{"id":4640,"date":"1995-02-15T10:00:00","date_gmt":"1995-02-15T15:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=4640"},"modified":"2018-01-18T16:23:02","modified_gmt":"2018-01-18T21:23:02","slug":"les-femmes-engagees-en-eglise-et-leurs-relations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=4640","title":{"rendered":"Les femmes engag\u00e9es en \u00c9glise et leurs relations"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 80, de nombreuses \u00e9tudes en sciences sociales se sont appliqu\u00e9es \u00e0 d\u00e9montrer une d\u00e9saffection notable pour les grandes id\u00e9ologies sociales, politiques et \u00e9conomiques, pour les constructions rationnelles du sens, pour les relations longues et indirectes, pour les m\u00e9diations institutionnelles de toutes sortes. Pendant qu&rsquo;en surface, une course effr\u00e9n\u00e9e au progr\u00e8s technologique se poursuit, de larges couches souterraines de la socialit\u00e9 sont \u00e0 reb\u00e2tir un tissu humain plus chaud, fait de proximit\u00e9 et de relations proches. On ne parle plus ici de tendance mais de fait social assur\u00e9. Au Canada, et au Qu\u00e9bec particuli\u00e8rement, toutes les institutions sont touch\u00e9es, y compris l&rsquo;\u00c9glise. Derni\u00e8rement encore, une recherche r\u00e9alis\u00e9e aupr\u00e8s du personnel pastoral du dioc\u00e8se de Saint-J\u00e9r\u00f4me mentionnait la forte connotation relationnelle des approches pastorales f\u00e9minines :<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Cette forte composante affective, dans les entrevues, est majoritairement port\u00e9e par les femmes. Ce sont elles qui \u00e9laborent le plus sur l&rsquo;importance de la relation pour elles-m\u00eames et pour ceux et celles aupr\u00e8s de qui elles interviennent [&#8230;] S&rsquo;il est un lieu o\u00f9 semble se dessiner une diff\u00e9rence marqu\u00e9e entre les hommes et les femmes qui \u0153uvrent en pastorale c&rsquo;est bien celui de la dimension relationnelle et affective<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote6sym\" name=\"sdendnote6anc\"><sup>vi<\/sup><\/a>.<\/span><!--more--><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">En plus d&rsquo;\u00eatre le fait d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 postmoderne qui valorise les rapports directs de pr\u00e9f\u00e9rence aux relations longues, plus r\u00e9serv\u00e9es et plus lointaines, il semble y avoir ici la marque de valeurs chr\u00e9tiennes invitant \u00e0 la rencontre intime d&rsquo;un Dieu personnel. Ou encore, une empathie naturelle pour le prochain, celui ou celle dont on se fait proche. Peut-\u00eatre \u00e9galement, une coloration particuli\u00e8re issue de l&rsquo;exp\u00e9rience f\u00e9minine. Quoi qu&rsquo;il en soit, notre recherche confirme les r\u00e9sultats de l&rsquo;\u00e9quipe de Saint-J\u00e9r\u00f4me et appuie ceux du collectif dirig\u00e9 par Anita Caron <a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote7sym\" name=\"sdendnote7anc\"><sup>vii<\/sup><\/a>. Pourtant, un point n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 clairement d\u00e9fini : de quoi est compos\u00e9 ce relationnel ? Abrite-t-il de simples retours sur soi ou des forces subversives de changement ? N&rsquo;est-il que simple \u00ab\u00a0quant-\u00e0-soi\u00a0\u00bb renfrogn\u00e9 ou d\u00e9sir de construire autrement ? Cache-t-il une nouvelle fa\u00e7on de faire<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">\u00c9glise ou la peur d&rsquo;affronter les probl\u00e8mes de l&rsquo;institution eccl\u00e9siale ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Il serait hasardeux de pr\u00e9tendre que les r\u00e9pondantes ont abord\u00e9 directement ces questions. Mais une chose est s\u00fbre, l&rsquo;analyse de contenu a d\u00e9gag\u00e9 une telle richesse qu&rsquo;il a fallu le d\u00e9ploiement d&rsquo;un large \u00e9ventail de pratiques relationnelles pour rendre compte de nos d\u00e9couvertes. Longuement, ces femmes ont parl\u00e9 de leur communaut\u00e9 d&rsquo;appartenance, des relations avec leurs confr\u00e8res et cons\u0153urs de travail, de leur cheminement de femmes et de cette relation privil\u00e9gi\u00e9e avec un Dieu qui ne cesse de les fasciner.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Avec un immense respect, nous tenterons ici de d\u00e9ployer les diff\u00e9rentes facettes de ces relations parfois si intimes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><b>Les relations avec la communaut\u00e9<\/b><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Pour la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des interview\u00e9es, la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne est primordiale. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une vague entit\u00e9 th\u00e9orique, ni m\u00eame sociologique, mais d&rsquo;un regroupement de personnes aux visages, situations et probl\u00e8mes concrets. Qu&rsquo;elles travaillent \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, \u00e0 la prison, au niveau dioc\u00e9sain ou en paroisse, une approche personnelle, empathique et amicale leur appara\u00eet essentielle. Pour ces femmes, sortir du fonctionnalisme et de la bureaucratie froide, c&rsquo;est \u00ab\u00a0faire du neuf\u00a0\u00bb :<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Moi je sens que mon r\u00f4le, ma fa\u00e7on de faire est particuli\u00e8re. Ce qui compte c&rsquo;est l&rsquo;attention aux personnes&#8230; elles sont importantes pour moi&#8230; elles sont au centre de mon travail. La personne avant la structure. Voil\u00e0 du neuf dans une \u00c9glise exclusivement masculine<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote8sym\" name=\"sdendnote8anc\"><sup>viii<\/sup><\/a>.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Certaines avoueront m\u00eame que la qualit\u00e9 de leur travail et les satisfactions obtenues passeront obligatoirement par ce besoin d&rsquo;\u00eatre en lien chaleureux avec les autres. \u00ab\u00a0Pour moi, c&rsquo;est important de m&rsquo;occuper de la personne humaine. J&rsquo;ai besoin de relations, d&rsquo;intimit\u00e9 avec les gens.\u00a0\u00bb R\u00e9flexion inqui\u00e9tante pour qui voit dans la venue massive des femmes en pastorale, la r\u00e9ponse \u00e0 des besoins personnels. Certes, on pourrait craindre que cette pr\u00e9occupation, l\u00e9gitime par ailleurs, en arrive \u00e0 se refermer sur elle-m\u00eame; mais il n&rsquo;en est rien. La tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des femmes situent leurs relations dans un r\u00e9seau d&rsquo;amiti\u00e9, large et ouvert. Si la personne est premi\u00e8re, c&rsquo;est en fonction d&rsquo;une communaut\u00e9 \u00e0 b\u00e2tir. Elles la d\u00e9sirent ancr\u00e9e dans le v\u00e9cu ordinaire des gens, respectueuse des diff\u00e9rences, ouverte aux in\u00e9dits et aux surprises de la vie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Ind\u00e9pendamment du type de communaut\u00e9 ou du r\u00f4le qu&rsquo;elles y jouent, la plupart des r\u00e9pondantes d\u00e9crivent abondamment un mode de pr\u00e9sence d\u00e9fini comme \u00ab\u00a0de l&rsquo;int\u00e9rieur\u00a0\u00bb. \u00c9pousant les hauts et les bas de la vie communautaire, les femmes admettent cro\u00eetre avec elle, souffrir avec elle, se d\u00e9battre avec elle. Elles ne s&rsquo;y projettent aucunement au-dessus, au-dessous, ou \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Membres \u00e0 part enti\u00e8re, elles souhaitent vivement qu&rsquo;il en soit ainsi pour les autres.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Mon but c&rsquo;est que les gens s&rsquo;impliquent dans la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne. Qu&rsquo;ils se rendent compte qu&rsquo;ils font partie de cette communaut\u00e9, pas seulement la s\u0153ur ou le pr\u00eatre. Ce que je veux, c&rsquo;est \u00eatre une pr\u00e9sence dans le milieu, attentive, ouverte&#8230; Il y a une animation, un esprit, une vie \u00e0 cr\u00e9er&#8230; Nous autres, on est l\u00e0 avec le peuple pour arriver \u00e0 vivre une certaine vie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Les permanents, ce n&rsquo;est pas nous; c&rsquo;est la communaut\u00e9. Nous ne sommes l\u00e0 que pour la servir. Voil\u00e0 la mission de l&rsquo;\u00c9glise.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Souventes fois, elles parlent de leur communaut\u00e9 comme d&rsquo;un corps vivant. Les femmes connaissent bien l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;un corps qui na\u00eet, grandit, \u00e9volue, se transforme, accueille ou refuse. \u00ab\u00a0La femme a comme des entrailles pour recueillir et accueillir la mis\u00e8re des personnes au nom de l&rsquo;Esprit.\u00a0\u00bb Tr\u00e8s souvent, elles associent exp\u00e9riences physiques et exp\u00e9riences spirituelles. La relation amoureuse, la grossesse, l\u2019accouchement, l&rsquo;allaitement deviennent des \u00e9v\u00e9nements ouverts \u00e0 la transcendance. Ces femmes connaissent trop bien l&rsquo;incroyable fausset\u00e9 d&rsquo;un certain discours religieux qui pr\u00e9sente le corps comme un obstacle \u00e0 la rencontre de Dieu. Au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, des th\u00e9ologiennes ont montr\u00e9 combien le \u00ab\u00a0Ceci est mon corps. Ceci est mon sang\u00a0\u00bb pouvait \u00eatre significatif dans le parcours d&rsquo;une \u00e9volution f\u00e9minine.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Les femmes qui ont con\u00e7u, port\u00e9 pendant neuf mois le corps d&rsquo;un \u00eatre nouveau, qui ont v\u00e9cu, avec plus ou moins de grandes souffrances, l\u2019accouchement, qui ont serr\u00e9 contre elles ce petit \u00eatre qu&rsquo;elles ont procr\u00e9\u00e9, disent avec \u00e9motion : \u00ab\u00a0Ceci est mon corps\u00a0\u00bb. Seules les femmes connaissent de fa\u00e7on exp\u00e9rientielle les multiples changements qui se sont op\u00e9r\u00e9s en elles, les tressaillements d&rsquo;une vie nouvelle encore captive, les ins\u00e9curit\u00e9s et les enthousiasmes d&rsquo;un corps qui laisse \u00e9merger un autre corps<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote9sym\" name=\"sdendnote9anc\"><sup>ix<\/sup><\/a>.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">\u00c0 cet effet, une de nos interview\u00e9es a communiqu\u00e9 ses r\u00e9flexions \u00e0 la suite d&rsquo;un accouchement particuli\u00e8rement p\u00e9nible. Voici un extrait du texte paru dans le journal de son dioc\u00e8se. M\u00e8re de quatre enfants, elle conna\u00eet bien l&rsquo;exp\u00e9rience du \u00ab\u00a0corps mang\u00e9\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">J&rsquo;ai pr\u00eat\u00e9 le plus intime et le plus personnel de mon \u00eatre : mon corps. D&rsquo;autres y ont habit\u00e9. Ils s&rsquo;y sont repus. [&#8230;] Je connais maintenant le prix \u00e0 payer pour prononcer en v\u00e9rit\u00e9 ces mots : \u00ab\u00a0Ceci est mon corps livr\u00e9 pour vous.\u00a0\u00bb \u00c0 chaque repas du Seigneur, ils ravivent ma conscience d&rsquo;une alliance mais il m&rsquo;est interdit de les prononcer \u00e0 haute voix, \u00e7a m&rsquo;inqui\u00e8te tout en suscitant chez moi une grave question [&#8230;]. Puisque les femmes ne peuvent pas \u00eatre pr\u00eatres, comment cette exp\u00e9rience visc\u00e9rale du corps livr\u00e9 peut-elle \u00eatre dite dans toute sa v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la table du Christ<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote10sym\" name=\"sdendnote10anc\"><sup>x<\/sup><\/a>?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">La m\u00eame \u00e9motion marque les r\u00e9cits de relations avec les communaut\u00e9s. \u00c0 l&rsquo;observation, un constat appara\u00eet : les travailleuses en \u00c9glise habitent \u00ab\u00a0le corps du Christ\u00a0\u00bb comme elles habitent leur propre corps, avec tendresse et ent\u00eatement, bien r\u00e9solues \u00e0 engendrer la vie. Mais cette proximit\u00e9 rend vuln\u00e9rable, et les femmes souffrent des soubresauts, r\u00e9sistances et ali\u00e9nations que subit tout processus de rassemblement. Certaines d\u00e9plorent la faible ouverture au monde social, l&rsquo;ent\u00eatement \u00e0 centrer la quasi-totalit\u00e9 des \u00e9nergies sur la liturgie ou les sacrements, et le maintien du r\u00f4le de station-service. Contre ces maux, plusieurs disent se battre r\u00e9solument tandis que d&rsquo;autres semblent compl\u00e8tement d\u00e9munies. Dans un grand nombre d&rsquo;entrevues, nous avons senti des femmes avoir \u00ab\u00a0mal \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise\u00a0\u00bb comme on a mal au ventre :<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Je suis de plus en plus malheureuse de voir des gens programm\u00e9s jusque dans leur corps et leur \u00e2me; c&rsquo;est aussi comme cela dans l&rsquo;\u00c9glise. Prenez par exemple, la messe est toujours pareille, toute programm\u00e9e. Mais enfin ! pourquoi refuse-t-on de changer ? Pourquoi cette structure, ce corps programm\u00e9 dont on ne veut pas se d\u00e9faire ? Je pourrais le quitter&#8230; mais pourtant, je suis s\u00fbre que c&rsquo;est en restant dans le corps que l&rsquo;on arrive \u00e0 changer le sang.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Ainsi on ne quitte pas son corps malade, on le soigne, on le renforcit. La tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des intervenantes arrivent \u00e0 discerner les \u00ab\u00a0tressaillements d&rsquo;une vie nouvelle encore captive\u00a0\u00bb dans leur communaut\u00e9 et \u00e0 nourrir les forces qui la feront na\u00eetre. Elles encouragent la d\u00e9termination, voire l&rsquo;obstination de chr\u00e9tiens et chr\u00e9tiennes qui se d\u00e9clarent d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 prendre au s\u00e9rieux l&rsquo;expression mille fois entendue : \u00ab\u00a0L&rsquo;\u00c9glise, c&rsquo;est vous.<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote11sym\" name=\"sdendnote11anc\"><sup>xi<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb Les extraits suivants proviennent d&rsquo;une intervenante en paroisse et d&rsquo;une jeune th\u00e9ologienne. Nous avons trouv\u00e9 la m\u00eame pr\u00e9occupation chez celles qui travaillent en d&rsquo;autres milieux :<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Les ressources b\u00e9n\u00e9voles sont de plus en plus form\u00e9es. On a maintenant affaire \u00e0 des gens comp\u00e9tents, remplis de possibilit\u00e9s; on ne va plus les remplir comme des cruches&#8230; Ces gens-l\u00e0 savent ce qu&rsquo;ils veulent, ce sont eux qui poussent et nous disent : nous ne formons pas un conseil de communaut\u00e9 pour dire oui, oui M. le cur\u00e9 ou non, non M. le cur\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">J&rsquo;ai la conviction que les gens ont un coffre \u00e0 outils en ce qui concerne leur \u00e9volution religieuse. Le drame c&rsquo;est qu&rsquo;on leur a vol\u00e9 la clef. Mon r\u00f4le, c&rsquo;est d&rsquo;essayer de leur redonner cette clef qui les rendra capables de reprendre en main leur propre h\u00e9ritage.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">L&rsquo;\u00e9tude de ces r\u00e9cits nous conduit \u00e0 une conclusion claire et pr\u00e9cise. L&rsquo;approche relationnelle en pastorale, bien que remplie de chaleur et de cordialit\u00e9, semble \u00e9viter le pi\u00e8ge toujours possible de la fusion maternante. Une juste distance est gard\u00e9e. L&rsquo;\u00e9cart est parfois fragile, mais sauvegard\u00e9 par une sorte d&rsquo;instance critique qui ne dispara\u00eetra que lorsque tous et toutes deviendront v\u00e9ritables sujets de la communaut\u00e9. Si la relation est recherch\u00e9e, ce n&rsquo;est pas pour annihiler mais, au contraire, pour faire exister communautairement.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Comme religieuse on accepte bien ce que je dis et fais, mais je me demande souvent comment arriver \u00e0 m&rsquo;effacer&#8230; Les femmes mari\u00e9es ont aussi une place dans la communaut\u00e9, elles y apportent une grande valeur&#8230; Comment arriver \u00e0 ne pas porter ombrage \u00e0 tout ce qu&rsquo;elles font?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Il est essentiel de partager le pouvoir que nous avons. Il faut permettre, le plus possible, \u00e0 des femmes et des hommes de s&rsquo;impliquer dans la communaut\u00e9. Pour cela, il faut leur donner de la place.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Oui la relation est d\u00e9sir\u00e9e et entretenue avec soin, mais elle l&rsquo;est comme un chemin essentiel pour atteindre le but. Les travailleuses en \u00c9glise exp\u00e9rimentent durement les emb\u00fbches de la route. Leur ent\u00eatement \u00e0 continuer prouve bien qu&rsquo;une certaine satisfaction \u00e9motive et relationnelle, quoique tr\u00e8s importante pour elles, ne constitue pas la motivation fondamentale de leur engagement en \u00c9glise. \u00c0 cet \u00e9gard, les relations de travail demeurent un lieu particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9lateur.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><b>Les relations avec les coll\u00e8gues de travail<\/b><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Sur le terrain pastoral, les coll\u00e8gues sont multiples. Pr\u00eatres de paroisse, de r\u00e9gion ou d&rsquo;organisme; ils peuvent \u00eatre collaborateurs occasionnels ou permanents. Agents et agentes la\u00efques, religieuses ou religieux, mari\u00e9-e-s ou c\u00e9libataires, ils et elles participent \u00e0 tous les niveaux de la structure eccl\u00e9siale. \u00c9galement, de tr\u00e8s nombreux b\u00e9n\u00e9voles, surtout des femmes, contribuent tr\u00e8s activement aux t\u00e2ches pastorales, des plus simples aux plus fondamentales<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote12sym\" name=\"sdendnote12anc\"><sup>xii<\/sup><\/a>. Au travail, plusieurs r\u00e9pondantes font \u00e9tat de relations positives avec leurs confr\u00e8res et cons\u0153urs la\u00efques. Les communications sont qualifi\u00e9es de faciles et aidantes. Elles y re\u00e7oivent reconnaissance et appr\u00e9ciation. Les petits accrochages quotidiens qui ne manquent pas, comme en tout milieu de travail, ne semblent pas retenir leur attention. Elles n&rsquo;en font aucunement mention.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Malheureusement, il semble que tr\u00e8s souvent, il en soit autrement avec leurs coll\u00e8gues pr\u00eatres. Incompr\u00e9hension, absence de collaboration, refus de travailler en \u00e9quipe, difficult\u00e9 de communiquer, paternalisme, autoritarisme, exclusion, les femmes n&rsquo;en finissent plus de d\u00e9crire la distance qui les s\u00e9pare de leurs confr\u00e8res ordonn\u00e9s. Bien s\u00fbr, certaines vivent le contraire et se d\u00e9clarent tr\u00e8s satisfaites. \u00ab\u00a0\u00c0 la paroisse, je vis vraiment une exp\u00e9rience de coresponsabilit\u00e9 avec le pasteur. Le climat est tr\u00e8s sain, plein de confiance et d&rsquo;ouverture.\u00a0\u00bb Mais leur nombre est si restreint que leur donner de l&rsquo;importance ne servirait qu&rsquo;\u00e0 neutraliser le probl\u00e8me. Et quelles paroles claires ! Trop d&rsquo;interview\u00e9es se plaignent pour qu&rsquo;il soit permis ici de contourner la r\u00e9alit\u00e9. Les difficult\u00e9s sont de tous ordres. Voyons quelques extraits :<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Pour ne plus avoir \u00e0 discuter, le cur\u00e9 a mis une agente de pastorale entre nous, maintenant, on ne se parle plus&#8230; Je ne me sens pas respect\u00e9e du tout. Je vis cela comme un mal de communion. Tu essaies d&rsquo;expliquer aux enfants qu&rsquo;ils ont une place dans la vie paroissiale, mais toi tu te sens exclue.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Un pr\u00eatre m&rsquo;a dit carr\u00e9ment que nous n&rsquo;avions pas \u00e0 leur montrer quoi que ce soit&#8230; Ils ne veulent m\u00eame pas nous entendre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">La relation avec le pr\u00eatre a \u00e9t\u00e9 faite d&rsquo;accrochages, de pardons, d&rsquo;accrochages. Nous ne pensons pas de la m\u00eame fa\u00e7on. Je suis coordonnatrice, mais dans le fond, et aux yeux des gens, c&rsquo;est lui qui m\u00e8ne&#8230; \u00c0 certains moments, je recule et \u00e9vite de prendre les devants.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Une sorte de tristesse marque les discours. Ces femmes cherchent \u00e0 comprendre plus qu&rsquo;elles ne se choquent et temp\u00eatent. Plusieurs hypoth\u00e8ses s&rsquo;alignent. Est-ce une fa\u00e7on diff\u00e9rente d&rsquo;envisager le travail ? S&rsquo;agit-il d&rsquo;exigences relationnelles trop grandes ? De revendications en mati\u00e8re de collaboration, d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 ? Ou plut\u00f4t de comp\u00e9tences particuli\u00e8res qui finissent par porter ombrage ? Assez nombreuses sont celles qui identifient la peur comme grande responsable :<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Par quel bout vous prenez \u00e7a quelqu&rsquo;un qui a peur ?&#8230; car c&rsquo;est cela le principal probl\u00e8me, m\u00eame chez les \u00e9v\u00eaques.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Ils ne sont pas \u00e0 jour&#8230; Je pense qu&rsquo;ils ont beaucoup de difficult\u00e9 \u00e0 accepter cela. [&#8230;] Si bien que lorsque quelqu&rsquo;un arrive avec un peu plus de comp\u00e9tence, c&rsquo;est mena\u00e7ant&#8230; je crois que nous sommes tr\u00e8s mena\u00e7antes pour eux.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Je connais des pr\u00eatres qui acceptent de se questionner&#8230; Ils arrivent \u00e0 nommer leurs peurs, tranquillement pas vite.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Derri\u00e8re de tr\u00e8s nombreux r\u00e9cits, on peut deviner des situations conflictuelles frustrantes pour ne pas dire \u00e9puisantes. Et certainement, autant pour les pr\u00eatres que pour les femmes. Il ne s&rsquo;agit pas ici de juger la culpabilit\u00e9 des uns et des autres, mais de rendre compte, du point de vue des femmes, d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 que l&rsquo;on refuse trop souvent de regarder en \u00c9glise. Pourtant, les conflits qui d\u00e9g\u00e9n\u00e8rent ne r\u00e9ussissent qu&rsquo;\u00e0 mettre en \u00e9vidence les limites et les vuln\u00e9rabilit\u00e9s. Il faudra cesser un jour de refouler sous le tapis le c\u00f4t\u00e9 sombre de nos belles intentions communionnelles. Par la force et l&rsquo;ampleur de leurs r\u00e9criminations, les femmes interview\u00e9es ne nous laissent pas le choix.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Trait de culture bien connu, les femmes arrivent \u00e0 mieux g\u00e9rer l&rsquo;affectivit\u00e9 qui sous-tend nombre de probl\u00e8mes relationnels. D&rsquo;apr\u00e8s nos analyses, les r\u00e9actions sont fort diverses. Quelques-unes investissent sans fin esp\u00e9rant un d\u00e9blocage positif. Certaines excusent et s&rsquo;installent dans une patience quasi maternante. D&rsquo;autres fignolent de fines strat\u00e9gies, pendant que les d\u00e9missionnaires cherchent de nouveaux alli\u00e9s, dans de nouveaux milieux d&rsquo;insertion. Enfin, de plus en plus de femmes avouent \u00eatre \u00e9puis\u00e9es et remettent en question la poursuite de leur engagement en pastorale. Quoi qu&rsquo;il en soit, la situation semble p\u00e9nible \u00e0 vivre et demande force et courage. Seule une \u00e9nergie sans cesse renouvel\u00e9e permet de supporter sans trop de perturbations int\u00e9rieures les bouleversements inh\u00e9rents \u00e0 de telles situations conflictuelles. Voyons donc quelles ressources profondes les r\u00e9pondantes puisent en elles, pour y arriver.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><b>Les femmes et leurs relations avec elles-m\u00eames<\/b><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Parties prenantes de la lib\u00e9ration f\u00e9minine des ann\u00e9es 60 et 70<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote13sym\" name=\"sdendnote13anc\"><sup>xiii<\/sup><\/a>, la majorit\u00e9 des travailleuses en \u00c9glise sont pass\u00e9es des mod\u00e8les prescriptifs \u00e0 des mod\u00e8les plus inscriptifs. Elles entretiennent avec elles-m\u00eames des relations empreintes de d\u00e9termination, de d\u00e9passement, d&rsquo;enracinement int\u00e9rieur. C&rsquo;est avec une heureuse surprise que nous avons enregistr\u00e9 une tr\u00e8s faible minorit\u00e9 d&rsquo;entrevues exprimant des sentiments d&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9, d&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9 ou de culpabilit\u00e9. Lorsqu&rsquo;elles le font, c&rsquo;est avec une clairvoyance qui laisse poindre une ali\u00e9nation bient\u00f4t ma\u00eetris\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">On me demande r\u00e9guli\u00e8rement si je veux faire une hom\u00e9lie&#8230; je ne me sens pas pr\u00eate. Pourtant dans mon milieu la porte est ouverte. La difficult\u00e9 est de mon c\u00f4t\u00e9, dans la confiance que je n&rsquo;ai pas en moi. Je suis marqu\u00e9e par un pass\u00e9 o\u00f9 la femme n&rsquo;avait pas le droit de dire un mot dans cette \u00c9glise. Le sens du sacr\u00e9 \u00e9tait transcendant et masculin. Parce que je suis marqu\u00e9e par cette situation, j&rsquo;ai de la difficult\u00e9 \u00e0 m&rsquo;impliquer.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Une telle lucidit\u00e9 trouvera sa propre solution. Pendant ce temps, d&rsquo;autres communiquent leur \u00e9tonnement devant une performance surprenante. Ces femmes h\u00e9ritent d&rsquo;une sorte d&rsquo;impuissance apprise depuis le tout jeune \u00e2ge. Nos m\u00e8res ressentaient l&rsquo;injustice, mais n&rsquo;en connaissaient pas la sortie. In\u00e9vitablement, un legs de peur et de culpabilit\u00e9 fut transmis. Mais le socle patriarcal est d\u00e9sormais \u00e9branl\u00e9 et la lib\u00e9ration devient possible \u00e0 toutes celles qui d\u00e9sirent y acc\u00e9der. Quelques r\u00e9pondantes en partagent 1&rsquo;exp\u00e9rience toute r\u00e9cente. Le discours marque encore le caract\u00e8re inattendu de la bonne nouvelle.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Je me sens en vie&#8230; je suis surprise de me sentir capable d&rsquo;apporter quelque chose. Je me surprends tr\u00e8s souvent \u00e0 avoir la capacit\u00e9 de faire des conf\u00e9rences de presse, par exemple, ou des petits discours ici et l\u00e0. Il y a deux ans, j&rsquo;\u00e9tais chez moi avec les couches et les petits&#8230; Et maintenant, je me vois faire des choses \u00e9tonnantes. Je suis retourn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9. Il y a un paquet de choses qui se sont r\u00e9alis\u00e9es en moi et dont je ne me croyais pas capable. Vraiment, \u00e7a me d\u00e9passe !<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Bien s\u00fbr, collectivement, tout n&rsquo;est pas acquis; cette lutte int\u00e9rieure contre la transmission d&rsquo;une insidieuse incapacit\u00e9 dite \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb ne trouve pas la m\u00eame issue chez toutes les femmes. Entretenues encore par des esprits religieux en mal d&rsquo;un mod\u00e8le de chr\u00e9tient\u00e9 r\u00e9volu, les id\u00e9ologies patriarcales subsistent toujours. Malheureusement, certaines y participent activement, d&rsquo;autres y consentent comme malgr\u00e9 elles. Nos analyses ont certes relev\u00e9 quelques cas, mais nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 dit, les avanc\u00e9es demeurent majoritaires et significatives. Une simple lecture attentive des entrevues permet d&rsquo;observer une libert\u00e9 int\u00e9rieure acquise de haute lutte, un cheminement spirituel profond, une fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre et d&rsquo;agir qui impressionnent par la qualit\u00e9, l&rsquo;autonomie et l&rsquo;affirmation de soi. V\u00e9ritablement, la plupart des interview\u00e9es ont d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 remport\u00e9 une incroyable victoire relationnelle face \u00e0 leur propre condition de femmes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Nos r\u00e9sultats ne font que confirmer sur le terrain eccl\u00e9sial les constats d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablis par d&rsquo;autres recherches. En effet, il semble que l&rsquo;\u00e9tat de perturbation continuelle, v\u00e9cue par la soci\u00e9t\u00e9 nord-<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">am\u00e9ricaine, affecte diff\u00e9remment les deux sexes. Les femmes s&rsquo;en sortent mieux que les hommes. N&rsquo;y a-t-il pas deux fois plus de gar\u00e7ons que de filles qui d\u00e9crochent de leurs \u00e9tudes ? Et que dire des g\u00e9n\u00e9rations montantes ?<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Les femmes de 20-35 ans semblent en g\u00e9n\u00e9ral beaucoup mieux pr\u00e9par\u00e9es que les hommes aux d\u00e9fis actuels. Elles sont retomb\u00e9es plus vite sur leurs pieds apr\u00e8s les turbulences de l&rsquo;adolescence. Dans la cohorte des jeunes en situation de d\u00e9pendance chronique, de ch\u00f4mage, de marginalit\u00e9, on compte plus d&rsquo;\u00eatres profond\u00e9ment d\u00e9faits chez les hommes. Nous avons rencontr\u00e9 des femmes monoparentales d&rsquo;une \u00e9tonnante vitalit\u00e9 malgr\u00e9 des conditions de vie inacceptables<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote14sym\" name=\"sdendnote14anc\"><sup>xiv<\/sup><\/a>.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Dans l&rsquo;institution eccl\u00e9siale, cette sorte de fermet\u00e9 assur\u00e9e chez les femmes des g\u00e9n\u00e9rations actuelles se manifeste de plusieurs fa\u00e7ons. Nous avons choisi deux constantes qui se retrouvent dans un nombre impressionnant d&rsquo;entrevues. Apparemment contradictoires, elles ne font que r\u00e9v\u00e9ler les deux facettes d&rsquo;une m\u00eame libert\u00e9. D&rsquo;une part, les femmes se consid\u00e8rent chez elles dans l&rsquo;\u00c9glise et se d\u00e9clarent pr\u00eates \u00e0 y jouer des r\u00f4les importants. D&rsquo;autre part, une fin de non-recevoir persistante pourrait bien priver l&rsquo;institution eccl\u00e9siale de leurs nouvelles forces cr\u00e9atrices. Infiltrons-nous au milieu d&rsquo;une conversation tr\u00e8s repr\u00e9sentative d&rsquo;\u00e9changes fr\u00e9quents tenus entre chr\u00e9tiennes engag\u00e9es. Elles sont cinq et \u0153uvrent en milieu dioc\u00e9sain et paroissial. Patience, recommencement et t\u00e9nacit\u00e9 sont au rendez-vous; les prises de position, claires et lucides. On leur avait pos\u00e9 la question suivante : \u00ab\u00a0Comment pr\u00e9senteriez-vous votre travail actuel, \u00e0 quelqu&rsquo;un qui ne conna\u00eet pas le milieu eccl\u00e9sial ?\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Moi je lui dirais que \u00e7a prend beaucoup de patience quand tu es une femme qui travaille en \u00c9glise. Surtout lorsque tu te retrouves au c\u0153ur de la structure, dans des lieux d\u00e9cisionnels. Les petites avanc\u00e9es sont continuellement menac\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Il faut toujours faire la preuve de notre cr\u00e9dibilit\u00e9. On aime bien qu&rsquo;on soit l\u00e0, que nos dossiers soient bien pr\u00e9sent\u00e9s, que nous soyons comp\u00e9tentes, mais quand arrivent les moments plus officiels, on doit recommencer \u00e0 prouver sa cr\u00e9dibilit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Lorsque je regarde ce que l&rsquo;\u00c9glise exige des hommes qui assument des postes de direction comme le mien, je m&rsquo;aper\u00e7ois qu&rsquo;il me faut \u00eatre beaucoup plus comp\u00e9tente qu&rsquo;eux&#8230; Je me rends compte aussi que je suis plus exigeante face aux changements et plus attentive \u00e0 ceux qui sont rejet\u00e9s, car moi aussi, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, je le suis.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Une femme m&rsquo;a demand\u00e9 comment je faisais pour vivre et travailler dans l&rsquo;\u00c9glise; je lui ai dit que malgr\u00e9 tout, je suis heureuse d&rsquo;y investir une partie de ma vie. Pour moi c&rsquo;est important de m&rsquo;y engager. Nous sommes la moiti\u00e9 de la population et nous avons quelque chose \u00e0 dire et \u00e0 faire dans cette \u00c9glise&#8230; je m&#8217;embarque et je n&rsquo;attends pas que les autres le fassent \u00e0 ma place.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">On a ouvert la porte et on est en train d&rsquo;y entrer. On n&rsquo;acceptera pas de se faire dire que les femmes ne devraient pas devenir pr\u00eatres. C&rsquo;est pourquoi ce que nous vivons l\u00e0 est tr\u00e8s important.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Trop souvent on regarde les femmes impliqu\u00e9es dans l&rsquo;institution eccl\u00e9siale comme des na\u00efves, inconscientes du gu\u00eapier dans lequel elles ont mis les pieds. Nos entrevues prouvent le contraire. S&rsquo;il faut admettre qu&rsquo;on ne peut parler de la totalit\u00e9, on peut certainement affirmer que la plupart des interview\u00e9es nous ont paru au clair avec elles-m\u00eames et leurs engagements dans l&rsquo;\u00c9glise. Il est vrai cependant qu&rsquo;une analyse sociopolitique et organisationnelle de l&rsquo;institution ne semble pas, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s, pr\u00e9occuper les r\u00e9pondantes. Pourtant, lorsque nous les questionnons sur les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es, leur langage devient assur\u00e9 et tr\u00e8s souvent incisif. Elles parlent de faits v\u00e9cus, d&rsquo;exp\u00e9riences subies, de murs rencontr\u00e9s. Nous aurons l&rsquo;occasion d&rsquo;y revenir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Pour le moment, qu&rsquo;il suffise de mentionner, tr\u00e8s bri\u00e8vement, le c\u00f4t\u00e9 sombre de l&rsquo;endurance des femmes en \u00c9glise : la d\u00e9mobilisation du c\u0153ur. Pr\u00e8s de celles qui s&rsquo;ent\u00eatent \u00e0 continuer envers et contre tout, il y a celles dont les batailles continuelles provoquent un sentiment amer d&rsquo;\u00e9ternelles r\u00e9p\u00e9titions. L&rsquo;usure du temps et la lenteur des avanc\u00e9es vident les \u00e9nergies et conduisent \u00e0 l&rsquo;intol\u00e9rance. Des r\u00e9pondantes avouent leur fatigue :<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Je me demande si \u00e7a donne quelque chose de s&rsquo;engager comme femme dans l&rsquo;\u00c9glise. Il y a dix-ans, j&rsquo;aurais dit oui. Aujourd\u2019hui, je n&rsquo;en suis plus si s\u00fbre. Il existe de petites avanc\u00e9es, mais c&rsquo;est tellement peu. Nos gains sont fragiles; il n&rsquo;y a pas de quoi se p\u00e9ter les bretelles.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">En v\u00e9rit\u00e9, plusieurs reconnaissent qu&rsquo;une grande lassitude les envahit et disent avoir \u00ab\u00a0l&rsquo;esp\u00e9rance essouffl\u00e9e\u00a0\u00bb. Bient\u00f4t, le c\u0153ur et l&rsquo;\u00e9nergie n&rsquo;y \u00e9tant plus, elles pourraient bien prendre la porte de sortie. Seuls ceux et celles qui \u0153uvrent dans le monde pastoral connaissent l&rsquo;ampleur de ce mouvement silencieux. Pourtant, une affirmation s&rsquo;impose : que les femmes abandonnent ou qu&rsquo;elles pers\u00e9v\u00e8rent, jamais nous n&rsquo;avons pressenti dans leurs discours, m\u00eame les plus d\u00e9sabus\u00e9s, que leur relation \u00e0 Dieu \u00e9tait compromise. Ind\u00e9niablement, il y a l\u00e0 la force d&rsquo;un lien qui s&rsquo;enracine \u00e0 un tout autre niveau d&rsquo;exp\u00e9rience, celui d&rsquo;une rencontre intime et bouleversante.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><b>La relation des femmes avec Dieu<\/b><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">L\u2019analyse r\u00e9v\u00e8le ici une \u00e9tonnante homog\u00e9n\u00e9it\u00e9. D\u00e8s la premi\u00e8re lecture, un constat se d\u00e9gage\u00a0: Dieu se pr\u00e9sente \u00e0 la totalit\u00e9 des r\u00e9pondantes comme une Trinit\u00e9 d&rsquo;amour et de r\u00e9ciprocit\u00e9. Plusieurs d&rsquo;entre elles (surtout les cat\u00e9ch\u00e8tes, les enseignantes, les responsables de l&rsquo;initiation sacramentelle) sont appel\u00e9es, de par leurs pratiques quotidiennes, \u00e0 en t\u00e9moigner verbalement. Et il s&rsquo;av\u00e8re \u00e9vident que l&rsquo;attachement \u00e0 leur travail, malgr\u00e9 les probl\u00e8mes et difficult\u00e9s rencontr\u00e9s, d\u00e9pend \u00e9troitement d&rsquo;une profonde relation spirituelle avec Dieu. Comme tant d&rsquo;autres, elles ont rejet\u00e9 les images anciennes d&rsquo;un Dieu s\u00e9v\u00e8re et justicier. Lorsqu&rsquo;il leur arrive de croiser encore ces anciens discours, elles s&rsquo;en indignent radicalement.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Il y a des compr\u00e9hensions de Dieu qui sont d&rsquo;avant J\u00e9sus. Un Dieu punitif qui guette et attend ton premier faux-pas; oui, on parle encore d&rsquo;un tel Dieu. C&rsquo;est terrible comme nourriture spirituelle ! Pour ma part, j&rsquo;essaie de parler d&rsquo;un Dieu proche, qui te rejoint au c\u0153ur de ton existence, au milieu de ta vie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Ainsi, chacune \u00e0 sa fa\u00e7on, les femmes d\u00e9crivent, avec insistance ou discr\u00e9tion, l&rsquo;image d&rsquo;un Dieu rempli de tendresse et de mis\u00e9ricorde, \u00ab\u00a0lent \u00e0 la col\u00e8re et plein d&rsquo;amour\u00a0\u00bb. Grande et belle figure d&rsquo;un Ancien Testament accompli dans la personne de ce J\u00e9sus, Christ et Seigneur, devenu proposition de salut pour nos existences.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Mon engagement se fait au nom du Christ, c&rsquo;est-\u00e0-dire, le Fils du Dieu vivant venu pour nous. Ce que je veux, c&rsquo;est \u0153uvrer \u00e0 la r\u00e9alisation d&rsquo;un monde meilleur. Pour cela, je m&rsquo;inspire des valeurs humaines qu&rsquo;il a lui-m\u00eame v\u00e9cues, mais auxquelles il a donn\u00e9 un nouveau sens de partage, d&rsquo;accueil, d&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 et de transformation aussi. Le plus important pour moi, c&rsquo;est donc l\u2019\u00c9vangile, parce que dans l\u2019\u00c9vangile, tout va vers la r\u00e9surrection.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Chez les r\u00e9pondantes, ces convictions sont omnipr\u00e9sentes. Impossible d&rsquo;en d\u00e9vier. Mais scrutant \u00e0 la loupe les r\u00e9cits, une analyse plus fine laisse appara\u00eetre deux caract\u00e9ristiques particuli\u00e8res : l&rsquo;importance de l&rsquo;Esprit Saint dans la vie et l&rsquo;engagement des r\u00e9pondantes, et la certitude d&rsquo;\u00eatre appel\u00e9e par Dieu \u00e0 jouer, dans l&rsquo;\u00c9glise, un r\u00f4le important pour son avenir. Voyons bri\u00e8vement ce qu&rsquo;il en est.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Lorsque les femmes parlent de Dieu, elles le nomment rarement \u00ab\u00a0P\u00e8re\u00a0\u00bb, tr\u00e8s souvent \u00ab\u00a0J\u00e9sus\u00a0\u00bb, et massivement \u00ab\u00a0Esprit\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Esprit Saint\u00a0\u00bb. La foi en une pr\u00e9sence de l&rsquo;Esprit au c\u0153ur de la vie quotidienne, dans les hauts et les bas de leur vocation propre, et dans les activit\u00e9s de leur communaut\u00e9 occupe une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans les discours. Le simple alignement de quelques extraits permet de d\u00e9gager un corpus fort r\u00e9v\u00e9lateur :<\/span><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><i>L&rsquo;Esprit dans le quotidien<\/i><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Partir des besoins des gens, c&rsquo;est travailler avec leurs pauvret\u00e9s psychologiques, mat\u00e9rielles, acad\u00e9miques. Je ne travaille pas avec les riches de l&rsquo;\u00e9cole, mais avec les pauvres qui viennent souvent me voir en pleurs. Cette dimension de mon travail me passionne, car c&rsquo;est une pr\u00e9sence de l&rsquo;Esprit dans le quotidien. Travailler avec les jeunes, c&rsquo;est les aider \u00e0 d\u00e9couvrir cet Esprit qui les habite, les questionne et les invite \u00e0 aller plus loin.<\/span><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><i>L&rsquo;Esprit au c\u0153ur de leur engagement personnel<\/i><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">J&rsquo;ai parfois des p\u00e9riodes creuses, mais avec la pri\u00e8re j&rsquo;arrive \u00e0 m&rsquo;en sortir. Je vois la pr\u00e9sence de l&rsquo;Esprit Saint qui me conduit vers je ne sais trop quoi&#8230; Vers un nouveau v\u00e9cu d&rsquo;\u00c9glise qui n&rsquo;est plus du Moyen \u00c2ge, mais d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/span><\/p>\n<ul>\n<li><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><i>L&rsquo;Esprit dans la vie et la pri\u00e8re de la communaut\u00e9<\/i><\/span><\/li>\n<\/ul>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Je suis responsable d&rsquo;administrer le bapt\u00eame. Quand, dans une c\u00e9l\u00e9bration communautaire, j&rsquo;arrive \u00e0 la b\u00e9n\u00e9diction de l&rsquo;eau, je m&rsquo;adresse aux participants et leur dis : \u00ab\u00a0C&rsquo;est ensemble que nous allons demander \u00e0 l&rsquo;Esprit de sanctifier cette eau [&#8230;]. J&rsquo;ai besoin de votre foi&#8230;\u00a0\u00bb Car, j&rsquo;ai le pouvoir de b\u00e9nir, mais j&rsquo;ai besoin de la pri\u00e8re de la communaut\u00e9 pour appeler l&rsquo;Esprit.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Beaucoup d&rsquo;autres extraits auraient pu \u00eatre cit\u00e9s. Une constante s&rsquo;impose : si les femmes aiment l&rsquo;\u00c9glise malgr\u00e9 ses lenteurs et ses fautes, c&rsquo;est qu&rsquo;elles ont la conviction int\u00e9rieure que, d&rsquo;abord et avant tout, celle-ci est habit\u00e9e par l&rsquo;Esprit de Dieu et que, pour peu qu&rsquo;on lui soit fid\u00e8le, la vie eccl\u00e9siale deviendra chemin de lib\u00e9ration. D&rsquo;aucuns pourraient qualifier ce Dieu de \u00ab\u00a0Souffle subversif<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote15sym\" name=\"sdendnote15anc\"><sup>xv<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb. De toute \u00e9vidence, les approches institutionnelles ferm\u00e9es, habituellement r\u00e9fractaires aux avanc\u00e9es in\u00e9dites, ne pourront qu&rsquo;entrer en conflit avec cette vision de Dieu qui habite la foi des r\u00e9pondantes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">La deuxi\u00e8me caract\u00e9ristique de la relation des femmes avec Dieu se d\u00e9gage de la premi\u00e8re et renforcit l&rsquo;aspect subversif de cette spiritualit\u00e9. Un nombre impressionnant d&rsquo;interview\u00e9es affirment avoir re\u00e7u, de Dieu, un appel non \u00e9quivoque.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Ce qui m&rsquo;a aid\u00e9e \u00e0 tenir c&rsquo;est la certitude d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e. Le plus important c&rsquo;est d&rsquo;arriver \u00e0 discerner, de r\u00e9aliser que tu es vraiment appel\u00e9e \u00e0 travailler dans cette \u00c9glise-l\u00e0&#8230; C&rsquo;est un appel int\u00e9rieur. En tant que la\u00efque mari\u00e9e, c&rsquo;\u00e9tait vraiment pour moi la r\u00e9ponse \u00e0 un appel. Je consid\u00e8re cette mission comme une seconde vocation.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 pens\u00e9 \u00e0 la vocation religieuse, mais je ne m&rsquo;y sentais pas appel\u00e9e. J&rsquo;imagine qu&rsquo;il y a des gens qui croient que je devrais \u00eatre religieuse puisque je porte un appel tr\u00e8s fort \u00e0 travailler dans l&rsquo;\u00c9glise, mais ce n&rsquo;est pas le cas. Il doit y avoir une place quelque part pour moi.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Souvent, cet appel est per\u00e7u comme l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une croissance de la foi commenc\u00e9e avec le bapt\u00eame. Exercer un r\u00f4le dans l&rsquo;\u00c9glise n&rsquo;est pas d\u00e9cision facultative mais responsabilit\u00e9 face \u00e0 une interpellation de Dieu lui-m\u00eame.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Je crois qu&rsquo;\u00eatre disciple de J\u00e9sus et t\u00e9moigner de ma foi est mon premier r\u00f4le. Je suis convaincue que le service que je rends \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise, c&rsquo;est au nom de mon bapt\u00eame et de ma confirmation que je le rends. Ceci est demand\u00e9 \u00e0 tous et toutes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Comme au c\u0153ur de leur \u00e9volution psychologique et sociale, une sorte de maturit\u00e9 ferme habite leur spiritualit\u00e9. De l&rsquo;h\u00e9ritage traditionnel, \u00e9merge un credo personnel intelligent et libre. On ne peut craindre ici de pointer la quasi-totalit\u00e9 des entrevues. Certes, pareille analyse demeure extr\u00eamement d\u00e9licate, mais la densit\u00e9 de ces quelques paroles de femmes devrait suffire \u00e0 d\u00e9montrer l&rsquo;intensit\u00e9 des relations qu&rsquo;elles nourrissent \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de Dieu. Devant la force de telles paroles, on est en droit de se demander pourquoi on d\u00e9plore tellement le manque de vocations dans l&rsquo;\u00c9glise. Se pourrait-il que nos pri\u00e8res soient d\u00e9j\u00e0 exauc\u00e9es ? Peut-\u00eatre y a-t-il l\u00e0 une r\u00e9ponse in\u00e9dite de l&rsquo;Esprit.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Voil\u00e0 qui termine l&rsquo;\u00e9tude du signifiant relationnel. Semblable d\u00e9ploiement, nous l&rsquo;avons souvent affirm\u00e9, est issu des discours recueillis. Premier dans leurs liens avec la communaut\u00e9, il se cherche laborieusement \u00e0 &lsquo;int\u00e9rieur des relations de travail. Comme si une acquisition de plus en plus assur\u00e9e de leur identit\u00e9 f\u00e9minine et de leur relation avec Dieu n&rsquo;\u00e9tait pas encore parvenue \u00e0 cr\u00e9er des rapports d&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 b\u00e9n\u00e9fiques et satisfaisants avec leurs confr\u00e8res pr\u00eatres. Question s\u00e9rieuse recouvrant des zones cach\u00e9es qu&rsquo;il faudra avoir le courage de regarder en communaut\u00e9. Les femmes ne demandent que cela. N&rsquo;attendons pas que la d\u00e9sertion soit compl\u00e8te.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"sdendnote5\"><\/div>\n<div id=\"sdendnote6\">\n<p><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote6anc\" name=\"sdendnote6sym\">vi<\/a><sup>\u0002<\/sup> <i>Entre l&rsquo;arbre et l&rsquo;\u00e9corce, op. cit<\/i>., p. 162.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote7\">\n<p><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote7anc\" name=\"sdendnote7sym\">vii<\/a><sup>\u0002<\/sup> L&rsquo;\u00e9tude publi\u00e9e sous le titre <i>Femmes et pouvoir dans l\u2019\u00c9glise, op. cit<\/i>. ne traite pas d&rsquo;une fa\u00e7on formelle du th\u00e8me des relations. Mais elle en trace les contours en faisant ressortir le faible int\u00e9r\u00eat des femmes pour l&rsquo;analyse institutionnelle des rapports de pouvoir en opposition \u00e0 l&rsquo;importance des rapports d&rsquo;amiti\u00e9 v\u00e9cus au quotidien.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote8\">\n<p><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote8anc\" name=\"sdendnote8sym\">viii<\/a><sup>\u0002<\/sup> Affirmation \u00e9quivoque, si on entend le mot \u00c9glise comme le rassemblement du peuple de Dieu, car celui-ci ne peut \u00eatre exclusivement masculin. Le contexte de l&rsquo;entrevue d\u00e9montre que cette r\u00e9pondante parle plut\u00f4t d&rsquo;une structure institutionnelle domin\u00e9e par les hommes. Cette confusion sur le terme \u00c9glise est continuelle dans les entrevues comme dans le langage courant d&rsquo;ailleurs. Mais les femmes savent tr\u00e8s bien de quoi elles parlent et nous avons pu traduire lorsque n\u00e9cessaire.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote9\">\n<p><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote9anc\" name=\"sdendnote9sym\">ix<\/a><sup>\u0002<\/sup> Voir Monique DUMAIS, \u00ab\u00a0Femmes faites chair\u00a0\u00bb, dans \u00c9lisabeth J. Lacelle (dir.), <i>La femme, son corps et la religion<\/i>. <i>Approches pluridisciplinaires<\/i>, Montr\u00e9al, Bellarmin, 1983, p. 65.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote10\">\n<p><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote10anc\" name=\"sdendnote10sym\">x<\/a><sup>\u0002<\/sup> Jocelyne HUDON-MIOR, agente de pastorale en paroisse. Ce magnifique texte est paru en entier dans le bulletin du dioc\u00e8se de Chicoutimi, <i>En \u00c9glise<\/i>, mars 1987, p. 6.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote11\">\n<p><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote11anc\" name=\"sdendnote11sym\">xi<\/a><sup>\u0002<\/sup> Expression devenue populaire dans le monde pastoral suite \u00e0 la publication d&rsquo;un livre de R\u00e9mi PARENT, <i>L&rsquo;\u00c9glise, c&rsquo;est vous<\/i>, Montr\u00e9al\/Paris, \u00c9ditions Paulines\/M\u00e9diaspaul, 1982.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote12\">\n<p><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote12anc\" name=\"sdendnote12sym\">xii<\/a><sup>\u0002<\/sup> S. B\u00c9LANGER mentionne l&rsquo;\u00e9tude de M. Payette et F. Vaillancourt (1983) indiquant que \u00ab\u00a0le b\u00e9n\u00e9volat de type religieux vient au premier rang quant au nombre de femmes qui y \u0153uvrent, et au premier rang en ce qui concerne le nombre d&rsquo;heures effectu\u00e9es\u00a0\u00bb, <i>Les soutanes roses, op. cit<\/i>., p. 173.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote13\">\n<p><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote13anc\" name=\"sdendnote13sym\">xiii<\/a><sup>\u0002<\/sup> Le f\u00e9minisme des ann\u00e9es 60 et 70 a contribu\u00e9 consid\u00e9rablement \u00e0 l&rsquo;incroyable \u00ab\u00a0mise debout\u00a0\u00bb du peuple qu\u00e9b\u00e9cois. Des femmes extraordinaires (pensons seulement \u00e0 Simonne Monet-Chartrand, Jeanne Sauv\u00e9, Lise Payette, H\u00e9l\u00e8ne Pelletier-Baillargeon, H\u00e9l\u00e8ne Ch\u00e9nier, Elisabeth Lacelle, Marie-Andr\u00e9e Roy, Monique Dumais, etc.), suivies de milliers d&rsquo;autres, ont redress\u00e9 la t\u00eate et d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab\u00a0Non, \u00e7a suffit !\u00a0\u00bb L&rsquo;impuissance apprise et int\u00e9gr\u00e9e, \u00e7a suffit ! Les injustices structurelles, \u00e7a suffit ! Le mod\u00e8le patriarcal, \u00e7a suffit !<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote14\">\n<p><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote14anc\" name=\"sdendnote14sym\">xiv<\/a><sup>\u0002<\/sup> Jacques GRAND\u2019MAISON (dir.), <i>Vers un nouveau conflit de g\u00e9n\u00e9rations<\/i>, Montr\u00e9al, Fides, 1992, p. 16l.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote15\">\n<p><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote15anc\" name=\"sdendnote15sym\">xv<\/a><sup>\u0002<\/sup> D&rsquo;apr\u00e8s le titre d&rsquo;un volume d&rsquo;Andr\u00e9 MYRE, <i>Un souffle subversif. L&rsquo;Esprit dans les lettres pauliniennes<\/i>, Montr\u00e9al\/Paris, Bellarmin\/Cerf, 1987.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 80, de nombreuses \u00e9tudes en sciences sociales se sont appliqu\u00e9es \u00e0 d\u00e9montrer une d\u00e9saffection notable pour les grandes id\u00e9ologies sociales, politiques et \u00e9conomiques, pour les constructions rationnelles du sens, pour les relations longues et indirectes, &hellip; <a href=\"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=4640\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":135,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[69],"tags":[],"ppma_author":[105],"class_list":["post-4640","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-voix-de-femmes","author-fetm"],"authors":[{"term_id":105,"user_id":135,"is_guest":0,"slug":"fetm","display_name":"Femmes et minist\u00e8res","avatar_url":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/FetM-Logo-96x96.png","user_url":"","last_name":"Femmes et minist\u00e8res","first_name":"","description":"Le r\u00e9seau Femmes et Minist\u00e8res travaille\r\n\u00e0 la reconnaissance de tous les minist\u00e8res exerc\u00e9s par des femmes\r\ndans une \u00c9glise dynamique et missionnaire."}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4640","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/135"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4640"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4640\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4640"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4640"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4640"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fppma_author&post=4640"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}