{"id":318,"date":"2012-08-18T12:00:12","date_gmt":"2012-08-18T16:00:12","guid":{"rendered":"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=318"},"modified":"2013-08-14T15:37:08","modified_gmt":"2013-08-14T19:37:08","slug":"jesus-et-la-femme-tenace","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=318","title":{"rendered":"J\u00e9sus et la femme tenace"},"content":{"rendered":"<div>Fr\u00e8res et s\u0153urs,<\/div>\n<div><\/div>\n<p>J\u00e9sus est admiratif devant la foi de cette femme; et je crois que l&rsquo;on peut admirer nous aussi sa foi, mais aussi son audace et sa t\u00e9nacit\u00e9. Elle surmonte plusieurs obstacles avant que sa demande soit exauc\u00e9e, ce qui met en lumi\u00e8re des aspects de la personne de J\u00e9sus auxquels nous sommes peu habitu\u00e9s, qui ne correspondent peut-\u00eatre pas \u00e0 l&rsquo;image ou \u00e0 la repr\u00e9sentation habituelle que nous en avons.<br \/>\nReprenons ensemble ce r\u00e9cit.<!--more--><\/p>\n<p>Sans quitter le territoire d&rsquo;Isra\u00ebl, J\u00e9sus s&rsquo;est retir\u00e9 vers la r\u00e9gion de Tyr et de Sidon, deux villes situ\u00e9es en Ph\u00e9nicie, pays qui donne sur la mer M\u00e9diterran\u00e9e. Une femme canan\u00e9enne, c&rsquo;est-\u00e0-dire une autochtone en provenance de ce pays, une non-juive par sa nationalit\u00e9 et par sa religion, s&rsquo;approche de J\u00e9sus. Pour accomplir cette d\u00e9marche qui nous semble assez banale, elle a tout de m\u00eame franchi trois fronti\u00e8res. La fronti\u00e8re g\u00e9ographique\u00a0: peut-\u00eatre quelques heures, sinon quelques jours de marche \u00e0 pied pour entrer dans le pays d&rsquo;Isra\u00ebl. La fronti\u00e8re sociale\u00a0: en Orient, \u00e0 cette \u00e9poque, il est inhabituel qu&rsquo;une femme seule s&rsquo;adresse en public \u00e0 un homme. La fronti\u00e8re religieuse\u00a0: pa\u00efenne, ne partageant pas la foi du peuple juif, elle s&rsquo;adresse \u00e0 J\u00e9sus en l&rsquo;appelant \u00ab\u00a0Seigneur\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Fils de David\u00a0\u00bb, ce qui est d\u00e9j\u00e0 toute une profession de foi! Les scribes et les pharisiens eux-m\u00eames, qui \u00e9taient l&rsquo;\u00e9lite religieuse d&rsquo;Isra\u00ebl, n&rsquo;ont jamais donn\u00e9 ces titres \u00e0 J\u00e9sus.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir franchi ces trois fronti\u00e8res, cette femme n&rsquo;est pourtant pas au bout de sa peine. C&rsquo;est un cri qu&rsquo;elle lance vers J\u00e9sus\u00a0: \u00ab\u00a0Aie piti\u00e9 de moi, Seigneur, fils de David! Ma fille est tourment\u00e9e par un d\u00e9mon\u00a0\u00bb. Son cri reste sans r\u00e9ponse\u00a0: \u00ab\u00a0Mais J\u00e9sus ne lui r\u00e9pondit rien \u00bb dit l&rsquo;\u00e9vang\u00e9liste Matthieu. En r\u00e9ponse \u00e0 une demande, \u00e0 un cri du c\u0153ur, le silence de l&rsquo;interlocuteur est parfois plus blessant qu&rsquo;un refus exprim\u00e9 en paroles. Pourquoi ce silence de J\u00e9sus\u00a0: est-il indiff\u00e9rent \u00e0 cette \u00e9trang\u00e8re, insensible \u00e0 la souffrance de cette m\u00e8re qui demande quelque chose non pour elle-m\u00eame, mais pour sa fille? \u00ab\u00a0Aie piti\u00e9 de moi, Seigneur\u00a0\u00bb\u00a0: Kyrie eleison dans le texte grec, ce que nous avons chant\u00e9 au d\u00e9but de notre c\u00e9l\u00e9bration; J\u00e9sus n&rsquo;a-t-il donc aucune compassion pour elle et pour sa fille? \u00ab\u00a0Il ne lui r\u00e9pondit rien \u00bb.<\/p>\n<p>Le silence de J\u00e9sus ne met pas un terme \u00e0 ses cris. C&rsquo;est pourquoi les disciples, exasp\u00e9r\u00e9s, demandent \u00e0 J\u00e9sus de lui donner satisfaction. Non, semble-t-il, par compassion pour elle ou pour sa fille, mais simplement parce qu&rsquo;ils veulent se d\u00e9barrasser de cette intruse. La r\u00e9ponse de J\u00e9sus aux disciples est aussi \u00e9tonnante que son silence de tout \u00e0 l&rsquo;heure, et en donne l&rsquo;explication\u00a0: \u00ab\u00a0Je n&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 qu&rsquo;aux brebis perdues d&rsquo;Isra\u00ebl\u00a0\u00bb. Dans la conscience que J\u00e9sus a de sa mission \u00e0 ce moment-ci de son existence et de son minist\u00e8re, il ne se croit envoy\u00e9 qu&rsquo;au peuple d&rsquo;Isra\u00ebl, \u00e0 son peuple. Dans son esprit, le salut qu&rsquo;il apporte, le Royaume qu&rsquo;il annonce, n&rsquo;a pas encore une port\u00e9e universelle, mais seulement une port\u00e9e nationale. J\u00e9sus ne savait pas tout d\u00e8s le d\u00e9but sur sa mission, mais comme chacun(e) de nous, il a eu \u00e0 le d\u00e9couvrir progressivement, au fil des rencontres et des \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p>La femme a entendue cette parole de la bouche de J\u00e9sus, une parole qui ne lui \u00e9tait pas adress\u00e9e. Elle sait maintenant que J\u00e9sus ne se sent pas concern\u00e9 par elle, une \u00e9trang\u00e8re, une non-juive. Pourtant, elle insiste et vient se prosterner devant J\u00e9sus et r\u00e9it\u00e8re sa demande. J\u00e9sus invente pour elle une parabole qui n&rsquo;a rien de flatteur et pourrait m\u00eame \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme une insulte\u00a0: le pain est pour les enfants &#8211; les enfants d&rsquo;Isra\u00ebl &#8211; non pour les petits chiens, les non-juifs; et ce pain on le donne aux enfants, mais on le jette aux petits chiens (ce que ne rend pas notre traduction liturgique adoucissante).<br \/>\nDe femme \u00e9trang\u00e8re, de m\u00e8re \u00e9plor\u00e9e, elle se voit r\u00e9duite au statut de chien (m\u00eame petit, un chien est toujours un chien), et cela par J\u00e9sus lui-m\u00eame&#8230;<\/p>\n<p>La r\u00e9plique de la femme \u00e0 cette rebuffade est tout \u00e0 la fois ing\u00e9nieuse et humble. \u00ab\u00a0C&rsquo;est vrai. Mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs ma\u00eetres\u00a0\u00bb. Elle ne veut point priver les enfants d&rsquo;Isra\u00ebl du pain qui leur est destin\u00e9, elle ne veut pas d\u00e9tourner J\u00e9sus de sa mission, mais seulement profiter des miettes qui tombent d&rsquo;elles-m\u00eames sans que l&rsquo;on ne s&rsquo;en pr\u00e9occupe. Que dit-elle \u00e0 J\u00e9sus en lui disant cela?<\/p>\n<p>Elle avait dit\u00a0: \u00ab\u00a0Ma fille est tourment\u00e9e par un d\u00e9mon\u00a0\u00bb. Elle lui dit maintenant\u00a0: la puissance de lib\u00e9ration du mal qui t&rsquo;habite et qui te vient de Dieu peut s&rsquo;\u00e9tendre jusqu&rsquo;\u00e0 ma fille, sans priver qui que ce soit. L&rsquo;amour et la compassion du P\u00e8re que tu manifestes peut traverser les fronti\u00e8res, sans nier ou remettre en question les pr\u00e9rogatives de ton peuple choisi par Dieu. Tu peux consentir \u00e0 ma demande sans cesser d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0fils de David\u00a0\u00bb, et \u00e9tendre ta seigneurie sur toutes les puissances du mal, celles qui ravagent l&rsquo;humanit\u00e9 cr\u00e9e par Dieu.<\/p>\n<p>J\u00e9sus est dans l&rsquo;admiration\u00a0: \u00ab\u00a0Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux!\u00a0\u00bb. Et, \u00e0 l&rsquo;heure m\u00eame, sa fille fur gu\u00e9rie. La foi de cette femme a obtenue une double transformation\u00a0: la gu\u00e9rison de sa fille, et l&rsquo;ouverture de J\u00e9sus \u00e0 l&rsquo;universalit\u00e9 de sa mission. Et alors qu&rsquo;elle ne demandait que des miettes, J\u00e9sus ira jusqu&rsquo;\u00e0 multiplier les pains pour les foules de ces r\u00e9gions pa\u00efennes, comme il l&rsquo;avait fait pour les foules juives. Multiplier le pain pour tous les enfants de Dieu. C&rsquo;est ce que J\u00e9sus fait encore pour nous en chacune de nos eucharisties.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Femme ta foi est grande, que tout se passe pour toi comme tu le veux! \u00bb Et si J\u00e9sus disait cela des femmes de nos assembl\u00e9es chr\u00e9tiennes. Puisse leur foi, mais aussi leur audace et leur t\u00e9nacit\u00e9, nous obtenir une autre transformation\u00a0: celle de notre \u00c9glise, o\u00f9 l&rsquo;autorit\u00e9 est un service et non un pouvoir \u00e0 r\u00e9server \u00e0 quelques hommes, selon le mod\u00e8le juif h\u00e9rit\u00e9 du pass\u00e9, et accentu\u00e9 par la bureaucratie romaine&#8230; \u00c0 la pri\u00e8re insistante de la canan\u00e9enne, J\u00e9sus a pris conscience de l&rsquo;universalit\u00e9 de sa mission\u00a0: allons-nous nous ouvrir \u00e0 d&rsquo;autres mani\u00e8res de faire \u00c9glise et d&rsquo;y exercer les minist\u00e8res?<\/p>\n<p><em>Hom\u00e9lie du 20e dimanche du temps ordinaire<\/em><br \/>\n<em>Fr\u00e8re Sylvain\u00a0o.c.s.o.<\/em><br \/>\n<em>Abbaye Val Notre-Dame<\/em><\/p>\n<p><em><small>Le texte de cette hom\u00e9lie est reproduit avec la permission de l&rsquo;auteur<\/small><\/em><\/p>\n<div><small>\u00a0<\/small><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab \u00ab\u00a0Femme ta foi est grande, que tout se passe pour toi comme tu le veux!\u00a0\u00bb Et si J\u00e9sus disait cela des femmes de nos assembl\u00e9es chr\u00e9tiennes. Puisse leur foi, mais aussi leur audace et leur t\u00e9nacit\u00e9, nous obtenir une autre transformation : celle de notre \u00c9glise, o\u00f9 l&rsquo;autorit\u00e9 est un service et non un pouvoir \u00e0 r\u00e9server \u00e0 quelques hommes, selon le mod\u00e8le juif h\u00e9rit\u00e9 du pass\u00e9, et accentu\u00e9 par la bureaucratie romaine&#8230; \u00bb <a href=\"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=318\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":113,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"ppma_author":[282],"class_list":["post-318","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la_bible_et_les_femmes","author-sylvain-mailhot"],"authors":[{"term_id":282,"user_id":113,"is_guest":0,"slug":"Sylvain Mailhot","display_name":"Sylvain Mailhot","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/9f98d600188c13f831bda80950a73f75fda393d5b8868b3482ef980f88a4e1f5?s=96&d=wp_user_avatar&r=g","user_url":"","last_name":"Mailhot","first_name":"Sylvain","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/318","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/113"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=318"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/318\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=318"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=318"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=318"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fppma_author&post=318"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}