{"id":4035,"date":"2016-11-21T15:23:49","date_gmt":"2016-11-21T20:23:49","guid":{"rendered":"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=4035"},"modified":"2016-11-23T10:19:18","modified_gmt":"2016-11-23T15:19:18","slug":"du-dernier-rang-recension","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=4035","title":{"rendered":"Du dernier rang &#8211; recension"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\"><a href=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?attachment_id=4037\" rel=\"attachment wp-att-4037\"><img decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4037\" src=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/COUV-Du-dernier-rang.jpg\" alt=\"couv-du-dernier-rang\" width=\"90\" height=\"117\" \/><\/a>Une recension du livre de Lucetta Scaraffia, <strong><em>Du dernier rang \u2013 Les femmes et l\u2019\u00c9glise<\/em><\/strong>, Salvator, 157 p. septembre 2016<\/span><br \/>\npar\u00a0<em>Anne Soupa<br \/>\n<\/em><\/span><strong><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 8pt;\">(Recension publi\u00e9e sur le site <a href=\"http:\/\/alpha.comitedelajupe.fr\/?q=content\/du-dernier-rang\">Le comit\u00e9 de la jupe<\/a>\u00a0et reproduite avec les permissions requises)<\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Lucetta Scaraffia vient de publier un livre qui fait appel \u00e0 son exp\u00e9rience, celle du \u00ab\u00a0dernier rang\u00a0\u00bb o\u00f9 sont indument plac\u00e9es les femmes dans l\u2019\u00c9glise. Son r\u00e9quisitoire ardent est celui d\u2019une historienne qui rappelle que le christianisme est profond\u00e9ment \u00e9galitaire dans sa conception des hommes et des femmes. De quoi applaudir des deux mains! Avec humour et finesse, elle partage ses nombreuses exp\u00e9riences de l\u2019indiff\u00e9rence eccl\u00e9siale actuelle envers les femmes et entra\u00eene son lecteur vers les \u00e9clairages in\u00e9dits que sa grande culture permet.<\/span><!--more--><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Tr\u00e8s int\u00e9ressante est sa mani\u00e8re de renverser la perspective encore fr\u00e9quente qui consiste, pour les femmes, \u00e0 \u00eatre aimant\u00e9es par les r\u00f4les \u00ab\u00a0masculins\u00a0\u00bb afin de les endosser. Lucetta souligne les efforts d\u2019ex\u00e9g\u00e8tes qui valorisent les activit\u00e9s des femmes des \u00c9critures, que ce soit \u00e0 la maison, dans le soin des corps ou dans leurs relations. C\u2019est un changement de perspective qui s\u2019installe petit \u00e0 petit dans la soci\u00e9t\u00e9 civile, o\u00f9 l\u2019on ose maintenant contester la valeur normative du comportement masculin afin d\u2019\u00e9couter d\u2019abord les besoins de sa vie concr\u00e8te.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Ce livre est donc un encouragement puissant \u00e0 ce que l\u2019\u00c9glise institutionnelle ouvre les yeux sur la contribution indispensable des femmes. Son charme vient de la force de la parole de Lucetta, et non d\u2019un esprit de d\u00e9monstration ou de justification ex\u00e9g\u00e9tique ou philosophique. Il n\u2019emp\u00eache que certains de ses pr\u00e9suppos\u00e9s, plus affirm\u00e9s qu\u2019install\u00e9s, ouvrent au d\u00e9bat.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">L\u2019un d\u2019eux est le r\u00f4le central que Lucetta accorde \u00e0 la maternit\u00e9 pour d\u00e9finir le destin f\u00e9minin. Que celle-ci soit importante, personne ne le contestera. Mais sur quels appuis scripturaires l\u2019\u00e9tayer? N\u2019est-il pas \u00e9trange que, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de J\u00e9sus qui n\u2019a jamais parl\u00e9 de vocation des femmes \u00e0 la maternit\u00e9, l\u2019\u00c9glise ose la mettre au pinacle? Ni les grands r\u00e9cits de la Gen\u00e8se ni J\u00e9sus n\u2019ont donn\u00e9 de contenu positif \u00e0 la \u00ab\u00a0diff\u00e9rence\u00a0\u00bb. Elle \u00ab\u00a0est\u00a0\u00bb et se suffit \u00e0 elle-m\u00eame. Gen\u00e8se\u00a02 la fonde et \u00e9tablit une stricte \u00e9galit\u00e9 entre l\u2019homme et la femme; Gen\u00e8se\u00a03, certes, \u00e9voque la maternit\u00e9 des femmes. Mais aussi le travail agricole des hommes. Si la maternit\u00e9 \u00e9tait un destin, celui des hommes serait toujours aux champs, ce que personne ne soutient. Lucetta la revendique au nom de l\u2019Incarnation\u00a0: nous devons faire ce pour quoi notre corps est fait. Fort bien. Les hommes sont-ils des \u00e9talons reproducteurs avant d\u2019\u00eatre des personnes humaines? Le socle, pour moi intangible, de toute vocation est d\u2019assumer sa condition d\u2019\u00eatre humain. La maternit\u00e9 n\u2019est pas la carte de visite des femmes. L\u2019\u00eatre humain est \u00ab\u00a0parce qu\u2019il est\u00a0\u00bb, point final. Sinon, il est l\u2019instrument de la t\u00e2che pour laquelle on le d\u00e9finit, c\u2019est-\u00e0 dire qu\u2019il en est l\u2019esclave. Oublier cela, c\u2019est oublier l\u2019attitude de J\u00e9sus qui a consid\u00e9r\u00e9 ses interlocutrices comme des \u00eatres humains \u00e0 part enti\u00e8re. Il s\u2019en suit que la diff\u00e9rence voulue par le Cr\u00e9ateur permet la relation entre les \u00eatres, elle est un piment pour l\u2019esprit d\u2019invention. Selon les cultures, elle varie\u2026 Comme il me para\u00eet \u00e9trange de lui chercher \u00e0 tout prix un socle normatif! Ne serait-ce pas le signe qu\u2019on ne la trouve plus en soi? Qui nous emp\u00eache de la vivre pleinement? En \u00ab\u00a0dernier recours\u00a0\u00bb, et \u00e0 rebours de sa grande tradition, le magist\u00e8re s\u2019appuie aujourd\u2019hui sur la notion de \u00ab\u00a0nature\u00a0\u00bb, en l\u2019occurrence sur la biologie. Mais nous savons tous combien le discours sur la diff\u00e9rence a, au cours de l\u2019histoire, masqu\u00e9 un \u00e2pre combat pour la d\u00e9fense d\u2019in\u00e9galit\u00e9s de droits. Je crains que le non acc\u00e8s au minist\u00e8re presbyt\u00e9ral que d\u00e9fend le magist\u00e8re et que Lucetta cautionne comme \u00ab\u00a0avant-poste de la diff\u00e9rence\u00a0\u00bb ne soit encore un combat cat\u00e9goriel maquill\u00e9 en propos th\u00e9ologique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Derri\u00e8re cette option s\u2019en profilent d\u2019autres que je questionne aussi. Lucetta regrette la d\u00e9connection sexualit\u00e9-procr\u00e9ation que permet la pilule, dans une contestation assez rude de ce qu\u2019est aujourd\u2019hui une sexualit\u00e9 sans procr\u00e9ation. Le christianisme, en effet, \u00e0 la diff\u00e9rence du juda\u00efsme (on peut se demander sur quelles bases scripturaires?), ne reconna\u00eet aucune place au plaisir, m\u00eame si Jean-Paul\u00a0II a accord\u00e9 un petit strapontin \u00e0 l\u2019amour entre les \u00e9poux. L\u2019acte sexuel y reste conditionn\u00e9 par la procr\u00e9ation. Paul\u00a0VI, dit Lucetta, \u00ab\u00a0refusa de consid\u00e9rer le sexe comme exclusivement source de plaisir\u00a0\u00bb. Mais pourquoi passer d\u2019un extr\u00eame \u00e0 l\u2019autre? Le magist\u00e8re peut-il seulement imaginer qu\u2019il y ait dans le plaisir une vraie \u00e9thique de l\u2019autre? Une sexualit\u00e9 sans procr\u00e9ation a aussi ses r\u00e8gles, fond\u00e9es sur la gratuit\u00e9, l\u2019\u00e9change, l\u2019\u00e9coute. Quand on entend des femmes \u00e2g\u00e9es \u00e9voquer leur vie sexuelle, elles parlent d\u2019un mauvais moment \u00e0 passer et de rien d\u2019autre. L\u2019homme actionnait la rencontre selon son unique exigence \u00e0 lui. O\u00f9 \u00e9tait la femme? \u00c9tait-ce si bien que cela? Quant au proph\u00e9tisme d\u2019<em>Humanae Vitae<\/em>\u2026 oui, l\u2019histoire, avec les pr\u00e9occupations \u00e9cologiques est venue au secours d\u2019une encyclique qui n\u2019en promettait pas tant. D\u2019une fa\u00e7on plus large, c\u2019est l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit optimiste qui agitait les soci\u00e9t\u00e9s occidentales dans la seconde moiti\u00e9 du 20e\u00a0si\u00e8cle que Lucetta brocarde, souvent avec une r\u00e9elle force de conviction. Oui, l\u2019id\u00e9e de progr\u00e8s a fait long feu; elle est aujourd\u2019hui suspecte. Mais honn\u00eatement, qui a bien pu croire que la lib\u00e9ration sexuelle apporterait le bonheur? Qui croit les bonimenteurs de ce genre? J\u2019ai eu l\u2019impression, sur cette question comme sur celle du genre, d\u2019atteindre aux limites d\u2019une tactique qui consiste \u00e0 trop grossir ce que l\u2019on veut contester. Oui, les \u00e9tudes de genre ont eu leurs exc\u00e8s. Tout est-il \u00e0 jeter?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Reste la tr\u00e8s difficile question de l\u2019avortement. Lucetta souligne que c\u2019est celle du droit d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019humanit\u00e9. Mais la nature est sauvage, elle prolif\u00e8re sans foi ni loi. L\u2019humaniser, c\u2019est d\u2019abord la circonscrire. Lucetta fait aussi sienne la fiction selon laquelle les st\u00e9rilisations emp\u00eachent la naissance d\u2019enfants ind\u00e9sirables. Mais ces enfants n\u2019existent pas plus que le pot \u00e0 lait de Perrette. Vit-on dans le fantasme d\u2019une humanit\u00e9 qui serait la somme de tous les spermatozo\u00efdes et de tous les ovules, ou vit-on dans la r\u00e9alit\u00e9 des \u00eatres qui sont l\u00e0? Encore faudrait-il aussi savoir d\u00e9finir le moins mal possible le moment o\u00f9 le f\u0153tus devient une personne humaine. Il n\u2019emp\u00eache, encore&#8230; Le couple form\u00e9 par la m\u00e8re et l\u2019enfant qu\u2019elle porte est le lieu le plus embl\u00e9matique d\u2019un apprentissage vital\u00a0: celui de l\u2019autre. Rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 ce que les r\u00e9ponses t\u00e2tonnent&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Anne Soupa<br \/>\nLe 12 octobre 2016<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une recension du livre de Lucetta Scaraffia, Du dernier rang \u2013 Les femmes et l\u2019\u00c9glise, Salvator, 157 p. septembre 2016 par\u00a0Anne Soupa (Recension publi\u00e9e sur le site Le comit\u00e9 de la jupe\u00a0et reproduite avec les permissions requises) Lucetta Scaraffia vient &hellip; <a href=\"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=4035\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":175,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[15],"tags":[],"ppma_author":[319],"class_list":["post-4035","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recensions","author-soupa_anne"],"authors":[{"term_id":319,"user_id":175,"is_guest":0,"slug":"soupa_anne","display_name":"Anne Soupa","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/5348aa913fc6d009b332587daf7980c826bed3ae673f645e824d033304ea7d8a?s=96&d=wp_user_avatar&r=g","user_url":"","last_name":"Soupa","first_name":"Anne","description":"Dipl\u00f4m\u00e9e de l\u2019Institut d'\u00e9tudes politiques de Paris, titulaire d\u2019une ma\u00eetrise en droit et d\u2019une ma\u00eetrise en th\u00e9ologie, Anne Soupa est une bibliste sp\u00e9cialis\u00e9e dans la vulgarisation biblique. Elle est cofondatrice du Comit\u00e9 de la jupe et de la Conf\u00e9rence catholique des baptis\u00e9-e-s francophones. Elle est, entre autres, auteure de Dieu aime-t-il les femmes? (M\u00e9diaspaul,\u200e 2012), Douze femmes dans la vie de J\u00e9sus (Salvator, 2014) et Fran\u00e7ois, la divine surprise (Mediaspaul, 2014)."}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4035","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/175"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4035"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4035\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4035"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4035"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4035"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fppma_author&post=4035"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}