{"id":5171,"date":"2019-05-21T14:30:13","date_gmt":"2019-05-21T18:30:13","guid":{"rendered":"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=5171"},"modified":"2019-05-21T15:26:36","modified_gmt":"2019-05-21T19:26:36","slug":"a-quand-une-citoyennete-ecclesiale-pour-les-femmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=5171","title":{"rendered":"\u00c0 quand une citoyennet\u00e9 eccl\u00e9siale pour les femmes?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 14pt;\">\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 le droit \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 et la la\u00efcit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat sont au c\u0153ur des d\u00e9bats, la discrimination envers les femmes qui se vit dans l\u2019\u00c9glise catholique, soutenue par l\u2019\u00c9tat, devrait nous faire r\u00e9fl\u00e9chir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\"><img decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1332\" src=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Johanne-Philipps.jpg\" alt=\"\" width=\"160\" height=\"160\" srcset=\"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Johanne-Philipps.jpg 160w, https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Johanne-Philipps-150x150.jpg 150w\" sizes=\"(max-width: 160px) 100vw, 160px\" \/>Depuis pr\u00e8s de 50 ans, nous sommes t\u00e9moins du d\u00e9ploiement des th\u00e9ologies et de la militance f\u00e9ministes chr\u00e9tiennes. De nombreuses femmes ont cru que le jour viendrait o\u00f9 le statut des femmes dans l\u2019\u00c9glise catholique changerait. Or, nous assistons plut\u00f4t au blocage continu des relations de pouvoir dans cette \u00c9glise, en d\u00e9pit d\u2019un contexte social qui a \u00e9volu\u00e9 en faveur des femmes. En effet, e<\/span>n 1964, par exemple, l\u2019article 177 du Code civil, qui privait les femmes mari\u00e9es de la disposition de leurs biens sans le consentement de leur mari, a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9. \u00c0 la suite de l\u2019abolition de l\u2019article 174 du Code civil, en 1980, les premi\u00e8res g\u00e9n\u00e9rations de Qu\u00e9b\u00e9coises ont pu se marier sans promettre ob\u00e9issance \u00e0 leur mari.<span lang=\"fr-FR\"> Ainsi, le mariage ne signifie plus pour les femmes de renoncer \u00e0 leurs droits.<\/span> Lors du colloque Virage 2000 de Femmes et minist\u00e8res, un r\u00e9seau qui travaille \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de la situation des femmes en \u00c9glise, <a href=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=1920\">H\u00e9l\u00e8ne Pelletier-Baillargeon<\/a> affirmait\u00a0: <span lang=\"fr-FR\">\u00ab\u00a0[\u2026] il paraissait d\u00e9j\u00e0 \u00e9vident, \u00e0 l\u2019or\u00e9e des ann\u00e9es 1960, que la g\u00e9n\u00e9ration de nos filles, n\u00e9es libres et \u00e9gales dans la soci\u00e9t\u00e9 civile, accepterait tr\u00e8s mal cette dichotomie [dans l\u2019\u00c9glise]\u00a0qui avait \u00e9t\u00e9 le lot de leurs m\u00e8res<\/span><sup><span lang=\"fr-FR\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\">1<\/a><\/span><\/sup><span lang=\"fr-FR\">.\u00a0\u00bb <\/span>Un <span lang=\"fr-FR\">tel<\/span> \u00e9cart, selon cette militante, ne pouvait que cr\u00e9er une forme de schizophr\u00e9nie. <\/span><!--more--><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\"><span lang=\"fr-FR\">L\u2019immuabilit\u00e9 \u00ab\u00a0voulue par Dieu\u00a0\u00bb et soutenue par l\u2019\u00c9tat<\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span lang=\"fr-FR\">Pourtant, dans notre syst\u00e8me politique et juridique, le pouvoir religieux, en grande partie, reste une affaire d\u2019hommes, bien que des \u00c9glises protestantes et anglicanes reconnaissent l\u2019ordination des femmes. L\u2019\u00c9tat contribue \u00e0 cette situation en exemptant les groupes religieux de l\u2019application des lois interdisant la discrimination envers les femmes. Faisant fi des luttes des femmes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des structures religieuses, tout se passe comme s\u2019il \u00e9tait tout \u00e0 fait normal que des femmes qui s\u2019investissent dans un groupe religieux renoncent \u00e0 leur droit \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><span style=\"color: #141412;\">Certes, les autorit\u00e9s eccl\u00e9siales qui se r\u00e9clament de la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 Dieu pour maintenir les femmes dans une condition de subordination affichent des positions bien camp\u00e9es, mais le fait que ces positions sont confort\u00e9es par l\u2019\u00c9tat, politiquement et juridiquement, les rend plus difficile \u00e0 \u00e9branler. Tout le travail a pourtant \u00e9t\u00e9 fait par des femmes, sur le plan de l\u2019argumentaire et de la recherche historique et th\u00e9ologique, pour justifier le changement du statut des femmes. De nombreuses activit\u00e9s de repr\u00e9sentation ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es aupr\u00e8s des autorit\u00e9s eccl\u00e9siales pour que les femmes soient pleinement reconnues dans l\u2019\u00c9glise. <\/span>Vingt-cinq ans apr\u00e8s la d\u00e9claration <i>Ordinatio Sacerdotalis <\/i>de Jean-Paul II<i> <\/i>(2 mai 1994) affirmant que la position de l\u2019\u00c9glise concernant les minist\u00e8res r\u00e9serv\u00e9s aux hommes \u00ab\u00a0doit \u00eatre d\u00e9finitivement tenue par tous les fid\u00e8les\u00a0\u00bb, position r\u00e9affirm\u00e9e plus r\u00e9cemment par l\u2019exhortation apostolique <i>Evangelii gaudium <\/i>(24 novembre 2013) du pape Fran\u00e7ois affirmant que<i> <\/i>\u00ab\u00a0Le sacerdoce r\u00e9serv\u00e9 aux hommes [\u2026] est une question qui ne se discute pas [\u2026]\u00a0\u00bb, force est de constater que <span style=\"color: #141412;\">la situation est bloqu\u00e9e. <\/span>Ainsi, peut-on encore aujourd\u2019hui et dans l\u2019avenir se contenter d\u2019en appeler uniquement aux autorit\u00e9s religieuses<span style=\"color: #141412;\"> convaincues que c\u2019est Dieu lui-m\u00eame qui commande le statu quo\u00a0? Que peut-on faire de plus\u00a0? <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">Un pr\u00e9c\u00e9dent qui ouvre des possibilit\u00e9s <\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">La lutte des Afroam\u00e9ricains de l\u2019\u00c9glise de J\u00e9sus-Christ des Saints des Derniers Jours (les mormons) peut nous inspirer, car elle comporte de nombreux parall\u00e8les avec la situation des femmes catholiques. Il n\u2019y a pas si longtemps, cette \u00c9glise avait comme pratique de ne pas reconna\u00eetre aux hommes noirs le m\u00eame statut que celui reconnu aux hommes blancs. Tout comme chez les catholiques, on a justifi\u00e9 et demand\u00e9 que cette situation change sur la base de recherches historiques, d\u2019ex\u00e9g\u00e8ses du texte r\u00e9v\u00e9l\u00e9 et d\u2019analyses th\u00e9ologiques. Tout comme chez les catholiques, devant la mont\u00e9e des critiques, les dignitaires de l\u2019\u00c9glise ont affirm\u00e9 que le refus de l\u2019ordination des personnes noires \u00e9tait une question de doctrine qui ne pouvait \u00eatre questionn\u00e9e. Une d\u00e9claration de 1951 stipulait que cette exclusion ne relevait pas de l\u2019administration de l\u2019\u00c9glise, de sorte que les autorit\u00e9s ne pouvaient y apporter de modifications. Tout comme chez les catholiques, on a r\u00e9prim\u00e9 les contestataires (cong\u00e9diements, refus de promotion) et le tout a \u00e9t\u00e9 suivi d\u2019une mont\u00e9e des forces conservatrices qui assuraient la ligne dure face aux personnes dissidentes. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">L\u2019appui du mouvement pour les droits civiques am\u00e9ricain a jou\u00e9 un r\u00f4le crucial. Il a soutenu une opposition interne au sein de l\u2019\u00c9glise et contest\u00e9 par la voie juridique les pratiques racistes. Des poursuites pour discrimination raciale ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9es\u00a0; des universit\u00e9s ont refus\u00e9 de participer \u00e0 des activit\u00e9s communes avec des organisations de l\u2019\u00c9glise. Cependant, la sortie de l\u2019\u00c9glise n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 pr\u00f4n\u00e9e pour les Noirs \u00e9tasuniens, contrairement \u00e0 ce qu\u2019on sugg\u00e8re de faire aux femmes de l\u2019\u00c9glise catholique. On a plut\u00f4t fait en sorte qu\u2019il devienne intenable pour les autorit\u00e9s de cette \u00c9glise de s\u2019en prendre aux personnes dissidentes et de maintenir le statu quo. Le 8 juin 1978, le pr\u00e9sident de l\u2019\u00c9glise a dit avoir re\u00e7u une r\u00e9v\u00e9lation. Le changement s\u2019est produit et les Afroam\u00e9ricains ont obtenu le m\u00eame statut que les hommes blancs. Aujourd\u2019hui, des femmes de cette \u00c9glise s\u2019inspirent de cette lutte pour nourrir leur propre contestation. Cependant, force est de constater qu\u2019elles ne re\u00e7oivent pas les m\u00eames appuis de l\u2019ext\u00e9rieur de leur communaut\u00e9. Il semble que la discrimination envers les femmes profite d\u2019un climat de tol\u00e9rance lorsqu\u2019elle s\u2019effectue \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un cadre religieux et qu\u2019elle soit moins pr\u00e9occupante que la discrimination raciale.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">L\u2019autonomie religieuse ne devrait pas \u00eatre un absolu<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">La participation de l\u2019\u00c9tat au maintien de la discrimination envers les femmes dans la sph\u00e8re religieuse, que ce soit en la tol\u00e9rant, en l\u2019acceptant ou en la soutenant, est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui int\u00e9resse d\u00e9sormais des juristes. Cependant, la question n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e dans les d\u00e9bats publics portant sur la la\u00efcit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat. Assez spontan\u00e9ment, au Qu\u00e9bec, on a consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb qu\u2019un \u00c9tat accorde une reconnaissance formelle au droit canon (catholique) pourtant d\u00e9nonc\u00e9 par les f\u00e9ministes croyantes parce qu\u2019il les discrimine. Il semble aussi aller de soi que les citoyennes subissant de la discrimination dans un groupe religieux ne puissent pas avoir le m\u00eame acc\u00e8s aux tribunaux que des femmes qui seraient membres d\u2019un groupe non religieux. La possibilit\u00e9 d\u2019un recours pourrait offusquer plusieurs personnes estimant que l\u2019\u00c9tat n\u2019a pas \u00e0 s\u2019immiscer dans les affaires internes des groupes religieux.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Selon le juriste Cass R.\u00a0Sunstein, professeur \u00e0 Harvard, cette \u00e9vidence d\u00e9note une faiblesse de notre mode de r\u00e9flexion. Selon lui, le fait que l\u2019\u00c9glise catholique ne puisse pas \u00eatre forc\u00e9e d\u2019ordonner des femmes, ou que des institutions religieuses puissent discriminer les femmes alors que cela est formellement interdit \u00e0 d\u2019autres groupes d\u00e9montre que les lois sont appliqu\u00e9es avec une absence d\u2019\u00e9quilibre manifeste. Il s\u2019agit, selon lui, d\u2019un lieu commun de notre pens\u00e9e politique qu\u2019il nomme la \u00ab\u00a0th\u00e8se de l\u2019asym\u00e9trie<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\">2<\/a><\/sup>\u00a0\u00bb, selon laquelle il est possible d\u2019imposer des lois civiles et criminelles aux institutions religieuses, tandis que celles interdisant la discrimination fond\u00e9e sur le sexe dans ces institutions posent probl\u00e8me. Or, cela peut changer. La notion d\u2019autonomie religieuse est certes fondamentale, mais rappelons-nous que la violence domestique a longtemps \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019abri des d\u00e9nonciations en raison d\u2019une pr\u00e9pond\u00e9rance accord\u00e9e \u00e0 la notion de vie priv\u00e9e familiale. De fa\u00e7on similaire, la notion d\u2019autonomie religieuse n\u2019a pas \u00e0 \u00eatre un absolu. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a name=\"_Hlk516209233\"><\/a> La sociologue am\u00e9ricaine Mary Fainsod Katzenstein, dans son livre <i>Faithful and Fearless\u00a0: Moving Feminist Protest Inside the Church and Military<\/i> (Princeton University Press, 1998), a r\u00e9alis\u00e9 une \u00e9tude comparative entre des f\u00e9ministes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine et des f\u00e9ministes dans l\u2019\u00c9glise catholique. Sa conclusion\u00a0: en l\u2019absence de recours juridique pour les femmes, l\u2019\u00c9glise demeure libre de discriminer comme nulle autre institution ne peut le faire. Il est donc important pour les femmes catholiques de s\u2019attaquer \u00e0 cette id\u00e9e qu\u2019il est \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb de se voir rel\u00e9gu\u00e9es dans une sph\u00e8re priv\u00e9e de droit o\u00f9 la reconnaissance de leur \u00e9galit\u00e9 d\u00e9pend enti\u00e8rement du bon vouloir du souverain pontife. Dans un texte intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=706\">Indignation ou r\u00e9signation<\/a>\u00a0\u00bb, publi\u00e9 sur le site Web du r\u00e9seau Femmes et minist\u00e8res le 8 janvier 2013, Andr\u00e9e Larouche \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Histoire en est t\u00e9moin. Sur les plans juridique, civil, professionnel, matrimonial et eccl\u00e9sial, rien ne nous fut accord\u00e9 par simple souci de justice, mais chaque victoire fut arrach\u00e9e par la lutte acharn\u00e9e des femmes pour plus d\u2019\u00e9galit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif;\">La citoyennet\u00e9 eccl\u00e9siale des femmes<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a name=\"_Hlk535571547\"><\/a> Les femmes, \u00e0 travers leurs luttes, ont forc\u00e9 leur inclusion dans le concept de citoyennet\u00e9\u00a0; elles ont \u00e9t\u00e9 reconnues comme des sujets politiques, civils et juridiques. Elles sont aussi des <span lang=\"fr-FR\">sujets<\/span> religieux pour qui le droit \u00e0 la citoyennet\u00e9 eccl\u00e9siale devrait \u00eatre reconnu, mais cela ne se refl\u00e8te pas dans notre syst\u00e8me juridique et politique.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">C\u2019est \u00e0 la th\u00e9ologienne <span lang=\"fr-FR\">Margarita Pintos de Cea-Naharro que j\u2019emprunte<\/span> le concept de citoyennet\u00e9 eccl\u00e9siale des femmes<sup><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\">3<\/a><\/sup>. \u00catre citoyenne eccl\u00e9siale comporte le pouvoir d\u2019agir comme sujet moral et de ne plus recevoir passivement le discours moral souill\u00e9 par le patriarcat. C\u2019est aussi \u00eatre un sujet th\u00e9ologique qui d\u00e9veloppe des interpr\u00e9tations de la tradition pour en faire des d\u00e9p\u00f4ts l\u00e9gitimes de la foi, en plus d\u2019\u00eatre un sujet eccl\u00e9sial dot\u00e9 du droit de s\u2019exprimer et de faire acte de dissidence, et pour qui l\u2019enjeu n\u2019est pas de reproduire un syst\u00e8me cl\u00e9rical en lui donnant un visage plus f\u00e9minin, mais plut\u00f4t de changer les structures. Lorsqu\u2019un \u00c9tat accorde un droit associatif distinct \u00e0 un groupe qui discrimine les femmes, lorsqu\u2019un tribunal reconna\u00eet un droit religieux discriminatoire \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes, il nie le droit \u00e0 la citoyennet\u00e9 eccl\u00e9siale des femmes et leur \u00e9galit\u00e9 tout court. Lorsqu\u2019on oblige et force les groupes religieux \u00e0 se soumettre \u00e0 divers r\u00e8glements et lois (par exemple en mati\u00e8re de zonage), mais que l\u2019on trouve inconcevable de leur demander de prendre des mesures pour respecter le droit \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9, on nie aussi la citoyennet\u00e9 eccl\u00e9siale des femmes. Pourtant, on affirme que l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les hommes et les femmes est une valeur fondamentale de la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise. L\u2019Assembl\u00e9e nationale du Qu\u00e9bec a de mani\u00e8re unanime affirm\u00e9 en 1981 \u00eatre li\u00e9e par la Convention sur l\u2019\u00e9limination de toutes les formes de discrimination a\u0300 l\u2019\u00e9gard des femmes. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">L\u2019article 2 de cette convention engage les \u00c9tats \u00e0 \u00ab\u00a0prendre toutes les mesures appropri\u00e9es pour \u00e9liminer la discrimination pratiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes par une personne, une <i>organisation<\/i><b> <\/b>ou une entreprise quelconque\u00a0; prendre toutes les mesures appropri\u00e9es, y compris <i>des dispositions l\u00e9gislatives, pour modifier ou abroger toute loi, disposition r\u00e9glementaire, coutume ou pratique qui constitue une discrimination \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes <\/i>[\u2026]\u00a0\u00bb (je souligne).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Accepterait-on, au Qu\u00e9bec, que l\u2019Assembl\u00e9e nationale attribue un droit associatif particulier \u00e0 une \u00c9glise qui ent\u00e9rinerait la discrimination raciale\u00a0? Accepterait-on que les tribunaux accordent une reconnaissance \u00e0 un code de droit religieux qui est discriminatoire envers des personnes racis\u00e9es\u00a0? <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\">Si entrer dans une vie conjugale \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019institution du mariage n\u2019est plus synonyme pour les femmes d\u2019entrer dans un rapport de soumission priv\u00e9e que l\u2019\u00c9tat prot\u00e9geait jadis par le Code civil, il faut reconna\u00eetre qu\u2019aujourd\u2019hui, devenir membre de l\u2019\u00c9glise catholique reste pour les femmes synonyme d\u2019abdication de leur droit \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9. Osons souhaiter que les filles qui na\u00eetront dans quelques ann\u00e9es puissent parler de ce ph\u00e9nom\u00e8ne au pass\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><strong>Ce texte est publi\u00e9 dans la revue\u00a0<a href=\"http:\/\/cjf.qc.ca\/revue-relations\/publications\/mars-avril-2019\/\">RELATIONS<\/a>\u00a0d&rsquo;avril 2019 (no 801) et est reproduit avec les permissions requises.<\/strong><\/p>\n<p>NOTES<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> Discours en ligne sur le site Web &lt;femmes-ministeres.lautreparole.org&gt;. <a href=\"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=1920\">http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=1920<\/a><br \/>\n<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a><span lang=\"en-CA\"> Voir Cass R. Sunstein, \u00ab\u00a0<\/span><span lang=\"en-CA\"><i>Should Sex Equality Law Apply to Religious Institutions\u00a0?<\/i><\/span><span lang=\"en-CA\">\u00a0\u00bb dans Susan Moller Okin (dir.), <\/span><span lang=\"en-CA\"><i>Is Multiculturalism Bad for Women\u00a0?, <\/i><\/span><span lang=\"en-CA\">Princeton University Press, 1999, pp.\u00a085-94.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><span style=\"font-family: arial, helvetica, sans-serif; font-size: 10pt;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a><span lang=\"en-CA\"> Voir M. Pintos de Cea-Naharro, \u00ab\u00a0<\/span><span lang=\"en-CA\"><i>Women\u2019s Right to Full Citizenship and Decision-Making in the Church<\/i><\/span><span lang=\"en-CA\">\u00a0\u00bb, <\/span><span lang=\"en-CA\"><i>Concilium<\/i><\/span><span lang=\"en-CA\">, mai 2002.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 le droit \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 et la la\u00efcit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat sont au c\u0153ur des d\u00e9bats, la discrimination envers les femmes qui se vit dans l\u2019\u00c9glise catholique, soutenue par l\u2019\u00c9tat, devrait nous faire r\u00e9fl\u00e9chir. Depuis pr\u00e8s de 50 ans, &hellip; <a href=\"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=5171\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":62,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"ppma_author":[272],"class_list":["post-5171","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-femmes-en-eglise","author-johanne-philipps"],"authors":[{"term_id":272,"user_id":62,"is_guest":0,"slug":"johanne-philipps","display_name":"Johanne Philipps","avatar_url":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/Johanne-Philipps-150x150.jpg","user_url":"","last_name":"Philipps","first_name":"Johanne","description":"D\u00e9tentrice d\u2019un Ph. D. en Sciences des religions (UdeMtl, janvier 2020), Johanne Philipps est l\u2019autrice de la th\u00e8se \u00ab Comment le projet de la\u00efcit\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise est d\u00e9favorable aux femmes. L\u2019urgence de briser une \u00e9vidence \u00bb. Membre de la collective L'autre Parole, elle est l'auteure de nombreux articles concernant les relations religions-\u00c9tat. 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