pourquoi? Parce que les fid\u00e8les s&rsquo;interrogent sur le type de communaut\u00e9, sur ses valeurs, sur ses positions politiques, ses dirigeants et ainsi de suite. Malgr\u00e9 l&rsquo;importance pour le christianisme de la r\u00e9f\u00e9rence platonicienne et aristot\u00e9licienne, aujourd&rsquo;hui, elle ne r\u00e9pond plus aux revendications imm\u00e9diates que des personnes tr\u00e8s diff\u00e9rentes pr\u00e9sentent \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise. Elle ne r\u00e9pond pas \u00e0 la revendication des femmes et aux situations limites que nous vivons face \u00e0 la destruction de la plan\u00e8te, que promeut le mod\u00e8le capitaliste dominant. Parler des limites des textes pontificaux, ce n&rsquo;est pas nier l&rsquo;importance de la r\u00e9\ufb02exion th\u00e9ologique sur le plan des d\u00e9fis th\u00e9oriques, mais poser la question des destinataires de ces textes et de ce \u00e0 quoi ils sont cens\u00e9s servir. Autrement dit, c&rsquo;est vouloir que la richesse du christianisme puisse \u00eatre comprise par un grand nombre de personnes dans des situations diff\u00e9rentes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Dans l&rsquo;entrevue de Fran\u00e7ois \u00e0 <i>La civilt\u00e0 cattolica<\/i>, o\u00f9 l&rsquo;intervieweur, le P. Antonio Saharo, perd quelquefois le lecteur par ses interventions et ses commentaires, on arrive \u00e0 percevoir la sensibilit\u00e9 du pape aux souffrances du monde. Son style direct et personnel r\u00e9v\u00e8le la qualit\u00e9 de sa recherche et de sa communication. Mais encore une fois, pour l&rsquo;essentiel, sa fa\u00e7on d&rsquo;aborder les probl\u00e8mes est marqu\u00e9e par la formation catholique traditionnelle qu&rsquo;il a re\u00e7ue. Une excellente formation humaniste, philosophique et th\u00e9ologique sans doute, mais qui se cantonne dans une tradition qui utilise le langage d&rsquo;une caste; il parle encore de probl\u00e8mes g\u00e9n\u00e9raux, en particulier des probl\u00e8mes des pauvres. Ce dialogue illustre la distance entre la caste et la masse des croyants et, comme je l&rsquo;ai dit plus haut, la distance entre la th\u00e9ologie des masses et celle des minorit\u00e9s. En outre, il pr\u00e9sente une \u00ab\u00a0histoire de la foi\u00a0\u00bb qui se limite \u00e0 des figures extraordinaires chez qui transpara\u00eet peu la conflictualit\u00e9 de l&rsquo;existence tandis que les acteurs et les actrices de cette histoire n&rsquo;ont d&rsquo;autre r\u00f4le que de repr\u00e9senter une histoire exemplaire masculine, qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;imiter.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Au sujet des femmes, le pape d\u00e9clare dans l&rsquo;entrevue\u00a0: <i>Il est n\u00e9cessaire d&rsquo;agrandir les espaces pour une pr\u00e9sence f\u00e9minine plus incisive dans l&rsquo;\u00c9glise, avant d&rsquo;ajouter\u00a0: je crains la solution du \u00ab\u00a0machisme en jupe\u00a0\u00bb, car la femme a une structure diff\u00e9rente de l&rsquo;homme. Les discours que j &lsquo;entends sur le r\u00f4le des femmes sont souvent inspir\u00e9s par une id\u00e9ologie machiste. Les femmes soul\u00e8vent des questions que l&rsquo;on doit affronter. L&rsquo;\u00c9glise ne peut pas \u00eatre elle-m\u00eame sans les femmes et le r\u00f4le qu&rsquo;elles jouent. Les femmes lui sont indispensables.<\/i><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Quels sont ces espaces de pr\u00e9sence plus incisive pour les femmes? Que signifie le machisme en jupe? Quelle forme prend- il clans l&rsquo;\u00c9glise? Quel est le type d&rsquo;id\u00e9ologie machiste qui a influenc\u00e9 les femmes? Quelles femmes? Certains commentaires d&rsquo;hommes d&rsquo;\u00c9glise viendront justifier les d\u00e9clarations du pape en les situant dans le droit \ufb01l du machisme latino-am\u00e9ricain. Je trouve cette allusion d\u00e9plac\u00e9e parce qu&rsquo;eIIe critique les formes d&rsquo;action sans situer les probl\u00e8mes que vivent les femmes et contre lesquels elles se battent. J`imagine que le pape avait en t\u00eate certaines manifestations f\u00e9ministes extr\u00eames ou radicales, mais il n&rsquo;a pas abord\u00e9 les grands probl\u00e8mes qui sont \u00e0 l&rsquo;origine de ces r\u00e9actions.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Plus encore, Fran\u00e7ois introduit une distinction et peut-\u00eatre m\u00eame une v\u00e9ritable s\u00e9paration entre I&rsquo;\u00c9glise et les femmes, quand il affirme que <i>les femmes sont indispensables \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise<\/i>. Je ne peux interpr\u00e9ter ces propos sans me rappeler que pour la th\u00e9ologie dans laquelle le pape a \u00e9t\u00e9 form\u00e9, l&rsquo;\u00c9glise est masculine m\u00eame si on en fait l&rsquo;\u00e9pouse du Christ ou si, comme au paragraphe 5 de l\u2019encyclique <i>Lumen Fidei<\/i>, en citant les Actes des martyrs, on \u00e9voque le chr\u00e9tien Hi\u00e9rax confessant que <i>notre vrai p\u00e8re est le Christ, et notre m\u00e8re la:foi en lui<\/i>. La f\u00e9minisation de la foi au Christ comme artifice de langage \u00e9limine l&rsquo;action et la repr\u00e9sentation r\u00e9elle des femmes. Le f\u00e9minin est absorb\u00e9 par le masculin et la question est r\u00e9solue.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Mais quelles sont les questions essentielles que les femmes ont pos\u00e9es dans I&rsquo;\u00c9glise? Le pape n&rsquo;en nomme aucune, il se contente d&rsquo;un \u00e9nonc\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral. Le lecteur en est r\u00e9duit \u00e0 essayer de deviner, ou alors il n&rsquo;a qu&rsquo;\u00e0 oublier cette partie de l&rsquo;interview. Encore une fois, les d\u00e9clarations sur les femmes restent tr\u00e8s vagues et n&rsquo;affrontent pas nos probl\u00e8mes concrets et nos revendications historiques au fil des si\u00e8cles et jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Le pape Fran\u00e7ois continue\u00a0: <i>Marie, une femme, est plus importante que les \u00e9v\u00eaques. Je dis cela parce qu&rsquo;il ne faut pas confondre la fonction avec la dignit\u00e9. Il faut travailler davantage pour \u00e9laborer une th\u00e9ologie approfondie du f\u00e9minin. C&rsquo;est .seulement lorsqu&rsquo;on aura accompli ce passage qu&rsquo;il sera possible de mieux r\u00e9\ufb02\u00e9chir sur le fonctionnement interne de l&rsquo;\u00c9glise. <\/i><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">La petite phrase sur Marie est troublante. Troublante parce qu&rsquo;inattendue et m\u00eame assez dif\ufb01cile \u00e0 comprendre dans ce contexte. Jamais on ne s&rsquo;attendrait \u00e0 ce que le pape dise que J\u00e9sus est plus important que les \u00e9v\u00eaques et \u00e0 ce qu&rsquo;il en d\u00e9duise qu&rsquo;il ne faut pas confondre la fonction et la dignit\u00e9. Qu&rsquo;entend-on ici par fonction et par dignit\u00e9? Serait-ce qu&rsquo;on peut distinguer entre la fonction sacerdotale et la dignit\u00e9 sacerdotale? Entre la fonction d&rsquo;enseignante et la dignit\u00e9 de la femme qui enseigne? Je trouve que ces distinctions n&rsquo;aident pas \u00e0 comprendre les relations entre le clerg\u00e9 et les femmes, puisque c&rsquo;est bien de cela qu&rsquo;il s&rsquo;agit. Les membres de l&rsquo;\u00c9gIise catholique &#8211; femmes et hommes &#8211; forment en th\u00e9orie \u00ab\u00a0le peuple de Dieu\u00a0\u00bb, mais il semble que Fran\u00e7ois, peut-\u00eatre sans s&rsquo;en rendre compte, introduit une distinction, Pourquoi? Que cache cette distinction?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Nous pourrions aussi nous demander\u00a0: comment approfondir la fonction de la femme dans l&rsquo;\u00c9glise? Qui devra l&rsquo;approfondir? Ce ne sont pas l\u00e0 des questions abstraites, mais bien des questions \u00ab\u00a0contextualis\u00e9es\u00a0\u00bb. Elles doivent rejoindre des situations concr\u00e8tes d&rsquo;affrontement entre les femmes et l&rsquo;institut\u00edon hi\u00e9rarchique. Dans ce contexte, on ne saurait oublier le proc\u00e8s intent\u00e9 par le pape pr\u00e9c\u00e9dent aux religieuses nord-am\u00e9ricaines, et dont Fran\u00e7ois a autoris\u00e9 la poursuite. Ce qui nous am\u00e8ne \u00e0 nous demander: comment la papaut\u00e9 approfondit-elle l&rsquo;image de la femme? Quelle image? Et quelle est la place des femmes?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Il n&rsquo;y a aucun autre nom de femme, sauf celui de Marie, m\u00e8re de J\u00e9sus, dans l&rsquo;interview comme dans l&rsquo;encyclique, sauf pour une allusion \u00e0 M\u00e8re Teresa de Calcutta. Sainte Claire n&rsquo;est pas cit\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de saint Fran\u00e7ois. On oublie Th\u00e9r\u00e8se d&rsquo;Avila, r\u00e9formatrice du Carmel. On n&rsquo;\u00e9voque m\u00eame pas les grandes mystiques du Moyen \u00c2ge, la richesse et l&rsquo;originalit\u00e9 de leur contemplation du myst\u00e8re divin. Les fondatrices d&rsquo;instituts religieux au service des plus pauvres sont absentes. Notre ch\u00e8re S\u0153ur Juana In\u00e9s de la Cruz, victime de l\u2019inquisition pour son audace et sa sagesse hors du commun, ne fait pas partie des citations qu&rsquo;on attend d&rsquo;un eccl\u00e9siastique. Serait-ce qu&rsquo;elles sont exclues de l&rsquo;id\u00e9ologie machiste que les hommes d&rsquo;\u00c9glise continuent de transmettre? Croient-ils encore que les femmes vont accepter en silence cette grave erreur historique, comme si dans l&rsquo;\u00c9glise, la communaut\u00e9 des fid\u00e8les du Mouvement de J\u00e9sus, les femmes n&rsquo;avaient pas des les premi\u00e8res heures du christianisme jou\u00e9 un r\u00f4le de premier plan?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Je continue de citer le pape Fran\u00e7ois dans la m\u00eame entrevue\u00a0: <i>Le g\u00e9nie f\u00e9minin est n\u00e9cessaire l\u00e0 o\u00f9 se prennent les d\u00e9cisions importantes. Aujourd&rsquo;hui le de<\/i><i>fi<\/i><i> est celui-ci\u00a0: re\ufb02\u00e9ch<\/i><i>i<\/i><i>r sur la place pr\u00e9cise des femmes, aussi I\u00e0 o\u00f9 s &lsquo;exerce !&rsquo;au<\/i><i>to<\/i><i>rit\u00e9 d<\/i><i>an<\/i><i>s les <\/i><i>diff\u00e9rents<\/i><i> domaines de I&rsquo;\u00c9g<\/i><i>l<\/i><i>ise. <\/i><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Le \u00ab\u00a0g\u00e9nie f\u00e9minin\u00a0\u00bb sent la litt\u00e9rature fran\u00e7aise et l&rsquo;expression nous am\u00e8ne \u00e0 nous demander ce qui se cache derri\u00e8re cette d\u00e9claration. Fran\u00e7ois pensait-iI \u00e0 Moli\u00e8re et \u00e0 ses \u00ab\u00a0femmes savantes\u00a0\u00bb du 17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ou \u00e0 Ren\u00e9 de Chateaubriand qui, au d\u00e9but du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, associait les femmes au g\u00e9nie du christianisme? Pardonnez ces consid\u00e9rations livresques, mais c&rsquo;est ce qui m&rsquo;est venu \u00e0 l&rsquo;esprit en parcourant le texte du pape et en essayant de comprendre ce que signi\ufb01ait cette expression. (Ce commentaire sur le \u00ab\u00a0g\u00e9nie f\u00e9minin\u00a0\u00bb mentionn\u00e9 dans la version originale en portugais n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 repris dans la version en espagnol.)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Pourquoi dit-il que ce g\u00e9nie est n\u00e9cessaire l\u00e0 o\u00f9 se prennent les d\u00e9cisions importantes? De quels lieux s&rsquo;agit-il? N\u201dest-ce l\u00e0 que de la rh\u00e9torique? Une figure de style? Ou est-ce qu&rsquo;il pense au g\u00e9nie de tant de femmes chefs de famille, qui arrivent seules \u00e0 faire vivre, \u00e0 soigner et \u00e0 \u00e9duquer leurs enfants? Ou alors aux intellectuelles de diff\u00e9rentes r\u00e9gions du monde qui se sont impos\u00e9es dans le monde des lettres et des arts, en particulier au cours des deux derniers si\u00e8cles? Ou \u00e0 l&rsquo;ascension des femmes dans le monde de la politique?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Or, sans pr\u00e9ciser davantage son id\u00e9e du g\u00e9nie f\u00e9minin, le pape Fran\u00e7ois conclut le paragraphe en ouvrant une perspective nouvelle sur la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la place des femmes dans l&rsquo;exercice de l&rsquo;autorit\u00e9 dans l&rsquo;\u00c9glise. De quelle autorit\u00e9 parle-t-il? ll n&rsquo;en donne pas d&rsquo;indices clairs ni dans l&rsquo;entrevue ni ailleurs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">ll est int\u00e9ressant de remarquer que dans l&rsquo;encyclique<i> Lumen Fidei<\/i>, on fait tr\u00e8s peu allusion \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience et \u00e0 la transmission de la foi par les femmes. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au troisi\u00e8me chapitre, sous le sous-titre \u00ab\u00a0L&rsquo;\u00c9gIise, m\u00e8re de notre foi\u00a0\u00bb, qu&rsquo;il est fait allusion au paragraphe 57 \u00e0 la bienheureuse Teresa de Calcutta qui, comme saint Fran\u00e7ois, a accueilli les personnes qui souffrent comme des m\u00e9diatrices de la lumi\u00e8re de la foi. Et au quatri\u00e8me chapitre, le dernier, l&rsquo;encyclique se conclut par une r\u00e9\ufb02exion sur Marie, la m\u00e8re de Jesus, avec le commentaire de Luc 1,45, <i>Bienheureuse celle qui a cru<\/i>. Le bonheur de la m\u00e8re s&rsquo;accomplit dans l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 Dieu, route de \u00ab\u00a0l&rsquo;ic\u00f4ne parfaite de la foi\u00a0\u00bb (par. 58). Le pape termine en affirmant que c&rsquo;est par son lien avec J\u00e9sus que Marie est associ\u00e9e \u00e0 ce que nous croyons.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Comme c&rsquo;est souvent le cas dans la th\u00e9ologie masculine, la figure de Marie est id\u00e9alis\u00e9e et toujours pr\u00e9sent\u00e9e en fonction de J\u00e9sus. Elle n&rsquo;est pas autonome, mais toujours l\u00e0 en fonction de son \ufb01ls et pour son fils. L&rsquo;identit\u00e9 de la femme se perp\u00e9tue \u00e0 travers la maternit\u00e9 et la plus grande valeur chr\u00e9tienne pour les femmes continue d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;ob\u00e9issance.<\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">3.- Les limites d&rsquo;une \u00ab\u00a0th\u00e9ologie de la femme\u00a0\u00bb<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Sur la base de ce que nous avons dit jusqu&rsquo;ici et \u00e0 la lumi\u00e8re de quelques r\u00e9f\u00e9rences f\u00e9ministes, on peut percevoir les limites et l&rsquo;insuf\ufb01sance de la th\u00e9ologie de la femme qui se dessine dans certains textes et certains propos du pape Fran\u00e7ois. Disons tout de suite que l&rsquo;expression \u00ab\u00a0th\u00e9ologie de la femme\u00a0\u00bb reste vague, abstraite et beaucoup trop ample. Je me permets de jouer un peu avec les formules. Que signifierait une \u00ab\u00a0th\u00e9ologie de l&rsquo;homme\u00a0\u00bb? De quel homme ferions-nous la th\u00e9ologie? Des blancs? Des noirs? Des jaunes? Des c\u00e9libataires? Des h\u00e9t\u00e9rosexuels? Des homosexuels? Est-ce que nous ne sommes pas en train de commettre la m\u00eame erreur \u00e0 propos des femmes? Nous savons bien que dans la tradition chr\u00e9tienne les hommes ont \u00e9t\u00e9 les premiers sujets et les premiers objets de la th\u00e9ologie, mais ce n&rsquo;est pas une raison pour aborder la question des femmes d&rsquo;une mani\u00e8re aussi g\u00e9n\u00e9rale. ll y a ici plusieurs probl\u00e8mes historiques et herm\u00e9neutiques \u00e0 consid\u00e9rer et \u00e0 approfondir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">La question de la th\u00e9ologie f\u00e9ministe renvoie \u00e0 l&rsquo;absence de femmes en tant que sujets actifs de la th\u00e9ologie, responsables de l&rsquo;expression de la foi, habilit\u00e9es \u00e0 prononcer une parole sur I&rsquo;\u00c9vangile de J\u00e9sus, aptes \u00e0 diriger leur communaut\u00e9 eccl\u00e9siale. La th\u00e9ologie f\u00e9ministe trace un combat pour notre dignit\u00e9, pour tenter d&rsquo;aller au-del\u00e0 du masculin abstrait qui nous domine et qui cherche \u00e0 nous absorber dans un mod\u00e8le unique. La th\u00e9ologie f\u00e9ministe veut aller au-del\u00e0 de la normativit\u00e9 masculine pour s&rsquo;ouvrir \u00e0 une pluralit\u00e9 d&rsquo;expressions et d&rsquo;exp\u00e9riences d&rsquo;amour de soi et du prochain. C&rsquo;est a peine si la th\u00e9ologie de la femme semble vouloir ouvrir un espace dans les domaines masculins exclusifs de la th\u00e9ologie et de l&rsquo;\u00c9glise pour nous faire une petite place. Nous voulons, nous, aller plus loin.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Nous sommes de plus en plus amen\u00e9es \u00e0 pr\u00e9ciser et \u00e0 caract\u00e9riser notre vision pour nous poser et nous affirmer dans nos recherches \u00e0 partir de perspectives diversi\ufb01\u00e9es. En ce sens, le terme g\u00e9n\u00e9ral \u00ab\u00a0la femme\u00a0\u00bb n&rsquo;aide pas \u00e0 voir de quelle femme on parle au 21<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Et il n&rsquo;aide pas non plus \u00e0 saisir quels sont les probl\u00e8mes relatifs aux femmes qu&rsquo;on veut \u00e9voquer dans la th\u00e9ologie et dans l&rsquo;\u00c9gIise.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Cette situation me renvoie \u00e0 certaines r\u00e9flexions de la philosophe Hanna Arendt, dans <i>La vie de l&rsquo;esprit<\/i><sup>6<\/sup>, o\u00f9 elle aborde la question de la pens\u00e9e. Pour elle, les penseurs, en particulier les philosophes et, je me permettrais d&rsquo;ajouter, les th\u00e9ologiens ont tendance \u00e0 fuir les apparences, c&rsquo;est-\u00e0-dire ce qui se montre \u00e0 nous, pour penser un monde con\u00e7u en fonction d&rsquo;id\u00e9es parfaites sur le monde. Ils ont tendance \u00e0 fuir les obstacles quotidiens, la cohue des enfants, les plaintes des malades et les contradictions de l&rsquo;instant, pour penser un monde id\u00e9al. Ces id\u00e9es peuvent remonter \u00e0 des philosophies et \u00e0 des th\u00e9ologies anciennes, elles peuvent \u00eatre des concepts dont ils ont h\u00e9rit\u00e9 et qu&rsquo;ils ont retravaill\u00e9s \u00e0 longueur de vie. Ainsi devient-il plus facile de parler de l&rsquo;homme, ou de la femme, en tant que concepts forg\u00e9s selon un \u00ab\u00a0devoir \u00eatre\u00a0\u00bb du r\u00e9el multiple qui se pr\u00e9sente \u00e0 nos yeux, multiplicit\u00e9 dont je fais aussi partie, moi aussi, dans mon apparition et ma disparition aux yeux des autres.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Ce qui appara\u00eet, ou nos propres apparitions \u00e0 nous-m\u00eames, renvoie au concret de nos histoires, aux relations et aux con\ufb02its v\u00e9cus au jour le jour. Or ces conflits ont quelque chose \u00e0 voir avec les relations de genre, avec les pouvoirs, avec les luttes de divers types et avec l&rsquo;exp\u00e9rience de notre sexualit\u00e9 dans les diff\u00e9rents milieux o\u00f9 nous sommes. De l\u00e0 na\u00eet la dichotomie entre ce qui appara\u00eet et ce que nous pensons \u00eatre telle ou telle cat\u00e9gorie de personnes. La tentation de traverser constamment les apparences pour aller au del\u00e0 de ce qui appara\u00eet de rechercher l&rsquo;essence des choses et des \u00eatres a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s forte dans le christianisme. Ce qui nous a pouss\u00e9s \u00e0 abandonner ou a fuir le monde et a consid\u00e9rer les personnes de mani\u00e8re abstraite et en fonciton de mod\u00e8les jug\u00e9s plus conformes \u00e0 la volont\u00e9 divine. Aimer le monde du point de vue des femmes, c&rsquo;est aimer les apparences multiples et fugaces en qu\u00eate de petits bonheurs<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"><i>Pour d\u00e9couvrir ce qui existe r\u00e9ellement, le philosophe doit abandonner le monde des apparences \u00e0 I&rsquo;int\u00e9rieur duquel iI se trouve naturellement et originellement chez lui (\u2026). Ce fut toujours la dimension propre \u00e0 l&rsquo;apparence de ce monde qui a sugg\u00e9r\u00e9 au philosophe, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 l&rsquo;esprit humain, l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il doit exister quelque chose qui n&rsquo;est pas apparence<sup>7<\/sup>.<\/i><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Comme s&rsquo;il fallait supposer cette \u00ab\u00a0chose\u00a0\u00bb plus \u00e9lev\u00e9e ou lui reconna\u00eetre plus de valeur qu&rsquo;a l&rsquo;apparence que je saisis dans ma vie quotidienne et qui est susceptible bien souvent de m&rsquo;induire en erreur sur moi-m\u00eame et sur les autres. C&rsquo;est pourquoi une th\u00e9ologie de la femme occupe plus de place dans I&rsquo;\u00c9glise qu&rsquo;une th\u00e9ologie f\u00e9ministe combative, multiple parfois contradictoire, pleine d&rsquo;\u00e9quivoques et de petites lueurs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Nous savons bien que la primaut\u00e9 de ce qui nous appara\u00eet dans l&rsquo;existence quotidienne est un fait de vie, que nous ne pouvons fuir. La faim, la soif, le d\u00e9faut d&rsquo;ethique, les probl\u00e8mes de sant\u00e9, la solitude, l&rsquo;abandon&#8230;, voil\u00e0 de quoi est faite notre vie. L&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 n&rsquo;a pas de patrie, se mettre en qu\u00eate d&rsquo;un toit, fuir la guerre, \u00e9chapper \u00e0 la violence, mentir sous la torture, se cacher d&rsquo;un mari violent, voler pour tromper la faim&#8230;, c&rsquo;est notre respiration quotidienne. Comme aussi la rencontre de l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9, le pressentiment de son arriv\u00e9e ou la tristesse de son d\u00e9part, qui nous frappent au c\u0153ur plus que toute th\u00e9orie. C&rsquo;est le b\u00e9b\u00e9 qui na\u00eet, I&rsquo;arbre qu&rsquo;on plante, les poules dans la cour, le chant des oiseaux au printemps&#8230; ce qui renouvelle la vie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">La construction de la v\u00e9rit\u00e9 et son imposition \u00e0 l&rsquo;apparence semblent un \u00e9l\u00e9ment fondamental de plusieurs th\u00e9ologies et philosophies. Celles-ci donnent de la valeur \u00e0 ce qui ne para\u00eet pas et elles font de ce qui est au-del\u00e0 des apparences l&rsquo;id\u00e9al et le principe \u00e0 proposer aux vies humaines ordinaires. Elles attribuent \u00e0 cet ordre de r\u00e9alit\u00e9 pens\u00e9 une valeur plus \u00e9lev\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 ce qui constitue la mat\u00e9rialit\u00e9 de nos relations, la mat\u00e9rialit\u00e9 de notre corps avec ses multiples besoins. Dans cette myst\u00e9rieuse transmutation du monde, elles donnent au <i>pens\u00e9<\/i> le pouvoir sur nous, simples vivants, et elles utilisent ce pouvoir pour dominer nos corps et nos intelligences.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">C\u201dest ainsi qu&rsquo;elles ont culpabilis\u00e9 nos corps et ont tourment\u00e9 notre esprit au nom d&rsquo;une perfection imagin\u00e9e. Et elles continuent aujourd&rsquo;hui de ne pas se m\u00e9fier de la fausset\u00e9 de leurs constructions m\u00e9taphysiques, de leurs aspirations spirituelles, avides qu&rsquo;elles sont de d\u00e9passer la beaut\u00e9 et la contradiction incarn\u00e9e dans la mat\u00e9rialit\u00e9 quotidienne de la vie. Elles ne se m\u00e9fient pas, comme le dit Hannah Arendt, de cette dichotomie entre I&rsquo;\u00eatre et l&rsquo;apparence, qui pousse \u00e0 nier la dynamique propre \u00e0 la vie pour essayer de fonder une \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9 vraie\u00a0\u00bb sur l&rsquo;\u00eatre humain et sur le monde. Elles ne voient pas que ce monde dans lequel elles nous invitent \u00e0 entrer et \u00e0 vivre n&rsquo;existe pas parce que nous n&rsquo;arrivons pas \u00e0 vivre en dehors des limites de notre mat\u00e9rialit\u00e9 et de nos apparences ou apparitions multiples.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">C&rsquo;est dans cette perspective que je rel\u00e8ve les propos du pape sur la femme ou plus exactement sur la th\u00e9ologie de la femme. De quelle femme et de quelle th\u00e9ologie parlons-nous? J&rsquo;ai parfois l&rsquo;impression que le pape actuel et ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs imm\u00e9diats ont une id\u00e9e tr\u00e8s sublime de la femme, qu&rsquo;ils aimeraient voir accept\u00e9e par les femmes. Une femme au-del\u00e0 des apparences! Mais cette id\u00e9e ne correspond \u00e0 aucune femme r\u00e9elle, \u00e0 aucune femme qu&rsquo;on rencontre en ce monde. C&rsquo;est pourquoi ils s&rsquo;attachent \u00e0 la figure de la Vierge Marie, construite \u00e0 l&rsquo;instar de leur monde d&rsquo;id\u00e9es vraies sur la femme. Ils s&rsquo;attachent \u00e0 la Vierge, figure maternelle, apparition n\u00e9e de la nostalgie de notre origine ut\u00e9rine, destitu\u00e9e de son sexe et d&rsquo;autant plus glori\ufb01\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Pourquoi ne pas appr\u00e9cier la surface au lieu d&rsquo;insister toujours sur les fondements id\u00e9aux? Pourquoi ne pas appr\u00e9cier ce qui appara\u00eet, aimer ce qui appara\u00eet m\u00eame s&rsquo;il donne une autre forme \u00e0 ce qui appara\u00eet? Pourquoi ne pas parler de ce qui est l\u00e0 sous nos yeux a\ufb01n de pouvoir le contester, l&rsquo;am\u00e9liorer? Cette forme nouvelle ne serait-elle encore et seulement qu&rsquo;un nouvel appara\u00eetre, sujet aux mutations qui nous caract\u00e9risent? On ne peut dissiper les erreurs en superposant des essences ou des id\u00e9aux \u00e0 la mat\u00e9rialit\u00e9 de notre existence. Comme le dit Hannah Arendt, <i>ce qui est proprement scientifique appartient au monde des apparences m\u00eame si sa perspective sur le monde peut \u00eatre diff\u00e9rente de celle du sens commun<\/i><sup>8<\/sup>. Nous appartenons toutes et tous \u00e0 la Terre, bleue vue de l&rsquo;espace et multicolore \u00e0 nos yeux.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">En ce sens, encore une fois, parler de \u00ab\u00a0th\u00e9ologie de la femme\u00a0\u00bb, c&rsquo;est demeurer \u00e0 un niveau abstrait et g\u00e9n\u00e9ral. Il faut interroger les femmes elles-m\u00eames, dans les diff\u00e9rentes r\u00e9gions du monde, sur ce qu&rsquo;elles vivent et sur leur th\u00e9ologie. ll faut accueillir ce qu&rsquo;elles expriment comme v\u00e9cu \u00e0 partir de leurs paroles et de la fa\u00e7on dont elles construisent les sens de leur monde. Le dialogue, la croissance et le changement se font \u00e0 partir de cette attitude qui permet aux personnes de se sentir \u00e9cout\u00e9es, respect\u00e9es et appr\u00e9ci\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Enfin, il serait important que Fran\u00e7ois, en tant qu&rsquo;homme et que pape, entende directement et reconnaisse les paroles des femmes sur elles-m\u00eames. Et que cette d\u00e9marche confirme l&rsquo;autorit\u00e9 de ces paroles lorsqu&rsquo;elles expriment la force de la vie dans la multiplicit\u00e9 de ses contextes et de ses d\u00e9\ufb01s. Je ne parle pas ici des frivolit\u00e9s du consum\u00e9risme capitaliste qui utilise les femmes comme objets de propagande et de profit. Je le sais bien, nombreuses sont celles qui se laissent s\u00e9duire par les lumi\u00e8res des centres commerciaux et leurs articles de luxe et par les mod\u00e8les de vie enivrants que leur pr\u00e9sente le capitalisme. Mais j&rsquo;entends parler ici de tant et tant de groupes de femmes au service du bien commun et de la solidarit\u00e9 entre les peuples. J&rsquo;entends signaler leur critique du capitalisme et de l&rsquo;id\u00e9ologie patriarcale, et leurs nombreuses initiatives en faveur des marginalis\u00e9-e-s. S&rsquo;approcher d&rsquo;elles, c&rsquo;est une fa\u00e7on de valoriser la diversit\u00e9 des croyant-e-s dans I&rsquo;\u00c9glise \u00e0 partir de ce que la Vie et l&rsquo;Esprit nous inspirent et nous ordonnent.<\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Br\u00e8ve conclusion. Pour qu&rsquo;on ne dise pas que je n&rsquo;ai pas parl\u00e9 d&rsquo;esp\u00e9rance&#8230;<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Le dernier point de ma r\u00e9flexion porte sur certaines attentes de groupes de femmes catholiques au sujet de la papaut\u00e9 de Fran\u00e7ois, et je pense qu&rsquo;ici je me repr\u00e9sente moi-m\u00eame. Je ne mets pas mon espoir dans les encycliques du pape ni dans sa th\u00e9ologie; elles n&rsquo;ont qu&rsquo;une importance relative dans la vie de la majorit\u00e9 des gens. Je ne le mets pas non plus dans cette forme de papaut\u00e9 avec son organisation hi\u00e9rarchique pour le gouvernement de l&rsquo;\u00c9glise. Non, ma petite esp\u00e9rance s&rsquo;accroche \u00e0 ce que j&rsquo;arrive \u00e0 assimiler de l&rsquo;attitude du pape \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la souffrance du grand nombre. Je pense en particulier aux propos et aux gestes publics de Fran\u00e7ois en relation \u00e0 l&rsquo;exclusion multiforme des pauvres, des ch\u00f4meurs, des \u00e9migrants., des jeunes\u00a0: ces propos, ces gestes sont porteurs d&rsquo;esp\u00e9rance en vue d&rsquo;un monde meilleur. Son attitude d\u00e9montre qu&rsquo;il n&rsquo;est pas insensible \u00e0 la douleur et \u00e0 la cruaut\u00e9 des syst\u00e8mes que nous instaurons et que nous maintenons en place. On voit qu&rsquo;il n&rsquo;est pas na\u00eff face aux souffrances qui sont impos\u00e9es aux personne, f\u00fbt-ce m\u00eame par l&rsquo;institution eccl\u00e9siastique. Il comprend les difficult\u00e9s des structures de l&rsquo;\u00c9glise, notamment au sein de la Curie romaine, probl\u00e8mes qu&rsquo;il n&rsquo;a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 qualifier de \u00ab\u00a0l\u00e8pre de la papaut\u00e9<sup>9<\/sup>\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Ses paroles fortes et sans ambages contre les syst\u00e8mes d&rsquo;oppression laissent pr\u00e9sager qu&rsquo;il pourra peut-\u00eatre capter, au milieu de la multitude des probl\u00e8mes, un aspect plus pr\u00e9cis de l&rsquo;oppression des femmes. Absentes, r\u00e9duites au silence, regard\u00e9es de haut dans la soci\u00e9t\u00e9, dans l&rsquo;\u00c9glise et en th\u00e9ologie, elles pourraient. \u00eatre reconnues dans l&rsquo;\u00c9glise pour les luttes qu&rsquo;eIles m\u00e8nent pour leur dignit\u00e9. Nous aimerions esp\u00e9rer que dans les prochaines ann\u00e9es on prenne plus au s\u00e9rieux les revendications sp\u00e9cifiques des femmes, leur travail dans de nombreux secteurs marginalis\u00e9s et leur contribution th\u00e9ologique, philosophique et scienti\ufb01que. Nous esp\u00e9rons que le pape rendra possible une discussion plus large des questions que nous, les femmes, nous nous posons en ce d\u00e9but de 21<sup>e <\/sup>si\u00e8cle sur le monde, sur l&rsquo;\u00c9glise et sur la th\u00e9ologie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Je pressens que le pape Fran\u00e7ois au fil de son ponti\ufb01cat, en d\u00e9pit de tout ce qu&rsquo;iI ignore des femmes du fait surtout de sa formation cl\u00e9ricale, saura <i>avec notre aide<\/i> reconna\u00eetre les m\u00e9prises mill\u00e9naires de l&rsquo;\u00c9glise et nous aider \u00e0 avancer collectivement et solidairement. ll pourrait porter attention aux diverses formes d&rsquo;oppression et de d\u00e9ni de droits dont plusieurs femmes ont \u00e9t\u00e9 et sont toujours victimes. Il pourrait joindre sa voix \u00e0 la n\u00f4tre dans le combat radical de l&rsquo;amour, qui commence par l&rsquo;\u00e9coute et par l&rsquo;instauration de relations justes et \u00e9quitables. Ainsi pourrait prendre forme dans l&rsquo;\u00c9glise une attitude d&rsquo;accueil \u00e0 &lsquo;\u00e9gard des luttes des femmes. On ne viendra pas autrement \u00e0 bout de l&rsquo;antif\u00e9minisme, si virulent dans tant de cultures et dans l&rsquo;\u00c9glise.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">L&rsquo;antif\u00e9minisme eccl\u00e9siastique assimil\u00e9 \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu et du Christ nous surprend chaque jour. Ses repr\u00e9sentants ont la pr\u00e9tention de conna\u00eetre la volont\u00e9 de Dieu et de l&rsquo;identi\ufb01er \u00e0 des comportements s\u00e9gr\u00e9gationnistes typiques de l&rsquo;ordre masculin \u00e9tabli dans l&rsquo;\u00c9glise catholique. Ils justifient cet ordre en en faisant une r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e immuable. lls lancent une \u00ab\u00a0guerre sainte\u00a0\u00bb trop connue contre celles qui font d&rsquo;une autre mani\u00e8re l&rsquo;exp\u00e9rience du monde et de la transcendance. Pour nous, th\u00e9ologiennes f\u00e9ministes, ces attitudes font partie des nombreuses superstitions qui persistent dans l&rsquo;\u00c9glise et qui sont d\u00e9fendues en particulier par la hi\u00e9rarchie et par le la\u00efcat qui en d\u00e9pend. Ces attitudes d\u00e9coulent de longs si\u00e8cles de pr\u00e9jug\u00e9s et de craintes \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des femmes, et de l&rsquo;amalgame de nombreuses cultures qui en sont venues \u00e0 se cristalliser en un pr\u00eat-\u00e0-penser hi\u00e9rarchique qui continue de priver les femmes d&rsquo;une citoyennet\u00e9 pleine et enti\u00e8re dans l&rsquo;\u00c9glise. I&rsquo;invitation \u00e0 \u00e9couter, \u00e0 se faire proche, \u00e0 \u00eatre-avec fait partie int\u00e9grante du discours du nouveau pape. Les p\u00e9riph\u00e9ries du monde, les sans-pouvoirs, les marges de la soci\u00e9t\u00e9 savent toucher le c\u0153ur du pape.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">C&rsquo;est ce qui me fait esp\u00e9rer que le pape Fran\u00e7ois saura remplir sa mission de pontife, de pont entre les diff\u00e9rents groupes qui, \u00e0 partir de langages diff\u00e9rents, veulent exprimer l&rsquo;amour, seule force historique capable de renouveler toutes choses. Les femmes font partie de cette multiple diversit\u00e9 de groupes et nombre d&rsquo;entre elles sont dispos\u00e9es, comme Fran\u00e7ois, \u00e0 ouvrir une voie pour que naissent des temps nouveaux de solidarit\u00e9, de justice et d&rsquo;entraide. Cette voie fait surgir de nouvelles possibilit\u00e9s\u00a0: perfectionner les relations humaines et faire grandir le nombre des personnes qui cherchent \u00e0 \u00eatre citoyennes et citoyens du monde en se mettant \u00e0 la place des autres sans \u00ab\u00a0lancer de pierres\u00a0\u00bb et sans \u00ab\u00a0supprimer la loi et les proph\u00e8tes\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Traduction\u00a0: Albert Beaudry<\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>NOTES<\/p>\n<p>1- Adresse courriel\u00a0: <a href=\"mailto:ivonegebara@gmail.com\">ivonegebara@gmail.com<\/a> Publi\u00e9 dans la revue guat\u00e9malt\u00e8que <i>Alternativas, revista de an\u00e1lisis y re\ufb02exi\u00f3n teol\u00f3gica,<\/i> n\u00b0 46, 2013, sous le titre <a href=\"http:\/\/www.desveladas.org\/b\/pido\/2014\/04\/09\/el-papa-francisco-y-la-teologia-feminista\/\">El papa Francisco y la teolog\u00eda feminista<\/a>, ce texte a \u00e9t\u00e9 mis en ligne le 9 avril 2014 par <i>DesveIadas<\/i>.<\/p>\n<p>2- <i>Palabras de Francisco en Brasil.<\/i> Sao Paulo. Ed. Paulinas, 2013.<\/p>\n<p>3- Entrevue accord\u00e9e aux personnes qui ont particip\u00e9 avec le pape au vol de retour du Br\u00e9sil. Radio Vatican, voyages apostoliques, 30\/07\/2013.<\/p>\n<p>4- <i>La c<\/i><i>ivilt<\/i><i>\u00e1 ca<\/i><i>tt<\/i><i>ol<\/i><i>i<\/i><i>ca<\/i>. 19\/08\/2013. Entrevue r\u00e9alis\u00e9e par le P- Antonio Spadar S.J. Traduit et reproduite dans la revue <i>\u00c9tudes<\/i>, octobre 2013.<\/p>\n<p>5- Lettre encyclique <i>Lumen F<\/i><i>i<\/i><i>dei<\/i> du pape Fran\u00e7ois, S\u00e3o Paulo, Paulinas, 2013.<\/p>\n<p>6- Hanna Arendt, <i>A vida no spirite<\/i>, vol. l, <i>Pens<\/i><i>a<\/i><i>r<\/i>. Lisbonne, Instituto Piaget, 1971. En fran\u00e7ais\u00a0: <i>L<\/i><i>a vie de l<\/i><i>&lsquo;esprit<\/i>, Paris, PUF, coll. \u00ab\u00a0Quadrige\u00a0\u00bb, 2013; premi\u00e8re partie\u00a0: \u00ab\u00a0La pens\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>7- <i>Op. c<\/i><i>i<\/i><i>t.<\/i>, p. 33\/34.<\/p>\n<p>8- Op. cit., p. 36.<\/p>\n<p>9- Entrevue accord\u00e9e \u00e0 Francisco Strazzari pour le quotidien <i>O Estado de S\u00e3o\u00a0<\/i><i>P<\/i><i>au<\/i><i>lo<\/i>, 8 octobre 2013.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Publi\u00e9 dans la revue guat\u00e9malt\u00e8que Alternativas, revista de an\u00e1lisis y re\ufb02exi\u00f3n teol\u00f3gica, n\u00b0 46, 2013, sous le titre El papa Francisco y la teolog\u00eda feminista, ce texte a \u00e9t\u00e9 mis en ligne le 9 avril 2014 par DesveIadas. La version &hellip; <a href=\"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=2333\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":32,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[65],"tags":[],"ppma_author":[274],"class_list":["post-2333","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-le-pape-francois-et-les-femmes","author-ivone-gebara"],"authors":[{"term_id":274,"user_id":32,"is_guest":0,"slug":"ivone-gebara","display_name":"Ivone Gebara","avatar_url":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/Ivone-Gebara-150x150.png","user_url":"http:\/\/auteur","last_name":"Gebara","first_name":"Ivone","description":"Docteure en philosophie de l\u2019Universit\u00e9 catholique de Sao Paulo et en sciences religieuses de l\u2019Universit\u00e9 catholique de Louvain, Ivone Gebara travaille depuis plus de 35 ans \u00e0 renouveler la th\u00e9ologie dans une perspective f\u00e9ministe. 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