{"id":3346,"date":"2015-09-24T14:26:04","date_gmt":"2015-09-24T18:26:04","guid":{"rendered":"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=3346"},"modified":"2015-09-25T17:00:58","modified_gmt":"2015-09-25T21:00:58","slug":"marie-de-magdala-une-figure-instauratrice","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=3346","title":{"rendered":"Marie de Magdala, une figure instauratrice"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Charlotte-Plante.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\" wp-image-3345 alignleft\" src=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2015\/09\/Charlotte-Plante.jpg\" alt=\"Charlotte Plante\" width=\"88\" height=\"94\" \/><\/a><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"><span style=\"font-size: 10pt;\">De toutes les figures \u00e9vang\u00e9liques f\u00e9minines, celle de Marie de Magdala me para\u00eet valoir occuper une place dans ce num\u00e9ro des <em>Cahiers de spiritualit\u00e9 ignatienne<\/em> consacr\u00e9 aux r\u00e9formatrices. Non pas qu\u2019elle se qualifie, \u00e0 proprement parler, comme telle, mais sous l\u2019aspect connotatif d\u2019une instauratrice. Je la pr\u00e9sente d&rsquo;une part \u00e0 la fois comme \u00ab\u00a0inaugurale\u00a0\u00bb de l\u2019annonce de J\u00e9sus ressuscit\u00e9 qui, selon le r\u00e9cit johannique, lui est apparu, \u00e0 elle, la premi\u00e8re. Et d&rsquo;autre part comme une figure \u00ab\u00a0m\u00e9morielle\u00a0\u00bb \u00e0 interpr\u00e9ter, encore et toujours, de sorte que la parole de l\u2019annonce soit conserv\u00e9e et amen\u00e9e \u00e0 une expression nouvelle dans les communaut\u00e9s de disciples, aujourd\u2019hui notamment.<!--more--><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Je m\u2019attarderai, d\u2019abord, au r\u00e9cit de la visite de Marie de Magdala au tombeau (Jean 20, 1-18) et d\u00e9gagerai les conditions de l\u2019av\u00e8nement de la porteuse de la \u00ab\u00a0bonne nouvelle\u00a0\u00bb. L\u2019enjeu sera alors de mieux cerner la mani\u00e8re, la source et la vis\u00e9e du \u00ab\u00a0dire\u00a0\u00bb l\u2019annonce. Dans un deuxi\u00e8me temps, j\u2019\u00e9voquerai quelques \u00e9chos de ce r\u00e9cit johannique retentissant actuellement\u00a0: certaines fa\u00e7ons cr\u00e9atrices de penser et de faire l\u2019annonce de J\u00e9sus vivant dans la culture contemporaine, \u00e0 tout le moins, dans les communaut\u00e9s occidentales d\u2019Am\u00e9rique du nord et d\u2019Europe. Une question ne manquera pas de surgir, encore prisonni\u00e8re d\u2019un tombeau ferm\u00e9 que la vie cherche \u00e0 ouvrir. Je consid\u00e9rerai cette question en terminant.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Mais une t\u00e2che pr\u00e9alable s\u2019impose\u00a0: d\u00e9pouiller la figure de Marie de Magdala des traits caricaturaux qu\u2019en a retenus l\u2019histoire.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><strong>UNE FIGURE BLESS\u00c9E<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Qui est Marie de Magdala? On sait qu\u2019elle est originaire de Magdala, une localit\u00e9 situ\u00e9e sur la rive occidentale du lac de Tib\u00e9riade, d\u2019o\u00f9 ses surnoms Marie la Magdal\u00e9enne ou Marie Madeleine. On trouve 14 occurrences de son nom dans les \u00e9vangiles. Selon Luc, elle a \u00e9t\u00e9 gu\u00e9rie par J\u00e9sus de sept d\u00e9mons qui l\u2019avaient envahie, avant qu\u2019elle le suive comme disciple, avec les ap\u00f4tres et d\u2019autres femmes, depuis la Galil\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 J\u00e9rusalem. Les autres \u00e9vangiles mentionnent sa pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de J\u00e9sus et \u00e0 sa mise au tombeau. Pour l\u2019\u00e9vang\u00e9liste Jean, Marie de Magdala occupe une place unique et privil\u00e9gi\u00e9e au jardin du matin pascal.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Que sait-on d\u2019elle par la suite? Aucune mention de la messag\u00e8re de P\u00e2ques dans les Actes des ap\u00f4tres. Et quelques-unes seulement dans la litt\u00e9rature des premiers si\u00e8cles. Leur raret\u00e9 indique clairement qu\u2019elle fut largement ignor\u00e9e. L\u2019une de ces rares mentions est la d\u00e9signation l\u2019\u00ab\u00a0Ap\u00f4tre des ap\u00f4tres\u00a0\u00bb\u00a0; elle lui vient du th\u00e9ologien, ex\u00e9g\u00e8te et \u00e9v\u00eaque Hippolyte de Rome, au IIIe si\u00e8cle. Ce n\u2019est qu\u2019au VIIe si\u00e8cle, avec le pape Gr\u00e9goire le Grand, qu\u2019on entend parler officiellement d\u2019elle. Ce dernier l\u2019identifie \u00e0 la p\u00e9cheresse pardonn\u00e9e en Luc 7. De l\u00e0, elle devient aussi Marie de B\u00e9thanie, la s\u0153ur de Marthe. Une figure composite se r\u00e9pand progressivement\u00a0: la femme aux sept d\u00e9mons, la prostitu\u00e9e, la Marie de l\u2019onction, la p\u00e9cheresse pardonn\u00e9e. Depuis le Moyen \u00c2ge, on a oubli\u00e9 d\u00e9finitivement la premi\u00e8re porteuse de la nouvelle de la r\u00e9surrection au profit des repr\u00e9sentations de la figure \u00e9plor\u00e9e de la p\u00e9cheresse, en qui l\u2019\u0153uvre de Dieu n\u2019en para\u00eet que plus manifestement<a href=\"#doc1\" name=\"ret1\"> <sup>1<\/sup> <\/a>.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Ce sont surtout les femmes, notamment les th\u00e9ologiennes, ainsi que les avanc\u00e9es du f\u00e9minisme au si\u00e8cle dernier, qui ont favoris\u00e9 un retour f\u00e9cond aux figures f\u00e9minines bibliques, \u00e0 celle de Marie de Magdala en particulier. Revenir ici \u00e0 Marie de Magdala<a href=\"#doc2\" name=\"ret2\"> <sup>2<\/sup> <\/a>, en Jean, permettra d\u2019appr\u00e9hender l\u2019av\u00e8nement de la figure inaugurale de l\u2019annonce du Ressuscit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><strong>UNE FIGURE INAUGURALE OU L\u2019AV\u00c8NEMENT DE LA PORTEUSE DE L\u2019HEUREUSE ANNONCE<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Le r\u00e9cit, en Jean 20, 1-18, s\u2019ouvre sur une parole de d\u00e9sarroi que Marie court dire aux deux disciples, Pierre et Jean\u00a0: \u00ab\u00a0On a enlev\u00e9 le Seigneur du tombeau, et nous ne savons pas o\u00f9 on l\u2019a mis\u00a0\u00bb (v. 13). Le lecteur\u00a0 ou la lectrice est, imm\u00e9diatement, au rendez-vous. Il ou elle est pr\u00eate \u00e0 suivre le trajet de la parole, qui va de ces disciples aux deux anges et finalement vers J\u00e9sus, que Marie, d\u2019abord, ne reconna\u00eet pas, le prenant pour le jardinier de l\u2019endroit\u00a0: tout un parcours de la parole au sujet d\u2019un corps mort et disparu. Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019une parole impr\u00e9visible, inattendue, se fasse entendre, disant son nom, \u00ab\u00a0Marie\u00a0!\u00a0\u00bb, et que Marie reconnaisse cette voix comme celle du Seigneur. Alors, un retournement se produit\u00a0: J\u00e9sus est vivant\u00a0! Elle le voit, l\u00e0, sur le lieu du tombeau ouvert, non-visible, mais non pas invisible, le m\u00eame et pourtant diff\u00e9rent, d\u00e9j\u00e0 en route vers un ailleurs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Marie, comme figure inaugurale, prend sa pleine hauteur dans la finale du r\u00e9cit. Elle se voit \u00ab\u00a0ordonn\u00e9e\u00a0\u00bb par J\u00e9sus lui-m\u00eame \u00e0 annoncer aux fr\u00e8res sa rencontre du Vivant. Et donc, \u00e0 sa demande m\u00eame, Marie m\u00e8ne plus avant la parole\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai vu le Seigneur et voil\u00e0 ce qu\u2019il m\u2019a dit\u00a0\u00bb (v. 18). Comment Marie est-elle advenue la messag\u00e8re du Vivant? Comment le texte met-il en r\u00e9cit les conditions de l\u2019annonce du Ressuscit\u00e9?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Une fois sur le chemin de la mission, Marie raconte aux disciples ce qu\u2019elle a v\u00e9cu au matin de P\u00e2ques. Il lui faut plonger en elle, au lieu de sa profonde vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9branl\u00e9e par la disparition du corps de J\u00e9sus, l\u00e0 o\u00f9 la voix du Vivant a r\u00e9sonn\u00e9, dans le retournement int\u00e9rieur qui a ouvert ses yeux \u00e0 voir, ses oreilles \u00e0 entendre, ses mains \u00e0 vouloir retenir son ma\u00eetre. L\u2019annonce qu\u2019elle fait de la r\u00e9surrection t\u00e9moigne du bouleversement produit, en sa chair, par la rencontre du Christ. Voil\u00e0 comment advient la porteuse de la bonne nouvelle de la r\u00e9surrection. Voil\u00e0 la figure de Marie que le r\u00e9cit donne \u00e0 voir et \u00e0 entendre au matin de P\u00e2ques, mettant ainsi en lumi\u00e8re les conditions de l\u2019annonce de l\u2019\u00c9vangile\u00a0: l\u2019annonce est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e du t\u00e9moignage qui, lui, est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de la reconnaissance de la parole qui a boulevers\u00e9 la chair. Cependant, le r\u00e9cit le signale\u00a0: le Christ vivant est l\u2019acteur principal, la source de la mise en \u0153uvre de l\u2019annonce. En effet, J\u00e9sus ressuscit\u00e9 lui-m\u00eame confie \u00e0 Marie la mission de l\u2019annonce. Et J\u00e9sus ressuscit\u00e9 lui indique \u00e9galement la vis\u00e9e de l\u2019annonce\u00a0: le \u00ab\u00a0va\u00a0\u00bb vers les fr\u00e8res est en fonction d\u2019un \u00ab\u00a0dire\u00a0\u00bb qui consiste en une r\u00e9v\u00e9lation privil\u00e9gi\u00e9e de l\u2019identit\u00e9 de J\u00e9sus dont Marie est la premi\u00e8re destinataire\u00a0: \u00ab\u00a0Je monte vers mon P\u00e8re et votre P\u00e8re, vers mon Dieu et votre Dieu\u00a0\u00bb (v. 17). Cette r\u00e9v\u00e9lation que Marie, \u00e0 son tour, confie aux disciples, les instaure en quelque sorte dans leur relation filiale \u00e0 Dieu P\u00e8re et dans leur fraternit\u00e9 en J\u00e9sus, leur donnant cette double relation \u00e0 actualiser. L\u2019annonce du Ressuscit\u00e9 entretiendra, dans leurs c\u0153urs, la m\u00e9moire active du toujours Vivant. L\u2019annonce les incitera \u00e0 en parler, \u00e0 leur tour, encore et encore, construisant de la sorte des relations que la circulation de la parole gardera ouvertes \u00e0 un \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb fraternel \u00e0 construire activement.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Les \u00c9vangiles font \u00e9cho aux t\u00e9moignages des disciples et ils sont \u00e0 \u00e9couter et \u00e0 interpr\u00e9ter aujourd\u2019hui. N\u2019est-ce pas, en effet, la signification qu\u2019\u00e9voque l\u2019\u00e9pisode (v. 3-10) ench\u00e2ss\u00e9 dans le r\u00e9cit johannique de Marie au tombeau\u00a0? Sur l\u2019incitation de Marie, les deux disciples courent au tombeau ouvert\u00a0; mais, selon le r\u00e9cit, la r\u00e9surrection ne s\u2019impose pas \u00e0 eux imm\u00e9diatement \u00ab\u00a0car ils n\u2019avaient pas encore compris l\u2019\u00c9criture selon laquelle il devait ressusciter d\u2019entre les morts\u00a0\u00bb (v. 9). Ce verset du r\u00e9cit s\u2019adresse au lecteurs et lectrices. Ils et elles saisissent ainsi que le sens de la vie, de la mort et de la r\u00e9surrection de J\u00e9sus ne s\u2019impose pas imm\u00e9diatement \u00e0 eux, pas plus qu\u2019aux disciples. Par la m\u00e9diation des textes bibliques, l\u2019histoire du Christ retentit aujourd\u2019hui dans l\u2019histoire singuli\u00e8re des lecteurs et lectrices. Une parole vivante les rejoint dans leur int\u00e9riorit\u00e9 la plus profonde jusqu\u2019\u00e0 les faire \u00ab\u00a0se retourner\u00a0\u00bb. En effet, le temps de la lecture, le temps de l\u2019\u00e9coute, leur permettent de recevoir une parole in\u00e9dite qui les interpelle et leur indique le chemin \u00e0 prendre vers leurs fr\u00e8res et s\u0153urs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><strong>UNE FIGURE \u00ab M\u00c9MORIELLE\u00a0\u00bb OU L\u2019AV\u00c8NEMENT ENCORE ACTUEL DE PORTEURS ET DE PORTEUSES DE L\u2019HEUREUSE ANNONCE<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">L\u2019annonce du Ressuscit\u00e9 vit d\u2019une origine premi\u00e8re qui nous pr\u00e9c\u00e8de. \u00c0 toutes les \u00e9poques, de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, on en a fait m\u00e9moire\u00a0: au-del\u00e0 des contextes, la continuit\u00e9 \u2013 ce qu\u2019on appelle la tradition vivante \u2013 a consist\u00e9 pour les croyantes et les croyants \u00e0 s\u2019inscrire \u00e0 nouveau dans la convocation \u00e0 redire la bonne nouvelle avec pertinence. Le d\u00e9fi est important dans la culture actuelle d\u2019indiff\u00e9rence religieuse et de r\u00e9sistances sociales \u00e0 l\u2019endroit du message chr\u00e9tien. Mais des traces significatives de la m\u00e9moire de la foi initiale sont rep\u00e9rables ici et l\u00e0. En effet, certaines initiatives innovatrices d\u00e9j\u00e0 f\u00e9condes sont prises par des chr\u00e9tiennes et des chr\u00e9tiens d\u00e9sireux de donner voix \u2013 et voie \u2013 \u00e0 leur foi dans le Vivant. Elles refl\u00e8tent les caract\u00e9ristiques culturelles de notre \u00e9poque. Elles accordent notamment beaucoup de place \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience personnelle, au t\u00e9moignage, \u00e0 l\u2019\u00e9change, \u00e0 l\u2019accompagnement et \u00e0 la mutualit\u00e9. Les mani\u00e8res de faire font \u00e9cho aux conditions de l\u2019annonce mises en r\u00e9cit en Jean 20, 1-18.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><strong>Des groupes de partage \u00e9vang\u00e9lique<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Des exp\u00e9riences de lecture des \u00e9vangiles en petits groupes \u2013 de femmes surtout, mais pas exclusivement \u2013 sont de plus en plus nombreuses et se vivent, ici et l\u00e0, souvent en-dehors des lieux traditionnellement r\u00e9serv\u00e9s aux pratiques religieuses\u00a0; et il n\u2019est pas rare qu\u2019elles int\u00e9ressent aussi des personnes ayant pris des distances de la pratique cultuelle. Les r\u00e9cits de rencontres entre le Nazar\u00e9en et d\u2019autres qui surgissent sur sa route, de fa\u00e7on impromptue, renvoient les lecteurs et lectrices \u00e0 des situations analogues de leur existence, \u00e0 propos desquelles se r\u00e9alise un \u00e9change. Il y a une affinit\u00e9 entre la forme narrative du r\u00e9cit biblique et le r\u00e9cit que les membres du groupe se font les uns les autres de leur propre saisissement par le texte. Car c\u2019est la vie qui est mise en sc\u00e8ne dans le texte, la vie avec ses drames, ses relations difficiles et ses blocages. Les textes s\u2019animent d\u00e8s que l\u2019attention et le c\u0153ur s\u2019en m\u00ealent. Ils parlent alors au quotidien des lecteurs et lectrices. Ils soul\u00e8vent en eux un d\u00e9sir auquel en m\u00eame temps ils r\u00e9pondent. Car la mani\u00e8re de J\u00e9sus, telle que racont\u00e9e, atteint un point intime o\u00f9, sans le savoir, quelqu\u2019un, quelqu\u2019une attendait que soient bris\u00e9es les cha\u00eenes qui emprisonnaient son d\u00e9sir. Un retournement se produit ainsi qu\u2019une ouverture \u00e0 cr\u00e9er du neuf dans sa vie. Les membres du groupe sont en train d\u2019exp\u00e9rimenter et de se dire J\u00e9sus vivant, personnellement et ensemble. Et un bon nombre se retrouveront engag\u00e9s sur les chemins d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 rendre plus humaine.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><strong>Des individus et des groupes \u00e0 la rencontre des fr\u00e8res et s\u0153urs<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Des forces vitales sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Ce sont souvent des personnes dont le c\u0153ur, la t\u00eate et la chair ont \u00e9t\u00e9 travers\u00e9s par une bonne nouvelle qui les a mises en marche et les tient en haleine. Ces croyants et croyantes de l\u2019ordinaire osent dire leurs raisons de vivre et d\u2019esp\u00e9rer malgr\u00e9 les obstacles de la vie. Ces personnes sont porteuses d\u2019innombrables solidarit\u00e9s concr\u00e8tes aupr\u00e8s de leurs contemporains. On les voit l\u00e0 o\u00f9 il y a des services \u00e0 rendre, des souffrances \u00e0 apaiser, des injustices \u00e0 r\u00e9parer, des besoins d\u2019entraide criants, des blessures d\u2019humanit\u00e9 \u00e0 gu\u00e9rir. Elles s\u2019engagent avec l\u2019aide d\u2019autres personnes, croyantes ou non, avec lesquelles elles \u00e9valuent les situations et leur \u00e9volution\u00a0; ou encore se joignent \u00e0 d\u2019autres d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u0153uvre sur le terrain. Ce sont souvent les m\u00eames groupes qui organisent, \u00e0 l\u2019intention de leurs contemporains, des activit\u00e9s de sensibilisation \u00e0 des probl\u00e9matiques sociales actuelles. Et ces groupes ou de semblables, dans un \u00e9gal souci de justice, d\u00e9noncent publiquement les abus entra\u00eenant tant de mis\u00e8res pour tant de gens. Un profil missionnaire de l\u2019annonce du Vivant est en train de s\u2019affirmer bien concr\u00e8tement. Il stimule le sens de l\u2019humain et d\u2019un monde plus fraternel \u00e0 b\u00e2tir. Il manifeste, quoiqu\u2019encore modestement, une \u00c9glise moins institutionnelle, au service de l\u2019annonce de la Vie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><strong>Un partenariat en train de na\u00eetre<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Le coude \u00e0 coude avec ceux et celles, croyants ou non, qui mettent l\u2019humain au premier plan, favorise la r\u00e9alisation d\u2019un partenariat hommes-femmes et clercs-la\u00efques. Il semble qu\u2019on r\u00e9alise au c\u0153ur de l\u2019action, en quelque sorte naturellement, que la mission d\u2019annoncer l\u2019\u00c9vangile, devenue moins cr\u00e9dible sous sa forme hi\u00e9rarchique, doive se faire, comme aux d\u00e9buts de l\u2019\u00c9glise, sous une forme communautaire. Le lien de la charit\u00e9 maintient l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise en union au Christ, comme J\u00e9sus en a fait la r\u00e9v\u00e9lation \u00e0 Marie. Et le d\u00e9centrement de soi vers les autres instaure l\u2019\u00e9galit\u00e9 plus facilement entre les membres d\u2019un groupe. Le pouvoir partag\u00e9 devient service. \u00c0 plus long terme, ce partenariat dans des groupes communautaires, qui se multiplieraient et se consolideraient, conduira peut-\u00eatre \u00e0 la reconnaissance de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des femmes sans restriction aucune. Un partenariat int\u00e9gral qui n\u2019appara\u00eet pas dans un horizon rapproch\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><strong>L\u2019ACC\u00c8S DES FEMMES AUX MINIST\u00c8RES ORDONN\u00c9S\u00a0?<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">La figure de la femme \u00ab\u00a0ordonn\u00e9e\u00a0\u00bb par J\u00e9sus \u00e0 annoncer la r\u00e9surrection pose avec pertinence la question, path\u00e9tiquement contemporaine, en Occident \u00e0 tout le moins, du rapport de Marie avec une \u00c9glise ferm\u00e9e \u00e0 l\u2019ordination des femmes. Encore derni\u00e8rement, dans l\u2019exhortation<em> La joie de l&rsquo;\u00c9vangile<\/em>, le pape Fran\u00e7ois d\u00e9cr\u00e8te, comme l\u2019ont fait ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, que \u00ab\u00a0le sacerdoce r\u00e9serv\u00e9 aux hommes\u2026 est une question qui ne se discute pas\u00a0\u00bb (104). Il existerait donc un foss\u00e9 radical entre, d&rsquo;une part les revendications des femmes et, d&rsquo;autre part, les positions fermes et d\u00e9finitives du magist\u00e8re, quant \u00e0 l&rsquo;accession des femmes aux minist\u00e8res dans l&rsquo;\u00c9glise catholique. Une situation d\u2019impasse difficile \u00e0 admettre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Comment une \u00c9glise qui se r\u00e9clame de l&rsquo;\u00c9vangile peut-elle, \u00e0 la fois, pr\u00eacher l&rsquo;exigence \u00e9vang\u00e9lique de l&rsquo;\u00e9gale dignit\u00e9 des personnes et conserver en son sein des structures exclusives? Comment peut-elle soutenir encore la masculinit\u00e9 du pr\u00eatre pour repr\u00e9senter le Ressuscit\u00e9? Comment peut-elle maintenir que seuls les clercs peuvent enseigner, gouverner et sanctifier selon l&rsquo;\u00c9vangile?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Ces questions semblent prisonni\u00e8res d\u2019un tombeau ferm\u00e9 \u00e0 jamais. Ici encore, la foi pascale invite \u00e0 croire que des voies nouvelles peuvent sortir de cette situation bloqu\u00e9e. Certains signes des temps rec\u00e8lent des raisons d\u2019esp\u00e9rer\u00a0: un partenariat, concr\u00e8tement v\u00e9cu sur le terrain de la mission, est l\u2019un de ces signes \u00e9voqu\u00e9s plus haut. D\u2019autres pointent en la personne m\u00eame de Fran\u00e7ois, \u00e9pris de justice, en d\u00e9pit de sa position sur la question affirm\u00e9e dans l&rsquo;exhortation apostolique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Le pape Fran\u00e7ois continue de susciter une admiration et une affection largement r\u00e9pandues. Ses comportements quotidiens, son style de communication, ses audaces r\u00e9formatrices et ses relations de proximit\u00e9 avec les laiss\u00e9s pour compte sont en train de changer une certaine mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre de l&rsquo;\u00c9glise et de faire l&rsquo;\u00c9glise. Ces m\u00eames attitudes pastorales impr\u00e8gnent le ton de <em>La joie de l\u2019\u00c9vangile<\/em>. Fran\u00e7ois entend y \u00ab\u00a0indiquer certaines voies pour la marche de l\u2019\u00c9glise dans les prochaines ann\u00e9es\u00a0\u00bb (1). Quelques-unes annoncent peut-\u00eatre un meilleur avenir pour les femmes en \u00c9glise\u00a0: une intention explicite \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9largir les espaces pour une pr\u00e9sence plus incisive des femmes dans l\u2019\u00c9glise\u00a0\u00bb (103)\u00a0; une intention de d\u00e9centralisation (16)\u00a0; une intention de dialogue (74).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Des avanc\u00e9es souhait\u00e9es et souhaitables!&#8230;Verrons-nous l\u2019av\u00e8nement de telles nominations de femmes dans des postes-cl\u00e9s, dans des lieux d\u00e9cisionnels? Les \u00c9glises locales, en particulier d\u2019ici, auxquelles Fran\u00e7ois veut confier certaines probl\u00e9matiques, tiendront-elles compte, dans leurs discours et dans leurs d\u00e9cisions, des sensibilit\u00e9s culturelles, notamment la culture de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et du partenariat qui est une des caract\u00e9ristiques des soci\u00e9t\u00e9s occidentales modernes? Fran\u00e7ois poussera-t-il sa volont\u00e9 de dialogue jusqu\u2019\u00e0 susciter des temps de rencontre et d\u2019\u00e9change avec les femmes, en particulier sur les mutations en cours dans leurs relations avec les hommes? Suscitera-t-il des \u00e9changes sur un aspect tellement familier \u00e0 de nombreux th\u00e9ologiens et th\u00e9ologiennes, \u00e0 savoir l\u2019\u00e9clairage et l\u2019appui du Nouveau Testament au regard de l\u2019acc\u00e8s aux minist\u00e8res ordonn\u00e9s, le diaconat, dans un premier temps?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Des v\u0153ux pieux? L\u2019exhortation laisse aussi entrevoir que Fran\u00e7ois se situe volontiers, ainsi que l\u2019\u00c9glise qu\u2019il veut davantage missionnaire, dans un \u00ab\u00a0processus r\u00e9solu de discernement, de purification et de r\u00e9forme\u00a0\u00bb (30). Il s\u2019agit, selon lui, d\u2019entrer dans un processus de discernement \u00e9vang\u00e9lique dans l\u2019Esprit (50), de s\u2019occuper d\u2019initier des processus plut\u00f4t que de poss\u00e9der des espaces (223), de donner \u00ab\u00a0la priorit\u00e9 au temps\u00a0\u00bb (223). Esp\u00e9rons que les espoirs tenaces des femmes trouvent un nouveau souffle dans des processus \u00e0 mener conjointement, dans les ann\u00e9es qui viennent, vers l\u2019av\u00e8nement d\u2019une \u00c9glise plus inclusive, plus pertinente, plus attrayante et toujours plus \u00e9vang\u00e9lique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><strong>POUR NE PAS CONCLURE\u2026<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">La figure de Marie de Magdala a \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9e sous l\u2019angle d\u2019une instauratrice. Elle met en marche, elle r\u00e9veille le go\u00fbt de ne pas en rester l\u00e0, elle appelle le courage de r\u00e9pondre aux d\u00e9sirs et aux attentes de relations v\u00e9ritables qui s\u2019expriment de mille et une mani\u00e8res autour de nous. Elle est une parole qui ne vit que de la r\u00e9ponse que nous lui offrons. Sans nous, ne risque-t-elle pas de tomber dans l\u2019oubli?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">NOTES<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a href=\"#ret1\" name=\"doc1\"> 1- <\/a>J\u2019emprunte ces renseignements historiques \u00e0 \u00c9lisabeth Dufourq, <em>L\u2019histoire des chr\u00e9tiennes, l\u2019autre moiti\u00e9 de l\u2019\u00c9vangile<\/em>, Bayard, 2008.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a href=\"#ret2\" name=\"doc2\"> 2- <\/a>\u0002Pour simplifier, je la nommerai \u00ab\u00a0Marie\u00a0\u00bb dans le reste du texte.<\/span><\/p>\n<table style=\"border-color: #000000;\" border=\"2\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr style=\"border-color: #000000;\">\n<td scope=\"rowgroup\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"><strong><span style=\"font-size: 8pt;\">Cet article de Charlotte Plante, paru initialement dans les Cahiers de spiritualit\u00e9 ignatienne, no 143 (mai-ao\u00fbt 2015, p. 73-81) s&rsquo;ins\u00e9rait dans un num\u00e9ro d\u00e9di\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0La r\u00e9forme au f\u00e9minin\u00a0\u00bb. La parution d&rsquo;un num\u00e9ro consacr\u00e9 \u00e0 quelques grands r\u00e9formateurs du christianisme, \u00ab\u00a0De Fran\u00e7ois \u00e0 Fran\u00e7ois\u00a0\u00bb (no 140, mai-ao\u00fbt 2014), a mis en en \u00e9vidence que les figures de r\u00e9forme sont encore d\u2019embl\u00e9e associ\u00e9es \u00e0 des acteurs masculins. Il y a eu de grandes r\u00e9formatrices en christianisme, mais l\u2019histoire ne leur a pas consenti la renomm\u00e9e de leurs pendants masculins. On peut m\u00eame dire que l\u2019histoire a rarement identifi\u00e9 plusieurs de nos grandes spirituelles comme \u00ab\u00a0r\u00e9formatrices\u00a0\u00bb. Chacun des portraits pr\u00e9sent\u00e9s dans ce num\u00e9ro permet de se demander\u00a0: Y a-t-il une sp\u00e9cificit\u00e9 de la r\u00e9forme \u00e0 la mani\u00e8re f\u00e9minine?<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"><strong><span style=\"font-size: 8pt;\">Danielle Thibault, directrice int\u00e9rimaire<br \/>\n<\/span><\/strong><\/span><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"><strong><span style=\"font-size: 8pt;\">Cahiers de spiritualit\u00e9 ignatienne<\/span><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"><strong><span style=\"font-size: 8pt;\"> Centre de spiritualit\u00e9 Manr\u00e8se<\/span><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"><strong><span style=\"font-size: 8pt;\"> Qu\u00e9bec (Qu\u00e9bec)<\/span><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"><strong><span style=\"font-size: 8pt;\"> dthibault@centremanrese.org<\/span><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"><strong><span style=\"font-size: 8pt;\"> www.centremanrese.org\/csi<\/span><\/strong><\/span><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De toutes les figures \u00e9vang\u00e9liques f\u00e9minines, celle de Marie de Magdala me para\u00eet valoir occuper une place dans ce num\u00e9ro des Cahiers de spiritualit\u00e9 ignatienne consacr\u00e9 aux r\u00e9formatrices. 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