{"id":3584,"date":"2016-03-07T14:58:28","date_gmt":"2016-03-07T19:58:28","guid":{"rendered":"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=3584"},"modified":"2016-03-16T17:26:17","modified_gmt":"2016-03-16T21:26:17","slug":"en-tenue-deve-feminin-pudeur-et-judaisme-recension","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=3584","title":{"rendered":"En tenue d\u2019\u00c8ve. F\u00e9minin, pudeur et juda\u00efsme &#8211; recension"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: 10pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"><span lang=\"fr-FR\"><a href=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?attachment_id=3582\" rel=\"attachment wp-att-3582\"><img decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-3582\" src=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/COUV-En-tenue-dE\u0300ve.jpg\" alt=\"COUV En tenue d'E\u0300ve\" width=\"69\" height=\"102\" \/><\/a>Une recension du livre de Delphine Horvilleur<\/span><span lang=\"fr-FR\">,\u00a0<\/span><em><strong>En tenue d\u2019\u00c8ve. F\u00e9minin, pudeur et juda\u00efsme<\/strong><\/em><em><strong>, <\/strong><\/em>Grasset, 2015, 200 pages.<\/span><br \/>\n<span style=\"font-size: 10pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"> par\u00a0<em>Marie-Th\u00e9r\u00e8se Van Lunen Chenu<br \/>\n<\/em><span style=\"font-size: 8pt;\">(Recension publi\u00e9e sur le site <a href=\"http:\/\/fhedles.fr\/affiche\/en-tenue-deve-horvilleur\/\">FHEDLES<\/a> et reproduite avec les permissions requises.)<\/span><\/span><\/p>\n<div class=\"doublepart alignright\">\n<div id=\"post-2346\" class=\"post-2346 post type-post status-publish format-standard hentry category-affiche category-textes-en-ligne tag-judaisme tag-recension\">\n<div class=\"entry\">\n<p><span style=\"font-size: 10pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Elle est la deuxi\u00e8me femme rabbin en France, \u00e0 la suite de Pauline Bebe, dans le <a href=\"http:\/\/www.mjlf.org\/\" target=\"_blank\">Mouvement du juda\u00efsme lib\u00e9ral<\/a>. Delphine Horvilleur nous donne ici un petit trait\u00e9 savoureux et plein de ressources. Il convoque le savoir, les r\u00e9flexions approfondies et convaincues d\u2019une croyante, ainsi que l\u2019inventivit\u00e9, les dons d\u2019\u00e9criture et d\u2019\u00e9vocation d\u2019une jeune femme moderne frott\u00e9e \u00e0 plusieurs traditions et cultures\u00a0; elle a fait en effet ses \u00e9tudes de rabbinat aux \u00c9tats-Unis.<\/span><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"><!--more--><\/span><span style=\"font-size: 10pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Mais loin de s\u2019en tenir \u00e0 un d\u00e9bat interne au juda\u00efsme, elle explore des notions fondamentales aux structurations religieuses, telles l\u2019interpr\u00e9tation des textes sacr\u00e9s, la conception de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 sexu\u00e9e et l\u2019appr\u00e9hension du f\u00e9minin \u2013 laquelle semble agresser encore si violemment le patriarcat \u2013, et elle d\u00e9veloppe des notions tr\u00e8s personnelles sur la pudeur.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"><strong>Pudeur<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Cette pudeur, dit-elle, qui peut surprendre dans une civilisation du <em>\u00ab\u00a0rien \u00e0 cacher<\/em>\u00a0\u00bb o\u00f9 la recherche de transparence, le choix de la vie publique, le d\u00e9sir de voir et de donner \u00e0 voir, l\u2019exhibition m\u00eame voudraient se faire gages de moralit\u00e9. \u00ab\u00a0C<em>es derni\u00e8res ann\u00e9es, les discours les plus virulents en faveur d\u2019une pudeur \u00e0 imposer ont \u00e9man\u00e9 de certains porte-parole religieux, et particuli\u00e8rement des d\u00e9fenseurs du voile islamique\u2026 le propre de ce discours religieux fondamentaliste est d\u2019affirmer que leur appel \u00e0 la pudeur est au service de la femme alors qu\u2019il vise bien souvent son effacement. Il s\u2019agit d\u2019\u00e9radiquer,\u00a0\u00ab\u00a0<\/em>pour son bien<em>\u00a0\u00bb, <\/em>la femme de l\u2019espace public et de se d\u00e9barrasser avec elle du d\u00e9sir qu\u2019elle pourrait susciter. Cette obsession du d\u00e9sir a quelque chose d\u2019obsc\u00e8ne tant l\u2019autre y est r\u00e9duit \u00e0 la tentation qu\u2019il repr\u00e9sente. En cela, la modestie impos\u00e9e par les traditions religieuses rel\u00e8ve bien souvent du paradoxe, elle fait prendre le risque de l\u2019obsc\u00e9nit\u00e9, tout en se r\u00e9clamant de la pudeur. Elle fait du corps de la femme tout entier un tabou, tel un sexe \u00e0 cacher en permanence dans l\u2019espace public. Chaque femme, r\u00e9duite au statut d\u2019\u00eatre sans visage, c\u2019est-\u00e0-dire sans individualit\u00e9, n\u2019a plus \u00e0 exprimer que sa nature sexu\u00e9e. En sym\u00e9trie, l\u2019homme se retrouve amput\u00e9 symboliquement d\u2019une partie de son anatomie\u00a0: ses paupi\u00e8res\u2026. L\u2019homme, donc, jug\u00e9 comme incapable de restreindre sa vision\u2026 Femme sans visage et homme sans paupi\u00e8res\u2026, deux \u00eatres symboliquement amput\u00e9s\u2026 Voil\u00e0 pourquoi il est urgent que des voix religieuses de toutes les traditions revisitent aujourd\u2019hui la notion de pudeur au c\u0153ur des textes sacr\u00e9s. La pudeur ne peut consister en un voilement obsessionnel du corps de l\u2019autre. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019accepter qu\u2019aucun \u00eatre ne soit enti\u00e8rement visible dans sa nudit\u00e9. Aucun \u00eatre n\u2019a jamais fini de se d\u00e9voiler. Quelque chose en lui nous \u00e9chappe toujours, car il n\u2019est r\u00e9ductible ni au d\u00e9sir qu\u2019il suscite en nous, ni aux images qu\u2019un texte sacr\u00e9 en v\u00e9hicule. En analogie, l\u2019auteure pose encore cette trouvaille\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Il en va des hommes comme il en va des textes. La seule lecture pudique des textes religieux est celle qui affirme qu\u2019ils n\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement r\u00e9v\u00e9l\u00e9s, mis \u00e0 nu par les lectures et les lecteurs pass\u00e9s. Quand l\u2019interpr\u00e9tation les fige, elle les profane. D\u00e8s lors, sont-ils encore sacr\u00e9s\u00a0?\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"><strong>Interpr\u00e9tation talmudique<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Avec ce que ne fait pas taire son jugement critique, et que nous percevons comme de la fiert\u00e9, de la confiance, de l\u2019humour et tendresse envers sa propre tradition, Delphine Horvilleur nous introduit \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation talmudique\u00a0: sans cesse remise au m\u00e9tier, enrichie, recousue, rapi\u00e9c\u00e9e et qui se fait le devoir de ne pas cacher ses tentatives successives d\u2019interpr\u00e9tation. Elle le r\u00e9p\u00e8tera souvent, il s\u2019agit de <em>r\u00e9veiller<\/em> le sens des textes et d\u2019en ouvrir plus encore la polys\u00e9mie. Mais si Armand Abecassis d\u00e9crit les Juifs comme \u00ab\u00a0<em>peuple de l\u2019interpr\u00e9tation du Livre<\/em>\u00a0\u00bb, elle rappelle quant \u00e0 elle que <em>pendant des mill\u00e9naires, seule la moiti\u00e9 du peuple a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e \u00e0 cet exercice sacr\u00e9 de l\u2019interpr\u00e9tation et de la lecture<\/em>. R\u00e9volution aujourd\u2019hui puisque des femmes \u00e9tudient avec leurs coll\u00e8gues masculins sur les bancs de la yeshiva (litt\u00e9ralement maison d\u2019\u00e9tude), participent au d\u00e9ploiement des \u00e9tudes et \u00e0 ce fameux <em>r\u00e9veil des textes <\/em>ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019enseignement et \u00e0 la vie des communaut\u00e9s. Qu\u2019il s\u2019agisse de la Gen\u00e8se, de No\u00e9 sorti nu des eaux, de Mo\u00efse, on ne r\u00e9sumera pas ici les relectures savantes, critiques et neuves de la jeune rabbin Danielle. Dans une langue serr\u00e9e et d\u2019un grand pouvoir d\u2019\u00e9vocations, elle se saisit sans les cerner et sans les clore, des ouvertures \u2013 qu\u2019elle appelle <em>les\u00a0<\/em><em>fissures <\/em>\u2013 du texte biblique. \u00ab <em>La force de la litt\u00e9rature rabbinique tient peut-\u00eatre \u00e0 ce qu\u2019elle \u00e9vacue difficilement ses grains de sable, les s\u00e9dimentations de son pass\u00e9\u00a0; Trahissant une difficult\u00e9 \u00e0 se censurer ou la volont\u00e9 de garder trace de toutes ses voix, le Talmud cite, en de nombreux endroits, les arguments de sa propre autocritique et les \u00e9l\u00e9ments de son questionnement interne. La culture de la divergence qui y r\u00e8gne y est sans doute pour beaucoup. Le d\u00e9bat d\u2019id\u00e9es y est \u00e9lev\u00e9 en valeur supr\u00eame, et non le consensus. Tout d\u00e9bat clos s\u2019apparente \u00e0 une forme d\u2019h\u00e9r\u00e9sie. Cette culture de voix discordantes peut tol\u00e9rer les fissures du texte plus ais\u00e9ment qu\u2019un esprit de concorde.\u00a0\u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Il faut lire et relire ensemble les derniers chapitres de l\u2019ouvrage pour saisir les allers et retours d\u2019\u00e9clairage qui indiquent les corr\u00e9lations qu\u2019elle place entre les trois th\u00e8mes tr\u00e8s actuels qu\u2019elle explore \u00e0 nouveaux frais, ce sont \u00a0: une <em>b\u00e9n\u00e9diction du f\u00e9minin<\/em>, une approche revue et corrig\u00e9e qui place c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te dans leur port\u00e9e respective sexe et genre et enfin, face aujourd\u2019hui au fondamentalisme de tout bord et \u00e0 la perversion de tout autoritarisme religieux, la d\u00e9fense d\u2019une <em>relecture subversive<\/em> des textes religieux fondateurs. Au fond, c\u2019est l\u00e0 le c\u0153ur de l\u2019ouvrage, la pens\u00e9e motrice de ses d\u00e9veloppements.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Disons- le bri\u00e8vement, Horvilleur rejette cette \u00ab\u00a0b\u00e9n\u00e9diction du f\u00e9minin\u00a0\u00bb incantatoire qui tente de justifier le double statut traditionnel de v\u00e9n\u00e9ration sous condition de suj\u00e9tion et rel\u00e9gation des femmes. Elle \u00e9voque le f\u00e9minin comme concept, principe universel qui n\u2019appartient pas aux seules femmes et que son <em>\u00a0ambivalence statutaire place en position d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 permanente<\/em> non seulement face \u00e0 l\u2019homme masculin mais <em>qui semble constituer une alt\u00e9rit\u00e9 pour le genre humain en g\u00e9n\u00e9ral.<\/em> Elle cite Emmanuel Levinas dans <em>Totalit\u00e9 et Infini<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0 le f\u00e9minin c\u2019est l\u2019autre essentiellement\u00a0\u00bb\u00a0et Jacques Derrida\u00a0: <em>le f\u00e9minin comme une alt\u00e9rit\u00e9 qui se tient dans l\u2019ombre\u00a0\u00a0dans l\u2019attente d\u2019\u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Loin de correspondre \u00e0 un absolu g\u00e9n\u00e9tique intemporel et de demeurer \u00e9tablis dans une dichotomie binaire conduisant fatalement \u00e0 leur hi\u00e9rarchisation, les sexes n\u2019\u00e9tablissent plus \u00e0 eux seuls les statuts identitaires des individus mais ils ne se confondent pas non plus avec les genres qui, eux, font droit aux <em>tournures <\/em>de l\u2019histoire. Il ne s\u2019agit ni <em>de nier le sexe au profit du genre ni de restreindre chaque sexe aux seules valeurs et attributs de son genre.<\/em> Celle qui a lutt\u00e9 pour \u00eatre reconnue digne, capable et utile comme rabbin est bien plac\u00e9e pour relever le d\u00e9fi actuel\u00a0: <em>le discours religieux traditionnel s\u2019accroche \u00e0 sa mani\u00e8re \u00e0 un mod\u00e8le du tout g\u00e9n\u00e9tique o\u00f9 la d\u00e9termination sexu\u00e9e, homme ou femme, conditionnerait exclusivement son identit\u00e9<\/em>. L\u2019\u00e9mergence du f\u00e9minin dans les religions ne se fera pas qu\u2019\u00e0 travers les femmes\u2026 mais pas non plus sans elles\u2026<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Et d\u2019\u00e9voquer pour conclure <em>ces r\u00e9cits subversifs, ces fissures du texte<\/em> (qui) <em>doivent aujourd\u2019hui alimenter les discours religieux et leur autocritique\u2026. Ces voix de subversion sont peut-\u00eatre les meilleurs remparts contre la perversion d\u2019un discours fondamentaliste impudent et impudique dont nous sommes encore si souvent t\u00e9moins ou victimes\u2026 Un h\u00e9ritage qui cesse d\u2019\u00eatre interrog\u00e9 meurt. Le questionnement des sources et des rites, loin de tout dogmatisme, constitue peut-\u00eatre la religion v\u00e9ritable. Le sens renouvel\u00e9 d\u2019un texte constamment revisit\u00e9 constitue sa seule lecture fid\u00e8le.<\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt; font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"><strong><span style=\"font-size: 8pt;\">L\u2019ouvrage est d\u00e9pos\u00e9 dans le fonds <em>Genre en Christianisme<\/em> de la biblioth\u00e8que du Saulchoir \u00e0 Paris.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une recension du livre de Delphine Horvilleur,\u00a0En tenue d\u2019\u00c8ve. 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