{"id":3068,"date":"2009-11-01T12:00:57","date_gmt":"2009-11-01T17:00:57","guid":{"rendered":"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=3068"},"modified":"2015-05-18T10:42:34","modified_gmt":"2015-05-18T14:42:34","slug":"ma-rencontre-avec-soeur-gisele-turcot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=3068","title":{"rendered":"Ma rencontre avec soeur Gis\u00e8le Turcot"},"content":{"rendered":"<p class=\"petit\"><a href=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/Gisele-Turcot-2.jpeg\"><img decoding=\"async\" class=\"  wp-image-2106 alignleft\" src=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/Gisele-Turcot-2.jpeg\" alt=\"Gisele Turcot\" width=\"106\" height=\"106\" srcset=\"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/Gisele-Turcot-2.jpeg 160w, https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2014\/09\/Gisele-Turcot-2-150x150.jpeg 150w\" sizes=\"(max-width: 106px) 100vw, 106px\" \/><\/a>C&rsquo;est une femme \u00e9l\u00e9gante et press\u00e9e qui m&rsquo;accueille chez elle pour un entretien de deux heures dans un quartier au nord du Plateau de Montr\u00e9al. \u00c0 peine ai-je mis le doigt sur la sonnette que retentit un klaxon derri\u00e8re moi. Gis\u00e8le Turcot est plus du genre \u00e0 se faire attendre qu&rsquo;\u00e0 attendre. Ouvrant la vitre de sa voiture, elle s&rsquo;excuse d&rsquo;avoir \u00ab\u00a0pr\u00e9vu trop juste\u00a0\u00bb et entame sans aucune h\u00e9sitation son cr\u00e9neau. Sit\u00f4t les pr\u00e9sentations d&rsquo;usage accomplies, elle vous glisse deux \u00e9normes valises entre les bras, \u00ab\u00a0du mat\u00e9riel pour la formation\u00a0\u00bb, qu&rsquo;il faut l&rsquo;aider \u00e0 monter au deuxi\u00e8me \u00e9tage d&rsquo;un petit immeuble appartenant \u00e0 sa congr\u00e9gation o\u00f9 vivent ensemble quatre autres s\u0153urs. Soeur Gis\u00e8le Turcot dispose l\u00e0 de quelques pi\u00e8ces pour son travail. L&rsquo;appartement o\u00f9 je suis re\u00e7u est d\u00e9cor\u00e9 avec go\u00fbt et si on ne voyait \u00e7a et l\u00e0 ic\u00f4nes, bibles, livres et sujets pieux ainsi qu&rsquo;un petit orgue \u00e9lectrique, on ne pourrait pas vraiment dire qu&rsquo;il s&rsquo;agit de l&rsquo;appartement d&rsquo;une religieuse&#8230; L&rsquo;entretien se passe dans le salon et pendant deux heures, la soeur revient sur son enfance, sa vocation religieuse son lien avec le f\u00e9minisme, et aussi son engagement de quarante ans pour l&rsquo;\u00c9glise et pour la soci\u00e9t\u00e9 du Qu\u00e9bec&#8230; Un grand t\u00e9moin de son \u00e9poque dont la m\u00e9moire est un bien pr\u00e9cieux!<!--more--><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0J&rsquo;\u00e9tais consciente d\u00e8s l&rsquo;\u00e2ge de 12 ans que gar\u00e7ons et filles n&rsquo;\u00e9taient pas trait\u00e9s de la m\u00eame fa\u00e7on\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Gis\u00e8le Turcot affirme avoir toujours \u00e9t\u00e9 consciente des diff\u00e9rences de classes et de statuts sociaux, pas seulement hommes-femmes mais aussi riches-pauvres ou urbains-ruraux. N\u00e9e dans une famille de cultivateurs qu\u00e9b\u00e9cois, elle a vite compris \u00ab\u00a0les diff\u00e9rences sociales\u00a0\u00bb et l&rsquo;une de ces diff\u00e9rences est bien celle li\u00e9e au sexe. \u00c0 l&rsquo;\u00e9cole de son village, \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9cole de rang\u00a0\u00bb comme on l&rsquo;appelle au Qu\u00e9bec, \u00ab\u00a0je r\u00e9ussissais mieux que les gar\u00e7ons\u00a0\u00bb confie-t-elle avec assurance, pourtant ce sont eux, les gar\u00e7ons, notamment les quatre de la famille de \u00ab\u00a0l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du chemin\u00a0\u00bb qui partent pour le coll\u00e8ge classique, m\u00eame si c&rsquo;est pour revenir piteux quelques mois plus tard car ils n&rsquo;y arrivent gu\u00e8re. Arriv\u00e9e en septi\u00e8me se pose pour la famille Turcot la question de savoir si Gis\u00e8le va poursuivre ses \u00e9tudes. Ses parents n&rsquo;ont gu\u00e8re les moyens. Pourtant, comme beaucoup de Qu\u00e9becoises ne pouvant acc\u00e9der aux \u00e9tudes classiques, la solution vient du pensionnat des religieuses qui sait exploiter le talent de la jeune fille. Un pensionnat des soeurs de la Providence, puis l&rsquo;\u00c9cole normale des Saints-Noms-de-J\u00e9sus-et-de-Marie.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pourtant pas dans la congr\u00e9gation qui lui donne sa chance \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole que la jeune fille souhaite r\u00e9aliser la vocation \u00e0 laquelle elle se sent appel\u00e9e depuis qu&rsquo;elle a 13-14 ans. Gis\u00e8le Turcot trouve plut\u00f4t de l&rsquo;inspiration du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Action catholique (la Jeunesse \u00c9tudiante Catholique) o\u00f9 elle rencontre des aum\u00f4niers qui la marquent et qui font \u00ab\u00a0toute leur place aux jeunes filles\u00a0\u00bb. La congr\u00e9gation Notre-Dame du Bon Conseil lui parle davantage, car les soeurs ont une \u00ab\u00a0dimension sociale\u00a0\u00bb \u00e0 leur apostolat. Dans son dioc\u00e8se, ce sont elles qui sont en charge du \u00ab\u00a0service social\u00a0\u00bb, des loisirs, des terrains de jeux, des clubs d&rsquo;adolescents, des activit\u00e9s du vendredi soir&#8230; \u00ab\u00a0Je trouvais qu&rsquo;il y avait une part de vie publique diff\u00e9rente de la vie des soeurs que je voyais au couvent\u00a0\u00bb&#8230; ces soeurs, certes professeures, mais qui ne peuvent pas parler dans les r\u00e9unions avec les parents d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves bien qu&rsquo;elles en aient envie. De cette \u00e9poque de pensionnat, elle \u00e9voque un souvenir. \u00c0 l&rsquo;\u00e9cole normale, pour sa dissertation libre, elle avait choisi comme th\u00e8me \u00ab\u00a0le r\u00f4le des femmes dans l&rsquo;histoire du Canada\u00a0\u00bb o\u00f9, \u00e0 partir de son simple manuel d&rsquo;histoire de l&rsquo;Abb\u00e9 Lionel Groulx <a class=\"tres_petit\" href=\"#note1\" name=\"ret1\">[1]<\/a>, elle avait fait le r\u00e9cit des femmes qui ont fait le Qu\u00e9bec\u00a0: Jeanne Mance, Marguerite Bourgeois, Marie de l&rsquo;Incarnation, etc. Elle \u00e9voque aussi avec amusement la coupure de presse de 1963 qu&rsquo;elle a retrouv\u00e9e r\u00e9cemment dans ses papiers, annon\u00e7ant le d\u00e9p\u00f4t par la d\u00e9put\u00e9e Claire Kirkland Casgrain du projet de loi qui modifiera le statut l\u00e9gal des femmes dans la province du Qu\u00e9bec. Les femmes, elle les retrouve \u00e9galement dans son travail social qu&rsquo;elle commence \u00e0 exercer aupr\u00e8s des jeunes filles de la communaut\u00e9 \u00e9migr\u00e9e portugaise de Montr\u00e9al, au milieu des ann\u00e9es 1960. Pourtant, l&rsquo;histoire devait venir chercher la soeur simple assistante sociale pour la mettre au premier plan d&rsquo;un monde eccl\u00e9siastique qu\u00e9b\u00e9cois en plein changement&#8230;<\/p>\n<p style=\"font-weight: bold;\">L&rsquo;ascension fulgurante de soeur Gis\u00e8le Turcot au sein de l&rsquo;\u00c9glise du Qu\u00e9bec<\/p>\n<p>En fait, si la question des femmes l&rsquo;a toujours int\u00e9ress\u00e9e, Gis\u00e8le Turcot dit n&rsquo;avoir pris que tardivement conscience du probl\u00e8me de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 des sexes au sein m\u00eame de l&rsquo;\u00c9glise catholique au point de devenir militante. Au moment de la R\u00e9volution tranquille, son engagement, la capacit\u00e9 de l&rsquo;institution \u00e0 changer \u00e0 la suite du concile Vatican II (1962-1965) ainsi que les femmes et les religieuses qu&rsquo;elle voit \u00e0 l&rsquo;oeuvre autour d&rsquo;elle lui donnent l&rsquo;impression que tout est possible. Le Congr\u00e8s des religieuses de 1968 \u00e0 Montr\u00e9al &#8211; qui tient au Qu\u00e9bec une grande place dans le renouveau f\u00e9minin apr\u00e8s le Concile &#8211; reste pour elle un souvenir marquant. Elle se rappelle encore d&rsquo;une conf\u00e9rence du P\u00e8re Ren\u00e9 Voillaume <a class=\"tres_petit\" href=\"#note2\" name=\"ret2\">[2]<\/a> appelant les soeurs \u00e0 s&rsquo;engager dans le monde avec confiance et optimisme pour \u00eatre l&rsquo;instrument de son salut. On parle beaucoup, on se documente, on s&rsquo;agite; les chapitres g\u00e9n\u00e9raux d\u00e9poussi\u00e8rent les r\u00e8gles de vie. L&rsquo;\u00c9glise catholique semble alors capable d&rsquo;amorcer un changement de cap parall\u00e8le \u00e0 celui d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 qui r\u00e9invente ses rapports entre les g\u00e9n\u00e9rations, entre les individus et entre les sexes. Au Qu\u00e9bec, les religieuses s&rsquo;organisent m\u00eame au sein d&rsquo;une association de type f\u00e9ministe !<\/p>\n<p>Gis\u00e8le Turcot conna\u00eet alors une ascension soudaine au sein de l&rsquo;appareil institutionnel de l&rsquo;\u00c9glise du Qu\u00e9bec qui donnerait raison \u00e0 ses penchants optimistes. Nomm\u00e9e en 1975 professeure \u00e0 l\u2019\u00c9cole de service social de l&rsquo;Universit\u00e9 Laval (Qu\u00e9bec), elle est appel\u00e9e peu de temps apr\u00e8s par les \u00e9v\u00eaques qu\u00e9b\u00e9cois \u00e0 occuper les fonctions de secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale adjointe pour les affaires sociales. Il faut dire qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, les \u00e9v\u00eaques canadiens font preuve d&rsquo;une grande audace sur la question de la promotion des femmes. Ce sont eux qui, vainement, en 1971, lors du Synode g\u00e9n\u00e9ral <a class=\"tres_petit\" href=\"#note3\" name=\"ret3\">[3]<\/a> avaient os\u00e9 ouvrir \u00e0 Rome devant les autres \u00e9v\u00eaques du monde entier le d\u00e9bat sur la place des femmes dans l&rsquo;\u00c9glise en pr\u00e9sentant cinq recommandations dont une sur les femmes et le minist\u00e8re&#8230; Gis\u00e8le Turcot rappelle ce temps o\u00f9 les \u00e9v\u00eaques qu\u00e9b\u00e9cois offrent aux religieuses des postes de responsabilit\u00e9. Il faut dire qu&rsquo;ici la prise en main par l&rsquo;\u00c9tat provincial qu\u00e9b\u00e9cois des secteurs entiers du social, qui jadis \u00e9taient aux mains de l&rsquo;\u00c9glise (les h\u00f4pitaux, les \u00e9coles, les institutions diverses), lib\u00e8re un nombre de religieuses qualifi\u00e9es ayant des capacit\u00e9s de direction et qui disposent d&rsquo;une certaine aura dans la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise. C&rsquo;est le moment o\u00f9 on voit \u00e9clore dans les dioc\u00e8ses et les paroisses des soeurs \u00abchanceli\u00e8res <a class=\"tres_petit\" href=\"#note4\" name=\"ret4\">[4]<\/a>\u00bb, des \u00abmarguill\u00e8res <a class=\"tres_petit\" href=\"#note5\" name=\"ret5\">[5]<\/a>\u00bb, voire des \u00abvicaires \u00e9piscopales<a class=\"tres_petit\" href=\"#note6\" name=\"ret6\">[6]<\/a>\u00bb comme soeur Rita Beauchamp dans le dioc\u00e8se de Valleyfield !<\/p>\n<p>D&rsquo;o\u00f9 vient ce souci des \u00e9v\u00eaques qu\u00e9b\u00e9cois de faire autant de place aux femmes? Vue de l&rsquo;ext\u00e9rieur, la situation qu\u00e9b\u00e9coise reste en effet exceptionnelle et ne trouve son pareil dans aucun pays, m\u00eame les plus r\u00e9ceptifs \u00e0 l&rsquo;enseignement conciliaire (France, Allemagne, Pays-Bas). Cela s&rsquo;enracine peut-\u00eatre dans un souci propre d&rsquo;hommes form\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Action catholique, au souci d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9sents sur les questions des probl\u00e8mes d&rsquo;actualit\u00e9 et qui ne veulent pas se d\u00e9solidariser de l&rsquo;\u00e9bullition identitaire et r\u00e9formatrice que conna\u00eet alors le Qu\u00e9bec qui vit sa R\u00e9volution tranquille. En 1979, le Conseil du statut de la femme du Qu\u00e9bec produit un Livre blanc de 357 recommandations. Une seule en soi concernait directement la religion et l&rsquo;\u00c9glise catholique. Elle pointait la responsabilit\u00e9 de l&rsquo;institution dans la socialisation des r\u00f4les f\u00e9minins au Qu\u00e9bec et l&rsquo;appelait par cons\u00e9quent \u00e0 la revoir. Les membres du Comit\u00e9 \u00e9piscopal des affaires sociales y voient un enjeu r\u00e9el pour l&rsquo;\u00c9glise. Gis\u00e8le Turcot, en tant que secr\u00e9taire adjointe du comit\u00e9 des affaires sociales, fait le verbatim de deux tables rondes qui ont r\u00e9uni une bonne douzaine de femmes invit\u00e9es \u00e0 commenter le Livre blanc. \u00c0 la demande de la conf\u00e9rence \u00e9piscopale, chaque dioc\u00e8se est invit\u00e9 \u00e0 se doter de \u00ab\u00a0r\u00e9pondantes \u00e0 la condition f\u00e9minine\u00a0\u00bb, il s&rsquo;agit d&rsquo;une employ\u00e9e en charge de l&rsquo;avancement des questions concernant l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des hommes et des femmes dans la soci\u00e9t\u00e9 et dans l&rsquo;\u00c9glise&#8230;<\/p>\n<p>Les responsabilit\u00e9s de Soeur Gis\u00e8le ne s&rsquo;arr\u00eatent pas l\u00e0. En 1980, les \u00e9v\u00eaques lui demandent de devenir la secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;\u00e9piscopat, situation unique dans le catholicisme contemporain, poste qu&rsquo;elle occupera jusqu&rsquo;en 1983. De cette \u00e9poque, elle garde de bons souvenirs. Elle m\u00e8ne son travail sans obstruction aucune des hommes ni des pr\u00eatres, m\u00eame ceux qui sont ses collaborateurs et subordonn\u00e9s. C&rsquo;est sans amertume d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;elle dit avoir laiss\u00e9 son poste \u00e0 un homme apr\u00e8s son d\u00e9part.<\/p>\n<p style=\"font-weight: bold;\"><span style=\"font-style: italic;\">Femmes et Minist\u00e8res<\/span>, premi\u00e8res luttes, premi\u00e8res d\u00e9ceptions, les ann\u00e9es 1970-1980.<\/p>\n<p>Si elle c\u00f4toie une \u00c9glise en changement, Gis\u00e8le Turcot prend \u00e9galement progressivement conscience, d\u00e8s cette \u00e9poque, qu&rsquo;il existe une nette dissonance entre les aspirations de l&rsquo;\u00c9glise qu\u00e9b\u00e9coise et les r\u00e9alit\u00e9s institutionnelles dict\u00e9es par Rome&#8230; La partition jou\u00e9e au Synode de 1971, alors que la Curie avait \u00e9cart\u00e9 la question des \u00e9v\u00eaques canadiens, semble se r\u00e9p\u00e9ter en s&rsquo;amplifiant au fur et \u00e0 mesure des ann\u00e9es, laissant la religieuse de plus en plus sceptique sur la capacit\u00e9 de l&rsquo;institution \u00e0 changer mais n&rsquo;entamant jamais sa motivation ni son \u00e9nergie.<\/p>\n<p>Gis\u00e8le Turcot rapporte comment en 1976, elle accueille dans son bureau de la conf\u00e9rence \u00e9piscopale la d\u00e9claration <span style=\"font-style: italic;\">Inter insigniores<\/span> de la Congr\u00e9gation pour la Doctrine de la foi (sur le refus d&rsquo;ordination des femmes). \u00ab\u00a0Je lis le texte et les arguments ne tiennent pas\u00a0\u00bb, pense-t-elle, bien qu&rsquo;elle n&rsquo;ait qu&rsquo;un modeste certificat biblique en poche&#8230; \u00ab\u00a0Je suis dans mon bureau\u00a0\u00bb, poursuit-elle, \u00ab\u00a0et je me mets \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir [&#8230;] faut-il former une association pour le minist\u00e8re des femmes? Tant qu&rsquo;elles sont employ\u00e9es en pastorale, ins\u00e9r\u00e9es avec des mandats et ne d\u00e9cideront pas de se regrouper, \u00e7a n&rsquo;avancera pas&#8230; Je me suis demand\u00e9 quelle \u00e9tait ma responsabilit\u00e9. Ici, dans mon bureau, je suis employ\u00e9e des \u00e9v\u00eaques; je leur dois ob\u00e9issance mais je veux trouver des r\u00e9ponses concr\u00e8tes \u00e9galement pour les autres femmes, celles \u00e0 qui je pense et qui ne sont pas l\u00e0&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette intuition, elle lui vient de ses discussions avec la th\u00e9ologienne Elizabeth J. Lacelle de l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;Ottawa qui lui fait prendre conscience des impasses de la th\u00e9ologie romaine officielle. \u00c0 ce titre, il n&rsquo;est pas \u00e9tonnant qu&rsquo;on retrouve Gis\u00e8le Turcot dans le r\u00e9seau initial et informel des femmes qu\u00e9b\u00e9coises,\u00a0 praticiennes de la pastorale (comme Annine Parent, Rolande Parrot, C\u00e9line Girard, Raymonde Jauvin) et th\u00e9ologiennes comme Lise Baroni, Yvonne Bergeron, Pierrette Daviau, Micheline Lagu\u00eb), qui souhaitent engager une r\u00e9flexion sur la place pr\u00e9sente des femmes dans l&rsquo;institution eccl\u00e9siale&#8230; Pas de revendications trop rapides, pas de slogans trop simplificateurs. Il faut partir de la base, des exp\u00e9riences v\u00e9cues et Gis\u00e8le Turcot a appris quelque chose de ses ann\u00e9es de travail aupr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9piscopat\u00a0: dans la Belle Province, rien ne peut s&rsquo;obtenir si on ne rallie Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al et vice-versa. Il faut mettre en rapport diff\u00e9rentes personnes et diff\u00e9rentes exp\u00e9riences&#8230; Ce groupe sera \u00e0 l&rsquo;origine, en 1982, de l&rsquo;association \u00ab\u00a0Femmes et Minist\u00e8res\u00a0\u00bb<a class=\"tres_petit\" href=\"#note7\" name=\"ret7\">[7]<\/a>. \u00ab\u00a0Femmes et Minist\u00e8res avec un S&#8230;Le pluriel est capital!\u00a0\u00bb avertit la religieuse, car s&rsquo;il existe bien un enjeu intellectuel, il est linguistique. On ne saurait faire comme la th\u00e9ologie conservatrice qui substantivise LA femme et LE sacerdoce pour mieux les contr\u00f4ler&#8230; Gis\u00e8le Turcot rapporte les premier succ\u00e8s et coups d&rsquo;\u00e9clat comme la parution en 1988 du portrait du personnel f\u00e9minin pastoral au Qu\u00e9bec sous le titre marquant \u00ab\u00a0 Les soutanes roses\u00a0\u00bb <a class=\"tres_petit\" href=\"#note8\" name=\"ret8\">[8]<\/a>&#8230; Cet ouvrage est loin d&rsquo;avoir perdu de sa pertinence. On y voit bien comment les femmes qu\u00e9b\u00e9coises s&rsquo;engagent massivement dans l&rsquo;institution, la font tourner en bonne partie, en ont une bonne connaissance et m\u00eame une expertise lucide, mais n&rsquo;en sont pas reconnues comme des membres \u00e0 part enti\u00e8re.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins Gis\u00e8le Turcot est assez r\u00e9aliste sur l&rsquo;efficacit\u00e9 de son action militante. R\u00e9trospectivement, elle d\u00e9friche peut-\u00eatre des nouveaux horizons mais peine \u00e0 changer l&rsquo;institution. Dans sa m\u00e9moire, elle pointe le durcissement de contexte et l&rsquo;essoufflement de la th\u00e9matique f\u00e9ministe catholique dans la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es quatre-vingt. Changement d&rsquo;univers eccl\u00e9sial, durcissement romain notamment apr\u00e8s le Synode de 1986, s\u00e9cularisation plus avanc\u00e9e posant la question de la r\u00e9affirmation d&rsquo;une identit\u00e9 catholique traditionnelle, c&rsquo;est le moment o\u00f9 l&rsquo;opposition \u00e0 la promotion des femmes dans l&rsquo;\u00c9glise devient \u00e9galement locale, notamment par la bouche de certains \u00e9v\u00eaques qui ont toujours \u00e9t\u00e9 plus r\u00e9serv\u00e9s que leurs coll\u00e8gues. 1986 est la date charni\u00e8re dans l&rsquo;esprit de Gis\u00e8le Turcot. Pourtant, cette ann\u00e9e-l\u00e0, l&rsquo;historienne f\u00e9ministe Micheline Dumont <a class=\"tres_petit\" href=\"#note9\" name=\"ret9\">[9]<\/a> participe \u00e0 la session d\u2019\u00e9tudes sur \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9glise et le mouvement des femmes\u00a0\u00bb. L&rsquo;Assembl\u00e9e des \u00c9v\u00eaques du Qu\u00e9bec a convoqu\u00e9\u00a0 des repr\u00e9sentantes des femmes actives en \u00c9glise, et de femmes d&rsquo;autres confessions;\u00a0 un dialogue s\u2019engage sur les principaux th\u00e8mes f\u00e9ministes: famille, pouvoir, travail, langage, sexualit\u00e9, etc ainsi qu&rsquo;une s\u00e9rie de recommandations&#8230; Mais le surgissement des analyses f\u00e9ministes dans le d\u00e9bat ainsi que dans l&rsquo;enjeu linguistique (th\u00e9orie du genre, \u00e9tudes f\u00e9ministes) surprend les \u00e9v\u00eaques de plus en plus mal \u00e0 l&rsquo;aise devant les remises en cause des dimensions insidieuses du patriarcat. \u00ab\u00a0C&rsquo;est que les \u00e9v\u00eaques avaient eu l&rsquo;initiative jusque l\u00e0, analyse-t-elle, mais avec l&rsquo;entr\u00e9e du discours f\u00e9ministe, ce ne sont plus eux qui avaient le leadership [&#8230;], ce n&rsquo;\u00e9tait plus leur terrain&#8230; \u00c0 court terme, ils s&rsquo;\u00e9taient fait un souci de porter cette pr\u00e9ocupation [&#8230;], ils ont fait des choses, des d\u00e9clarations courageuses le 1er mai pour l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 salariale par exemple; sur la question de la violence conjugale aussi, ils ont accompagn\u00e9 la formation des agentes de pastorale [&#8230;], mais le point de d\u00e9part, c&rsquo;est l&rsquo;anthropologie sous-jacente et d\u00e8s qu&rsquo;il y a l&rsquo;analyse f\u00e9ministe, l\u00e0 \u00e7a ne suit plus&#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ces ann\u00e9es &rsquo;80 constituent l&rsquo;apog\u00e9e de l&rsquo;engagement de soeur Gis\u00e8le Turcot pour la promotion des femmes dans l&rsquo;\u00c9glise m\u00eame si, sans l&rsquo;abandonner, elle le laisse progressivement de c\u00f4t\u00e9. Pourquoi? Car elle a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e \u00e0 d&rsquo;autres t\u00e2ches, d&rsquo;abord des responsabilit\u00e9s \u00e9ditoriales dans la revue <span style=\"font-style: italic;\">Relations<\/span>des j\u00e9suites de Montr\u00e9al (1985-1993), puis dans sa congr\u00e9gation o\u00f9 elle redevient ma\u00eetresse des novices en 1993 avant d&rsquo;occuper la fonction de sup\u00e9rieure g\u00e9n\u00e9rale de 1995 \u00e0 2005. Elle a exploit\u00e9 le temps libre de sa retraite \u00e0 se remettre \u00e0 jour en th\u00e9ologie au Centre S\u00e8vres \u00e0 Paris, \u00ab\u00a0son cong\u00e9 sabbatique fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, comme elle l&rsquo;appelle. Elle vit d\u00e9sormais en communaut\u00e9, s&rsquo;investissant principalement dans le groupe local de Pax Christi et offrant de l\u2019accompagnement spirituel dans l&rsquo;esprit des exercices d&rsquo;Ignace de Loyola.<\/p>\n<p style=\"font-weight: bold;\">Enjeu du minist\u00e8re, les ann\u00e9es 1990-2000.<\/p>\n<p>Comment Gis\u00e8le Turcot per\u00e7oit-elle les \u00e9volutions plus r\u00e9centes des ann\u00e9es &rsquo;90? Pour la religieuse, il faut bien distinguer les \u00e9chelles d&rsquo;analyse, de nombreux \u00e9v\u00eaques qu\u00e9b\u00e9cois \u00ab continuent individuellement de penser qu&rsquo;il serait normal qu&rsquo;il y ait un statut \u00e9gal du point de vue des minist\u00e8res et de la gouvernance&#8230;\u00bb Malicieuse, elle rajoute\u00a0: \u00ab Ils ont bien vu que cela marchait de confier des minist\u00e8res aux femmes, ils ont bien vu \u00e9galement le prix \u00e0 payer&#8230; c&rsquo;est un secret de Polichinelle, dans le dioc\u00e8se de [&#8230;], un des premiers o\u00f9 l&rsquo;\u00e9v\u00eaque a confi\u00e9 des responsabilit\u00e9s \u00e0 des femmes, l&rsquo;\u00e9v\u00eaque a \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9 \u00e0 Rome&#8230; Vous savez, des pr\u00eatres ont eu beaucoup de difficult\u00e9s \u00e0 vivre la promotion des religieuses. Peut-\u00eatre que le comportement de certaines femmes a pu irriter, qu&rsquo;il y a eu des abus de pouvoir&#8230; Ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;on est une femme qu&rsquo;on est \u00e0 l&rsquo;abri de l&rsquo;autoritarisme&#8230; Il y a quelque chose qui ne se r\u00e9duit jamais au genre, mais \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9\u00a0\u00bb. Ces \u00e9v\u00eaques, elle ne semble pas \u00e9prouver de l&rsquo;animosit\u00e9 \u00e0 leur \u00e9gard; tout juste souligne-t-elle en douceur leur faiblesse et les difficult\u00e9s qu&rsquo;ils ont vis-\u00e0-vis de Rome. Le texte de 1989 de la Conf\u00e9rence des \u00e9v\u00eaques qu\u00e9b\u00e9cois sur la violence conjugale reste pour elle un \u00e9l\u00e9ment optimiste de m\u00eame que la repentance \u00e0 l&rsquo;occasion du cinquantenaire du droit de vote des femmes en 1990, droit de vote auquel s&rsquo;\u00e9taient longuement oppos\u00e9s les \u00e9v\u00eaques. \u00ab\u00a0Je pense qu&rsquo;au plan collectif, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le dernier grand geste public\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais c&rsquo;est bien entendu \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de Rome que la soeur est plus critique ou circonspecte face \u00e0 des m\u00e9thodes qui ne refl\u00e8tent gu\u00e8re l&rsquo;id\u00e9al de coll\u00e9gialit\u00e9 conciliaire mais une crispation identitaire inqui\u00e9tante. Son dernier v\u00e9ritable combat remonte aux ann\u00e9es 1994-1995 lorsque le pape Jean-Paul\u00a0II s&rsquo;est dit pr\u00eat \u00e0 mettre en jeu son infaillibilit\u00e9 pontificale sur la question du refus des femmes au sacerdoce. Pourquoi subitement ce retour de th\u00e9matique dans un contexte catholique bien moins marqu\u00e9 qu&rsquo;avant par le militantisme progressiste? S\u00fbrement en r\u00e9action \u00e0 la d\u00e9cision en 1988 de l&rsquo;\u00c9glise anglicane, la plus proche des \u00c9glises r\u00e9form\u00e9es de Rome, d&rsquo;ordonner des femmes \u00e9v\u00eaques. Jean-Paul\u00a0II fait parvenir une lettre <span style=\"font-style: italic;\">Ordinatio sacerdotalis <\/span>aux \u00e9v\u00eaques du monde entier qui n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une fin de non-recevoir de toute demande similaire en contexte catholique <a class=\"tres_petit\" href=\"#note10\" name=\"ret10\">[10]<\/a>. Gis\u00e8le Turcot qui est redevenue entre-temps pr\u00e9sidente de Femmes et Minist\u00e8res se rappelle encore de ce moment : \u00ab\u00a0Le texte de Rome est sorti le 29 mai, \u00e0 l&rsquo;Ascension&#8230; Un mois apr\u00e8s, le 29 juin, \u00e0 la f\u00eate de saint Pierre et saint Paul <a class=\"tres_petit\" href=\"#note11\" name=\"ret11\">[11]<\/a>, nous avions une r\u00e9ponse de <span style=\"font-style: italic;\">Femmes et Minist\u00e8res<\/span> qu&rsquo;on a fait para\u00eetre dans <span style=\"font-style: italic;\">le Devoir<\/span> [principal quotidien qu\u00e9b\u00e9cois] avec 700 signatures d&rsquo;hommes et de femmes, la\u00efcs ou non, qui plut\u00f4t que de s&rsquo;en prendre \u00e0 Rome s&rsquo;adressaient au Pr\u00e9sident de la Conf\u00e9rence des \u00e9v\u00eaques du Canada, lui disant \u00ab\u00a0nous voulons continuer le dialogue avec vous&#8230; Au mois d&rsquo;ao\u00fbt, on republie le texte, cette fois-ci avec 1300 signatures&#8230; Bien s\u00fbr, on n&rsquo;a pas eu de r\u00e9ponses officielles, seulement des appels \u00e0 titre priv\u00e9&#8230;\u00a0\u00bb L&rsquo;ombre de la Curie plane, les \u00e9v\u00eaques pr\u00e9f\u00e9rant conserver le peu d&rsquo;acquis qu&rsquo;ils peuvent d\u00e9fendre plut\u00f4t que de prendre le risque d&rsquo;\u00eatre ostracis\u00e9s&#8230;<\/p>\n<p>Depuis les ann\u00e9es 2000, les enjeux sont diff\u00e9rents. Les nominations \u00e9piscopales se font davantage dans un sens romain et estompent les protections tacites. Elle note aussi que les femmes perdent les fonctions et les emplois salari\u00e9s qu&rsquo;elles avaient acquis dans les d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e9tant les premi\u00e8res victimes des coupes li\u00e9es \u00e0 la baisse des revenus de la d\u00eeme (nom du denier de l&rsquo;\u00c9glise qu\u00e9b\u00e9coise). La pastorale sociale dans laquelle sont engag\u00e9es de nombreuses femmes en souffre le plus. Les r\u00e9pondantes sont de moins en moins r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es et doivent se satisfaire du b\u00e9n\u00e9volat&#8230; Quand on lui demande ce qu&rsquo;elle pense des ordinations non canoniques de femmes pr\u00eatres, Gis\u00e8le Turcot ne condamne pas, ce n&rsquo;est pas dans son caract\u00e8re, mais n&rsquo;approuve pas vraiment\u00a0: \u00ab\u00a0C&rsquo;est un paradoxe; on veut entrer dans le minist\u00e8re et <span style=\"font-style: italic;\">ipso facto <\/span>le lendemain on est excommuni\u00e9\u00a0\u00bb. Selon elle, il faut t\u00e2cher de s&rsquo;ins\u00e9rer au mieux dans son \u00e9glise locale et y \u00eatre le facteur de changement. Les minorit\u00e9s abrahamiques&#8230;<\/p>\n<p><strong>La vie religieuse, analyse r\u00e9trospective et devenir&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Quand on lui pose cette question\u00a0: \u00ab\u00a0Les soeurs ont-elles \u00e9t\u00e9 selon vous \u00e0 la hauteur de l&rsquo;enjeu du XX\u00e8me si\u00e8cle au Qu\u00e9bec\u00a0\u00bb, Soeur Gis\u00e8le Turcot est assez mesur\u00e9e et r\u00e9aliste\u00a0: \u00ab\u00a0Dans la plupart des congr\u00e9gations, il y a eu un noyau qui a mordu \u00e0 l&rsquo;analyse f\u00e9ministe et qui est entr\u00e9 dans l&rsquo;association des religieuses f\u00e9ministes par exemple. Il faut bien comprendre qu&rsquo;au Qu\u00e9bec, contrairement \u00e0 d&rsquo;autres pays, les soeurs ont eu depuis longtemps davantage de leadership et d&rsquo;autonomie\u00a0\u00bb. Elle trouve m\u00eame que les religieuses qu\u00e9b\u00e9coises ont fait honneur aux avanc\u00e9es des femmes, qu&rsquo;elles ont annonc\u00e9 d&rsquo;une certaine mani\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Avant la R\u00e9volution tranquille, dans leurs pensionnats et leurs h\u00f4pitaux, elles avaient les coud\u00e9es franches&#8230; Si on compare avec les \u00c9tats-Unis o\u00f9 elles sont \u00e0 la merci du clerg\u00e9 pour les salaires, les structures des oeuvres, c&rsquo;est totalement diff\u00e9rent&#8230; la subordination c&rsquo;\u00e9tait leur pain quotidien, c&rsquo;est pourquoi aussi, comme elles \u00e9taient plus dipl\u00f4m\u00e9es, elles ont r\u00e9agi fortement&#8230; Bien s\u00fbr, au Qu\u00e9bec, il y avait l&rsquo;aum\u00f4nier, mais cela faisait partie de la culture g\u00e9n\u00e9rale, elles \u00e9taient quand m\u00eame les ma\u00eetres (sic) chez elles&#8230; beaucoup de religieuses qui ont perdu des responsabilit\u00e9s dans les h\u00f4pitaux ou les \u00e9coles \u00e9taient les plus aptes \u00e0 obtenir des responsabilit\u00e9s dans les dioc\u00e8ses, elles avaient un r\u00e9el savoir-faire&#8230;\u00a0\u00bb Cette prise de position ne s&rsquo;est pas faite \u00e0 ses yeux sans exc\u00e8s ni caricature. Soeur Gis\u00e8le rapporte avec amusement le cas de soeur P \u00ab\u00a0pratiquement cur\u00e9 de sa paroisse; \u00e7a a favoris\u00e9 l&rsquo;\u00e9mergence des la\u00efques cela, sans nul doute\u00a0\u00bb&#8230; C&rsquo;est la crise des vocations qui aurait rendu moins audible leur action, le vieillissement des congr\u00e9gations entra\u00eenant la diminution du nombre des \u00e9l\u00e9ments actifs. \u00ab\u00a0Puis on s&rsquo;en va vers une implosion&#8230; Les 30 ans et moins, on les compte sur les doigts de la main. [\u2026] Chez les femmes, il y a encore des vocations, mais en tout petit nombre. La contribution que des femmes religieuses peuvent apporter est tr\u00e8s variable. Ne correspondant pas \u00e0 l&rsquo;image classique [&#8230;] nous les religieuses, on nous per\u00e7oit encore avec des images de vie tr\u00e8s r\u00e9glement\u00e9es&#8230; Le d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9mancipation comme l&rsquo;ouverture \u00e0 de larges possibilit\u00e9s, la vie religieuse ne l&rsquo;apporte plus gu\u00e8re [&#8230;] Pour une femme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est exceptionnel de se penser sans vie affective, de vouloir le c\u00e9libat avec le chastet\u00e9 [&#8230;] et je pense que les conditions de foi avec le d\u00e9veloppement d&rsquo;une relation personnelle \u00e0 Dieu ne passent plus n\u00e9cessairement par un appel \u00e0 la vie religieuse. Un appel \u00e0 la justice sociale, c&rsquo;est un humanisme; un appel \u00e0 l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 c&rsquo;est la vie monastique&#8230; O\u00f9 est la vie apostolique?\u00a0\u00bb. Angoissante question dans l&rsquo;absolu qui ne semble pas l&rsquo;\u00e9branler personnellement.<\/p>\n<p style=\"font-weight: bold;\">\u00ab\u00a0Pour entrer dans le XXIe si\u00e8cle, il faut apprendre \u00e0 vivre avec la diversit\u00e9 \u00bb<\/p>\n<p>Si on lui demande si elle a des regrets et comment elle fait la pes\u00e9e de son parcours de religieuses, Gis\u00e8le Turcot affirme\u00a0: \u00ab\u00a0J&rsquo;ai eu un parcours passionnant, j&rsquo;ai demand\u00e9 \u00e0 toujours rester dans ma communaut\u00e9&#8230; la communaut\u00e9 c&rsquo;est le cadre de soutien de mon engagement. Moi je souffre bien entendu du manque de rel\u00e8ve&#8230; les jeunes, \u00e7a pousse, \u00e7a dynamise. L\u00e0, on est comme une famille qui n&rsquo;a pas d&rsquo;enfant. L&rsquo;\u00e9lan nous manque&#8230;\u00a0\u00bb. Quant \u00e0 l&rsquo;avenir, elle n&rsquo;occulte pas les difficult\u00e9s institutionnelles, l&rsquo;esprit cl\u00e9rical et patriarcal, l&rsquo;affaiblissement des valeurs \u00e9vang\u00e9liques&#8230; mais Gis\u00e8le Turcot trouve encore le moyen d&rsquo;y voir des gr\u00e2ces\u00a0: \u00ab\u00a0Quand je suis revenue de la Conf\u00e9rence des Nations unies sur les femmes, le d\u00e9veloppement et la paix, \u00e0 Beijing en 1995, je me suis dit que pour entrer dans le XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, il faut apprendre \u00e0 vivre avec la diversit\u00e9 des tendances et des cultures en contexte de mondialisation\u00a0\u00bb&#8230; L&rsquo;actualit\u00e9, l&rsquo;enqu\u00eate sur les religieuses am\u00e9ricaines? \u00ab\u00a0Cette enqu\u00eate est la deuxi\u00e8me\u00a0; elle confirme les inqui\u00e9tudes sur leur mode de vie. En d\u00e9pit de cette attitude de contr\u00f4le, il faut savoir entrer dans l&rsquo;esp\u00e9rance&#8230; m\u00eame si, pour le moment, il est quasi impossible de faire bouger les choses&#8230; en tout cas, je ne vois pas comment ! En attendant, on peut peut-\u00eatre cr\u00e9er des liens!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Novembre 2009<\/p>\n<hr style=\"width: 100%; height: 2px;\" \/>\n<p>NOTES<\/p>\n<p><a class=\"tres_petit\" href=\"#ret1\" name=\"note1\">[1]<\/a> \u00c9quivalent du \u00ab petit Lavisse \u00bb\u00a0 fran\u00e7ais.<\/p>\n<p><a class=\"tres_petit\" href=\"#ret2\" name=\"note2\">[2]<\/a> Ren\u00e9 Voillaume (1905-2003) est un pr\u00eatre fran\u00e7ais qui a fond\u00e9 la congr\u00e9gation religieuse des Petits Fr\u00e8res de l&rsquo;\u00c9vangile, des fr\u00e8res qui allient une vie de contemplation et un travail salari\u00e9 de type ouvrier. Il puise son inspiration dans la spiritualit\u00e9 du mystique Charles de Foucault qui a v\u00e9cu dans le d\u00e9sert du Sahara une vie de d\u00e9nuement et de contemplation. Il participe en fait de cette \u00ab th\u00e9ologie de l&rsquo;Incarnation \u00bb\u00a0 qui aura beaucoup d&rsquo;influence en France dans l&rsquo;entre-deux-guerres et l&rsquo;apr\u00e8s-guerre notamment dans l&rsquo;exp\u00e9rience des pr\u00eatres ouvriers. \u00c0 partir des ann\u00e9es &rsquo;50, le P\u00e8re Voillaume multiplie les conf\u00e9rences en France ainsi qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger et aide \u00e9galement de nombreuses congr\u00e9gations religieuses f\u00e9minines du monde francophone \u00e0 red\u00e9finir leur mode de pr\u00e9sence au monde sans les \u00ab oeuvres \u00bb\u00a0 qu&rsquo;elles choisissent alors d&rsquo;abandonner.<\/p>\n<p><a class=\"tres_petit\" href=\"#ret3\" name=\"note3\">[3]<\/a> Afin de concr\u00e9tiser les voeux d&rsquo;une plus grande \u00ab\u00a0coll\u00e9gialit\u00e9\u00a0\u00bb entre les \u00e9v\u00eaques et le pape qu&rsquo;avait \u00e9mis le Concile de Vatican II, Paul VI organise une r\u00e9union des \u00e9v\u00eaques du monde entier \u00e0 une \u00e9ch\u00e9ance r\u00e9guli\u00e8re, appel\u00e9e \u00ab\u00a0synode\u00a0\u00bb selon la terminologie des \u00c9glises orientales. Le Synode de 1971 est la premi\u00e8re de ces grandes r\u00e9unions qui r\u00e9unissent des \u00e9v\u00eaques d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s au Palais du Latran \u00e0 Rome. Portant sur le th\u00e8me de la justice, il marque clairement le passage de la majorit\u00e9 r\u00e9formatrice du concile \u00e0 la minorit\u00e9 dans un contexte de crise catholique. Il marque r\u00e9trospectivement l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement marquant de la d\u00e9ception des progressistes catholiques qui se rendent compte que le synode ne sera jamais \u00ab\u00a0un parlement pour l&rsquo;\u00c9glise universelle\u00a0\u00bb; les documents pr\u00e9par\u00e9s les plus \u00e9loign\u00e9s de la ligne officielle (notamment sur le minist\u00e8re des hommes mari\u00e9s) \u00e9tant \u00e9cart\u00e9s par la Curie selon une pratique relevant plus du vieux centralisme romain que de la coll\u00e9gialit\u00e9.<\/p>\n<p><a class=\"tres_petit\" href=\"#ret4\" name=\"note4\">[4]<\/a> Dans un dioc\u00e8se catholique, le chancelier est le collaborateur sp\u00e9cialis\u00e9 de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque en ce qui concerne les questions financi\u00e8res et administratives.<\/p>\n<p><a class=\"tres_petit\" href=\"#ret5\" name=\"note5\">[5]<\/a> Dans une paroisse catholique qu\u00e9b\u00e9coise, le marguiller pr\u00e9side le \u00ab\u00a0conseil de fabrique\u00a0\u00bb c&rsquo;est-\u00e0-dire le conseil de gestion financi\u00e8re des biens de la communaut\u00e9 paroissiale.<\/p>\n<p><a class=\"tres_petit\" href=\"#ret6\" name=\"note6\">[6]<\/a> Dans un dioc\u00e8se catholique, un \u00e9v\u00eaque peut se doter de collaborateurs qui ont un pouvoir ex\u00e9cutif par d\u00e9l\u00e9gation sur certains dossiers. Le code de droit canon les appelle selon leur fonction vicaires \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9raux\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0\u00e9piscopaux\u00a0\u00bb. Le caract\u00e8re exceptionnel de la nomination vient ici du fait que ce sont des postes presque exclusivement occup\u00e9s par des pr\u00eatres et formant le sommet de la curie \u00e9piscopale.<\/p>\n<p><a class=\"tres_petit\" href=\"#ret7\" name=\"note7\">[7]<\/a> <a href=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\">http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org<\/a><\/p>\n<p><a class=\"tres_petit\" href=\"#ret8\" name=\"note8\">[8]<\/a> BELANGER Sarah, <span style=\"font-style: italic;\">Les Soutanes roses<\/span>. Portrait du personnel pastoral f\u00e9minin au Qu\u00e9bec, Montr\u00e9al, Bellarmin, 1988.<\/p>\n<p><a class=\"tres_petit\" href=\"#ret9\" name=\"note9\">[9]<\/a> Micheline DUMONT est une des rares historiennes qu\u00e9b\u00e9coises de sa g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 s&rsquo;\u00eatre int\u00e9ress\u00e9e aux religieuses dansa la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise au-del\u00e0 du mythe de la \u00ab\u00a0grande noirceur\u00a0\u00bb qui s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 au moment m\u00eame de la R\u00e9volution tranquille et qui associait le catholicisme qu\u00e9b\u00e9cois \u00e0 un obscurantisme archa\u00efsant qui avait g\u00ean\u00e9 le r\u00e9veil national et \u00e9conomique. En 1968, elle est appel\u00e9e par la Commission Royale d&rsquo;enqu\u00eate sur la situation des femmes afin d&rsquo;expertiser d&rsquo;un point de vue historique la question. C&rsquo;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu&rsquo;elle prend conscience du r\u00f4le des religieuses dans la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise et qu&rsquo;elle commence \u00e0 y consacrer des travaux universitaires. L&rsquo;ouvrage synth\u00e8se de sa r\u00e9flexion sur cette question est <span style=\"font-style: italic;\">Les Religieuses sont-elle f\u00e9ministes?<\/span> Bellarmin, Qu\u00e9bec, 1995.<\/p>\n<p><a class=\"tres_petit\" href=\"#ret10\" name=\"note10\">[10]<\/a> Lettre que le cardinal Ratzinger, alors propr\u00e9fet \u00e0 la Congr\u00e9gation pour la Doctrine de la Foi c&rsquo;est-\u00e0-dire gardien de l&rsquo;orthodoxie catholique, compl\u00e8te par une note en 1995 en r\u00e9ponse \u00e0 toute \u00e9ventuelle remise en cause du caract\u00e8re d\u00e9finitif de cette d\u00e9cision. Cette note est contrebalanc\u00e9e par un texte de Jean-Paul II plus \u00ab\u00a0pastoral\u00a0\u00bb que canonique <span style=\"font-style: italic;\">Lettre aux femmes<\/span> qui d\u00e9veloppe avec plus de douceur mais autant de fermet\u00e9 la m\u00eame id\u00e9e dans un contexte plus large de r\u00e9flexion sur la mission catholique des femmes. En 1998 enfin, un <span style=\"font-style: italic;\">motu proprio<\/span> range l&rsquo;ordination sacerdotale des hommes parmi les v\u00e9rit\u00e9s en lien logique avec la R\u00e9v\u00e9lation devant \u00eatre accept\u00e9e \u00ab\u00a0sous peine de ne plus \u00eatre en pleine communion avec l&rsquo;\u00c9glise catholique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a class=\"tres_petit\" href=\"#ret11\" name=\"note11\">[11]<\/a> Saints associ\u00e9s traditionnellement \u00e0 Rome et au souverain pontife.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est une femme \u00e9l\u00e9gante et press\u00e9e qui m&rsquo;accueille chez elle pour un entretien de deux heures dans un quartier au nord du Plateau de Montr\u00e9al. \u00c0 peine ai-je mis le doigt sur la sonnette que retentit un klaxon derri\u00e8re moi. &hellip; <a href=\"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=3068\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":182,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14],"tags":[],"ppma_author":[213],"class_list":["post-3068","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-portraits","author-favier_anthony"],"authors":[{"term_id":213,"user_id":182,"is_guest":0,"slug":"favier_anthony","display_name":"Anthony Favier","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/22dc1e7289f3b8ac6b12f8bd0c3772bca24966f0604c020194f31558d178f1e7?s=96&d=wp_user_avatar&r=g","user_url":"","last_name":"Favier","first_name":"Anthony","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3068","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/182"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3068"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3068\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3068"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3068"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3068"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fppma_author&post=3068"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}