{"id":4755,"date":"2018-04-11T15:27:27","date_gmt":"2018-04-11T19:27:27","guid":{"rendered":"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=4755"},"modified":"2018-04-12T09:10:53","modified_gmt":"2018-04-12T13:10:53","slug":"dieu-pere-et-mere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=4755","title":{"rendered":"Dieu P\u00e8re et M\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><em><strong><span class=\"\">Chapitre V de l&rsquo;ouvrage\u00a0<\/span>Dieu,<span class=\"\">\u00a0paru aux \u00c9ditions Novalis en 1990.<\/span><\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\"><a href=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?attachment_id=4754\" rel=\"attachment wp-att-4754\"><img decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4754\" src=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/Jean-Richard.jpg\" alt=\"\" width=\"90\" height=\"124\" \/><\/a>Nous avons jusqu&rsquo;ici consid\u00e9r\u00e9 l&rsquo;action de Dieu par rapport au monde : l&rsquo;acte de la cr\u00e9ation premi\u00e8re au commencement et de la cr\u00e9ation nouvelle \u00e0 la fin du monde; l&rsquo;acte du salut par lequel le monde est lib\u00e9r\u00e9 du mal, et celui de la providence par lequel il est conduit \u00e0 sa fin. Nous devons maintenant pousser un peu plus notre r\u00e9flexion pour consid\u00e9rer Dieu en lui-m\u00eame, comme au-del\u00e0 de son action. De la question premi\u00e8re : \u00ab Que fait Dieu pour nous ? \u00bb, nous passons maintenant \u00e0 la question seconde : \u00ab Qui est-il pour nous ? \u00bb On se demande alors comment se repr\u00e9senter Dieu, quelle image s&rsquo;en faire. <\/span><\/span><!--more--><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00c0 cela, une premi\u00e8re r\u00e9ponse appara\u00eet d\u00e8s l&rsquo;abord, d\u00e8s qu&rsquo;on ouvre le Nouveau Testament : le Dieu de J\u00e9sus est un Dieu P\u00e8re. C&rsquo;est bien sous le nom de P\u00e8re que J\u00e9sus s&rsquo;adresse \u00e0 lui constamment, et c&rsquo;est ce m\u00eame vocable qu&rsquo;il recommande \u00e0 ses disciples dans leur pri\u00e8re. Cette tradition se trouve d&rsquo;ailleurs consign\u00e9e dans le Credo, o\u00f9 le nom du P\u00e8re <\/span><span lang=\"fr-FR\">intervient imm\u00e9diatement, comme la premi\u00e8re d\u00e9finition de Dieu : \u00ab Je crois en Dieu le P\u00e8re &#8230; <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00bb <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>Dieu P\u00e8re dans les religions <\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">On pourrait croire ainsi que l&rsquo;invocation de Dieu comme P\u00e8re est propre \u00e0 la foi chr\u00e9tienne, qu&rsquo;elle fut introduite par J\u00e9sus lui-m\u00eame. Si l&rsquo;on remonte un peu plus haut cependant, on verra que la plupart des religions anciennes poss\u00e8dent d\u00e9j\u00e0, sous une forme ou sous une autre, ce concept de paternit\u00e9 divine. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\"><i><b>Le fait d&rsquo;une appellation de Dieu comme P\u00e8re <\/b><\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Donnons seulement quelques exemples tir\u00e9s des religions dans l&rsquo;entourage d&rsquo;Isra\u00ebl \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;Ancien Testament<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote1sym\" name=\"sdendnote1anc\"><sup>i<\/sup><\/a>. De la religion de l&rsquo;ancienne \u00c9gypte, on peut citer l&rsquo;hymne au dieu solaire, Amon-R\u00ea : <\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00d4 toi, p\u00e8re des p\u00e8res de tous les dieux,<br \/>\ntu as \u00e9rig\u00e9 le ciel,<br \/>\n<\/span><\/span><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">tu as d\u00e9ploy\u00e9 la terre,<br \/>\ntu as fait tout ce qui est,<br \/>\ncr\u00e9\u00e9 tout ce qui existe. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Dans les religions de l&rsquo;Assyrie et de Babylone, le dieu Anou est invoqu\u00e9 comme \u00ab p\u00e8re et m\u00e8re des dieux et des cr\u00e9atures \u00bb. De m\u00eame, le dieu Marduk est appel\u00e9 \u00ab p\u00e8re mis\u00e9ricordieux \u00bb. Il s&rsquo;agit l\u00e0 souvent de pri\u00e8res adress\u00e9es par le roi, qui se reconna\u00eet lui-m\u00eame comme le fils de Dieu son P\u00e8re. Ainsi, cette pri\u00e8re du roi Assurbanipal : <\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Je suis ton serviteur,<br \/>\n<\/span><\/span><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Je suis le fils de mon dieu Assur<br \/>\nEt de ma d\u00e9esse l&rsquo;Assyrienne. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Comme on voit, cette appellation de P\u00e8re comporte, dans les religions anciennes, une grande vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;applications et de significations. Parfois le dieu est dit P\u00e8re par rapport \u00e0 toutes ses cr\u00e9atures, alors que souvent le privil\u00e8ge de la filiation divine est r\u00e9serv\u00e9 au roi ou aux autres dieux. Une telle dignit\u00e9 comporte, en effet, une certaine ressemblance avec le dieu P\u00e8re, et par cons\u00e9quent un certain caract\u00e8re sacr\u00e9, divin. Voil\u00e0 pourquoi on la consid\u00e9rera souvent comme le privil\u00e8ge des dieux ou des rois. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">De toute fa\u00e7on, la d\u00e9nomination de P\u00e8re signifie toujours dans ces religions un quelconque rapport d&rsquo;origine. Des groupes ethniques peuvent croire \u00eatre issus collectivement de leur dieu, et poss\u00e9der ainsi certains liens de parent\u00e9 avec lui. Ou bien c&rsquo;est le roi qui est directement engendr\u00e9 par la divinit\u00e9, et le reste du peuple s&rsquo;y trouve reli\u00e9 \u00e0 travers lui. Les rapports entre les dieux pourront eux-m\u00eames \u00eatre con\u00e7us en termes de parent\u00e9, le dieu supr\u00eame \u00e9tant lui-m\u00eame le dieu P\u00e8re, \u00e0 l&rsquo;origine de tous les dieux. La notion d&rsquo;engendrement sera alors comprise de fa\u00e7on plus ou moins litt\u00e9rale, plus ou moins physique, mais elle signifie toujours l&rsquo;origine de quelque fa\u00e7on. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Notons encore que, dans cette perspective des religions anciennes, Dieu-P\u00e8re n&rsquo;est nullement exclusif de Dieu-M\u00e8re, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 simplement de l&rsquo;autre aspect, de l&rsquo;autre figure de l&rsquo;origine. Il y a cependant une double fa\u00e7on de coordonner les deux principes. Il peut y avoir une d\u00e9esse- m\u00e8re \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du dieu-p\u00e8re, mais le m\u00eame dieu peut aussi comporter les deux fonctions et \u00eatre appel\u00e9 p\u00e8re et m\u00e8re. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;appellation \u00ab P\u00e8re \u00bb est si fr\u00e9quente dans les religions qu&rsquo;on a pu dire qu&rsquo;il s&rsquo;agissait l\u00e0 d&rsquo;un <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00ab ph\u00e9nom\u00e8ne <\/span><span lang=\"fr-FR\">religieux originel \u00bb, ou encore d&rsquo;un \u00ab universel du langage humain sur Dieu \u00bb. Cette notion d&rsquo;un P\u00e8re c\u00e9leste ferait donc partie de l&rsquo;h\u00e9ritage religieux de l&rsquo;humanit\u00e9, de sorte qu&rsquo;elle se retrouverait aussi, plus ou moins explicite, \u00e0 la racine de notre propre conscience religieuse. Il y aurait donc en nous, plus ou moins d\u00e9velopp\u00e9, un sens naturel de Dieu, et l&rsquo;id\u00e9e plus ou moins explicite d&rsquo;un Dieu-P\u00e8re en ferait partie. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;une investigation sur ce point dans les religions anciennes, dites \u00ab pa\u00efennes \u00bb, serait alors pr\u00e9cis\u00e9ment de nous d\u00e9voiler des \u00e9l\u00e9ments religieux enfouis, mais toujours pr\u00e9sents au plus profond de nous-m\u00eames. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">On doit en conclure qu&rsquo;une id\u00e9e plus ou moins vague d&rsquo;un Dieu-P\u00e8re fait d\u00e9j\u00e0 partie de notre bagage religieux originel, avant m\u00eame toute r\u00e9v\u00e9lation sp\u00e9ciale, avant toute annonce de l&rsquo;\u00c9vangile du Dieu P\u00e8re de J\u00e9sus Christ. Il importe donc de pr\u00e9ciser quelque peu le contenu de cette id\u00e9e simplement \u00ab religieuse \u00bb ou \u00ab pa\u00efenne \u00bb de Dieu-P\u00e8re, pour \u00eatre en mesure de distinguer ensuite l&rsquo;apport sp\u00e9cifique de la r\u00e9v\u00e9lation chr\u00e9tienne. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\"><i><b>Le sens de cette appellation dans les religions <\/b><\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Nous avons d\u00e9j\u00e0 dit qu&rsquo;il faut alors comprendre la paternit\u00e9 divine dans la ligne de l&rsquo;origine premi\u00e8re de notre \u00eatre. Le Dieu-P\u00e8re est celui qui \u00ab engendre \u00bb, au sens \u00e9tymologique du terme, c&rsquo;est-\u00e0-dire celui qui est \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;un \u00eatre de m\u00eame genre que lui. Il faut bien voir ici que cette perception quasi naturelle de Dieu n&rsquo;est pas \u00e9cart\u00e9e par la r\u00e9v\u00e9lation biblique; elle est plut\u00f4t reprise dans un contexte diff\u00e9rent. On la retrouve comme implicite dans l&rsquo;affirmation : \u00ab Faisons l&rsquo;homme \u00e0 notre image, comme notre ressemblance \u00bb (Gn 1, 26). C&rsquo;est l\u00e0, en effet, le propre des parents d&rsquo;engendrer des enfants \u00e0 leur image et <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">leur ressemblance : \u00ab Il [Adam] engendra un fils \u00e0 sa ressemblance, comme son image, et il lui donna le nom de Seth \u00bb (Gn 5, 3). Plus explicitement encore, et avec une r\u00e9f\u00e9rence directe aux religions pa\u00efennes, saint Paul affirme devant l&rsquo;Ar\u00e9opage d&rsquo;Ath\u00e8nes : \u00ab Ainsi d&rsquo;ailleurs l&rsquo;ont dit certains des v\u00f4tres : \u00ab\u00a0Car nous sommes aussi de sa race <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>(genus)<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">. \u00a0\u00bb Que si nous sommes de la race <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>(genus) <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">de Dieu, nous ne devons pas penser que la divinit\u00e9 soit semblable \u00e0 de l&rsquo;or, de l&rsquo;argent ou de la pierre, travaill\u00e9s par l&rsquo;art et le g\u00e9nie de l&rsquo;homme \u00bb (Ac 17, 28-29). Cette v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;engendrement divin de l&rsquo;humanit\u00e9 est donc \u00e9voqu\u00e9e ici comme fondement d&rsquo;une connaissance analogique de Dieu, \u00e0 partir de sa cr\u00e9ature humaine. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">De cette conception fondamentale de Dieu comme origine de l&rsquo;humanit\u00e9 d\u00e9coulent imm\u00e9diatement deux caract\u00e9ristiques : l&rsquo;autorit\u00e9 et la providence. L&rsquo;autorit\u00e9 est une cons\u00e9quence directe de l\u2019origine, pour autant qu&rsquo;elle constitue la propri\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;auteur. L&rsquo;auteur a pleine autorit\u00e9 sur les \u00eatres dont il est l&rsquo;auteur. S&rsquo;ils proviennent de lui, ils d\u00e9pendent aussi de lui quant \u00e0 la loi de leur \u00eatre et de leur agir. Ainsi, tout naturellement le P\u00e8re Cr\u00e9ateur sera con\u00e7u dans toutes les religions avec une majest\u00e9 souveraine, comme le tout-puissant qui gouverne tout, comme le l\u00e9gislateur et le juge universel. Ce \u00e0 quoi doivent correspondre, de la part de la cr\u00e9ature humaine, des attitudes religieuses sp\u00e9cifiques, comme la v\u00e9n\u00e9ration, la soumission, la crainte. La religion de la Bible ne fait pas exception; elle r\u00e9clame de nous les m\u00eames attitudes envers Dieu notre P\u00e8re : <\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00ab Un fils honore son p\u00e8re; un serviteur craint son ma\u00eetre. Mais si je suis p\u00e8re, o\u00f9 donc est mon honneur ? Si je suis ma\u00eetre, o\u00f9 donc est ma crainte ? vous dit Yahv\u00e9 Sabaot \u00bb (Mi l, 6). <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Dans toutes les religions cependant, le Dieu-P\u00e8re n&rsquo;exerce pas son autorit\u00e9 en ma\u00eetre despotique, simplement pour faire valoir ses droits ou pour son avantage personnel, mais pour le bien de ses cr\u00e9atures, pour subvenir <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">leurs besoins et les conduire <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">leur accomplissement final. Tel est pr\u00e9cis\u00e9ment le sens de la providence divine, qui est la sollicitude de Dieu pour tous ses enfants de la terre. De l\u00e0 suivent encore toute une s\u00e9rie d&rsquo;attributs divins, comme l&rsquo;amour, la bienveillance, la compassion, la mis\u00e9ricorde. D&rsquo;o\u00f9 aussi, par cons\u00e9quence, toute une autre s\u00e9rie d&rsquo;attitudes religieuses de la part de la cr\u00e9ature humaine, comme l&rsquo;amour, la confiance, l\u2019esp\u00e9rance. Encore une fois, cet aspect se retrouve dans la religion biblique. Pour montrer la bont\u00e9 du P\u00e8re c\u00e9leste, le <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">sermon sur la montagne se r\u00e9f\u00e8re tout naturellement \u00e0 l&rsquo;analogie de la sollicitude des parents pour leurs enfants : \u00ab Si donc vous, qui \u00eates mauvais, vous savez donner de bonnes choses \u00e0 vos enfants, combien plus votre P\u00e8re qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">ceux qui l&rsquo;en prient ! \u00bb (Mt 7, 11) <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>Dieu P\u00e8re dans l&rsquo;Ancien Testament <\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Ce dernier texte pourrait laisser croire qu&rsquo;il <\/span><span lang=\"fr-FR\">y <\/span><span lang=\"fr-FR\">a parfaite continuit\u00e9 entre la conception pa\u00efenne du Dieu-P\u00e8re et le P\u00e8re de J\u00e9sus Christ, tel que le Nouveau Testament l&rsquo;annonce et l&rsquo;invoque, En fait, l&rsquo;\u00e9volution qui conduit d&rsquo;une conception <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">l&rsquo;autre est beaucoup plus complexe, car elle s&rsquo;accomplit <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">travers la rupture et la n\u00e9gation. C&rsquo;est ce qui appara\u00eet manifestement quand on consid\u00e8re attentivement l&rsquo;\u00e9tat de la question dans les \u00e9crits de l&rsquo;Ancien Testament. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\"><i><b>R\u00e9ticence de l&rsquo;Ancien Testament <\/b><\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Ce qui appara\u00eet l\u00e0 d&rsquo;abord, c&rsquo;est la grande r\u00e9serve de l&rsquo;Ancien Testament face <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">l&rsquo;appellation de Dieu comme P\u00e8re. Il n&rsquo;en est fait aucune mention dans les r\u00e9cits de la cr\u00e9ation, pas plus que dans les premiers \u00e9crits portant sur les actes de Yahv\u00e9 en faveur d&rsquo;Isra\u00ebl. La d\u00e9nomination de P\u00e8re attribu\u00e9e \u00e0 Dieu se retrouve d&rsquo;abord chez les proph\u00e8tes, mais encore l\u00e0 de fa\u00e7on tr\u00e8s limit\u00e9e, car on en compte moins de vingt occurrences dans tous les livres de l&rsquo;Ancien Testament. Quand on sait comment l&rsquo;appellation de P\u00e8re \u00e9tait courante dans les autres religions du Moyen-Orient, cette r\u00e9serve ne peut signifier qu&rsquo;une r\u00e9ticence, qu&rsquo;une prise de distance face <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">ces religions pa\u00efennes. Cela soul\u00e8ve imm\u00e9diatement deux questions : quelle est la <\/span><span lang=\"fr-FR\">raison de cette r\u00e9ticence ? et puis, quelle est la signification du retour de cette appellation chez les proph\u00e8tes<\/span><span lang=\"fr-FR\"> ? <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Concernant le premier point, on doit rappeler d&rsquo;abord le passage <\/span><span lang=\"fr-FR\">o\u00f9 <\/span><span lang=\"fr-FR\">J\u00e9r\u00e9mie fustige \u00ab les gens de la maison d&rsquo;Isra\u00ebl <\/span><span lang=\"fr-FR\">[ &#8230; ], <\/span><span lang=\"fr-FR\">qui disent au bois : \u00ab\u00a0tu es mon p\u00e8re !\u00a0\u00bb et \u00e0 la pierre : \u00ab\u00a0tu m&rsquo;as engendr\u00e9 !\u00a0\u00bb\u00bb (Jr <\/span><span lang=\"fr-FR\">2, 26-27). <\/span><span lang=\"fr-FR\">La d\u00e9signation de Dieu comme P\u00e8re appara\u00eet ici, dans un contexte typiquement pa\u00efen, comme associ\u00e9e au culte des idoles. On peut fort bien penser cependant que la critique de la d\u00e9nomination de Dieu comme P\u00e8re <\/span><span lang=\"fr-FR\">d\u00e9passe <\/span><span lang=\"fr-FR\">la simple repr\u00e9sentation idol\u00e2trique qu\u2019on peut en faire, et qu&rsquo;elle concerne le contenu m\u00eame de cette conception d&rsquo;une paternit\u00e9 divine par rapport \u00e0 la cr\u00e9ature humaine. En effet, l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame d&rsquo;un engendrement de l\u2019homme par Dieu r\u00e9pugne <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">la religion yahviste, parce qu&rsquo;elle ne sauvegarde pas suffisamment la diff\u00e9rence, la transcendance absolue de Dieu. Voil\u00e0 pourquoi la Bible utilise un autre terme r\u00e9serv\u00e9 <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">Dieu, pour d\u00e9signer son rapport au monde : celui de \u00ab\u00a0cr\u00e9ation \u00bb <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>(bara) <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">pr\u00e9cis\u00e9ment. Ainsi, la r\u00e9ticence d&rsquo;Isra\u00ebl irait dans le m\u00eame sens que la religion islamique, qui pour la m\u00eame raison refuse totalement l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une paternit\u00e9 divine. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Cette m\u00eame r\u00e9serve face \u00e0 l&rsquo;appellation de P\u00e8re s&rsquo;explique aussi et surtout par le <\/span><span lang=\"fr-FR\">caract\u00e8re <\/span><span lang=\"fr-FR\">bien sp\u00e9cifique de l\u2019exp\u00e9rience religieuse fondamentale d&rsquo;Isra\u00ebl. Comme nous avons vu au premier chapitre, Isra\u00ebl rencontre d&rsquo;abord son Dieu dans l&rsquo;histoire, dans ses rapports avec les autres peuples, plut\u00f4t que dans ses rapports avec la nature comme source de subsistance. L&rsquo;exp\u00e9rience religieuse pa\u00efenne de la nature s&rsquo;exprime elle-m\u00eame spontan\u00e9ment en termes de P\u00e8re c\u00e9leste et de Terre-M\u00e8re. Mais l&rsquo;exp\u00e9rience de Dieu que fait Isra\u00ebl dans son histoire s&rsquo;exprime tout aussi spontan\u00e9ment par d&rsquo;autres cat\u00e9gories plus sp\u00e9cifiquement historiques, qui gravitent toutes autour de la notion fondamentale de l&rsquo;Alliance. Dieu appara\u00eet ainsi d&rsquo;abord, non pas sous la figure du p\u00e8re, mais comme le lib\u00e9rateur et le sauveur, comme celui qui choisit son peuple, qui lui donne la loi et qui lui fait les promesses<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote2sym\" name=\"sdendnote2anc\"><sup>ii<\/sup><\/a>. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\"><i><b>Sens nouveau de la paternit\u00e9 divine <\/b><\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Nous pouvons maintenant r\u00e9pondre \u00e0 la seconde question soulev\u00e9e plus haut : quelle est la signification nouvelle de l&rsquo;appellation \u00ab P\u00e8re \u00bb, quand elle fait retour \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des proph\u00e8tes ? On peut d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9voir qu&rsquo;elle sera modifi\u00e9e, et m\u00eame convertie, pour exprimer le contenu de la th\u00e9ologie de l&rsquo;Alliance. La clef d&rsquo;interpr\u00e9tation devient alors la relation d&rsquo;\u00e9lection. Isra\u00ebl a \u00e9t\u00e9 choisi entre les peuples, et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cela qu&rsquo;il est dit fils, l&rsquo;\u00e9lection signifiant ici l&rsquo;adoption. Ce nouveau sens d&rsquo;une filiation divine adoptive appara\u00eet d\u00e9j\u00e0 au c\u0153ur de l&rsquo;affrontement entre Mo\u00efse et Pharaon : <\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Tu diras alors \u00e0 Pharaon : Ainsi parle Yahv\u00e9. Mon fils premier-n\u00e9, c&rsquo;est Isra\u00ebl. Je t&rsquo;avais donn\u00e9 cet ordre : \u00ab Laisse aller mon fils, qu&rsquo;il me rende un culte. \u00bb Puisque tu refuses de le laisser partir, eh bien moi, je vais faire p\u00e9rir ton fils premier-n\u00e9 ! (Ex 4, 22-23) <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">En rapport avec cette filiation adoptive d&rsquo;Isra\u00ebl, les proph\u00e8tes pourront parler maintenant de la paternit\u00e9 de Yahv\u00e9 : \u00ab Car je suis un p\u00e8re pour Isra\u00ebl et Ephra\u00efm est mon premier-n\u00e9 \u00bb (Jr 31, 9). Notons la forme d\u00e9clarative de l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 : Yahv\u00e9 se d\u00e9clare P\u00e8re en d\u00e9chirant Isra\u00ebl son fils. Il s&rsquo;agit donc bien d&rsquo;une paternit\u00e9 d&rsquo;adoption, et elle s&rsquo;exprime dans une formule qui rappelle directement celle de l&rsquo;Alliance : <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00ab Je <\/span><span lang=\"fr-FR\">serai votre Dieu et vous serez mon peuple \u00bb (Jr 7, 23). <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Il est clair que la notion de paternit\u00e9 se trouve alors radicalement transform\u00e9e. La litt\u00e9ralit\u00e9 du sens est bris\u00e9e pour laisser transpara\u00eetre le symbolisme. Cela est tout sp\u00e9cialement manifeste en deux points, qui sont bien marqu\u00e9s dans cet autre passage de J\u00e9r\u00e9mie : J&rsquo;avais pens\u00e9 : tu m&rsquo;appelleras \u00ab\u00a0Mon P\u00e8re\u00a0\u00bb et tu ne te s\u00e9pareras pas de moi. Mais comme une femme qui trahit son amant, ainsi m&rsquo;a trahi la maison d&rsquo;Isra\u00ebl \u00bb (Jr 3, 19-20). Le revirement de sens appara\u00eet d&rsquo;abord ici dans l&rsquo;orientation temporelle de la signification. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Au sens naturel du terme, la paternit\u00e9 dirige la pens\u00e9e vers le pass\u00e9; elle est figure de l&rsquo;origine. Au sens proph\u00e9tique par contre, elle nous tourne vers l&rsquo;avenir; elle devient figure de la cr\u00e9ation nouvelle. Voil\u00e0 pourquoi elle s&rsquo;exprime le plus souvent sur le mode du futur. Autre particularit\u00e9 de ce m\u00eame texte, c&rsquo;est le passage du symbolisme parental au symbolisme conjugal. Du rapport p\u00e8re-fils on passe \u00e0 la relation \u00e9poux-\u00e9pouse, comme pour briser encore une fois l&rsquo;\u00e9corce de la litt\u00e9ralit\u00e9 et lib\u00e9rer le symbole de l&rsquo;Alliance, qui peut s&rsquo;exprimer sous l&rsquo;une et l&rsquo;autre figure. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Il nous faut voir encore dans l&rsquo;Ancien Testament l&rsquo;\u00e9volution de ce th\u00e8me de la paternit\u00e9 divine. Nous avons jusqu&rsquo;ici parl\u00e9 de la paternit\u00e9 de Yahv\u00e9 et de la filiation d&rsquo;Isra\u00ebl. Tels sont, en effet, les deux partenaires de l&rsquo;Alliance du Sina\u00ef, conclue entre Yahv\u00e9 et tout le peuple. Avec l&rsquo;av\u00e8nement de la royaut\u00e9 cependant, les termes se d\u00e9placent. C&rsquo;est avec le roi maintenant que Dieu fait Alliance, et par cons\u00e9quent, c&rsquo;est aussi le roi qui d\u00e9sormais sera dit fils de Dieu : \u00ab Je serai pour lui un p\u00e8re et il sera pour moi un fils \u00bb (2 S 7, 14). Le peuple d&rsquo;Isra\u00ebl n&rsquo;est pas exclu pour autant, puisque ce privil\u00e8ge de la filiation divine revient au roi en tant que repr\u00e9sentant du peuple. Appliqu\u00e9 au roi, le symbole de la filiation divine se personnalise, mais il s&rsquo;agit alors d&rsquo;une personnalit\u00e9 corporative. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Il importe de voir que c&rsquo;est toujours au sens symbolique qu&rsquo;est con\u00e7ue la filiation divine du roi. Et c&rsquo;est par l\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment qu&rsquo;elle se distingue de la conception commune de l&rsquo;Orient, selon laquelle le monarque est dit fils de Dieu en raison de son origine divine et de son lien de parent\u00e9 naturelle avec <\/span><span lang=\"fr-FR\">les dieux. En Isra\u00ebl au contraire, il s&rsquo;agit toujours d&rsquo;une filiation d\u00e9clarative, adoptive, fond\u00e9e sur<\/span> <span lang=\"fr-FR\">un lien d&rsquo;\u00e9lection et d\u2019Alliance : \u00ab Il m&rsquo;appellera : toi, mon p\u00e8re, mon Dieu et le rocher de mon salut ! [ &#8230; ] \u00c0 jamais je lui garde mon amour, mon alliance lui reste fid\u00e8le \u00bb (Ps 89, 27-29). Si l&rsquo;on parle encore ici d&rsquo;engendrement, ce ne peut \u00eatre qu&rsquo;au sens m\u00e9taphorique et symbolique. Cela appara\u00eet assez manifestement au Psaume 2, o\u00f9, le jour de son intronisation, le roi est d\u00e9clar\u00e9 fils, engendr\u00e9 par Dieu, en raison pr\u00e9cis\u00e9ment de l&rsquo;onction et de la cons\u00e9cration royale, qui en font le messie (oint) de Dieu. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>Dieu P\u00e8re dans le Nouveau Testament <\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Le retour de l&rsquo;appellation \u00ab P\u00e8re \u00bb s&rsquo;ach\u00e8ve dans le Nouveau Testament. Comme elle se retrouve partout, constamment r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, on a d&rsquo;abord l&rsquo;impression que toute r\u00e9serve est disparue. On pourrait m\u00eame croire que c&rsquo;est la conception religieuse naturelle du Dieu P\u00e8re qui revient en force dans les textes du Nouveau Testament. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Si l&rsquo;on regarde de plus pr\u00e8s, on verra cependant qu&rsquo;il en va tout autrement. Il est vrai que le terme \u00ab<\/span><span lang=\"fr-FR\"> P\u00e8re \u00bb se rencontre au moins 170 fois sur les l\u00e8vres de J\u00e9sus, dans les \u00e9vangiles. Mais ce nombre se r\u00e9partit de fa\u00e7on tr\u00e8s in\u00e9gale entre les quatre \u00e9vangiles : chez Jean 109 mentions, chez Matthieu 43, chez Luc 15, chez Marc 4. On doit donc en conclure qu&rsquo;il s&rsquo;agit pour la plupart d&rsquo;additions post\u00e9rieures \u00e0 P\u00e2ques. Joachim Jeremias, \u00e0 qui nous empruntons ces donn\u00e9es, note encore que J\u00e9sus ne parlait explicitement de Dieu comme P\u00e8re que dans son enseignement priv\u00e9 \u00e0 ses <\/span><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"fr-FR\">disciples<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote3sym\" name=\"sdendnote3anc\"><sup>iii<\/sup><\/a>. <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"fr-FR\">C&rsquo;est dire que la m\u00eame r\u00e9serve se retrouve aussi dans le Nouveau Testament, que cette appellation de Dieu comme P\u00e8re ne va pas de soi pour J\u00e9sus, qu&rsquo;elle appartient au myst\u00e8re le plus\u00a0<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000; font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">profond du Royaume.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"fr-FR\"><i><b>La filiation<\/b><\/i><\/span><\/span><i><b> <\/b><\/i><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"fr-FR\"><i><b>divine du Christ <\/b><\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"fr-FR\">La r\u00e9surrection marque, en effet, le moment d\u00e9cisif de la r\u00e9alisation et de la r\u00e9v\u00e9lation du Royaume. C&rsquo;est l&rsquo;accomplissement de la promesse\u00a0: \u00ab La promesse faite \u00e0 nos p\u00e8res, Dieu l&rsquo;a accomplie en notre faveur \u00e0 nous, leurs enfants : il a ressuscit\u00e9 J\u00e9sus. Ainsi est-il \u00e9crit au Psaume premier : tu es mon fils, moi-m\u00eame aujourd&rsquo;hui je t&rsquo;ai engendr\u00e9 \u00bb (Ac 13, 32-33). Le moment de la r\u00e9surrection est donc celui de l&rsquo;engendrement du Christ comme Fils de Dieu. C&rsquo;est l\u00e0 encore ce qu&rsquo;affirme saint Paul, avec une formule de la premi\u00e8re cat\u00e9ch\u00e8se chr\u00e9tienne, selon laquelle le Christ fut \u00ab \u00e9tabli Fils de Dieu avec puissance selon l&rsquo;Esprit de saintet\u00e9, par sa r\u00e9surrection des morts \u00bb (Rm 1, 4). Il faut donc entendre encore ici au sens m\u00e9taphorique cet engendrement du Fils \u00e0 la r\u00e9surrection. Il s&rsquo;agit plus pr\u00e9cis\u00e9ment de l&rsquo;intronisation du Messie, qui par l\u00e0 m\u00eame est proclam\u00e9 Fils de Dieu, car ce jour-l\u00e0, Dieu conclut avec lui l&rsquo;Alliance nouvelle. La r\u00e9surrection du Christ devient ainsi, en m\u00eame temps, le moment de la r\u00e9v\u00e9lation de Dieu comme P\u00e8re. Dieu P\u00e8re appara\u00eet alors comme celui qui donne la vie nouvelle. Mais cela s&rsquo;accomplit toujours dans le cadre de l&rsquo;Alliance. Encore l\u00e0, Dieu est reconnu comme P\u00e8re, parce qu&rsquo;il renoue l&rsquo;Alliance en son Fils J\u00e9sus. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"fr-FR\">Ce k\u00e9rygme pascal sera ensuite repris dans les \u00e9vangiles, pour montrer que J\u00e9sus \u00e9tait d\u00e9j\u00e0, d\u00e8s le d\u00e9but, le Fils qu&rsquo;il fut r\u00e9v\u00e9l\u00e9 au moment de la r\u00e9surrection. Mais il s&rsquo;agit toujours d&rsquo;une filiation dans le cadre de l&rsquo;Alliance, dans le contexte d&rsquo;un choix de Dieu en faveur de son Fils J\u00e9sus, en vue de la r\u00e9conciliation du monde dans une Alliance nouvelle. C&rsquo;est ce qui appara\u00eet bien manifestement au bapt\u00eame de J\u00e9sus. Car, lorsque ses disciples se rappellent ses d\u00e9buts, ils pensent d&rsquo;abord \u00e0 ses d\u00e9buts en Galil\u00e9e \u00bb (Ac 10, 37). Or d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ce moment initial de son minist\u00e8re, J\u00e9sus appara\u00eet comme celui qui est investi de la puissance de l&rsquo;Esprit Saint et qui est d\u00e9sign\u00e9 par le P\u00e8re comme son Fils de pr\u00e9dilection : \u00ab Tu es mon Fils bien-aim\u00e9; tu as toute ma faveur \u00bb (Lc 3, 22).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"fr-FR\">Remontant ainsi, de d\u00e9buts en d\u00e9buts, jusqu&rsquo;aux origines de J\u00e9sus, on retrouve finalement la m\u00eame affirmation dans les \u00e9vangiles de l&rsquo;enfance, \u00e0 propos de la conception de J\u00e9sus. C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 comme Fils de Dieu qu&rsquo;il est con\u00e7u dans le sein de Marie, et cette filiation divine s&rsquo;explique encore une fois en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;Alliance davidique : \u00ab Il sera grand et on l&rsquo;appellera Fils du Tr\u00e8s Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le tr\u00f4ne de David, son p\u00e8re \u00bb (Lc 1, 32). <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"fr-FR\">Nous venons de voir le t\u00e9moignage de la foi des disciples concernant la filiation divine de J\u00e9sus. Qu&rsquo;en est-il maintenant de la conscience filiale de J\u00e9sus lui-m\u00eame ? Les travaux de l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8te Joachim Jeremias ont produit l\u00e0-dessus des r\u00e9sultats importants. On sait maintenant que J\u00e9sus, dans ses pri\u00e8res, a toujours invoqu\u00e9 Dieu en l&rsquo;appelant \u00ab P\u00e8re \u00bb, \u00ab Abba \u00bb en aram\u00e9en. Par l\u00e0, il innovait vraiment, car aucun juif avant lui n&rsquo;avait os\u00e9 s&rsquo;adresser \u00e0 Dieu d&rsquo;une fa\u00e7on aussi famili\u00e8re. On le comprend, puisque \u00ab Abba \u00bb \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;origine un terme du langage enfantin, \u00e9quivalant \u00e0 \u00ab\u00a0papa \u00bb. Au temps de J\u00e9sus cependant, le mot s&#8217;employait d\u00e9j\u00e0 dans un sens \u00e9largi. Le fils adulte s&rsquo;adressait encore \u00e0 son p\u00e8re de cette fa\u00e7on, de sorte que \u00ab Abba \u00bb pouvait alors signifier : \u00ab P\u00e8re bien-aim\u00e9 \u00bb. Jeremias en conclut donc que cette simple formule exprime la relation intime et unique qui \u00e9tait celle de J\u00e9sus avec Dieu<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote4sym\" name=\"sdendnote4anc\"><sup>iv<\/sup><\/a>. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"fr-FR\">Si l&rsquo;on consid\u00e8re maintenant comment J\u00e9sus a v\u00e9cu concr\u00e8tement sa relation filiale au P\u00e8re, on voit que c&rsquo;est bien en ce sens d&rsquo;une relation d&rsquo;alliance tr\u00e8s intime qui l&rsquo;engageait tout entier. La tentation consistera justement pour lui \u00e0 consid\u00e9rer sa qualit\u00e9 de Fils comme un privil\u00e8ge de naissance, et \u00e0 la faire tourner \u00e0 sa propre satisfaction et <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"fr-FR\">sa propre gloire (Le 4, 3-10). Pour lui, <\/span><\/span><\/span><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"fr-FR\">au contraire, \u00eatre Fils signifie \u00eatre aux affaires de son P\u00e8re (Lc 2,49) et accomplir en tout sa <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"fr-FR\">volont\u00e9 : \u00ab\u00a0Ma nourriture est de faire la volont\u00e9 de celui qui m&rsquo;a envoy\u00e9 et d&rsquo;accomplir son \u0153uvre<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb (Jn 4, 34). S&rsquo;il triomphe de toute puissance adverse jusqu&rsquo;au dernier ennemi, la mort (1 Co 15, 24-28), ce n&rsquo;est pas par l&rsquo;exercice triomphaliste de sa puissance de Fils; c&rsquo;est d&rsquo;abord par son ob\u00e9issance ind\u00e9fectible, par sa fid\u00e9lit\u00e9 ind\u00e9fectible \u00e0 l&rsquo;Alliance de Dieu, son P\u00e8re. Voil\u00e0 pourquoi la mort sera le dernier ennemi vaincu, parce que ce sera le dernier obstacle surmont\u00e9 sur le chemin de l\u2019Alliance : \u00ab Abba (p\u00e8re) ! tout t&rsquo;est possible : \u00e9loigne de moi cette coupe; cependant, pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! \u00bb (Mc 14, 36) <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"fr-FR\"><i><b>La paternit\u00e9 de Dieu <\/b><\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"fr-FR\">Nous venons de dire qui est le Fils, quelle est sa filiation, pour mieux comprendre qui est le P\u00e8re, quel est le sens de la paternit\u00e9 divine dans le Nouveau Testament. Il s&rsquo;agit fondamentalement du Dieu de la Nouvelle Alliance. C&rsquo;est donc par rapport au Christ J\u00e9sus d&rsquo;abord qu&rsquo;il est dit P\u00e8re, puisque c&rsquo;est avec lui et en lui que l&rsquo;Alliance est conclue. Cette Alliance nouvelle signifie alors une intercommunication et intimit\u00e9 parfaite entre le P\u00e8re et le Fils. Comme le Fils est totalement consacr\u00e9 au P\u00e8re, ainsi le P\u00e8re se donne-t-il tout entier au Fils : \u00ab Tout m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 remis par mon P\u00e8re et nul ne conna\u00eet le Fils si ce n&rsquo;est le P\u00e8re, comme nul ne &lsquo;conna\u00eet le P\u00e8re si ce n&rsquo;est le Fils, et celui \u00e0 qui le Fils veut bien le r\u00e9v\u00e9ler \u00bb <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"fr-FR\">(Mt 11<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span lang=\"fr-FR\">, 27). Tout ce qu&rsquo;a le Fils lui vient donc du P\u00e8re, non pas par simple privil\u00e8ge de naissance, mais en raison m\u00eame de son attitude filiale. Le Fils renonce \u00e0 lui- m\u00eame et s&rsquo;abandonne totalement au P\u00e8re, dans une attitude d&rsquo;ouverture absolue; ainsi le P\u00e8re s&rsquo;abandonne-t-il totalement au Fils, lui communiquant tout ce qu&rsquo;il est et tout ce qu&rsquo;il a : \u00ab Le Fils ne peut faire de lui-m\u00eame rien qu&rsquo;il ne voie <\/span><\/span><span lang=\"fr-FR\">faire au P\u00e8re: ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. Car le P\u00e8re aime le Fils et lui montre tout ce qu&rsquo;il fait \u00bb (Jn 5, 19-20). <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Quand l\u2019Alliance atteint cette perfection et cette pl\u00e9nitude de communication r\u00e9ciproque, c&rsquo;est une nouvelle dimension du myst\u00e8re de Dieu qui nous est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, le myst\u00e8re de la Trinit\u00e9 divine pr\u00e9cis\u00e9ment. Il appara\u00eet alors que l&rsquo;Alliance n&rsquo;est pas seulement ext\u00e9rieure \u00e0 Dieu, en tant qu&rsquo;Alliance de Dieu avec l\u2019homme<\/span><span lang=\"fr-FR\">. <\/span><span lang=\"fr-FR\">Elle est d&rsquo;abord intrins\u00e8que \u00e0 Dieu lui-m\u00eame, Alliance de Dieu avec Dieu lui-m\u00eame, Alliance de Dieu le P\u00e8re avec Dieu le Fils. Le mouvement de la christologie remonte ainsi au-del\u00e0 m\u00eame de l&rsquo;origine terrestre du Christ, jusqu&rsquo;\u00e0 son \u00eatre \u00e9ternel en Dieu lui-m\u00eame<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote5sym\" name=\"sdendnote5anc\"><sup>v<\/sup><\/a>. Le Prologue de saint Jean propose ici quelques figures pour repr\u00e9senter cette Alliance \u00e9ternelle. Le Fils est en Dieu comme sa pens\u00e9e (Sagesse) et sa parole (Verbe) cr\u00e9atrices : \u00ab Au commencement le Verbe \u00e9tait et le Verbe \u00e9tait avec Dieu et le Verbe \u00e9tait Dieu. Il \u00e9tait au commencement avec Dieu. Tout fut par lui et sans lui rien ne fut \u00bb (Jn 1, 1-3). <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;Alliance historique de Dieu avec l\u2019humanit\u00e9, qui nous permet de l&rsquo;appeler \u00ab\u00a0notre P\u00e8re \u00bb, appara\u00eet ainsi comme la r\u00e9v\u00e9lation et la communication de l&rsquo;Alliance \u00e9ternelle du P\u00e8re et du Fils. Par l\u00e0, le Christ nous donne part \u00e0 sa propre filiation divine en nous faisant part du don qu&rsquo;Il a lui-m\u00eame re\u00e7u de Dieu : \u00ab Nul n&rsquo;a jamais vu Dieu; le Fils unique, qui est dans le sein du P\u00e8re, lui, l&rsquo;a fait conna\u00eetre \u00bb (Jn 1, 18). Or cette communication s&rsquo;accomplit par le don de l&rsquo;Esprit Saint, l&rsquo;Esprit du P\u00e8re et du Fils, l&rsquo;Esprit de l&rsquo;Alliance. Nous sommes, gr\u00e2ce \u00e0 lui, introduits dans le dynamisme de la vie trinitaire de Dieu, et nous pouvons, \u00e0 notre tour, appeler Dieu \u00ab notre P\u00e8re \u00bb (Abba), avec la m\u00eame confiance intime que le Christ : \u00ab La preuve que vous \u00eates des fils, c&rsquo;est que Dieu a envoy\u00e9 dans vos c\u0153urs l\u2019Esprit de son Fils qui crie\u00a0: Abba, P\u00e8re\u00a0!\u00bb (Ga 4, 6)<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;appellation de Dieu P\u00e8re dans le Nouveau Testament comporte donc une signification toute sp\u00e9ciale. Elle n&rsquo;indique pas simplement, de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, que Dieu est l&rsquo;auteur premier de toutes choses, et plus sp\u00e9cialement du genre humain. Elle exprime directement l&rsquo;Alliance \u00e9ternelle du P\u00e8re et du Fils, qui s&rsquo;est manifest\u00e9e dans notre histoire en la personne du Christ J\u00e9sus, \u00e0 la filiation duquel nous avons nous-m\u00eames part dans l&rsquo;Esprit Saint. Et pourtant, la signification premi\u00e8re, religieuse ou \u00ab pa\u00efenne \u00bb, de cette m\u00eame appellation n&rsquo;est pas par l\u00e0 rejet\u00e9e ni perdue. Elle est reprise, r\u00e9capitul\u00e9e dans le dogme chr\u00e9tien de la cr\u00e9ation par le Verbe. Ainsi, le premier article de notre Credo reprend-il l&rsquo;ancienne conception religieuse du Dieu P\u00e8re cr\u00e9ateur de l&rsquo;univers. Mais il faut entendre alors le Dieu P\u00e8re de J\u00e9sus Christ, qui a cr\u00e9\u00e9 le monde par son Fils, le Verbe \u00e9ternel.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>La critique freudienne de l&rsquo;illusion religieuse <\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Apr\u00e8s avoir ainsi d\u00e9gag\u00e9 des sources bibliques la signification de notre foi chr\u00e9tienne au Dieu P\u00e8re de J\u00e9sus Christ et notre P\u00e8re, il nous faut voir maintenant ce que devient cette m\u00eame foi dans le contexte de notre monde d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, comment elle peut encore aujourd&rsquo;hui signifier la Bonne Nouvelle pour notre monde. Car la proclamation du Dieu P\u00e8re se bute aujourd&rsquo;hui \u00e0 un v\u00e9ritable n\u0153ud de difficult\u00e9s, qui semblent toutes provenir de la m\u00eame source. C&rsquo;est que d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre la conception de Dieu comme P\u00e8re appara\u00eet comme constitutive d&rsquo;une vision du monde qui a \u00e9t\u00e9 supplant\u00e9e et remplac\u00e9e par la vision moderne.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\"><i><b>L&rsquo;objection de Freud <\/b><\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">La critique freudienne de la croyance au Dieu P\u00e8re comme illusion religieuse est typique ici de <\/span><span lang=\"fr-FR\">la nouvelle vision scientifique du monde. L&rsquo;explication que Freud donne de la <\/span><span lang=\"fr-FR\">foi est assez simple :<\/span> <\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00ab<\/span><span lang=\"fr-FR\"> L&rsquo;impression terrifiante de la d\u00e9tresse infantile avait \u00e9veill\u00e9 le besoin d&rsquo;\u00eatre prot\u00e9g\u00e9 <\/span><span lang=\"fr-FR\"><b>\u2500<\/b><\/span><span lang=\"fr-FR\"> prot\u00e9g\u00e9 en \u00e9tant aim\u00e9 <\/span><span lang=\"fr-FR\"><b>\u2500,<\/b><\/span><span lang=\"fr-FR\"> besoin auquel le p\u00e8re a satisfait; la reconnaissance du fait que cette d\u00e9tresse dure toute la vie a fait que l&rsquo;homme s&rsquo;est cramponn\u00e9 \u00e0 un p\u00e8re, \u00e0 un p\u00e8re cette fois plus puissant. \u00bb<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote6sym\" name=\"sdendnote6anc\"><sup>vi<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">La d\u00e9tresse de l&rsquo;enfant qui vient au monde est assez manifeste. Il est bien \u00e9vident aussi que la principale fonction des parents est de prot\u00e9ger l&rsquo;enfant, de le mettre en confiance, de l&rsquo;apprivoiser \u00e0 ce monde qui constitue son nouvel environnement. Or l&rsquo;homme adulte, quittant la maison paternelle pour affronter le vaste monde, ressent la m\u00eame d\u00e9tresse et la m\u00eame angoisse que l&rsquo;enfant. Car le monde de la nature lui appara\u00eet alors comme une grande terreur, <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">cause de son caract\u00e8re impersonnel, non familier, \u00e9tranger. Pour surmonter cette angoisse, on tentera donc d&rsquo;apprivoiser la nature, en l&rsquo;humanisant, en cr\u00e9ant une alliance entre elle et nous. Et telle est pr\u00e9cis\u00e9ment la fonction de Dieu, qui prend ainsi tout spontan\u00e9ment un visage paternel. Il doit, en effet, nous r\u00e9concilier avec la nature, en lui donnant un caract\u00e8re personnel et familier, en nous la faisant voir comme sa propre cr\u00e9ation. L&rsquo;angoisse humaine s&rsquo;apaise alors, puisqu&rsquo;on peut supposer derri\u00e8re tous les processus de la nature l&rsquo;intention d&rsquo;un P\u00e8re bienveillant, cr\u00e9ateur du ciel et de la terre. Le P\u00e8re c\u00e9leste joue donc par rapport \u00e0 la nature le m\u00eame r\u00f4le que le p\u00e8re terrestre par rapport <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">la maison domestique o\u00f9 l&rsquo;enfant est accueilli<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote7sym\" name=\"sdendnote7anc\"><sup>vii<\/sup><\/a>. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Mais tout cela, pense Freud, n&rsquo;est qu&rsquo;illusion, au sens pr\u00e9cis du terme : \u00ab Nous appelons illusion une croyance quand, dans la motivation de celle-ci, la r\u00e9alisation d&rsquo;un d\u00e9sir est pr\u00e9valente, et nous ne tenons pas compte, ce faisant, des rapports de cette croyance \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. \u00bb<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote8sym\" name=\"sdendnote8anc\"><sup>viii<\/sup><\/a> D&rsquo;apr\u00e8s Freud, aucun fait r\u00e9el de notre monde et de notre histoire ne peut d\u00e9montrer avec \u00e9vidence l&rsquo;existence d&rsquo;un P\u00e8re divin, cr\u00e9ateur et provident. Comment expliquer alors la conviction si profonde et tenace des croyants ? Elle ne peut provenir, pense-t-il, que de la force du d\u00e9sir qu&rsquo;il en soit ainsi. Voil\u00e0 pourquoi elle doit \u00eatre appel\u00e9e illusion, \u00ab wishful thinking \u00bb. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\"><i><b>\u00c9bauche d&rsquo;une r\u00e9ponse \u00e0 Freud <\/b><\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;explication de Freud nous fait bien comprendre pourquoi il est si naturel de concevoir Dieu comme un P\u00e8re, pourquoi la plupart des religions anciennes l&rsquo;ont d\u00e9sign\u00e9 de ce nom. Cette m\u00eame explication montre bien aussi quelle est la signification de cette appellation, quel est le contenu concret de cette croyance au Dieu P\u00e8re. Elle implique une vision \u00ab\u00a0domestique \u00bb du monde, o\u00f9 l&rsquo;\u00eatre humain se sent comme chez soi, comme dans un milieu familial. Voil\u00e0 ce qu&rsquo;exprime, en langage religieux, la croyance au P\u00e8re c\u00e9leste. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Et voil\u00e0 bien aussi ce par o\u00f9 doit commencer notre r\u00e9ponse \u00e0 Freud. Quelle est la valeur de cette confiance <\/span><span lang=\"fr-FR\">au monde, qui nous le fait voir comme notre demeure ? On parle aujourd&rsquo;hui, dans le m\u00eame sens, de \u00ab<\/span><span lang=\"fr-FR\"> confiance originaire \u00bb ou de \u00ab confiance fondamentale \u00bb, pour d\u00e9signer cette m\u00eame attitude positive d&rsquo;ouverture au monde, <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">la vie, au r\u00e9el en g\u00e9n\u00e9ral<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote9sym\" name=\"sdendnote9anc\"><sup>ix<\/sup><\/a>. Allons-nous dire maintenant que l&rsquo;attitude fondamentale de confiance face au monde est illusoire, parce qu&rsquo;on ne peut montrer avec certitude que ce monde comporte plus de bien que de mal ? Il faut voir plut\u00f4t qu&rsquo;une telle confiance fondamentale ne signifie pas une pure constatation de l&rsquo;\u00e9tat du monde, mais bien une option radicale face au monde. La question n&rsquo;est donc pas de savoir si le monde est plus ou moins bon, mais s&rsquo;il peut \u00eatre transform\u00e9 pour le mieux. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;attitude de confiance fondamentale signifie une r\u00e9ponse affirmative \u00e0 cette question, et la valeur de cette attitude se montre finalement par ses fruits. On entrevoit d\u00e9j\u00e0 cependant que, loin de maintenir dans un \u00e9tat infantile, elle pousse au contraire \u00e0 l&rsquo;engagement dans le monde et au plein exercice de ses responsabilit\u00e9s face aux autres. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Une seconde question porte maintenant sur la forme religieuse dans laquelle cette confiance fondamentale se trouve repr\u00e9sent\u00e9e. Il s&rsquo;agit l\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment de la croyance au P\u00e8re c\u00e9leste. La mati\u00e8re de cette repr\u00e9sentation provient tout naturellement des relations familiales, puisque c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;atmosph\u00e8re familiale qui favorise et entretient chez l&rsquo;enfant la confiance au monde et \u00e0 la vie. Et l&rsquo;on voit imm\u00e9diatement pourquoi cette image familiale para\u00eet suspecte <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">Freud, quand elle est appliqu\u00e9e aux rapports de l&rsquo;homme avec la nature. Pour Freud, en effet, comme pour la plupart des intellectuels de son temps, le seul vrai rapport de l\u2019homme \u00e0 la nature est d&rsquo;ordre scientifique. La nature est ainsi pur objet de connaissance scientifique, et par suite pur mat\u00e9riau pour l&rsquo;activit\u00e9 technologique de l&rsquo;homme. Mais voil\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment une autre abstraction, on pourrait presque dire une nouvelle illusion contre laquelle r\u00e9agit aujourd&rsquo;hui la pens\u00e9e \u00e9cologique. Celle-ci red\u00e9couvre maintenant le lien intime de parent\u00e9 qui unit l&rsquo;homme \u00e0 la nature, qui fait de celle-ci sa premi\u00e8re demeure.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Cela dit, il faut reconna\u00eetre aussi bien la part de v\u00e9rit\u00e9 que comporte la th\u00e9orie freudienne de l&rsquo;illusion religieuse. Car il y a effectivement toute une part de projection imaginaire dans notre repr\u00e9sentation de Dieu P\u00e8re. Notre confiance originaire provient d&rsquo;une inspiration qui nous d\u00e9passe, mais \u00e0 partir de l\u00e0, c&rsquo;est nous-m\u00eames qui en grande part produisons notre image du Dieu P\u00e8re. Il y a l\u00e0 sans doute une grande part d&rsquo;imaginaire, pour autant que nous nous repr\u00e9sentons Dieu tel que nous voudrions qu&rsquo;il soit pour nous, \u00e0 l&rsquo;image et \u00e0 la mesure de nos d\u00e9sirs. Mais il en va de m\u00eame pour toutes nos relations humaines. Notre image de toute personne aim\u00e9e n&rsquo;exprime pas seulement ce qu&rsquo;elle est r\u00e9ellement en elle-m\u00eame, selon une observation purement objective, mais tout autant ce que nous pensons et d\u00e9sirons qu&rsquo;elle soit pour nous. Et cela signifie qu&rsquo;une telle repr\u00e9sentation devra n\u00e9cessairement subir tout un processus de d\u00e9sillusions \u00e0 mesure que la personne de l&rsquo;autre se montrera <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">nous dans son identit\u00e9 r\u00e9elle, en tant qu&rsquo;autre que nous et notre d\u00e9sir. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Il en est ainsi de notre repr\u00e9sentation religieuse de Dieu P\u00e8re. Et nous pouvons maintenant proposer une nouvelle interpr\u00e9tation de la r\u00e9serve biblique face \u00e0 l&rsquo;appellation de Dieu comme P\u00e8re. Nous pouvons la voir aussi comme une prise de distance face \u00e0<\/span> <span lang=\"fr-FR\">l&rsquo;illusion religieuse. La nouvelle conception \u00e9vang\u00e9lique du Dieu P\u00e8re de J\u00e9sus Christ vient alors directement briser cette illusion religieuse, en pr\u00e9sentant l&rsquo;image d&rsquo;un Dieu tout diff\u00e9rent de nous, dont la volont\u00e9 ne co\u00efncide pas avec la n\u00f4tre, qui exige tout de nous en m\u00eame temps qu&rsquo;il nous donne tout. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>La critique sociale du paternalisme religieux <\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">La critique freudienne consid\u00e8re l&rsquo;homme face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;est le monde, et juge d&rsquo;apr\u00e8s cela de la valeur r\u00e9elle ou illusoire de la croyance au Dieu P\u00e8re. Une autre critique de la m\u00eame croyance proc\u00e8de cette fois \u00e0 partir d&rsquo;une perspective sociale. Elle consid\u00e8re non plus la vision g\u00e9n\u00e9rale du monde, mais le syst\u00e8me de relations sociales qu&rsquo;engendre la croyance <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">la paternit\u00e9 divine. Le P\u00e8re c\u00e9leste se trouve alors refus\u00e9 et rejet\u00e9 en tant que reflet et caution d&rsquo;un ordre social qui est lui- m\u00eame refus\u00e9 et rejet\u00e9. La critique se fait donc plus urgente encore. La protestation contre le Dieu P\u00e8re ne signifie plus simplement le refus de toute illusion; elle est avant tout protestation contre l&rsquo;ali\u00e9nation religieuse, qui maintient un ordre social oppressif, entravant le plein \u00e9panouissement des individus. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\"><i><b>Le P\u00e8re c\u00e9leste, caution d&rsquo;un syst\u00e8me paternaliste ? <\/b><\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">C&rsquo;est donc au nom de l&rsquo;\u00e9mancipation et de la lib\u00e9ration sociale que s&rsquo;effectue cette critique du Dieu P\u00e8re. Le point de d\u00e9part ici est la prise de conscience que l&rsquo;ancien ordre social dont on veut se lib\u00e9rer consiste essentiellement dans la reproduction du sch\u00e9ma paternaliste \u00e0 tous les niveaux des relations sociales : \u00ab Ce que veulent nos contemporains, c&rsquo;est s&rsquo;\u00e9manciper, se lib\u00e9rer; et il leur appara\u00eet bien vite que toute \u00e9mancipation a sa source dans l&rsquo;\u00e9mancipation et la lib\u00e9ration par rapport au p\u00e8re.\u00a0\u00bb<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote10sym\" name=\"sdendnote10anc\"><sup>x<\/sup><\/a> <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Voyons d&rsquo;abord en quoi consiste ce sch\u00e9ma paternaliste, plus pr\u00e9cis\u00e9ment ce type d&rsquo;autorit\u00e9 paternelle que refuse la soci\u00e9t\u00e9 moderne. Il s&rsquo;agit du rapport des parents aux tout jeunes enfants. Dans ce cas, il est bien \u00e9vident que les parents savent mieux que les enfants ce qui est bon pour eux, et ce qui est mieux pour l&rsquo;ensemble de la famille. L&rsquo;enfant n&rsquo;a d&rsquo;autre alternative alors que de faire confiance \u00e0 ses parents et de leur ob\u00e9ir. Viendra un moment cependant o\u00f9 il se rendra compte que les ordres de ses parents ne sont pas toujours motiv\u00e9s par son plus grand bien ou celui de la famille, mais par leur int\u00e9r\u00eat personnel : par exemple, quand ses parents l&rsquo;envoient jouer ou se coucher pour avoir la paix. Il commencera alors \u00e0 contester, en se disant que son bien-\u00eatre est aussi important que celui de ses parents. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Le m\u00eame sch\u00e9ma et le m\u00eame probl\u00e8me se retrouvent maintenant au niveau des relations de travail. L&rsquo;autorit\u00e9 paternelle se pr\u00e9sente alors sous la figure du patron. Ce dernier peut bien pr\u00e9tendre, en toute sinc\u00e9rit\u00e9, qu&rsquo;il est seul \u00e0 bien conna\u00eetre la situation de l&rsquo;entreprise, et que par cons\u00e9quent il est seul comp\u00e9tent pour d\u00e9terminer les conditions de travail, tout sp\u00e9cialement en ce qui concerne le salaire des employ\u00e9s. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Ce discours du patron ne sera plus accept\u00e9 aujourd&rsquo;hui, parce qu&rsquo;on soup\u00e7onnera qu&rsquo;il cache les int\u00e9r\u00eats du propri\u00e9taire. Le processus de la convention collective signifie donc la rupture de l&rsquo;ancien ordre paternaliste, et l&rsquo;instauration d&rsquo;un ordre nouveau, o\u00f9 employeur et employ\u00e9s n\u00e9gocient comme des partenaires qui reconnaissent d\u00e8s le d\u00e9part leurs int\u00e9r\u00eats divergents, et qui cherchent une entente \u00e0 partir de l\u00e0. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Poussons un pas de plus notre analyse, et nous arrivons au niveau proprement politique de l&rsquo;\u00c9tat. I1 s&rsquo;agit alors des diff\u00e9rentes formes de gouvernement. L&rsquo;une d&rsquo;elles reproduit exactement le mod\u00e8le paternaliste : c&rsquo;est la monarchie abso<\/span><span lang=\"fr-FR\">lue. Le <\/span><span lang=\"fr-FR\">monarque est lui seul responsable du bien de tous ses sujets et il l\u00e9gif\u00e8re pour le plus grand bien de son royaume. \u00c9videmment, il y a eu en tout temps de mauvais rois, qui s&rsquo;acquittaient mal de leurs responsabilit\u00e9s envers leur peuple. Il <\/span><span lang=\"fr-FR\">y <\/span><span lang=\"fr-FR\">a donc eu aussi en tout temps une critique contre les rois indignes. Mais l\u00e0 critique moderne, celle qu&rsquo;exprime tout sp\u00e9cialement la R\u00e9volution fran\u00e7aise, est d&rsquo;un tout autre ordre : \u00ab Il nous faut insister sur ce sens profond de la R\u00e9volution de 1789, car on y peut lire en lettres de feu ce qui est encore le drame de notre \u00e9poque: le passage de la Paternit\u00e9 \u00e0 la Fraternit\u00e9. \u00bb<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote11sym\" name=\"sdendnote11anc\"><sup>xi<\/sup><\/a>Le meurtre du roi signifie alors le meurtre du p\u00e8re dans sa dimension politique. Le passage de la monarchie \u00e0 la d\u00e9mocratie signifie le rejet du mod\u00e8le d&rsquo;autorit\u00e9 symbolis\u00e9 par la transcendance du p\u00e8re et l&rsquo;adoption d&rsquo;un nouvel ordre fond\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 fraternelle. Le contrat social qu&rsquo;on trouve au point de d\u00e9part de cet ordre nouveau exprime bien la nouvelle dynamique des relations et n\u00e9gociations entre fr\u00e8res, entre citoyens \u00e9gaux.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Le sch\u00e9ma paternaliste se retrouve donc \u00e0 tous <\/span><span lang=\"fr-FR\">les \u00e9chel<\/span><span lang=\"fr-FR\">ons de l&rsquo;ordre ancien, \u00e0 partir du p\u00e8re de famille jusqu&rsquo;au chef d&rsquo;\u00c9tat. Et la<\/span> <span lang=\"fr-FR\">clef de vo\u00fbte de tout le syst\u00e8me est alors constitu\u00e9e par la figure du P\u00e8re c\u00e9leste. On peut y voir comme la confirmation m\u00e9taphysique du syst\u00e8me. L&rsquo;univers est organis\u00e9 selon le m\u00eame principe que la famille, l&rsquo;entreprise et l&rsquo;\u00c9tat : il comporte \u00e0<\/span> <span lang=\"fr-FR\">son sommet un P\u00e8re bienveillant, qui est l&rsquo;auteur du monde et qui veille avec sollicitude sur chacune de ses cr\u00e9atures pour leur plus grand bien. Cette conception th\u00e9ologique peut \u00eatre vue d&rsquo;abord comme le reflet c\u00e9leste de l&rsquo;ordre paternaliste qui r\u00e8gne sur terre. Mais on l&rsquo;accusera ensuite de constituer elle-m\u00eame la l\u00e9gitimation de cet ordre, en exprimant le principe qui le justifie. Saint Paul ne parle-t-il pas \u00ab du P\u00e8re de qui toute paternit\u00e9, au ciel et sur terre, tire son nom \u00bb (Ep 3, 15) ? Le rejet de tout le syst\u00e8me paternaliste <\/span><span lang=\"fr-FR\">entra\u00eene <\/span><span lang=\"fr-FR\">alors le refus de Dieu lui-m\u00eame, en tant pr\u00e9cis\u00e9ment que P\u00e8re c\u00e9leste. Jean Lacroix a bien vu que telle est la pointe de l&rsquo;ath\u00e9isme moderne : \u00ab Lorsque les chr\u00e9tiens, pour mieux faire accepter leur Dieu, le pr\u00e9sentent comme \u00ab\u00a0Notre P\u00e8re\u00a0\u00bb, ils ne se rendent pas compte que, bien loin d&rsquo;obtenir l&rsquo;audience de la foule, ils ne font qu&rsquo;attiser son ressentiment, s&rsquo;il est vrai que la r\u00e9volte contre Dieu proc\u00e8de aujourd&rsquo;hui d&rsquo;une r\u00e9volte contre le P\u00e8re.\u00a0\u00bb<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote12sym\" name=\"sdendnote12anc\"><sup>xii<\/sup><\/a> <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\"><i><b>Le Dieu P\u00e8re, un Dieu lib\u00e9rateur <\/b><\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Apr\u00e8s avoir bien pris la mesure de l&rsquo;objection, notre r\u00e9ponse s&rsquo;appuiera maintenant sur la distinction capitale que nous avons reconnue entre le Dieu P\u00e8re des religions pa\u00efennes et le Dieu P\u00e8re de l\u2019Alliance, tel qu&rsquo;il nous est propos\u00e9 dans l&rsquo;Ancien et le Nouveau Testament. Qu&rsquo;on s&rsquo;entende bien cependant. Notre intention n&rsquo;est pas d&rsquo;esquiver l&rsquo;objection en pr\u00e9tendant qu&rsquo;elle ne concerne que le Dieu des pa\u00efens. Nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 dit, ce Dieu des pa\u00efens, ce Dieu des religions est aussi le n\u00f4tre, et nous en d\u00e9couvrons ais\u00e9ment tous les traits au plus profond de notre propre conscience religieuse. Nous soutenons cependant qu&rsquo;il <\/span><span lang=\"fr-FR\">y <\/span><span lang=\"fr-FR\">a aussi autre chose dans notre image biblique et chr\u00e9tienne de Dieu. Et cette autre chose constitue pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment critique de notre vision de Dieu : c&rsquo;est l&rsquo;id\u00e9e du Dieu lib\u00e9rateur d&rsquo;Isra\u00ebl, du Dieu de l&rsquo;Alliance. Ainsi, pour Isra\u00ebl, Yahv\u00e9, le Dieu P\u00e8re, n&rsquo;est pas d&rsquo;abord le fondateur ni le gardien de l&rsquo;ordre \u00e9tabli. Tout au contraire, il intervient d&rsquo;abord pour renverser l&rsquo;ordre \u00e9tabli, pour lib\u00e9rer Isra\u00ebl de l&rsquo;esclavage d&rsquo;\u00c9gypte. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Quant au Nouveau Testament, l&rsquo;affirmation de Dieu comme P\u00e8re n&rsquo;y est pas consid\u00e9r\u00e9e seulement comme le fondement de toute paternit\u00e9 humaine. Elle comporte encore toute une dimension critique. C&rsquo;est la contestation de toute autorit\u00e9 qui pr\u00e9tend \u00e0<\/span> <span lang=\"fr-FR\">une quelconque domination et qui tend ainsi \u00e0 s&rsquo;absolutiser : \u00ab N&rsquo;appelez personne votre P\u00e8re sur la terre car vous n&rsquo;en avez qu&rsquo;un, le P\u00e8re c\u00e9leste \u00bb (Mt 23, 9). Ainsi, l&rsquo;ordre nouveau proclam\u00e9 par le Christ instaure une communaut\u00e9 de fr\u00e8res et de s\u0153urs, qui exclut toute domination, au nom pr\u00e9cis\u00e9ment de l&rsquo;unique P\u00e8re c\u00e9leste. On ne peut s&#8217;emp\u00eacher de noter ici quelque analogie avec le nouvel ordre social instaur\u00e9 par la R\u00e9volution de 1789, qui est lui-m\u00eame fond\u00e9 sur le principe de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et de la fraternit\u00e9. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Une autre parole de J\u00e9sus, semblable \u00e0<\/span> <span lang=\"fr-FR\">la pr\u00e9c\u00e9dente, appara\u00eet plus critique encore de tout syst\u00e8me paternaliste, quand on la situe dans son contexte : \u00ab Les rois des nations leur commandent, et ceux qui exercent l&rsquo;autorit\u00e9 sur eux se font appeler Bienfaiteurs. Pour vous, rien de tel ! \u00bb (Lc 22, 25-26) J\u00e9sus fait ici allusion au syst\u00e8me d&rsquo;\u00ab \u00e9verg\u00e9tisme \u00bb tr\u00e8s r\u00e9pandu dans les grandes cit\u00e9s du premier si\u00e8cle. Il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;un ordre social o\u00f9 les notables acceptent des responsabilit\u00e9s qui les placent \u00e0 la t\u00eate de leur cit\u00e9, et qui les engagent \u00e0 payer de leurs deniers pour offrir des jeux, construire des \u00e9difices publics, subventionner les \u00e9coles, acheter du bl\u00e9 pour le revendre <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">bas prix. Dans un tel syst\u00e8me, les riches aiment \u00e9taler leur richesse, qui fait d&rsquo;eux les bienfaiteurs (\u00e9verg\u00e8tes) de leur <\/span><span lang=\"fr-FR\">cit\u00e9<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote13sym\" name=\"sdendnote13anc\"><sup>xiii<\/sup><\/a>. <\/span><span lang=\"fr-FR\">Voil\u00e0 bien le type m\u00eame du syst\u00e8me paternaliste. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Or, voil\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui se trouve exclu de la communaut\u00e9 des disciples de J\u00e9sus. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Si un nouvel ordre d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et de fraternit\u00e9 s&rsquo;instaure ainsi dans la communaut\u00e9 des disciples, c&rsquo;est qu&rsquo;une nouvelle relation de libert\u00e9 est \u00e9tablie avec le P\u00e8re de J\u00e9sus Christ et notre P\u00e8re. Tel est, d&rsquo;apr\u00e8s saint Paul, le sens de la foi nouvelle. Elle ne nous unit pas au P\u00e8re comme des enfants, mais comme des fils. C&rsquo;est l\u00e0 toute la diff\u00e9rence. Car l&rsquo;enfant \u00ab\u00a0ne diff\u00e8re en rien d&rsquo;un esclave \u00bb. Mais \u00ab l&rsquo;adoption filiale \u00bb signifie pour nous la lib\u00e9ration (Ga 4, 1-6). C&rsquo;est l\u00e0 \u00e9galement toute la diff\u00e9rence entre la conception religieuse d&rsquo;un Dieu qui engendre des enfants, et la figure biblique du P\u00e8re qui contracte une Alliance avec des fils. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">On pourrait encore se demander ici comment l&rsquo;\u00c9glise t\u00e9moigne de ce Dieu P\u00e8re de J\u00e9sus Christ. Comment elle en t\u00e9moigne par son enseignement, mais surtout par ses propres structures sociales. En somme, l&rsquo;\u00c9glise serait-elle le dernier bastion du paternalisme en notre monde moderne ? Une modeste \u00e9volution fut d\u00e9j\u00e0 amorc\u00e9e au dernier Concile, quand on a commenc\u00e9 \u00e0 parler de coll\u00e9gialit\u00e9 \u00e9piscopale. Une r\u00e9volution plus importante semble actuellement en voie de r\u00e9alisation \u00e0 la base : non seulement dans les communaut\u00e9s eccl\u00e9siales de base, mais dans toutes les paroisses o\u00f9 les la\u00efcs commencent \u00e0 assumer leurs pleines responsabilit\u00e9s. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>\u00ab Dieu est P\u00e8re, mais plus encore il est M\u00e8re \u00bb (Jean-Paul I) <\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">De la critique du paternalisme, passons maintenant \u00e0 la critique du patriarcalisme religieux. Il<\/span> <span lang=\"fr-FR\">s&rsquo;agit toujours de la critique du p\u00e8re, non plus cependant du point de vue des enfants, mais de celui de la femme, de la m\u00e8re. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\"><i><b>Le Dieu P\u00e8re, un Dieu patriarcal ? <\/b><\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Le point de d\u00e9part ici est donc la critique de la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale par les divers mouvements f\u00e9ministes. On appelle ainsi \u00ab f\u00e9ministes \u00bb toutes celles (et ceux) qui ont pris conscience des structures patriarcales de l&rsquo;ordre social et qui sont activement engag\u00e9es pour corriger cet \u00e9tat de fait, en protestant contre toute discrimination sexiste. Il est bien \u00e9vident que la question soulev\u00e9e ici n&rsquo;a de sens que pour ceux (et celles) qui reconnaissent ce malaise et la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;y rem\u00e9dier. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Si la critique f\u00e9ministe porte sur la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, elle s&rsquo;attaque, aussi tout sp\u00e9cialement \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9 religieuse qu&rsquo;est l&rsquo;\u00c9glise. Car l&rsquo;\u00c9glise reconna\u00eet bien en principe l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des sexes dans tous les secteurs de la vie sociale, mais sa pratique, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de ses murs, est encore loin de ses discours. On peut craindre encore une fois qu&rsquo;elle devienne l&rsquo;un des derniers bastions du patriarcalisme dans notre monde. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Il ne nous appartient pas de discuter toute la question de la place des femmes dans l&rsquo;\u00c9glise. Un point plus particulier de ce vaste probl\u00e8me du f\u00e9minin dans la religion nous retiendra ici : la d\u00e9nomination exclusivement masculine de Dieu dans le christianisme, tout sp\u00e9cialement dans l&rsquo;appellation de Dieu comme P\u00e8re. La protestation des f\u00e9ministes chr\u00e9tiennes se fonde sur deux raisons principales. La d\u00e9nomination masculine du Dieu P\u00e8re constitue d&rsquo;abord le simple reflet d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 patriarcale, o\u00f9 le pouvoir est tenu par les hommes. Mais elle devient ensuite la sanction, la confirmation de cette situation : si l&rsquo;autorit\u00e9 supr\u00eame se pr\u00e9sente au ciel sous une figure masculine, on pensera tout naturellement que le repr\u00e9sentant terrestre de cette autorit\u00e9 divine doit lui-m\u00eame \u00eatre masculin<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote14sym\" name=\"sdendnote14anc\"><sup>xiv<\/sup><\/a>. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;autre raison qu&rsquo;on fait aussi valoir est l&rsquo;ali\u00e9nation spirituelle et religieuse des femmes qui r\u00e9sulte de cette fa\u00e7on de concevoir et de d\u00e9nommer Dieu. Il faut bien se rendre compte, en effet, que tous les livres de la Bible ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits par des hommes, et que toute la litt\u00e9rature chr\u00e9tienne jusqu&rsquo;\u00e0 ces derniers si\u00e8cles fut elle-m\u00eame presque exclusivement r\u00e9dig\u00e9e par des hommes. On peut d\u00e8s lors supposer qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une expression proprement masculine de l&rsquo;exp\u00e9rience religieuse chr\u00e9tienne. On comprend par l\u00e0 aussi que les femmes s&rsquo;y retrouvent de moins en moins, \u00e0 mesure qu&rsquo;elles prennent plus vivement conscience de leur identit\u00e9 f\u00e9minine. D&rsquo;o\u00f9 leur projet d&rsquo;une appropriation f\u00e9minine de l&rsquo;exp\u00e9rience religieuse du<\/span> <span lang=\"fr-FR\">christianisme, qui comporte entre autres une certaine f\u00e9minisation des noms divins. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\"><i><b>Pour la d\u00e9patriarcalisation des noms divins<\/b><\/i><\/span><i><b> <\/b><\/i><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">On ne peut que souscrire \u00e0 ce principe d&rsquo;une expression proprement f\u00e9minine de l&rsquo;h\u00e9ritage chr\u00e9tien. On soup\u00e7onne \u00e0 peine quelles nouvelles richesses du myst\u00e8re chr\u00e9tien pourront appara\u00eetre par l\u00e0. Et l&rsquo;on ne peut qu&rsquo;approuver aussi le projet plus radical encore de la d\u00e9patriarcalisation de la Bible et du christianisme en g\u00e9n\u00e9ral. Cela suppose que la Bible porte toutes les traces de la culture patriarcale de son temps. Mais cela suppose qu&rsquo;il se trouve aussi dans l&rsquo;\u00c9criture des textes proprement proph\u00e9tiques, qui d\u00e9passent et critiquent cette m\u00eame culture patriarcale. Pensons par exemple \u00e0 Gen\u00e8se 1, 27 qui affirme la parfaite \u00e9galit\u00e9 de l&rsquo;homme et de la femme en tant que cr\u00e9atures de Dieu : \u00ab Homme et femme il les cr\u00e9a. \u00bb Pensons encore \u00e0 Galates 3, 28 qui exclut toute discrimination sexiste : \u00ab Il n&rsquo;y a ni homme ni femme, car tous vous ne faites qu&rsquo;un dans le Christ J\u00e9sus. \u00bb D\u00e9patriarcaliser signifie alors tout simplement interpr\u00e9ter et critiquer les passages qui ne font que refl\u00e9ter la culture du temps, par ces autres textes plus avanc\u00e9s qui pr\u00e9sentent une pointe typiquement proph\u00e9tique et chr\u00e9tienne. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">La difficult\u00e9 est tout particuli\u00e8rement aigu\u00eb cependant dans le cas pr\u00e9cis qui nous occupe, l&rsquo;appellation de Dieu comme \u00ab P\u00e8re \u00bb. S&rsquo;il est un symbole aux r\u00e9sonances patriarcales, c&rsquo;est bien celui-l\u00e0, car le patriarcalisme signifie pr\u00e9cis\u00e9ment la domination du p\u00e8re, du chef de famille. Par contre, c&rsquo;est par ce symbole, Abba (P\u00e8re), que J\u00e9sus a lui-m\u00eame exprim\u00e9 son exp\u00e9rience la plus profonde de Dieu. Bien plus, il recommande express\u00e9ment \u00e0 ses disciples d&rsquo;invoquer Dieu sous ce m\u00eame vocable : \u00ab Quand vous priez, dites: P\u00e8re &#8230; <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00bb <\/span><span lang=\"fr-FR\">(Lc 11, 2). Pourrait-on alors pousser jusque-l\u00e0 la d\u00e9patriarcalisation du christianisme ? Et, si oui, comment pourrait-on l&rsquo;appliquer dans ce cas ? <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Pour certains, le nom du \u00ab P\u00e8re \u00bb est tellement compromis aujourd&rsquo;hui dans toutes sortes d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9s qu&rsquo;il serait pr\u00e9f\u00e9rable de l&rsquo;abandonner compl\u00e8tement : \u00ab On pourrait donc conclure que le contenu du symbole du \u00ab\u00a0P\u00e8re\u00a0\u00bb de J\u00e9sus est si diff\u00e9rent du symbole moderne de \u00ab\u00a0P\u00e8re\u00a0\u00bb que la liturgie chr\u00e9tienne devrait se servir pour Dieu d&rsquo;un autre symbole &#8230; <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00bb<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote15sym\" name=\"sdendnote15anc\"><sup>xv<\/sup><\/a> <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Il me semble pr\u00e9f\u00e9rable, pour ma part, d&rsquo;ajouter au mot \u00ab P\u00e8re \u00bb celui de \u00ab M\u00e8re \u00bb, pour conserver jusque dans sa lettre l&rsquo;h\u00e9ritage de J\u00e9sus, en \u00e9vitant toute connotation patriarcale, sexiste. Cet ajout ne fait d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;actualiser la parole de J\u00e9sus, en sauvegardant son intention premi\u00e8re. On sait, en effet, que le rapport P\u00e8re-Fils signifie ici la relation d&rsquo;Alliance, qui constitue elle-m\u00eame <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e0 <\/span><span lang=\"fr-FR\">l&rsquo;origine une cat\u00e9gorie juridique. Or, dans la soci\u00e9t\u00e9 patriarcale de ce temps, seuls les hommes \u00e9taient directement sujets de droit. Il \u00e9tait donc normal qu&rsquo;un contrat d&rsquo;alliance ne puisse s&rsquo;effectuer qu&rsquo;entre hommes. C&rsquo;est ce que montre le passage de Galates 4, 1-7, qui se r\u00e9f\u00e8re aux dispositions juridiques de la loi, et dont tous les termes sont masculins. Les f\u00e9ministes ont alors bien raison de dire que, dans un tel syst\u00e8me, seuls les hommes sont en relation directe avec Dieu, les femmes n&rsquo;entrent elles-m\u00eames dans cette relation d&rsquo;Alliance que par l&rsquo;interm\u00e9diaire des hommes : \u00ab L&rsquo;image monoth\u00e9iste masculine de Dieu dicte une certaine structure de la relation divino-humaine. Dieu ne s&rsquo;adresse directement qu&rsquo;\u00e0 la classe dirigeante patriarcale. \u00c0 tous les autres groupes : femmes, enfants, esclaves, Dieu ne s&rsquo;adresse qu&rsquo;indirectement et par l&rsquo;interm\u00e9diaire de la classe patriarcale.\u00a0\u00bb<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote16sym\" name=\"sdendnote16anc\"><sup>xvi<\/sup><\/a> <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Et voil\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui a chang\u00e9 \u00e0 notre \u00e9poque postpatriarcale. Hommes et femmes sont maintenant \u00e9gaux devant la loi; ils sont tous \u00e9galement sujets de droit. Dans les termes de Paul, on pourrait dire que les femmes, \u00e0 notre \u00e9poque, ont elles-m\u00eames quitt\u00e9 l&rsquo;\u00e9tat juridique de l&rsquo;enfant et de l&rsquo;esclave. Or ce fait comporte aussi des cons\u00e9quences quant au langage religieux. Il n<\/span><span lang=\"fr-FR\">&lsquo;y <\/span><span lang=\"fr-FR\">a plus de raison aujourd&rsquo;hui pour exprimer en termes exclusivement masculins la relation d&rsquo;Alliance de Dieu avec l&rsquo;humanit\u00e9. Le terme divin de l&rsquo;Alliance est aussi bien M\u00e8re que P\u00e8re, et son terme humain, aussi bien fille que fils. <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Il nous faudra peut-\u00eatre encore un peu de temps pour nous familiariser avec ces cons\u00e9quences religieuses d&rsquo;une r\u00e9volution sociale encore relativement r\u00e9cente. Il est tout de m\u00eame significatif qu&rsquo;une personne aussi autoris\u00e9e que le pape Jean-Paul I ait d\u00e9j\u00e0 ouvert \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise une voie en ce sens, en affirmant aux fid\u00e8les r\u00e9unis sur la place Saint-Pierre pour l&rsquo;ang\u00e9lus : \u00ab Dieu est P\u00e8re, mais plus encore il est M\u00e8re ! <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00bb<a class=\"sdendnoteanc\" href=\"#sdendnote17sym\" name=\"sdendnote17anc\"><sup>xvii<\/sup><\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"center\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-size: 8pt;\"><strong><span lang=\"fr-FR\">Jean Richard, 1990<br \/>\n<\/span><\/strong><\/span><\/span><span style=\"font-size: 8pt;\"><strong><span lang=\"fr-FR\" style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Article reproduit avec la permission de l&rsquo;auteur.<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"center\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">NOTES<\/span><\/p>\n<div id=\"sdendnote1\">\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote1anc\" name=\"sdendnote1sym\">i<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span lang=\"fr-FR\">Cf. Witold Marchel, <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Dieu P\u00e8re dans le Nouveau Testament, c<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">oll. \u00ab\u00a0<\/span><span lang=\"fr-FR\">Lire <\/span><span lang=\"fr-FR\">la Bible\u00a0\u00bb, n<\/span><sup><span lang=\"fr-FR\">o<\/span><\/sup><span lang=\"fr-FR\"> 7, Paris, \u00c9ditions du Cerf, 1966, pp. 13-16. <\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote2\">\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote2anc\" name=\"sdendnote2sym\">ii<\/a><sup>\u0002<\/sup><span lang=\"fr-FR\"> Voir ici l&rsquo;\u00e9tude de Paul Ricoeur, \u00ab La paternit\u00e9 : du fantasme au symbole \u00bb, dans <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Le conflit des interpr\u00e9tations<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">,<\/span><span lang=\"fr-FR\"> Paris, \u00c9ditions du Seuil. 1969, pp. <\/span><span lang=\"fr-FR\">458-486. <\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote3\">\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote3anc\" name=\"sdendnote3sym\">iii<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span lang=\"fr-FR\">Joachim Jeremias, <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Abba. J\u00e9sus <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>et <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>son P\u00e8re, <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">coll. \u00ab Parole de Dieu\u00a0\u00bb, n<\/span><sup><span lang=\"fr-FR\">o <\/span><\/sup><span lang=\"fr-FR\">8, Paris, \u00c9ditions du Seuil, 1972, pp. 29-72.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote4\">\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote4anc\" name=\"sdendnote4sym\">iv<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span lang=\"fr-FR\">Joachim Jeremias, <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Abba. J\u00e9sus et son P\u00e8re, <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">pp. 61-72. <\/span><span lang=\"fr-FR\"><b>\u2500<\/b><\/span><span lang=\"fr-FR\"> Jacques Schlosser a repris l&rsquo;\u00e9tude du m\u00eame th\u00e8me et il a<\/span> <span lang=\"fr-FR\">confirm\u00e9 substantiellement les conclusions de Jeremias : <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Le<\/i><\/span><i> <\/i><span lang=\"fr-FR\"><i>Dieu de <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>J\u00e9sus, <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">coll. \u00ab Lectio divina \u00bb, n<\/span><sup><span lang=\"fr-FR\">o<\/span><\/sup> <span lang=\"fr-FR\">129, Paris, \u00c9ditions du Cerf, 1987, pp. 179\u00b7209. <\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote5\">\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote5anc\" name=\"sdendnote5sym\">v<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span lang=\"fr-FR\">Cf. <\/span><span lang=\"fr-FR\">Bernard Sesbo\u00fc\u00e9, \u00ab Le mouvement de la christologie\u00a0\u00bb, <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>\u00c9tudes, <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">f\u00e9vrier 1976, pp, 265-267. <\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote6\">\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote6anc\" name=\"sdendnote6sym\">vi<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span lang=\"fr-FR\">Sigmund Freud, <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>L&rsquo;<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>avenir d\u2019une illusion, <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">Paris, <\/span><span lang=\"fr-FR\">Presses Universitaires de France, 1971, p. 43. <\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote7\">\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote7anc\" name=\"sdendnote7sym\">vii<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span lang=\"fr-FR\"><i>Ibid., <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">pp. 23-25. <\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote8\">\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote8anc\" name=\"sdendnote8sym\">viii<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span lang=\"fr-FR\"><i>Ibid.<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">,<\/span><i> <\/i><span lang=\"fr-FR\">p. 45.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote9\">\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote9anc\" name=\"sdendnote9sym\">ix<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span lang=\"fr-FR\">Cf. Jean Richard, \u00ab\u00a0Confiance originaire et foi en Dieu d&rsquo;apr\u00e8s Hans <\/span><span lang=\"fr-FR\">K\u00fcng \u00bb, <\/span><span lang=\"fr-FR\">dans <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Questions actuelles sur la foi, <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">coll. <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00ab H\u00e9ritage <\/span><span lang=\"fr-FR\">et <\/span><span lang=\"fr-FR\">projet \u00bb, n<\/span><sup><span lang=\"fr-FR\">o<\/span><\/sup> <span lang=\"fr-FR\">27, <\/span><span lang=\"fr-FR\">Montr\u00e9al, <\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00c9ditions Fides, 1984. <\/span><span lang=\"fr-FR\">Pp. <\/span><span lang=\"fr-FR\">51-75. <\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote10\">\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote10anc\" name=\"sdendnote10sym\">x<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span lang=\"fr-FR\">Jean Lacroix, <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Force et faiblesses de <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>la famille, <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">Paris. \u00c9ditions du Seuil, <\/span><span lang=\"fr-FR\">1948, p.13. <\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote11\">\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote11anc\" name=\"sdendnote11sym\">xi<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span lang=\"fr-FR\"><i>Ibid., <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">p. 31. <\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote12\">\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a name=\"_GoBack\"><\/a> <a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote12anc\" name=\"sdendnote12sym\">xii<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span lang=\"fr-FR\"><i>Ibid.,<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">p.<\/span><span lang=\"fr-FR\"> 23. <\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote13\">\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote13anc\" name=\"sdendnote13sym\">xiii<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span lang=\"fr-FR\">Cf. <\/span><span lang=\"fr-FR\">Francis Dumortier, dans <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Dieu, \u00c9glise, Soci\u00e9t\u00e9, <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">Paris, Le Centurion, 1985, p. 237.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote14\">\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote14anc\" name=\"sdendnote14sym\">xiv<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span lang=\"fr-FR\">Cf. Rosemary Radford Ruether, \u00ab La f\u00e9minit\u00e9 de Dieu : un probl\u00e8me dans la vie religieuse contemporaine\u00a0\u00bb, <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Concilium, <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">n<\/span><sup><span lang=\"fr-FR\">o<\/span><\/sup><span lang=\"fr-FR\"> 163, 1981, pp. 93-101. <\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote15\">\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote15anc\" name=\"sdendnote15sym\">xv<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span lang=\"fr-FR\">Robert Hamerton-Kelly, \u00ab Dieu le P\u00e8re dans la Bible el dans l&rsquo;exp\u00e9rience de J\u00e9sus \u00bb, <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Concilium, <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">n<\/span><sup><span lang=\"fr-FR\">o<\/span><\/sup> <span lang=\"fr-FR\">163, 1981, p. 143. <\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote16\">\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote16anc\" name=\"sdendnote16sym\">xvi<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span lang=\"fr-FR\">Rosemary Radford Ruether, ar<\/span><span lang=\"fr-FR\">t. <\/span><span lang=\"fr-FR\">cit., p. 94. <\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdendnote17\">\n<p><span style=\"font-family: 'Times New Roman', sans-serif; font-size: 10pt;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"><a class=\"sdendnotesym\" href=\"#sdendnote17anc\" name=\"sdendnote17sym\">xvii<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span lang=\"fr-FR\">Ang\u00e9lus du dimanche 10 septembre 1978, <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Documentation catholique, <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">vol. 75 <\/span><span lang=\"fr-FR\">(1978), p. <\/span><\/span><span lang=\"fr-FR\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">836.<\/span> <\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chapitre V de l&rsquo;ouvrage\u00a0Dieu,\u00a0paru aux \u00c9ditions Novalis en 1990. Nous avons jusqu&rsquo;ici consid\u00e9r\u00e9 l&rsquo;action de Dieu par rapport au monde : l&rsquo;acte de la cr\u00e9ation premi\u00e8re au commencement et de la cr\u00e9ation nouvelle \u00e0 la fin du monde; l&rsquo;acte du &hellip; <a href=\"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=4755\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":219,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"ppma_author":[378],"class_list":["post-4755","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la_bible_et_les_femmes","author-richard_jean"],"authors":[{"term_id":378,"user_id":219,"is_guest":0,"slug":"richard_jean","display_name":"Jean Richard","avatar_url":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2018\/04\/Jean-Richard.jpg","user_url":"","last_name":"Richard","first_name":"Jean","description":"Th\u00e9ologien de renomm\u00e9e internationale, Jean Richard est professeur \u00e9m\u00e9rite de la facult\u00e9 de th\u00e9ologie et de sciences religieuses de l\u2019Universit\u00e9 Laval. Il d\u00e9tient un doctorat en th\u00e9ologie de l'Universit\u00e9 Angelicum (Rome, 1961) et un doctorat \u00ab honoris causa \u00bb de l'Institut protestant de th\u00e9ologie de Montpellier (1989). Sp\u00e9cialiste de l\u2019oeuvre de Troeltsch et deTillich, il est l\u2019auteur de plus d'une centaine de publications et de chapitres d'ouvrages collectifs."}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4755","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/219"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4755"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4755\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4755"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4755"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4755"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fppma_author&post=4755"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}