{"id":2743,"date":"2015-03-02T09:25:05","date_gmt":"2015-03-02T14:25:05","guid":{"rendered":"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=2743"},"modified":"2015-03-07T08:31:39","modified_gmt":"2015-03-07T13:31:39","slug":"si-tu-tappelais-francoise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=2743","title":{"rendered":"Si tu t&rsquo;appelais Fran\u00e7oise"},"content":{"rendered":"<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"center\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"><b><a href=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/Christiane-Lafaille.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"  wp-image-2750 alignleft\" src=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/Christiane-Lafaille.jpg\" alt=\"Christiane Lafaille\" width=\"76\" height=\"83\" \/><\/a><span style=\"font-size: 10pt;\">Un d\u00e9part qui se d\u00e9robe<\/span><\/b><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">\u00c9crire sur le pape Fran\u00e7ois et les femmes. Je repousse. Pousser encore. Expulser, expurger tous ces mots qui \u00ab\u00a0gestationnent\u00a0\u00bb et se congestionnent en moi. Je repousse le moment o\u00f9 je devrai m&rsquo;asseoir; entrer en moi dans un corps \u00e0 corps de l&rsquo;\u00e2me et m&rsquo;immerger dans les profondeurs de mes convictions, dans cette soif de justice qui est mienne. Cette soif jamais abreuv\u00e9e, toujours l\u00e0, et qui nage en moi de toute la force de ses membres, cherchant \u00e0 fendre cette lame de fond devenue infranchissable. <!--more--><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">L\u2019infranchissable mur du son. Quels mots na\u00eetront de cette joute int\u00e9rieure? Doux, tendres ou tranchants? Bien qu\u2019ils n\u2019existent pas encore, je les sens d\u00e9j\u00e0 qui nagent en eaux troubles. Troubl\u00e9e je m\u2019\u00e9loigne, sujet hors sujet. Je me demande s\u2019il est encore pertinent d\u2019\u00e9crire sur la condition des femmes. D\u00e9sabus\u00e9e? Peut-\u00eatre. Tellement de mains avant moi ont noirci des pages et des pages de cette condition apparemment sp\u00e9cifique aux femmes, d\u00e9termin\u00e9e je suppose par leur fonction reproductrice et leur capacit\u00e9 \u00e0 donner la vie. Cette condition de m\u00e8re potentielle qui d\u00e9terminerait, selon certains, toute leur fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre et leurs fonctions <i>f\u00e9minines, <\/i>leur<i> \u00ab\u00a0nature f\u00e9minine\u00a0\u00bb<\/i>. Peut-on vraiment sortir de ce vieux discours qui danse en redondance? Tous ces mots \u00e0 effacer, empoussi\u00e9r\u00e9s\u2026 Si seulement ils avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9crits sur le sable\u2026<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><b>Une ouverture qu\u2019on <\/b><b>n&rsquo;<\/b><b>attend plus<\/b><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">L\u2019exhortation apostolique de notre pape Fran\u00e7ois d\u00e9nonce le machisme, le pouvoir, le service des femmes trop souvent confondu avec servitude et propose que les femmes occupent des postes d\u00e9cisionnels. Quel baume! Il me tarde de savoir quels seront ces postes d\u00e9cisionnels, de quelles d\u00e9cisions les femmes seront-elles partie prenante dans notre \u00c9glise universelle. Univers sans elle. En ce sens, ne serait-il pas opportun de mettre en lumi\u00e8re les conditions v\u00e9cues par les femmes de tous les continents et les \u00e9couter sur ce qu&rsquo;elles ont \u00e0 dire et \u00e0 t\u00e9moigner de leur propre exp\u00e9rience humaine. Ne serait-ce pas le premier pas vers l&rsquo;inclusion et la justice? Nous reconna\u00eetre le droit \u00e0 une parole libre sur les sujets qui nous touchent intimement. Nous reconna\u00eetre comme sujets libres poss\u00e9dant en nous-m\u00eame l\u2019enti\u00e8re capacit\u00e9 de discerner et de faire des choix \u00e9clair\u00e9s. Nous reconna\u00eetre comme seules aptes \u00e0 d\u00e9terminer s\u2019il existe ou non des qualit\u00e9s \u00ab\u00a0propres\u00a0\u00bb aux femmes. Cesser de nous dicter ce que mes s\u0153urs et moi devrions \u00eatre ou penser et admettre que pour certaines d\u2019entre nous existe aussi le d\u00e9sir de dire oui \u00e0 l\u2019appel de Dieu et d\u2019acc\u00e9der aux fonctions fig\u00e9es par la tradition.<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><b>Et si tout a \u00e9t\u00e9 dit?<\/b><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"> Alors que dire? Que dire de notre pape et les femmes? Que lui dire qu\u2019il ne sache d\u00e9j\u00e0? Puis-je risquer un dire sans re-dire encore et toujours? Redire sans me perdre, sans qu\u00eater un tout petit morceau d&rsquo;amour, une toute petite ouverture envers l&rsquo;autre moiti\u00e9 de l&rsquo;humanit\u00e9. Cette moiti\u00e9 dont je suis. Que dire sans s&rsquo;humilier dans l&rsquo;attente d&rsquo;une r\u00e9ponse qui n&rsquo;arrive plus?<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Tant de femmes ont parl\u00e9, ont \u00e9crit. Tant de th\u00e9ologiennes th\u00e9ologisent \u00e0 partir d\u2019une vision diff\u00e9rente, une vision qui vient d\u2019elles. Tant de th\u00e9ologiennes et de th\u00e9ologiens ont port\u00e9 et portent encore un regard d\u2019amour, un regard actuel, sur ce Verbe fait chair et vivant parmi nous. Alors comment comprendre l\u2019affirmation de Fran\u00e7ois selon laquelle une th\u00e9ologie de la femme doit \u00eatre faite en profondeur? Il me semble pourtant que d\u00e8s les ann\u00e9es soixante, de l\u2019Am\u00e9rique \u00e0 l\u2019Europe, des femmes ont entrepris une longue marche de lib\u00e9ration, tout comme Mo\u00efse, Miriam et Aaron. Un chemin parfois accident\u00e9 qui nous a permis de d\u00e9couvrir que nous sommes aim\u00e9es de Dieu, ce Dieu d\u2019amour aux multiples visages et qui se r\u00e9v\u00e8le en chaque \u00eatre humain qui veut l\u2019accueillir. Une th\u00e9ologie de la femme? Par qui, avec qui, pour qui\u00a0 et pourquoi? Poussons cette \u00ab\u00a0logique\u00a0\u00bb\u00a0: \u00e0 quand une th\u00e9ologie du masculin?<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><b>Parole surfac\u00e9e<\/b><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Parler au nom des femmes, voil\u00e0 qui passe difficilement aujourd\u2019hui, surtout lorsque la parole n\u2019\u00e9merge pas des femmes elles-m\u00eames. Les meilleures intentions ou le plus somptueux des enrobages n\u2019y changent rien car\u00a0 \u00ab\u00a0parler n\u2019est jamais neutre\u00a0\u00bb.<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a> Parler au nom de\u2026 ne t\u00e9moigne jamais r\u00e9ellement de ce que l\u2019autre est ou pense. On pense pour elle. On la tu-t-elle. On peut nous parler d\u2019\u00e9gale dignit\u00e9 entre les femmes et les hommes, on peut nous parler du \u00ab\u00a0g\u00e9nie\u00a0\u00bb f\u00e9minin, mais quelles r\u00e9alit\u00e9s concr\u00e8tes ces mots traduisent-ils? La v\u00e9ritable reconnaissance des femmes comme sujet de leur propre histoire passe d\u2019abord par la reconnaissance de leur existence. Exister c\u2019est inscrire sa marque dans son environnement. Le faire sien. L\u2019impr\u00e9gner et s\u2019en impr\u00e9gner, comme ces premiers hommes et ces premi\u00e8res femmes qui ont pos\u00e9 leurs mains rougies de pigments sur les parois d\u2019une grotte. Aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019utilisation du langage inclusif ou \u00e9pic\u00e8ne, langage non sexiste, qui est le premier geste de reconnaissance et d\u2019affirmation de soi \u00e0 poser. Inscrire sa marque dans l\u2019univers. Impr\u00e9gner ce monde insaisissable qui se transforme et se renouvelle de seconde en seconde.<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><b>Un appel<\/b><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Toi Fran\u00e7ois, qu\u2019en penses-tu? Toi qui nous parles de l\u2019appel de Mo\u00efse, d\u00e8s le d\u00e9but de ton exhortation. J\u2019imagine que si tu t\u2019appelais Fran\u00e7oise, tu aurais eu la sensibilit\u00e9 de tenir compte de tes lectrices en utilisant un langage qui les rejoint. Une sensibilit\u00e9 qui se serait peut-\u00eatre traduite, aussi, par la reconnaissance de l\u2019apport des femmes dans le r\u00e9cit de l\u2019Exode.<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Tu nous aurais parl\u00e9 du r\u00f4le cl\u00e9 jou\u00e9 par les sages-femmes. Elles qui n\u2019ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 d\u00e9fi\u00e9 l\u2019ordre de Pharaon, mettant ainsi leur propre vie en danger afin de permettre aux nouveau-n\u00e9s h\u00e9breux m\u00e2les de vivre. Tu aurais eu un mot pour la m\u00e8re naturelle de Mo\u00efse qui a r\u00e9ussi cacher son nourrisson durant quelque mois pour ensuite le laisser partir, par amour, pour lui assurer la vie\u00a0; acceptant m\u00eame d\u2019en \u00eatre la nourrice malgr\u00e9 qu\u2019il ait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 par une autre\u00a0! Par une \u00c9gyptienne. Quant \u00e0 sa m\u00e8re adoptive, la fille du Pharaon, elle aussi prenait des risques en sauvant un b\u00e9b\u00e9 h\u00e9breu. Nous aurais-tu parl\u00e9 de Tsippora l\u2019\u00c9thiopienne, fille de pr\u00eatre de Madi\u00e2n, \u00e9pouse de Mo\u00efse? De son geste que seul un rabbin peut aujourd\u2019hui poser? Tsiporra qui a circoncis son fils et en a jet\u00e9 le pr\u00e9puce sur le sexe de son mari, Mo\u00efse, afin de le sauver de la col\u00e8re de Dieu! Et Miriam, la s\u0153ur de Mo\u00efse, qui l\u2019a d\u00e9pos\u00e9 dans un radeau de fortune d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019histoire, le regardant voguer de loin pour s\u2019assurer qu\u2019il ne lui arrive rien. Miriam qui a march\u00e9 avec son peuple, pr\u00e9sente elle aussi lors de la lib\u00e9ration. N\u2019a-t-elle pas chant\u00e9, dans\u00e9 et jou\u00e9 du tambourin avec les femmes? Le cantique de Miriam. <\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">\u00c0 quel appel ont r\u00e9pondu ces femmes? Toutes se sont mises en danger pour sauver celui qui deviendra la figure lib\u00e9ratrice du peuple h\u00e9breu. Toutes n\u2019ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 agir devant l\u2019injustice. Anim\u00e9es par leur conviction profonde, dans un mouvement de vie spontan\u00e9, elles ont ressenti un appel qui va au-del\u00e0 de la hi\u00e9rarchie, des classes sociales, des cultures, des genres, des tabous ou des religions. Touch\u00e9es dans leur corps, dans leur c\u0153ur et dans leur \u00e2me elles ont choisi, d\u00e9cid\u00e9 et agi. Elles ont dit oui \u00e0 un appel int\u00e9rieur plus fort que la mort, port\u00e9 par la force de leur amour. Passer sous silence leur pr\u00e9sence, leur intervention, leur r\u00f4le n\u2019est-ce pas masquer d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment une partie importante de notre histoire de foi? La d\u00e9tourner, la nier \u00e0 s\u2019en crever les yeux? Et pour nous les femmes, adh\u00e9rer \u00e0 cet aveuglement, n\u2019est-ce pas se nier nous-m\u00eames au point de s\u2019ali\u00e9ner et devenir ainsi l\u2019ombre de l\u2019homme?<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><b>Et ton histoire \u00e0 toi<\/b><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Toi, si tu t\u2019appelais Fran\u00e7oise, quelle serait ton histoire? La passerait-on sous silence elle aussi? Comment vivrais-tu ta condition humaine. Serait-elle conditionn\u00e9e ou sans conditions? Qui serais-tu? Une \u00ab\u00a0piqueteras\u00a0\u00bb?<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a> Comme ces milliers d\u2019Argentines qui ont mis sur pied ce mouvement des casseroles. Peut-\u00eatre ferais-tu partie des <em>Madres de la Plaza de Mayo<\/em><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>, organisation de femmes qui militent pour la d\u00e9fense des droits de la personne. Leur foulard blanc rappelant les langes de leurs b\u00e9b\u00e9s et symbolisant leurs enfants disparus. Conna\u00eetrais-tu la <em>Voz de la mujer<\/em>, premier journal anarcha-f\u00e9ministe en Argentine au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle publi\u00e9 par Virginia Bolten? Aurais-tu particip\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de commissariats de la femme, cr\u00e9\u00e9s il n\u2019y a pas si longtemps afin de contrer le machisme des policiers envers les femmes victimes de violence conjugale? Aurais-tu d\u00e9fi\u00e9 les lois pour faire valoir tes droits?<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><b>Une confidence <\/b><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Ma s\u0153ur en humanit\u00e9, si tu t&rsquo;appelais Fran\u00e7oise, qu\u2019il me serait facile de m&rsquo;ouvrir \u00e0 toi en confidence car ta parole aurait saveur d&rsquo;authenticit\u00e9. Elle serait toi, situ\u00e9e dans un contexte connu de toi seule. Elle rejoindrait la mienne dans des exp\u00e9riences semblables et diff\u00e9rentes. Toi aussi tu porterais un corps de femme, comme moi. Toi aussi tu connaitrais le sens du mot exclusion, le sens du mot \u00ab\u00a0condition\u00a0\u00bb. Les non-dits seraient le reflet de nos joies et de nos peines. Sans nous conna\u00eetre vraiment, nous saurions par quel chemin entrer en relation. Porte ouverte sur un m\u00eame langage, nous ouvririons nos bagages. Je te parlerais sans retenue, de ce qui nous uni, de ce qui nous divise, de Celui qui nous lie. Nous chanterions <i>Gracias a la vida <\/i>et je te demanderais si tu te sens libre dans ton corps et dans ton c\u0153ur. Tu me parlerais des femmes de ton pays, de Wandda Taddei.<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a> Tu me dirais ce que tu ressens \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur lorsqu&rsquo;on te fait croire que ta place est \u00e0 la maison, entour\u00e9e de marmots et de chaudrons. Tu me dirais ce que tu ressens lorsque d\u2019autres parlent de toi, d\u00e9veloppent des th\u00e9ories sur toi comme Freud et sa peur de la castration. Nos discussions seraient sans fin, de nos vies, de nous, dans ton pays et dans le mien. Comme j\u2019aimerais que tu r\u00e9cites avec moi: <i>Gracias \u00e0 la vida<\/i> pour ce souffle qui m\u2019habite. <i>Gracias \u00e0 la vida<\/i> pour le bonheur d\u2019\u00eatre vivante, avec toi. <i>Gracias \u00e0 la vida<\/i> je suis une femme et je suis moi. <i>Gracias \u00e0 la vida<\/i> j\u2019habite l\u2019univers et je vis chaque moment comme s\u2019il \u00e9tait le premier.<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><b>Un Retour<\/b><\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Mon cher Fran\u00e7ois, si tu t\u2019appelais Fran\u00e7oise, je n\u2019aurais qu\u2019un souhait pour toi\u00a0: que tu aies les moyens de t\u2019\u00e9duquer, de choisir, de d\u00e9cider et d\u2019agir. J\u2019aurais pu te faire \u00e9tat des r\u00e9alit\u00e9s v\u00e9cues par les femmes \u00e0 travers le monde. Une recherche exhaustive sur les conditions d\u2019extr\u00eame pauvret\u00e9 des femmes, viols, prostitution forc\u00e9e, excision, violence conjugale, mariages forc\u00e9s, polygamie, f\u00e9minicide, filles soldates, femmes br\u00fbl\u00e9es vives, fillettes laiss\u00e9es \u00e0 l\u2019abandon\u2026 Te parler des avanc\u00e9es et des reculs. En \u00c9glise, en soci\u00e9t\u00e9. Tenter de prouver, de convaincre. Mais Fran\u00e7ois, je sais que tu sais. Tu sais tous les abus dont les femmes sont victimes. Tu sais les syst\u00e8mes qui favorisent la mise en place et le maintien de ces conditions inhumaines. Les syst\u00e8mes qui font des femmes l\u2019autre de l\u2019homme. Il suffit de s\u2019int\u00e9resser et d\u2019aimer les femmes pour voir ce que nous pr\u00e9f\u00e9rons ignorer. Il suffit d\u2019ouvrir son c\u0153ur \u00e0 l\u2019\u00c9vangile, se laisser toucher par la pratique de Celui qui, par Amour, a d\u00e9fi\u00e9 les lois et les traditions qui contre-t\u00e9moignent de l\u2019Alliance. Il suffit de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019Appel.<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a name=\"_GoBack\"><\/a>Un jour, dans un minuscule appartement de Buenos Aires s\u2019\u00e9pinglaient les mots d\u2019Alejandra Pizarnik, grande po\u00e9tesse de ton pays. N\u00e9e comme toi en 1936, suicid\u00e9e \u00e0 36 ans, elle disait\u00a0: \u00ab\u00a0<i>\u00c9crire c&rsquo;est donner un sens \u00e0 la souffrance. J&rsquo;ai tellement souffert qu&rsquo;on m&rsquo;a chass\u00e9 de l&rsquo;autre monde. \u00c9crire c&rsquo;est vouloir donner un sens \u00e0 notre souffrance<\/i>.\u00a0\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a> Moi, au nouveau jour de l\u2019esp\u00e9rance, je respire au parfum de ces phrases. Une pluie de femmes se d\u00e9pose en p\u00e9tales de roses et rena\u00eet en bouquet dans le creux d\u2019un grand cercueil blanc. Et Je voudrais les porter en tatouage couleur rouge sang, pour que leur histoire ne meure jamais vraiment.<\/span><\/p>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><strong>Publi\u00e9 dans \u00a0<span class=\"s1\">\u00ab\u00a0Le pape Fran\u00e7ois et le message \u00e9vang\u00e9lique\u00a0\u00bb,\u00a0<i>Appoint, 48\/<\/i>260,\u00a0<\/span><span class=\"s2\">\u00a0<\/span><span class=\"s3\">p. 38, \u00a0novembre 2014 et reproduit avec les permissions requises.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p class=\"p1\"><span class=\"s1\" style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 8pt;\">Blogue de Christiane Lafaille :\u00a0<a href=\"http:\/\/www.dsjl.org\/blogue\/category\/articles-christiane-lafaille\/#sthash.rFG59v9w.dpbs\"><span class=\"s2\">http:\/\/www.dsjl.org\/blogue\/category\/articles-christiane-lafaille\/#sthash.rFG59v9w.dpbs<\/span><\/a><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p lang=\"fr-CA\" style=\"text-align: left;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">NOTES<\/span><\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\" style=\"text-align: left;\">\n<p class=\"sdfootnote\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span lang=\"fr-CA\">Luce Irigary, <em>Parler n\u2019est jamais neutre<\/em>, 1985,\u00a0Les \u00c9ditions de Minuit, collection \u00ab\u00a0Critique\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\" style=\"text-align: left;\">\n<p class=\"sdfootnote\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a><sup>\u0002<\/sup> Carolina Iacovino,<em>\u00a0La maternit\u00e9 socialis\u00e9e\u00a0: l\u2019Engagement des femmes piqueteras en Argentine<\/em>, m\u00e9moire de ma\u00eetrise, sociologie, UQAM, 2007.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\" style=\"text-align: left;\">\n<p class=\"sdfootnote\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a><sup>\u0002<\/sup> Association des m\u00e8res d\u2019Argentine dont les enfants ont disparu lors de la guerre de 1976-1983.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\" style=\"text-align: left;\">\n<p class=\"sdfootnote\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span lang=\"fr-CA\">Jeune femme de 29 ans br\u00fbl\u00e9e vive par son mari et d\u00e9c\u00e9d\u00e9e 11 jours plus tard en 2010.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote\" style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a><sup>\u0002<\/sup> Alejandra Pizarnik, J<em>ournaux, 1959-1971<\/em>, \u00c9ditions Jos\u00e9 Corti, 2007.<\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un d\u00e9part qui se d\u00e9robe \u00c9crire sur le pape Fran\u00e7ois et les femmes. Je repousse. Pousser encore. Expulser, expurger tous ces mots qui \u00ab\u00a0gestationnent\u00a0\u00bb et se congestionnent en moi. Je repousse le moment o\u00f9 je devrai m&rsquo;asseoir; entrer en moi &hellip; <a href=\"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=2743\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":178,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[65],"tags":[],"ppma_author":[323],"class_list":["post-2743","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-le-pape-francois-et-les-femmes","author-lafaille_christiane"],"authors":[{"term_id":323,"user_id":178,"is_guest":0,"slug":"lafaille_christiane","display_name":"Christiane Lafaille","avatar_url":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/Christiane-Lafaille.jpg","user_url":"","last_name":"Lafaille","first_name":"Christiane","description":"Form\u00e9e en th\u00e9ologie et en accompagnement spirituel et engag\u00e9e depuis plusieur ann\u00e9e en pastorale sociale dans le dioc\u00e8se Saint-Jean-Longueuil, Christiane Lafaille est coordonnatrice des activit\u00e9s paroissiales et responsable du lieu de ressourcement  la Halte Marie-Rose de la paroisse  La Bienheureuse Marie-Rose Durocher (Greenfiel Park et Lemoyne) Elle est r\u00e9pondante dioc\u00e9saine \u00e0 la condition des femmes et membre de l\u2019\u00e9quipe de r\u00e9daction de la revue \u00ab Appoint \u00bb."}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2743","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/178"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2743"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2743\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2743"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2743"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2743"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fppma_author&post=2743"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}