{"id":402,"date":"2011-10-29T12:00:03","date_gmt":"2011-10-29T16:00:03","guid":{"rendered":"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=402"},"modified":"2014-01-08T10:11:22","modified_gmt":"2014-01-08T15:11:22","slug":"les-etapes-dune-conscientisation-lemergence-de-la-pensee-feministe-dans-la-societe-et-dans-leglise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=402","title":{"rendered":"Les \u00e9tapes d\u2019une conscientisation :  l\u2019\u00e9mergence de la pens\u00e9e f\u00e9ministe dans  la soci\u00e9t\u00e9 et dans l\u2019\u00c9glise"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; color: #000000; font-size: small; line-height: 1.714285714;\">On ne peut \u00e9tudier l\u2019\u00e9volution de la r\u00e9flexion sur la place de la femme dans l\u2019\u00c9glise, et a fortiori sur son acc\u00e8s aux minist\u00e8res ordonn\u00e9s, sans mentionner en parall\u00e8le les principaux \u00e9v\u00e9nements survenus dans la soci\u00e9t\u00e9 et qui ont puissamment contribu\u00e9 \u00e0 nourrir cette r\u00e9flexion. La mont\u00e9e du f\u00e9minisme en Occident, depuis le XIXe si\u00e8cle, a progressivement motiv\u00e9 les chr\u00e9tiennes \u00e0 r\u00e9viser fondamentalement le statut qu\u2019on leur avait attribu\u00e9 jusque-l\u00e0 dans l\u2019\u00c9glise catholique romaine.<!--more--><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Dans un pays de chr\u00e9tient\u00e9 comme le Qu\u00e9bec l\u2019a \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la R\u00e9volution tranquille, les premi\u00e8res militantes des droits civils des femmes, c\u00f4t\u00e9 francophone, furent pourtant des femmes catholiques d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9es au plan social. Je m\u2019en voudrais de ne pas rappeler ici les noms de Marie G\u00e9rin-Lajoie et de Caroline B\u00e9ique, fondatrices de la F\u00e9d\u00e9ration nationale Saint-Jean-Baptiste, et premi\u00e8res promotrices du droit de vote des femmes au niveau provincial. Les Canadiennes votaient d\u00e9j\u00e0 au plan f\u00e9d\u00e9ral depuis 1918 et le Qu\u00e9bec \u00e9tait la derni\u00e8re province du Canada \u00e0 leur refuser ce droit \u00e0 cause, principalement, de l\u2019opposition formelle de l\u2019\u00e9piscopat. L\u2019\u00e9chec de ces catholiques loyales, en 1923, amen\u00e8rent les militantes \u00e0 fonder plus tard un organisme aux structures neutres pour reprendre le combat avec, cette fois, les Idola Saint-Jean et Th\u00e9r\u00e8se Casgrain. Leur entreprise ne sera couronn\u00e9e de succ\u00e8s qu\u2019en 1940, vingt-deux ans apr\u00e8s leurs compatriotes protestantes des autres provinces.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">D\u2019autres gains ont \u00e9t\u00e9 ensuite r\u00e9alis\u00e9s, acc\u00e8s aux professions lib\u00e9rales, \u00e0 la magistrature, allocations familiales, \u00e9lections aux Communes et \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale et j\u2019en passe. Mais tous ces gains ont \u00e9t\u00e9 obtenus hors des structures d\u2019une \u00c9glise qui regardait avec inqui\u00e9tude cette participation accrue des femmes \u00e0 la vie sociale et politique du Qu\u00e9bec (qu\u2019on pense ici \u00e0 l\u2019opposition institu\u00e9e des \u00c9coles m\u00e9nag\u00e8res de Mgr Tessier contre les coll\u00e8ges classiques f\u00e9minins).<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Cette br\u00e8ve \u00e9vocation du terreau f\u00e9ministe qui se mettait lentement en place au Qu\u00e9bec \u00e0 cette \u00e9poque nous fait mieux comprendre la r\u00e9ception positive et parfois enthousiaste des Qu\u00e9b\u00e9coises \u00e0 plusieurs \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs qui contribu\u00e8rent puissamment ensuite \u00e0 faire avancer notre r\u00e9flexion sur la condition f\u00e9minine dans la soci\u00e9t\u00e9 et dans l\u2019\u00c9glise. Et ce, bien avant la fameuse prise de parole du cardinal George Flahiff en 1970.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">C\u2019est dans la d\u00e9cennie des ann\u00e9es \u201950 en effet que sera publi\u00e9 un best-seller qui sera bient\u00f4t traduit en plusieurs langues et fera rapidement le tour du monde occidental, je veux parler du\u00a0<i>Deuxi\u00e8me sexe<\/i>\u00a0de la philosophe fran\u00e7aise Simone de Beauvoir. Cette somme imposante mettait pour la premi\u00e8re fois \u00e0 jour la situation d\u2019ali\u00e9nation d\u00e9volue aux femmes par la culture des soci\u00e9t\u00e9s patriarcales. \u00ab\u00a0On ne nait pas femme, disait-elle, on le devient\u00a0\u00bb. Ce livre rigoureux et document\u00e9 sera lu, analys\u00e9 et abondamment discut\u00e9 au Qu\u00e9bec en d\u00e9pit des vives mises en garde des autorit\u00e9s religieuses.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Au m\u00eame moment apparaissait, encore en France, un livre d\u2019Albert Memmi,\u00a0<i>Le portrait du colonis\u00e9<\/i>\u00a0qui d\u00e9crivait la situation du colonis\u00e9 Alg\u00e9rien amen\u00e9 \u00e0 int\u00e9rioriser la vision rapetissante et paternaliste que se fait de lui le colonisateur. Si ce br\u00fblot a des r\u00e9percussions certaines ici sur la mani\u00e8re de formuler politiquement la question nationale, il est \u00e9galement lu par des f\u00e9ministes qu\u00e9b\u00e9coises qui d\u00e9couvrent l\u00e0 une autre grille d\u2019analyse de leur assimilation \u00e0 une d\u00e9finition d\u2019elles-m\u00eames formul\u00e9e \u00e0 partir de la domination de l\u2019autre.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Au cours de la d\u00e9cennie suivante, en 1963, para\u00eet un autre best-seller, en provenance des \u00c9tats-Unis cette fois, c\u2019est celui de la militante f\u00e9ministe Betty Freidan et qui sera rapidement traduit en fran\u00e7ais sous le titre de\u00a0<i>La femme mystifi\u00e9e<\/i>. L\u2019auteure proc\u00e8de \u00e0 une analyse d\u00e9capante de cette \u00ab\u00a0mystique f\u00e9minine\u00a0\u00bb qui glorifie le r\u00f4le d\u2019\u00e9pouse, de m\u00e8re et de ma\u00eetresse de maison hors pair. Elle d\u00e9monte ce proc\u00e9d\u00e9 qui a pour effet, sous pr\u00e9texte d\u2019hommage, de restreindre le r\u00f4le de la femme aux limites de son foyer et de g\u00e9n\u00e9rer chez elle un certain sentiment de culpabilit\u00e9 si elle fait mine d\u2019en sortir. Des chr\u00e9tiennes ont t\u00f4t fait d\u2019appliquer cette grille de lecture \u00e0 leur propre situation dans l\u2019\u00c9glise. L\u2019exaltation de la d\u00e9votion mariale sous-tend le discours tout aussi mystifiant sur le r\u00f4le compl\u00e9mentaire et indispensable de la femme dans l\u2019\u00c9glise, sur sa spiritualit\u00e9 du don de soi, de la place \u00e9minente qu\u2019elle tient dans l\u2019\u00e9conomie du salut. Comme dans le livre de Freidan, on la hisse sur un pi\u00e9destal pour mieux l\u2019emp\u00eacher d\u2019agir sur le terrain.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Mais si rien ne semble devoir changer dans le discours et les pratiques de l\u2019\u00c9glise au Qu\u00e9bec, au m\u00eame moment en 1964, le bill 16, pilot\u00e9 par la premi\u00e8re femme ministre, Claire Kirkland-Casgrain vient mettre fin \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 juridique de la femme. La voil\u00e0 donc, tout comme l\u2019homme, son \u00e9gale et citoyenne \u00e0 part enti\u00e8re. L\u2019\u00c9glise catholique est loin d\u2019en \u00eatre l\u00e0.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Trois ans plus tard, une universitaire am\u00e9ricaine de renom publie \u00e0 son tour un br\u00fblot\u00a0: c\u2019est\u00a0<i>Sexual politics<\/i>\u00a0de Kate Millet bient\u00f4t traduit en fran\u00e7ais sous le titre de\u00a0<i>La politique du m\u00e2le<\/i>. Ce livre-l\u00e0, lui aussi, sera lu et discut\u00e9 ici dans un grand nombre de colloques et d\u2019\u00e9missions d\u2019affaires publiques. Cette vision patriarcale du pouvoir d\u00e9crite par Millet et diffus\u00e9e de plus en plus par les m\u00e9dia rejoint, elle aussi, celle qui s&rsquo;\u00e9labore dans les instances f\u00e9minines de l\u2019\u00c9glise. Depuis plus de vingt ans que les Qu\u00e9b\u00e9coises votent \u00e0 tous les paliers de la soci\u00e9t\u00e9 civile, elles prennent de plus en plus conscience de l\u2019absence totale d\u2019instances d\u00e9mocratiques dans leur \u00c9glise. Bien qu\u2019elle se d\u00e9fende d\u2019avoir \u00e0 se conformer aux structures politiques existantes, l\u2019\u00c9glise catholique romaine fonctionne, dans les faits, comme une monarchie masculine absolue. C\u2019est pourquoi \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque et pour agir plus efficacement, une militante chr\u00e9tienne, Simone Monet-Chartrand fonde, avec d&rsquo;autres, la F\u00e9d\u00e9ration des femmes du Qu\u00e9bec. Encore une fois, c&rsquo;est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de structures la\u00efques que la cause des femmes est appel\u00e9e l\u00e0 aussi \u00e0 progresser. Des publications comme\u00a0<i>La vie en rose<\/i>\u00a0ou\u00a0<i>Qu\u00e9b\u00e9coises deboutte<\/i>\u00a0v\u00e9hiculent le message.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Mais l\u2019\u00e9v\u00e9nement le plus d\u00e9terminant de la conscientisation des femmes en \u00c9glise se situe en 1968 et c\u2019est une affaire interne \u00e0 l\u2019\u00c9glise, \u00ab\u00a0l&rsquo;affaire de la pilule\u00a0\u00bb. En 1960 en effet, un moyen de contraception, cette fois \u00e0 base chimique, est mis sur le march\u00e9 aux \u00c9tats-Unis et se trouve rapidement commercialis\u00e9 dans le monde. Le Canada n\u2019est pas en reste. Sous des pressions venues de toutes parts, particuli\u00e8rement en provenance des \u00c9glises d\u2019Occident, Rome doit consentir \u00e0 cr\u00e9er une commission sp\u00e9ciale pour \u00e9tudier le caract\u00e8re, peccamineux ou non, de ce nouveau moyen de contraception qui utilise, cette fois, une hormone pr\u00e9sente naturellement dans l\u2019organisme f\u00e9minin.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">La commission romaine comprendra cependant une seule femme, une Philippine, r\u00e9pondant au nom pr\u00e9destin\u00e9 de \u00ab\u00a0Conception\u00a0\u00bb\u2026 Tous les autres membres seront des hommes dont\u2014et cela va de soi\u2014une pl\u00e9thore de casuistes. La commission rendra malgr\u00e9 tout un rapport favorable \u00e0 l&rsquo;\u00e9largissement de la discipline conjugale, rapport que Paul VI, sous l&rsquo;influence du futur pape polonais, le cardinal Wojtyla, rejettera en 1968 avec la publication de l&rsquo;encyclique\u00a0<i>Humanae vitae<\/i>. Cette d\u00e9cision plongera l\u2019opinion la\u00efque mondiale dans la consternation.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Au Qu\u00e9bec,\u00a0<i>Humanae vitae<\/i>\u00a0marquera une \u00e9tape capitale dans l\u2019\u00e9volution de la conscience des femmes catholiques. Apr\u00e8s l&rsquo;encyclique, un grand nombre abandonneront tout bonnement toute pratique religieuse. Leurs conjoints et leurs enfants en feront autant. Une \u00e9crasante majorit\u00e9 de pratiquantes d\u00e9cid\u00e8rent de passer outre et de laisser \u00e0 la conscience du couple la responsabilit\u00e9 de d\u00e9cider de la mani\u00e8re d&rsquo;effectuer leur planification familiale.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Quant \u00e0 eux, les pr\u00eatres qu\u00e9b\u00e9cois cess\u00e8rent massivement d\u2019aborder le probl\u00e8me au confessionnal et les cours d\u2019enseignement religieux se gard\u00e8rent bien d\u2019en faire la moindre allusion en classe. La question avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9e en un temps record par les catholiques et les femmes avaient v\u00e9cu l\u00e0 une premi\u00e8re et importante exp\u00e9rience de r\u00e9sistance.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Cette exp\u00e9rience aura ensuite des retomb\u00e9es non n\u00e9gligeables sur bien d\u2019autres aspects de la vie en \u00c9glise dont la liturgie n\u2019est pas la moindre. Il va de soi que nos \u00e9v\u00eaques purent constater et d\u00e9plorer eux-m\u00eames les effets ravageurs de l\u2019encyclique sur la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne qu\u00e9b\u00e9coise. Nous venions tous et toutes de vivre un grand tournant dans la manifestation de nos attentes. Force \u00e9tait de tourner la page et de passer \u00e0 autre chose. Le temps \u00e9tait d\u2019ailleurs propice\u00a0: \u00e0 Ottawa s\u2019ouvrent alors les assises de la Commission Bird sur la situation de la femme. On est \u00e0 m\u00eame de mesurer de plus en plus le d\u00e9calage qui s\u00e9pare les droits des citoyennes de ceux des citoyennes catholiques.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">C\u2019est donc en 1970 que le cardinal George B. Flahiff, dans une d\u00e9claration dont nous nous rappelons particuli\u00e8rement aujourd\u2019hui, d\u00e9cide de briser l\u2019omerta observ\u00e9e jusque-l\u00e0 \u00e0 Rome sur la question des minist\u00e8res f\u00e9minins. Au nom des \u00e9v\u00eaques du Canada dont il \u00e9tait alors le pr\u00e9sident, il recommande au synode romain de former \u00ab\u00a0imm\u00e9diatement\u00a0\u00bb une commission mixte afin d\u2019\u00e9tudier en profondeur la question des minist\u00e8res f\u00e9minins dans l\u2019\u00e9glise.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Rome ayant l\u2019\u00e9ternit\u00e9 devant elle mettra trois ans \u00e0 mettre pr\u00e9cautionneusement une telle commission sur pied. Mais d\u00e8s 1972 Paul VI avait d\u00e9j\u00e0 pris soin d\u2019administrer pr\u00e9alablement une douche froide aux membres de la commission aux termes d\u2019un\u00a0<i>motu proprio, Ministeria quaedam<\/i>, r\u00e9servant aux hommes les minist\u00e8res du lectorat et de l\u2019acolytat. Les femmes peuvent d\u00e9j\u00e0 imaginer le sort r\u00e9serv\u00e9, en pareils termes, au diaconat et au sacerdoce\u00a0! En 1974, la commission remettra n\u00e9anmoins un timide rapport dont on ne tiendra aucun compte. Elle sera tout bonnement abolie en 1976.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">La Curie a donc pris la situation bien en main. Aussit\u00f4t la commission abolie, la Congr\u00e9gation pour la doctrine de la foi publie, la m\u00eame ann\u00e9e, un document intitul\u00e9\u00a0<i>Inter signores\u00a0<\/i>qui affirme que l\u2019\u00c9glise ne se consid\u00e8re pas autoris\u00e9e \u00e0 admettre les femmes \u00e0 l\u2019ordination sacerdotale.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Jean-Paul II ayant succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 Paul VI jugera l\u2019affaire assez s\u00e9rieuse pour lui consacrer une encyclique\u00a0<i>Mulieris dignitatem<\/i>\u00a0sur la dignit\u00e9 et la vocation sp\u00e9cifique de la femme, vocation qui, bien s\u00fbr, n\u2019a rien \u00e0 voir avec l\u2019exercice des minist\u00e8res. Mais plus que jamais, la femme est hiss\u00e9e sur un pi\u00e9destal et entour\u00e9e de l\u2019aura glorieuse de la \u00ab\u00a0mystique f\u00e9minine\u00a0\u00bb si bien d\u00e9crite par Betty Friedan. Le cardinal Ratzinger, toujours pr\u00e9fet de l\u2019ex Saint-Office, en rajoutera en 2004 dans une lettre consacr\u00e9e au th\u00e8me bien connu de la collaboration et de la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre l\u2019homme et la femme dans l\u2019\u00e9glise, encore \u00e0 l\u2019exclusion, bien s\u00fbr, du partage des minist\u00e8res.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Mais durant toutes ces ann\u00e9es de pi\u00e9tinement du dossier, plusieurs \u00e9v\u00eaques du Qu\u00e9bec, parmi les plus chauds d\u00e9fenseurs de Vatican II, interviennent ponctuellement en faveur de l\u2019avancement du dossier des femmes dans l\u2019\u00c9glise. Souvenons-nous de ces alli\u00e9s disparus que furent le cardinal Vachon, Mgrs Lebel, Hubert, Hamelin et Ouellet. C\u2019\u00e9tait une bien belle \u00e9poque.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Mais passons \u00e0 1994. Jean-Paul II affirme d\u00e9sormais dans une lettre apostolique que \u00ab\u00a0l\u2019ordination sacerdotale est exclusivement r\u00e9serv\u00e9e aux hommes et cette position doit \u00eatre d\u00e9finitivement tenue par tous les fid\u00e8les\u00a0\u00bb. Cette d\u00e9claration, comme on peut s\u2019y attendre, provoque un toll\u00e9 au Qu\u00e9bec et des requ\u00eates en contestation aupr\u00e8s du pr\u00e9sident de la CECC s\u2019accumulent.\u00a0<i>Le Devoir<\/i>\u00a0s\u2019empresse d\u2019en faire \u00e9tat. Avec les semaines, plus de 2000 signatures seront r\u00e9unies, t\u00e9moignage dont nos \u00e9v\u00eaques prendront bonne note. \u00c0 leur visite ad limina de 2007, ils d\u00e9clareront que \u00ab\u00a0la transformation de la femme dans la soci\u00e9t\u00e9 interpelle de plein fouet la r\u00e9flexion et l\u2019action eccl\u00e9siale\u00a0\u00bb. Mais dans une \u00c9glise postconciliaire qui a vid\u00e9 le synode des \u00e9v\u00eaques de tout contenu et maintenu ses structures anti-d\u00e9mocratiques en place apr\u00e8s le Concile, que peuvent la bonne volont\u00e9 et les efforts d\u2019un petit \u00e9piscopat comme le n\u00f4tre\u00a0?<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000; font-size: small;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Le dossier des minist\u00e8res f\u00e9minins est inexorablement li\u00e9 \u00e0 la restauration de l\u2019esprit et des pratiques de Vatican II comme \u00e0 l\u2019av\u00e8nement de structures d\u00e9mocratiques dans l\u2019\u00c9glise. Sur un tel terrain, femmes et hommes m\u00e8nent un m\u00eame combat.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><b>Table ronde sous le th\u00e8me :\u00a0<i>40 ans de t\u00e9nacit\u00e9 des femmes en \u00c9glise<\/i>\u00a0tenue \u00e0 Qu\u00e9bec et organis\u00e9e pas\u00a0<i>Femmes et Minist\u00e8res<\/i>\u00a0\u00e0 l&rsquo;occasion du 40e\u00a0anniversaire de la d\u00e9claration du cardinal George B. Flahiff en faveur de l&rsquo;ouverture des minist\u00e8res ordonn\u00e9s aux femmes lors du synode de Rome en 1971.<\/b><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Table ronde sous le th\u00e8me : 40 ans de t\u00e9nacit\u00e9 des femmes en \u00c9glise tenue \u00e0 Qu\u00e9bec et organis\u00e9e pas Femmes et Minist\u00e8res \u00e0 l&rsquo;occasion du 40e anniversaire de la d\u00e9claration du cardinal George B. Flahiff en faveur de l&rsquo;ouverture des minist\u00e8res ordonn\u00e9s aux femmes lors du synode de Rome en 1971. <a href=\"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=402\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":60,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[28],"tags":[],"ppma_author":[144],"class_list":["post-402","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-40e_anniversaire","author-helene-pelletier-baillargeon"],"authors":[{"term_id":144,"user_id":60,"is_guest":0,"slug":"helene-pelletier-baillargeon","display_name":"H\u00e9l\u00e8ne Pelletier-Baillargeon","avatar_url":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2014\/06\/Helene-Pelletier-Baillargeon.png","user_url":"","last_name":"Pelletier-Baillargeon","first_name":"H\u00e9l\u00e8ne","description":"Femme de lettres qu\u00e9b\u00e9coise, journaliste, essayiste et biographe, H\u00e9l\u00e8ne Pelletier-Baillargeon occupe une place importante dans la soci\u00e9t\u00e9 et l'\u00c9glise du Qu\u00e9bec. Auteure de \u00ab Marie G\u00e9rin-Lajoie, de m\u00e8re en fille, la cause des femmes \u00bb (Bor\u00e9al Express, 1985), codirectrice de \u00ab Simone Monet-Chartrand, un h\u00e9ritage et des projets \u00bb (\u00c9ditions Fides et Remue-m\u00e9nage, 1993), elle est laur\u00e9ate du prix Rosaire-Morin 2011 de L'Action nationale. 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