{"id":384,"date":"2010-11-15T12:00:21","date_gmt":"2010-11-15T16:00:21","guid":{"rendered":"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=384"},"modified":"2013-08-16T10:41:47","modified_gmt":"2013-08-16T14:41:47","slug":"la-sacralisation-du-pouvoir-male","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=384","title":{"rendered":"La sacralisation du pouvoir m\u00e2le"},"content":{"rendered":"<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Les religions qui cautionnent une forme ou l\u2019autre de hi\u00e9rarchie entre les sexes cultivent un terreau propice \u00e0 la subordination des femmes et l\u00e9gitiment la violence patriarcale.<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; color: #000000; font-size: small; line-height: 1.714285714;\">La religion peut \u00eatre parole et acte d\u2019amour, de justice, de compassion, d\u2019esp\u00e9rance et de solidarit\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9 faite homme et femme. Aux yeux de plusieurs, les grandes religions ont contribu\u00e9, au cours de l\u2019histoire, \u00e0 r\u00e9duire les violences soci\u00e9tales et notamment \u00e0 prot\u00e9ger les femmes et les enfants des barbaries patriarcales.<!--more--> On peut trouver de multiples exemples o\u00f9 les conditions de vie des femmes se sont am\u00e9lior\u00e9es dans la foul\u00e9e des enseignements de J\u00e9sus, de Muhammad ou de Bouddha. Quand J\u00e9sus dit \u00e0 la foule \u00ab\u00a0que celui qui est sans p\u00e9ch\u00e9 lui jette la premi\u00e8re pierre\u00a0\u00bb, il prend directement la d\u00e9fense d\u2019une femme qui a transgress\u00e9 la loi patriarcale. Quand Muhammad met fin aux pratiques d\u2019enterrement de b\u00e9b\u00e9s-filles vivantes, il r\u00e9cuse une des formes les plus violentes de misogynie. Quand le Bouddha finit par accepter que Mahaprajapati Gautami, sa m\u00e8re adoptive, fonde l\u2019Ordre des bhikhunis, il reconna\u00eet la possibilit\u00e9 d\u2019un v\u00e9ritable d\u00e9veloppement spirituel pour les femmes. Mais ces r\u00e9cits positifs n\u2019effacent en rien le fait que toutes les religions restent aujourd\u2019hui porteuses de dimensions violentes \u00e0 l\u2019endroit des femmes. Certes, les agressions physiques font de plus en plus l\u2019objet de d\u00e9nonciation, mais les religions, chacune \u00e0 leur fa\u00e7on, contribuent \u00e0 reproduire des rapports sociaux de domination d\u2019un sexe sur l\u2019autre. Et la domination constitue une forme de violence. En maintenant des rapports d\u2019in\u00e9galit\u00e9 entre les sexes dans leurs organisations, en mettant de l\u2019avant des mod\u00e8les f\u00e9minins de soumission, en cherchant \u00e0 contr\u00f4ler la vie des femmes \u2013 notamment leur sexualit\u00e9 par des discours moraux misogynes \u2013, les religions favorisent la reproduction de la violence sexiste.\u00a0<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Une fois que l\u2019on a dit cela, qu\u2019est-ce qu\u2019on fait? Car, en pratique, les femmes sont massivement pr\u00e9sentes dans toutes les traditions religieuses. Elles ne sont g\u00e9n\u00e9ralement pas appel\u00e9es \u00e0 contribuer \u00e0 la \u00ab\u00a0production\u00a0\u00bb du fait religieux parce qu\u2019elles sont exclues des fonctions sacerdotales et de direction. Mais elles participent directement et intensivement \u00e0 sa \u00ab\u00a0reproduction\u00a0\u00bb en transmettant des valeurs, des croyances, des rituels \u00e0 leurs enfants et, dans nombre de cas, en exer\u00e7ant, sans v\u00e9ritable reconnaissance, diff\u00e9rentes fonctions caritatives et pastorales dans leurs communaut\u00e9s. On ne peut oblit\u00e9rer le fait que ces exclusions et ces diff\u00e9rentes formes de non-reconnaissance constituent une forme de violence. Certains sugg\u00e8rent aux femmes de quitter les religions parce qu\u2019elles sont irr\u00e9formables et intrins\u00e8quement patriarcales \u2013 une voie emprunt\u00e9e par un nombre croissant de femmes \u2013, l\u00e0 o\u00f9 d\u2019autres choisissent d\u2019explorer, avec plus ou moins de radicalit\u00e9 et des succ\u00e8s fort mitig\u00e9s, des voies de changement au sein de leur tradition.\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Difficile de trouver la bonne solution pour agir contre la violence. Pour ma part, je retiens deux choses. Premi\u00e8rement, la soci\u00e9t\u00e9 civile et les responsables politiques ne doivent pas offrir, au nom de la libert\u00e9 de religion, un traitement diff\u00e9renci\u00e9 aux religions, \u00e0 leurs adeptes et \u00e0 leurs responsables. La tol\u00e9rance-z\u00e9ro concernant la violence faite aux femmes et aux enfants doit s\u2019appliquer \u00e0 tous, y compris aux organisations religieuses et \u00e0 leurs membres. Deuxi\u00e8mement, il serait souhaitable que les intervenantes et intervenants en mati\u00e8re de violence d\u00e9veloppent une meilleure connaissance du fait religieux pour \u00eatre en mesure de cibler leurs interventions aupr\u00e8s de femmes croyantes violent\u00e9es. Car dans chaque tradition, si sexiste soit-elle, il existe des ressources religieuses et spirituelles pour combattre la violence et ses effets d\u00e9vastateurs. Par exemple, pour des femmes bouddhistes, la pratique de la m\u00e9ditation peut, dans certains cas, \u00eatre plus \u00ab\u00a0reconstructrice\u00a0\u00bb qu\u2019une th\u00e9rapie collective. Il appara\u00eet que la figure de la shakti peut \u00eatre particuli\u00e8rement inspirante pour des femmes hindoues en qu\u00eate de leur \u00e9nergie pour contrer la violence. Des femmes musulmanes voient pour leur part dans A\u00efcha, la jeune \u00e9pouse du proph\u00e8te, une figure combative pour s\u2019affirmer comme personnes \u00e0 part enti\u00e8re.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><b>Catholicisme et violence<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Le catholicisme n\u2019est pas plus violent que les autres religions, mais il importe qu\u2019on y jette un regard plus pr\u00e9cis parce qu\u2019il joue un r\u00f4le particuli\u00e8rement structurant dans le d\u00e9veloppement des repr\u00e9sentations et des rapports entre les sexes dans la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise. Les papes ont certes fermement d\u00e9nonc\u00e9, au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, la violence faite aux femmes et aux enfants. Ils ont convi\u00e9 les communaut\u00e9s catholiques \u00e0 faire de la lutte \u00e0 la violence une priorit\u00e9. Mais il existe, au sein m\u00eame du catholicisme, une ind\u00e9niable culture productrice et reproductrice de la violence. Examinons quelques composantes de ce syst\u00e8me.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Les repr\u00e9sentations st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es du f\u00e9minin.<\/i>\u00a0Marie et \u00c8ve demeurent les deux figures qui traduisent la quintessence du bon et du mauvais f\u00e9minin, les deux figures \u00e0 partir desquelles on \u00e9value l\u2019ensemble des femmes et les hi\u00e9rarchise. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, un f\u00e9minin exalt\u00e9, magnifi\u00e9 parce qu\u2019\u00e0 la fois vierge et m\u00e8re, totalement ob\u00e9issant \u00e0 Dieu et, de l\u2019autre, un f\u00e9minin honni et m\u00e9pris\u00e9 parce que figure de tentation pour l\u2019homme et de d\u00e9sob\u00e9issance \u00e0 Dieu. D\u00e9pass\u00e9e, cette image\u00a0? Plut\u00f4t singuli\u00e8rement omnipr\u00e9sente dans les discours du magist\u00e8re. Et porteuse de violence pour les femmes, parce qu\u2019elle constitue une forme d\u2019enfermement et de d\u00e9partage entre elles\u00a0: les bonnes et les m\u00e9chantes, les pures et les souill\u00e9es. \u00c0 cela s\u2019ajoute la l\u00e9gitimation, au moins implicite, de la violence masculine parce qu\u2019il faut bien contr\u00f4ler et punir toutes ces \u00c8ve en puissance qui d\u00e9naturent l\u2019ordre de la cr\u00e9ation et compromettent la vocation de l\u2019homme.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Le m\u00e9pris et le contr\u00f4le de la sexualit\u00e9.<\/i>\u00a0Au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, les d\u00e9tenteurs du si\u00e8ge de Pierre se sont distingu\u00e9s par des discours insistants et n\u00e9vrotiques sur la sexualit\u00e9\u00a0: pas de contraception qui fait appel \u00e0 des moyens m\u00e9caniques ou chimiques, pas d\u2019avortement, pas de relations sexuelles avant le mariage, pas d\u2019usage du condom pour emp\u00eacher la propagation du sida, etc. Mais cela n\u2019est pas de la violence, dit-on; ce ne sont que des paroles et les gens sont capables de faire la part des choses. Ah oui\u00a0? En Afrique, la majorit\u00e9 des personnes qui sont atteintes du sida sont des femmes. Et nombre d\u2019entre elles ont \u00e9t\u00e9 infect\u00e9es par des hommes \u00e0 qui on a dit, au nom de la vertu de l\u2019abstinence, de ne pas porter de condom. Le Vatican milite pour que les Nations unies coupent les fonds \u00e0 des organismes humanitaires qui s\u2019occupent de planification familiale. Pourtant, chaque ann\u00e9e, dans les pays en voie de d\u00e9veloppement, des milliers de femmes meurent en couche. L\u2019an dernier, le drame d\u2019une petite fille de neuf ans, enceinte de jumeaux \u00e0 la suite de viols r\u00e9p\u00e9t\u00e9s commis par son beau-p\u00e8re, a \u00e9mu la plan\u00e8te. Mgr Jos\u00e9 Cardoso Sobrinho, \u00e9v\u00eaque du dioc\u00e8se de Recife au Br\u00e9sil, a d\u00e9clar\u00e9 que \u00ab\u00a0le viol est un p\u00e9ch\u00e9 moins grave que l\u2019avortement\u00a0\u00bb et a excommuni\u00e9 la m\u00e8re de la fillette ainsi que l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale qui avait pratiqu\u00e9 l\u2019avortement. Plus pr\u00e8s de nous, le cardinal Ouellet a r\u00e9cemment soutenu qu\u2019un avortement, m\u00eame \u00e0 la suite d\u2019un viol, est moralement consid\u00e9r\u00e9 comme un crime. Autant de paroles \u00ab\u00a0vertueuses\u00a0\u00bb qui violentent directement les femmes.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>La perversion du sacerdoce.<\/i>\u00a0Une autre zone min\u00e9e\u00a0: le minist\u00e8re ordonn\u00e9, tel que compris par Rome, tend \u00e0 d\u00e9poss\u00e9der les baptis\u00e9s de leur sacerdoce baptismal et \u00e0 sacraliser le pr\u00eatre parce que gestionnaire du sacr\u00e9, homme \u00e0 part qui d\u00e9tient le \u00ab\u00a0pouvoir\u00a0\u00bb de faire advenir le Christ-J\u00e9sus dans l\u2019eucharistie. Le \u00ab\u00a0prix\u00a0\u00bb \u00e0 payer pour ce \u00ab\u00a0pouvoir\u00a0\u00bb est la chastet\u00e9 v\u00e9cue dans le c\u00e9libat. La communaut\u00e9 des baptis\u00e9s devient d\u00e9pendante du bon vouloir des pr\u00eatres pour sa sanctification et ces derniers, aux prises avec la repr\u00e9sentation \u00e9th\u00e9r\u00e9e du \u00ab\u00a0saint pr\u00eatre\u00a0\u00bb, s\u2019enlisent dans un r\u00f4le d\u00e9sincarn\u00e9 o\u00f9 pr\u00e9domine la gestion du sacr\u00e9 sur la fonction de t\u00e9moin de la Bonne Nouvelle. Cette privation des uns et cet enfermement des autres constituent une ind\u00e9niable forme de violence en \u00e9troite parent\u00e9 avec les repr\u00e9sentations st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es du f\u00e9minin et les discours n\u00e9vros\u00e9s sur la sexualit\u00e9. Ce syst\u00e8me g\u00e9n\u00e8re aussi l\u2019exclusion des femmes des minist\u00e8res ordonn\u00e9s, une autre injustice grave et un appauvrissement des communaut\u00e9s en qu\u00eate de figures rassembleuses. Je ne crois pas que l\u2019ordination des femmes et le mariage des pr\u00eatres puissent r\u00e9soudre tous ces probl\u00e8mes mais ils corrigeraient une forme insoutenable d\u2019apartheid et ouvriraient, \u00e0 tout le moins, sur une autre anthropologie des rapports hommes-femmes et de la sexualit\u00e9 dans l\u2019\u00c9glise.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">En effet, dans le syst\u00e8me actuel, les candidats au sacerdoce ne b\u00e9n\u00e9ficient pas de conditions favorables qui permettent d\u2019acqu\u00e9rir la maturit\u00e9 requise pour d\u00e9velopper des rapports \u00e9galitaires avec les femmes et assumer positivement leur sexualit\u00e9. Ce syst\u00e8me pave m\u00eame la voie au d\u00e9veloppement de diff\u00e9rents d\u00e9sordres et d\u00e9nis qui, combin\u00e9s, peuvent \u00eatre explosifs\u00a0: croire en la sup\u00e9riorit\u00e9 du pr\u00eatre jusqu\u2019\u00e0 son impunit\u00e9 (\u00eatre au-dessus des lois), occulter la sexualit\u00e9 au nom de la chastet\u00e9 mais l\u2019exercer dans la clandestinit\u00e9, etc. Les scandales qui minent pr\u00e9sentement l\u2019\u00c9glise catholique ont quelque chose \u00e0 voir avec ce mod\u00e8le de pr\u00eatrise. Et je ne pense pas que ce soit en r\u00e9affirmant haut et fort que seul le c\u00e9libat constitue le rem\u00e8de \u00e0 cette crise qu\u2019il y aura sortie effective de la crise. En attendant, des femmes et des enfants continuent d\u2019\u00eatre abus\u00e9s, viol\u00e9s, violent\u00e9s \u2026<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Le rapport \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, \u00e0 l\u2019ob\u00e9issance et au secret.<\/i>\u00a0\u00c0 mon avis, la cl\u00e9 qui verrouille ce syst\u00e8me a beaucoup \u00e0 voir avec les concepts de v\u00e9rit\u00e9, d\u2019ob\u00e9issance et de secret tels qu\u2019ils se d\u00e9ploient dans l\u2019\u00c9glise. En effet, une partie non n\u00e9gligeable de sa direction croit sinc\u00e8rement qu\u2019elle d\u00e9tient la V\u00e9rit\u00e9 et est incapable de reconna\u00eetre la capacit\u00e9 de discernement pr\u00e9sente dans la communaut\u00e9 eccl\u00e9siale. Cette v\u00e9rit\u00e9, qui serait transmise directement par l\u2019Esprit-Saint au magist\u00e8re, donne \u00e0 celui-ci un pouvoir absolu sur ses subordonn\u00e9s, clercs et la\u00efcs confondus. Elle l\u2019autorise \u00e0 exiger d\u2019eux soumission et ob\u00e9issance. Ce syst\u00e8me, qui s\u2019apparente \u00e0 de l\u2019autoritarisme, mine l\u2019\u00c9glise de l\u2019int\u00e9rieur. Pens\u00e9 pour assurer la coh\u00e9sion et la force de cette institution, il l\u2019atrophie et la rend incapable de se renouveler. Il gangr\u00e8ne l\u2019armature morale de l\u2019\u00c9glise. Les individus ne sont pas invit\u00e9s \u00e0 \u00eatre autonomes et responsables, \u00e0 exercer leur discernement moral, ils sont plut\u00f4t appel\u00e9s \u00e0 se plier aux exigences des autorit\u00e9s, \u00e0 ne pas questionner leurs d\u00e9cisions et \u00e0 ob\u00e9ir. Ce syst\u00e8me, violent en soi, favorise le d\u00e9veloppement d\u2019individus immatures et irresponsables au plan moral. Si certains y \u00e9chappent, il est frappant de voir \u00e0 quel point des membres de l\u2019institution eccl\u00e9siale ont int\u00e9rioris\u00e9 cette ob\u00e9issance infantilisante et sont paralys\u00e9s devant les diktats romains. On les entend parfois se rebiffer un peu, mais ils finissent habituellement par se soumettre. Et la loi du secret, l\u2019omerta eccl\u00e9siale, a passablement r\u00e9ussi, jusqu\u2019\u00e0 tout r\u00e9cemment, \u00e0 imposer le silence pour \u00e9viter le scandale ou pour ne pas discr\u00e9diter l\u2019\u00c9glise, quitte \u00e0 faire subir une autre forme de violence aux personnes violent\u00e9es, abus\u00e9es et viol\u00e9es par des gens d\u2019\u00c9glise. Les r\u00e9cents scandales, largement m\u00e9diatis\u00e9s, annoncent peut-\u00eatre que ce temps est r\u00e9volu.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><strong><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Des pistes de changement<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">L\u2019\u00c9glise catholique qu\u00e9b\u00e9coise a manifest\u00e9, depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, une sympathie bien r\u00e9elle \u00e0 l\u2019endroit des femmes et des enfants victimes de violence conjugale et une volont\u00e9 de contribuer au changement culturel et social. Par exemple, le document Violence en h\u00e9ritage (1989), r\u00e9alis\u00e9 par des femmes catholiques f\u00e9ministes, endoss\u00e9 et publi\u00e9 par le Comit\u00e9 des affaires sociales de l\u2019Assembl\u00e9e des \u00e9v\u00eaques du Qu\u00e9bec, est reconnu pour la qualit\u00e9 de son analyse du cycle de la violence. Il cerne courageusement et efficacement les causes de la violence telles l\u2019\u00e9conomie pr\u00e9datrice, le patriarcat et l\u2019histoire religieuse. La publication du document a \u00e9t\u00e9 suivie d\u2019une s\u00e9rie de s\u00e9ances de formation dans tout le Qu\u00e9bec \u2013 offertes en collaboration avec le R\u00e9seau des r\u00e9pondantes dioc\u00e9saines \u00e0 la condition des femmes en \u00c9glise \u2013, destin\u00e9es \u00e0 mieux rep\u00e9rer, analyser et intervenir pour contrer la violence conjugale.\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Or, lorsque des femmes en \u00c9glise ont interpell\u00e9 les autorit\u00e9s sur des questions de violence v\u00e9cues au sein m\u00eame de l\u2019institution eccl\u00e9siale, elles ont provoqu\u00e9 un s\u00e9rieux malaise. Va pour reconna\u00eetre la violence conjugale, mais la violence eccl\u00e9siale reste taboue\u00a0: exploitation sexuelle commises \u00e0 l\u2019endroit de femmes et d\u2019enfants, discriminations \u00e0 l\u2019endroit de personnes homosexuelles, exclusions pour non conformit\u00e9 \u00e0 la morale sexiste, etc. Nombre de croyantes et de croyants ont aujourd\u2019hui la conviction que l\u2019\u00c9glise d\u2019ici doit \u00eatre en mesure d\u2019appliquer \u00e0 son organisation l\u2019analyse et les rem\u00e8des qu\u2019elle pr\u00f4ne pour contrer la violence dans la soci\u00e9t\u00e9. Et on peut avancer que cette conviction est partag\u00e9e par des personnes d\u2019autres religions qui commencent \u00e0 questionner, de plus en plus ouvertement, les abus de toutes sortes commis par des gens de leur tradition religieuse. La cr\u00e9dibilit\u00e9 et la pertinence sociale des religions, comme sources d\u2019amour, de justice et de solidarit\u00e9, commandent que des paroles et des actes concrets d\u2019\u00e9radication de la violence soient pos\u00e9s au sein de chacune des traditions religieuses.\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><b>\u00a0L\u2019auteure est professeure au D\u00e9partement de sciences des religions de l\u2019UQAM, directrice de l\u2019Institut de recherches et d\u2019\u00e9tudes f\u00e9ministes (IREF) et membre fondatrice de la collective <em>L\u2019autre Parole<\/em><\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><b>Ce texte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans la revue\u00a0<\/b><i><b>Relations<\/b><\/i><b>\u00a0de\u00a0novembre 2010<\/b>\u00a0<b>(num\u00e9ro 744)\u00a0<\/b><br \/>\n<b>et est reproduit avec les permissions requises.<\/b><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marie-Andr\u00e9e Roy est professeure au D\u00e9partement de sciences des religions de l\u2019UQAM, directrice de l\u2019Institut de recherches et d\u2019\u00e9tudes f\u00e9ministes (IREF) et membre fondatrice de la collective L\u2019autre Parole<\/p>\n<p>\u00abLes religions qui cautionnent une forme ou l\u2019autre de hi\u00e9rarchie entre les sexes cultivent un terreau propice \u00e0 la subordination des femmes et l\u00e9gitiment la violence patriarcale.\u00bb<\/p>\n<p>Ce texte a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans la revue Relations de novembre 2010 (num\u00e9ro 744), et est reproduit avec les permissions requises. <a href=\"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=384\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":71,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"ppma_author":[246],"class_list":["post-384","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-femmes-en-eglise","author-marie-andree-roy"],"authors":[{"term_id":246,"user_id":71,"is_guest":0,"slug":"marie-andree-roy","display_name":"Marie-Andr\u00e9e Roy","avatar_url":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2016\/04\/Marie-Andre\u0301e-Roy-3.jpg","user_url":"","last_name":"Roy","first_name":"Marie-Andr\u00e9e","description":"Marie-Andr\u00e9e Roy, sociologue, est directrice du D\u00e9partement de sciences des religions et membre de l'Institut de recherches et d\u2019\u00e9tudes f\u00e9ministes (IREF) de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al (UQ\u00c0M). L\u2019analyse f\u00e9ministe des religions, les rapports femmes-hommes et les conservatismes religieux constituent ses principaux domaines d\u2019expertise. Sa th\u00e8se de doctorat en sociologie (1992) portait sur les femmes et le pouvoir dans l\u2019\u00c9glise catholique. Elle est cofondatrice de la collective f\u00e9ministe et chr\u00e9tienne L\u2019autre Parole."}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/384","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/71"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=384"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/384\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=384"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=384"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=384"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fppma_author&post=384"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}