{"id":382,"date":"2006-03-11T12:00:29","date_gmt":"2006-03-11T16:00:29","guid":{"rendered":"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=382"},"modified":"2013-08-16T10:32:52","modified_gmt":"2013-08-16T14:32:52","slug":"les-femmes-dans-la-mission-de-leglise-aujourdhui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=382","title":{"rendered":"Les femmes dans la mission de l\u2019\u00c9glise aujourd\u2019hui"},"content":{"rendered":"<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; color: #000000; font-size: small; line-height: 1.714285714;\">D\u2019entr\u00e9e de jeu, je voudrais poser une question\u00a0: sommes-nous rassembl\u00e9s, en ce 11 mars 2006, en ce 20e anniversaire de la fondation de Femmes en \u00c9glise, autour du th\u00e8me\u00a0: les femmes dans la mission de l\u2019\u00c9glise d\u2019aujourd\u2019hui, sommes-nous rassembl\u00e9s par na\u00efvet\u00e9 ou par lucidit\u00e9\u00a0?<!--more--><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><br \/>\nJe r\u00e9ponds \u00e0 ma question en disant\u00a0: les deux \u00e0 la fois. Nous sommes un peu comme Bernadette Soubirous. \u00c0 son cur\u00e9 qui l\u2019accusait de na\u00efvet\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion du ph\u00e9nom\u00e8ne des apparitions \u00e0 Lourdes, elle r\u00e9pondait\u00a0: et si ma na\u00efvet\u00e9 \u00e9tait un signe de lucidit\u00e9\u00a0? J\u2019ajouterais que nous sommes l\u00e0 par audace, conscientes et conscients qu\u2019un rendez-vous avec notre \u00c9glise et avec l\u2019histoire exige cette r\u00e9flexion sur le r\u00f4le de la femme dans l\u2019\u00c9glise, car \u2014 comme l\u2019affirmait sur les ondes de Radio Canada un pr\u00eatre de Sherbrooke \u2014 il est fini le temps o\u00f9 les femmes faisaient cuire des\u00a0<i>muffins<\/i>\u00a0pour monsieur le Cur\u00e9.<\/p>\n<p>Na\u00efvet\u00e9, lucidit\u00e9 et audace, puisque nous vivons toujours dans une \u00c9glise cl\u00e9ricale qui tend \u00e0 \u00e9viter les choses qui d\u00e9rangent ce qui semble solide. Mais se taire, dans les virages que nous avons \u00e0 vivre comme baptis\u00e9s, comme partie prenante dans notre \u00c9glise, peut \u00eatre un signe de l\u00e2chet\u00e9, et blesser l\u2019\u00c9glise tout autant.<\/p>\n<p>Au risque de d\u00e9plaire et m\u00eame d\u2019\u00e9tonner \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de mon \u00c9glise, j\u2019ai os\u00e9 penser par moi-m\u00eame et faire mentir Voltaire, qui \u00e9crivait\u00a0: \u00ab Quand les chr\u00e9tiens vont oser penser par eux-m\u00eames, \u00e7a sera la fin de la religion catholique.\u00a0\u00bb J\u2019ai os\u00e9 penser par moi-m\u00eame \u00e0 partir de l\u2019\u00c9vangile, de la Tradition \u2014 que je veux vivante et non scl\u00e9ros\u00e9e \u2014 et de mon exp\u00e9rience du monde et de la vie. Comme homme d\u2019\u00c9glise et heureux de l\u2019\u00eatre, dans ce livre qui a pour titre\u00a0<i>553 rue Stella Maris<\/i>, comme ministre ordonn\u00e9, j\u2019ai voulu \u00eatre le promoteur d\u2019une r\u00e9flexion chr\u00e9tienne, et non le gardien d\u2019un ordre immuable, loin de la nouveaut\u00e9. Je n\u2019ai jamais voulu dominer les autres, mais les accompagner en marchant avec eux dans leurs projets personnels, dans leurs questionnements. J\u2019ai voulu vivre une exp\u00e9rience de libert\u00e9 \u00e0 la suite de J\u00e9sus, l\u2019insoumis de son temps, m\u00eame au risque de me tromper. J\u2019ai voulu vivre une acceptation libre devant tout enseignement propos\u00e9, afin de ne pas \u00eatre un perroquet, un r\u00e9p\u00e9titeur d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 impos\u00e9e. Plus que jamais, \u00e9tant donn\u00e9 les mutations profondes de notre \u00e9poque, il est n\u00e9cessaire de penser, non pas pour d\u00e9molir, mais pour avancer.<\/p>\n<p>\u00c0 qui \u00ab\u00a0la faute\u00a0\u00bb, si j\u2019ose tenir ce discours aujourd\u2019hui devant vous, \u00e9v\u00eaque, pr\u00eatres et la\u00efcs\u00a0? Je cherche un responsable non pour me d\u00e9filer, mais pour remonter \u00e0 la source de ce souffle de l\u2019Esprit qui a secou\u00e9 notre \u00c9glise\u00a0: c\u2019est le bon Jean XXIII qui, avec le vent du concile Vatican II, nous a mis en marche vers une \u00c9glise qui serait une \u00c9glise de questionnement tout en \u00e9tant une \u00c9glise de communion respectueuse des dogmes et de sa tradition.<\/p>\n<p>Dans cette \u00c9glise, avec vous, je pose une question en lien avec la pleine mission de la femme dans notre \u00c9glise\u00a0: est-ce que les choses ne pourraient pas \u00eatre autrement\u00a0? Est-ce que la mission de la femme dans l\u2019\u00c9glise peut se vivre aujourd\u2019hui autrement, dans une coresponsabilit\u00e9 reconnue, partag\u00e9e et assum\u00e9e\u00a0? Je ne parle pas d\u2019une mission tol\u00e9r\u00e9e ni d\u2019un accueil auquel on consent \u00e0 demi, parce qu\u2019on ne peut faire autrement. Il s\u2019agit d\u2019une mission r\u00e9elle, vraie, totale, fond\u00e9e sur ce qu\u2019est la femme dans son charisme baptismal\u00a0: pr\u00eatre, proph\u00e8te et roi. Cette cons\u00e9cration ouvre \u00e0 tous les minist\u00e8res institu\u00e9s et ordonn\u00e9s dans notre \u00c9glise. Dans la r\u00e9alit\u00e9 ainsi proclam\u00e9e de son bapt\u00eame, qu\u2019est-ce qui emp\u00eache que la femme r\u00e9alise pleinement, comme l\u2019homme, les minist\u00e8res et les fonctions de l\u2019\u00c9glise auxquels elle est appel\u00e9e elle aussi\u00a0? Est-ce possible\u00a0?<\/p>\n<p>Avant de r\u00e9pondre, je cite un texte de saint Augustin, \u00e9crit vers les ann\u00e9es 400, qui pourrait \u00eatre comme un leitmotiv pour l\u2019assembl\u00e9e que nous formons\u00a0: \u00ab\u00a0Nous sommes des voyageurs. Qu\u2019est-ce que voyager\u00a0? Je le dis en un mot\u00a0: avancer. Que toujours te d\u00e9plaise ce que tu es pour parvenir \u00e0 ce que tu n\u2019es pas encore. Avance toujours, marche toujours, ajoute toujours.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ressentez-vous cette respiration de Dieu, ce mouvement de renouveau, ce d\u00e9sir d\u2019\u00ab\u00a0ajouter\u00a0\u00bb dans notre \u00c9glise, \u00e0 l\u2019invitation d\u2019Augustin\u00a0? Pour continuer d\u2019avancer et d\u2019ajouter, il faut peut-\u00eatre constater que ce qui fait sens aujourd\u2019hui, ce n\u2019est plus le dogme avant tout, mais la qu\u00eate commune de tous les baptis\u00e9s, avec ce qu\u2019elle a de d\u00e9rangeant pour le conservatisme. Ce qui peut nous rassembler en \u00c9glise, ce n\u2019est plus vraiment ce que nous savons ou croyons savoir, mais ce que nous cherchons ensemble et ce que nous faisons aujourd\u2019hui, non avec des accents de r\u00e9volte mais avec beaucoup d\u2019amour pour notre \u00c9glise, \u00e0 l\u2019occasion de cette table ronde sur la mission de la femme en \u00c9glise.<\/p>\n<p>Dans une \u00c9glise dogmatique, est-il possible de se mettre en mouvement\u00a0? L\u2019aspect dogmatique de notre \u00c9glise fait sa richesse mais aussi sa pauvret\u00e9. Je n\u2019aime pas les comparaisons, mais il peut \u00eatre \u00e9clairant de regarder ailleurs. T\u00e9moin des d\u00e9rives actuelles de certains courants de l\u2019islam, je suis heureux qu\u2019une \u00c9glise dogmatique m\u2019\u00e9vite des d\u00e9rapages et ne laisse pas tout \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation et au libre arbitre de chacune et chacun de nous. Mais rien n\u2019est plus st\u00e9rile que de toujours se cacher derri\u00e8re un dogme pour emp\u00eacher une discussion ouverte. Je sais que l\u2019aspect dogmatique de l\u2019\u00c9glise peut contrer le relativisme dans lequel notre monde s\u2019enracine de plus en plus. Mais peut-on refuser toute discussion sur la mission de la femme en citant ce passage de l\u2019\u00c9vangile\u00a0: \u00ab\u00a0Le soir venu, il \u00e9tait \u00e0 table avec les Douze\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p>Je crois que c\u2019est vrai, mais j\u2019ose croire en respectant ce qui a \u00e9t\u00e9 et ce qui sera. Il est louable de s\u2019interroger, et de distinguer entre le contenu normatif des dogmes et leurs formes d\u2019expression, qui varient dans l\u2019histoire. C\u2019est \u00e0 cela que Jean XXIII invitait les P\u00e8res du concile, signifiant par le fait m\u00eame que le langage dogmatique rel\u00e8ve d\u2019une culture d\u00e9termin\u00e9e, dont les possibilit\u00e9s d\u2019expression sont toujours limit\u00e9es.<\/p>\n<p>Je sais que la v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e est toujours plus grande que la conscience que nous en avons \u00e0 un moment de notre existence. Dans cette optique, il serait peut-\u00eatre urgent de concilier l\u2019aspect dogmatique de l\u2019\u00c9glise avec l\u2019histoire, et surtout avec notre histoire. L\u2019interpr\u00e9tation des dogmes se fait dans et par la vie eccl\u00e9siale dans sa totalit\u00e9\u00a0: femmes et hommes compris. J\u2019accepte difficilement que l\u2019\u00c9glise se serve du dogme pour \u00e9liminer la dimension r\u00e9elle des situations sur lesquelles porte notre questionnement. Le dogme ne devrait pas \u00eatre un lieu de proc\u00e8s mais le lieu d\u2019une rencontre fructueuse. Trop souvent dans l\u2019\u00c9glise, une attitude dogmatique peut \u00eatre le d\u00e9guisement d\u2019un app\u00e9tit du pouvoir ou d\u2019un d\u00e9sir de l\u2019autorit\u00e9 de l\u00e9gif\u00e9rer sur un r\u00e9el qui lui \u00e9chappe. Le dogmatisme peut \u00eatre exclusif quand il affirme que rien ne peut exister autrement. Il y a l\u00e0 un retranchement qui enl\u00e8ve \u00e0 notre \u00c9glise son humanit\u00e9, son enracinement dans l\u2019aujourd\u2019hui de notre histoire. Comme le fait remarquer Timothy Radcliffe, ancien ma\u00eetre des dominicains, dans son r\u00e9cent livre intitul\u00e9\u00a0<i>Pourquoi donc \u00eatre chr\u00e9tien<\/i>, \u00ab\u00a0Quand l\u2019\u00c9glise semble dispenser son enseignement de l\u00e0-haut, loin des luttes des gens ordinaires, alors elle n\u2019enseigne rien du tout\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Notre \u00c9glise a besoin de s\u2019ouvrir au dialogue et d\u2019en finir avec le b\u00e2illon. Elle peut s\u2019ouvrir \u00e0 l\u2019\u00e9change sans renoncer \u00e0 son identit\u00e9. Il faut prendre conscience qu\u2019il est fini le temps des \u00e9nonc\u00e9s doctrinaux qui viennent d\u2019en haut et sont \u00e0 prendre ou \u00e0 laisser. De plus en plus de gens se sentent \u00e0 l\u2019\u00e9troit dans l\u2019\u00c9glise parce qu\u2019elle n\u2019est pas encore pass\u00e9e d\u2019une attitude d\u2019exclusion \u00e0 une attitude dialogale. Je suis de ceux-l\u00e0. Dans son livre\u00a0<i>Hors de l\u2019\u00c9glise plein de salut<\/i>, le th\u00e9ologien canadien Richard Bergeron \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0je me d\u00e9couvre \u00e9tranger au sein de ma propre maison o\u00f9 les gardiens referment les fen\u00eatres aussit\u00f4t qu\u2019elles s\u2019entrouvrent\u00a0\u00bb. \u00c0 partir de ce constat social, il est \u00e9vident qu\u2019on ne peut plus b\u00e2tir sans dialoguer avec l\u2019incertitude du monde dans lequel nous baignons. Le cardinal Ratzinger, aujourd\u2019hui Beno\u00eet XVI, a parl\u00e9 de \u00ab\u00a0cet oc\u00e9an d\u2019incertitude, lieu d\u2019exercice de notre foi\u00a0\u00bb. Les d\u00e9cisions de l\u2019\u00c9glise n\u2019\u00e9chappent pas \u00e0 ce contexte.<\/p>\n<p>Dans un esprit de dialogue, au sein de la r\u00e9v\u00e9lation (j\u2019en conviens), un nouveau travail est possible, car les baptis\u00e9s que nous sommes ne sont pas seulement des cruches \u00e0 remplir, mais des sujets intelligents \u00e0 qui la r\u00e9v\u00e9lation a aussi \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e, comme l\u2019\u00e9crit Maurice Zundel, une r\u00e9v\u00e9lation soumise \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019initiative cr\u00e9atrice de la femme et de l\u2019homme\u00a0\u00bb. Nous avons \u00e0 vivre la parole de l\u2019ap\u00f4tre Pierre\u00a0: \u00ab\u00a0Soyez pr\u00eats \u00e0 rendre raison de l\u2019esp\u00e9rance qui est en vous\u00a0\u00bb, et cela \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la tradition chr\u00e9tienne. Michel de Certeau \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0La tradition ne peut \u00eatre que morte, si une invention ne la compromet en lui rendant la vie, si elle n\u2019est pas chang\u00e9e par un acte qui recr\u00e9e la vie.\u00a0\u00bb Il s\u2019agit de \u00ab\u00a0rendre raison de notre esp\u00e9rance\u00a0\u00bb \u00e0 partir de la v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, dans une tradition chr\u00e9tienne changeante comme la vie. Dans cette optique, la tradition se veut cr\u00e9atrice, inventive, et non pas strictement la gardienne du d\u00e9p\u00f4t r\u00e9v\u00e9l\u00e9, comme l\u2019a pens\u00e9 notre \u00c9glise \u00e0 certains moments.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de la tradition, l\u2019\u00c9glise institution est tent\u00e9e de dogmatiser, de figer, d\u2019imposer des conceptions contest\u00e9es en ce qui concerne la mission de la femme dans l\u2019\u00c9glise. Les conflits de g\u00e9n\u00e9rations touchent la soci\u00e9t\u00e9, mais dans l\u2019\u00c9glise aussi se croisent diff\u00e9rentes mentalit\u00e9s, et il existe des interpr\u00e9tations conflictuelles de la parole qui nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e, parole qui ne finit pas de se r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 la hi\u00e9rarchie ainsi qu\u2019aux membres de l\u2019\u00c9glise, hommes et femmes, dans l\u2019actuel \u00ab\u00a0oc\u00e9an d\u2019incertitude\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9glise est certainement en retard sur la civilisation contemporaine en maintenant, par rapport \u00e0 la mission de la femme, cette image que la virilit\u00e9 est associ\u00e9e \u00e0 l\u2019activit\u00e9 et la f\u00e9minit\u00e9 \u00e0 la passivit\u00e9. Cette mani\u00e8re de voir repose sur la division imm\u00e9moriale des sexes, et ce code est d\u00e9saffect\u00e9 puisque l\u2019id\u00e9e de la sup\u00e9riorit\u00e9 masculine est rejet\u00e9e de toutes parts.<\/p>\n<p>Est-ce que l\u2019\u00c9glise comme institution peut ignorer cette mutation sociale profonde, cette nouvelle fa\u00e7on de vivre qui a des cons\u00e9quences pour l\u2019orientation et l\u2019organisation de ce qu\u2019elle veut \u00eatre comme institution\u00a0? Plus que jamais, il me semble, l\u2019\u00c9glise institution doit accueillir les motivations nouvelles des femmes et des hommes et les d\u00e9sirs de ses membres qui manifestent une tendance \u00e0 la diversification des charismes selon les mentalit\u00e9s dans diff\u00e9rents pays. Pour \u00eatre vraiment catholique, donc universelle, l\u2019\u00c9glise institution doit accueillir cette diversit\u00e9 des mentalit\u00e9s et \u00e9viter aujourd\u2019hui dans son rendez-vous avec l\u2019histoire le dressage autoritaire avec des r\u00e8gles uniformes.<\/p>\n<p>Nous cr\u00e9ons l\u2019histoire de notre \u00c9glise puisque nous en sommes membres \u00e0 part enti\u00e8re. Nous avons la libert\u00e9 de poser au moins la question qui nous pr\u00e9occupe, pour que dans l\u2019\u00c9glise les r\u00f4les et les fonctions se vivent dans l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9, selon la valeur fondamentale du respect de la singularit\u00e9 subjective des femmes et des hommes. J\u2019ose affirmer que jusqu\u2019ici la question de la femme dans l\u2019\u00c9glise a suscit\u00e9 le refus de la part d\u2019une \u00c9glise disciplinaire qui n\u2019ose risquer l\u2019exploration totale de ce qu\u2019est la femme dans sa singularit\u00e9 culturelle comme individu, comme baptis\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans une soci\u00e9t\u00e9 qui se veut \u00e9galitaire, l\u2019\u00c9glise doit accueillir la femme au sein de sa structure hi\u00e9rarchique, lieu de d\u00e9cision pour le peuple de Dieu. Pour mettre en place une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9galitaire, il faut r\u00e9soudre les questions d\u2019\u00e9quit\u00e9 \u2014 \u00e9quit\u00e9 salariale, \u00e9quit\u00e9 dans les fonctions et les t\u00e2ches \u2014 et respecter les droits de la personne. Il me semble que rien n\u2019est plus proche des valeurs \u00e9vang\u00e9liques qui inspirent notre tradition eccl\u00e9siale, et que ces valeurs \u00e9vang\u00e9liques devraient aussi inspirer les d\u00e9cisions qui concernent la mission de la femme dans l\u2019\u00c9glise d\u2019aujourd\u2019hui, m\u00eame si un jour Pie IX a affirm\u00e9 que \u00ab\u00a0l\u2019\u00c9glise est une soci\u00e9t\u00e9 in\u00e9gale dans laquelle Dieu a destin\u00e9 les uns \u00e0 commander, les autres \u00e0 ob\u00e9ir\u00a0\u00bb. Je vous avoue mon malaise d\u2019\u00eatre dans une \u00c9glise qui a tout ce chemin \u00e0 faire pour arriver \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 et \u00e0 l\u2019\u00e9quit\u00e9 du point de vue de la mission des femmes.<\/p>\n<p>Nous trouvons un commencement de r\u00e9ponse dans la dissidence qui s\u2019exprime \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de notre \u00c9glise. Une dissidence qui est pr\u00eate \u00e0 attirer l\u2019opinion publique sur ce qui se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de nos murs, une dissidence qui se vit au c\u0153ur d\u2019une institution encore cl\u00e9ricale et qui est \u00e0 mille lieues des d\u00e9crets du concile Vatican II. Une r\u00e9flexion d\u2019un th\u00e9ologien canadien fait ressortir la connotation positive d\u2019une dissidence qui n\u2019attise pas les divisions au sein de l\u2019\u00c9glise mais se vit dans la communion et le respect. Je le cite\u00a0: \u00ab\u00a0Si la pens\u00e9e de l\u2019\u00c9glise a pu \u00e9voluer au long des si\u00e8cles, c\u2019est parce que des th\u00e9ologiens et des fid\u00e8les \u2014 au nom d\u2019une exigence de v\u00e9rit\u00e9 \u2014 ont os\u00e9 remettre en cause certaines affirmations de l\u2019enseignement officiel. Il n\u2019est pas interdit de reconna\u00eetre dans leur dissidence l\u2019\u0153uvre de l\u2019Esprit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>J\u2019affirme que le concile Vatican II a fait ressortir ce r\u00f4le positif de la dissidence dans l\u2019\u00e9volution de l\u2019\u00c9glise catholique romaine. Les d\u00e9veloppements doctrinaux de Vatican II auraient \u00e9t\u00e9 impossibles sans les prises de position de penseurs catholiques comme Congar, de Lubac, Teilhard de Chardin, John Courtney Murray, pour n\u2019en nommer que quelques-uns. Ces hommes d\u2019\u00c9glise \u00e9taient mus par la v\u00e9rit\u00e9 et pr\u00eats \u00e0 vivre leur dissidence jusqu\u2019\u00e0 l\u2019exil, dans un silence forc\u00e9 qui leur a fait mal.<\/p>\n<p>Na\u00efvement peut-\u00eatre, mais lucidement et sans trop de t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 j\u2019esp\u00e8re, j\u2019ose croire \u00e0 un d\u00e9gel de la mission de la femme dans notre \u00c9glise, bien que cette \u00c9glise ne soit pas une d\u00e9mocratie, bien qu&rsquo;elle apparaisse comme une institution hi\u00e9rarchique o\u00f9 le pouvoir est romain, m\u00e2le et c\u00e9libataire, et qu&rsquo;elle soit souvent soumise \u00e0 l\u2019influence castratrice de la Curie romaine. Jusqu\u2019o\u00f9 peut aller une \u00c9glise hi\u00e9rarchique dans la voie de l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre hommes et femmes\u00a0? Comment peut-elle \u00eatre plus d\u00e9lib\u00e9rante qu\u2019autoritaire quant \u00e0 cet aspect de la mission de la femme dans l\u2019\u00c9glise aujourd\u2019hui\u00a0? Comment peut-elle \u00eatre transparente dans ses questionnements, qui sont aussi les n\u00f4tres, afin de ne pas dissimuler sa fragilit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>En ce temps de Car\u00eame qui nous conduit vers la f\u00eate de P\u00e2ques, on peut poser ainsi la question\u00a0: quels passages, quelle p\u00e2que aurons-nous \u00e0 vivre comme \u00c9glise pour que la mission de la femme soit \u00e9quitable aujourd\u2019hui au sein de notre \u00c9glise\u00a0?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Moncton (Nouveau-Brunswick), le 11 mars 2006<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><strong><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Dans le cadre de la journ\u00e9e internationale de la femme, le\u00a0<i>Comit\u00e9 dioc\u00e9sain pour les femmes en \u00c9glise<\/i>\u00a0de l\u2019archidioc\u00e8se de Moncton tenait son atelier de ressourcement annuel le samedi 11 mars 2006. L\u2019archev\u00eaque de Moncton \u00e9tait pr\u00e9sent, de m\u00eame qu\u2019une dizaine de membres du clerg\u00e9 et quelques centaines de la\u00efques, hommes et femmes. L\u2019atelier comprenait une table ronde form\u00e9e de quatre invit\u00e9s, deux hommes et deux femmes.<\/span><\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><strong><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Ce texte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans la revue\u00a0<\/span><\/span><a href=\"http:\/\/www.culture-et-foi.com\/dossiers\/ordination_des_femmes\/zoel_saulnier.htm\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Culture et Foi<\/i><\/span><\/span><\/a><\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\">\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le cadre de la journ\u00e9e internationale de la femme, le Comit\u00e9 dioc\u00e9sain pour les femmes en \u00c9glise de l\u2019archidioc\u00e8se de Moncton tenait son atelier de ressourcement annuel le samedi 11 mars 2006. L\u2019archev\u00eaque de Moncton \u00e9tait pr\u00e9sent, de m\u00eame qu\u2019une dizaine de membres du clerg\u00e9 et quelques centaines de la\u00efques, hommes et femmes. L\u2019atelier comprenait une table ronde form\u00e9e de quatre invit\u00e9s, deux hommes et deux femmes.<br \/>\nL&rsquo;intervention de Zo\u00ebl Saulnier, pr\u00eatre,  porte sur \u00ab Les femmes dans la mission de l\u2019\u00c9glise aujourd\u2019hui \u00bb<\/p>\n<p> <a href=\"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=382\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":128,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"ppma_author":[165],"class_list":["post-382","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-femmes-en-eglise","author-zoel-saulnier"],"authors":[{"term_id":165,"user_id":128,"is_guest":0,"slug":"Zo\u00ebl Saulnier","display_name":"Zo\u00ebl Saulnier","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/e71dab56e9e88d49d68b19f3452ad21a92e36b252cf9f1c87fcdbfcff22f3f5e?s=96&d=wp_user_avatar&r=g","user_url":"","last_name":"Saulnier","first_name":"Zo\u00ebl","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/382","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/128"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=382"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/382\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=382"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=382"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=382"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fppma_author&post=382"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}