{"id":628,"date":"2012-01-19T12:00:57","date_gmt":"2012-01-19T16:00:57","guid":{"rendered":"http:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=628"},"modified":"2013-09-12T11:49:15","modified_gmt":"2013-09-12T15:49:15","slug":"le-corpseucharistie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=628","title":{"rendered":"Le corps\/eucharistie"},"content":{"rendered":"<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">De nos jours, parler de rites chr\u00e9tiens m\u00eame s\u2019il s\u2019agit du plus fondamental d\u2019entre eux n\u2019est certes pas un d\u00e9fi facile \u00e0 relever. La culture religieuse qu\u00e9b\u00e9coise a subi un tel \u00e9clatement que tout se passe comme si des phrases connues s\u2019\u00e9taient mises \u00e0 virevolter dans tous les sens, se lib\u00e9rant de leur cadre d\u2019interpr\u00e9tation habituelle, pour aller s\u2019accoler de fa\u00e7on \u00e9parse et\u00a0 ind\u00e9termin\u00e9e sur les pages vierges d\u2019un livre non encore \u00e9crit<\/span>[1]<span style=\"color: #000000;\">. On ne s\u2019y retrouve plus; comment arriverais-je \u00e0 revisiter th\u00e9ologiquement, pour notre contexte, des si\u00e8cles et des si\u00e8cles de croyances, de pri\u00e8res et de foi sinc\u00e8re, sans trahir le meilleur de ce qui s\u2019est transmis? Le pari est immense.<!--more--><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Mais une autre gageure m\u2019attend. M\u2019introduire en milieu de parcours dans une \u00e9criture aussi serr\u00e9e, aussi dense, aussi mature, constitue un risque de haut niveau Car, si oser une r\u00e9interpr\u00e9tation th\u00e9ologique est d\u00e9j\u00e0 un d\u00e9fi, le faire dans le cadre d\u2019une approche psychanalytique enracin\u00e9e dans le cheminement spirituel de toute une vie rel\u00e8ve d\u2019une audace pr\u00e9somptueuse. Il y a danger et j\u2019en \u00e9prouve assur\u00e9ment de l\u2019inqui\u00e9tude. Un sentiment \u00e9trange, compos\u00e9 de crainte, de fiert\u00e9, de bonheur\u2026 celui de me compromettre v\u00e9ritablement avec mon homme, non plus seulement de l\u2019encourager mais de parcourir avec lui les m\u00e9andres tortueux du myst\u00e8re humain, jusqu\u2019en son creux le plus p\u00e9n\u00e9trant, l\u00e0 o\u00f9 il touche le divin\u2026 ou plut\u00f4t l\u00e0 o\u00f9 nous pourrons le pressentir. Bref, une sorte de fascination\/inqui\u00e9tude m\u2019envahit; plus que jamais auparavant me semble-t-il, je m\u2019engage dans une aventure dont je ne sortirai pas indemne. Car, femme, th\u00e9ologienne, travailleuse sociale et f\u00e9ministe engag\u00e9e, mon regard sur l\u2019eucharistie telle que d\u00e9finit traditionnellement, sera critique, bousculant sans doute mais aussi je l\u2019esp\u00e8re, inspirant.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Pour nous, qu\u00e9b\u00e9cois et qu\u00e9b\u00e9coises d\u2019all\u00e9geance chr\u00e9tienne, parler de J\u00e9sus, d\u2019eucharistie, de mort, de r\u00e9surrection c\u2019est beaucoup plus qu\u2019\u00e9mettre des id\u00e9es du pass\u00e9, c\u2019est se souvenir de lourdes obligations de jeunesse, de culpabilit\u00e9s refoul\u00e9es et pour plusieurs encore, exprimer une vieille col\u00e8re qui n\u2019en finit plus de remonter. C\u2019est \u00e9galement et surtout, remuer le tr\u00e9fonds de ce qui nous a construits individuellement et collectivement. Le modernisme, la science, les recherches de tout acabit et la lib\u00e9ration des moeurs n\u2019ont pas r\u00e9ussi \u00e0 effacer la marque qu\u2019a laiss\u00e9e cette m\u00e9moire religieuse dans notre chair personnelle et culturelle. Elle porte nos r\u00eaves, nos peurs, nos d\u00e9sirs et nos troubles d\u2019enfants. Que nous l\u2019admettions ou non, il y a l\u00e0 quelque chose que nous avons re\u00e7u et qu\u2019il importe d\u2019investiguer honn\u00eatement et librement, si acc\u00e9der \u00e0 la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 nous int\u00e9resse.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Or, il faut le reconna\u00eetre, lorsqu\u2019on parle de \u00ab\u00a0manger le corps\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0boire le sang\u00a0\u00bb, la th\u00e9ologie contemporaine utilise une finesse de langage qui cherche \u00e0 rendre le r\u00e9cit eucharistique plus\u00a0<i>acceptable<\/i>, plus ouvert au \u00ab\u00a0croyable disponible actuel\u00a0\u00bb selon une expression de Paul Ricoeur. Il semble pratiquement qu\u2019il faille d\u00e9clarer cette repr\u00e9sentation d\u2019un Dieu-qui-se-donne-\u00e0-manger comme d\u00e9pass\u00e9e, v\u00e9tuste, hors de propos pour nos vies. Pourtant, ce \u00ab\u00a0prenez et mangez\u00a0\u00bb et ce \u00ab prenez et buvez\u00a0\u00bb sont bel et bien rapport\u00e9s par les \u00e9vangiles synoptiques comme ayant \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9s par J\u00e9sus lui-m\u00eame. Il y a ici une r\u00e9elle impossibilit\u00e9 de contournement perp\u00e9tuel.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">Pour ma part, il m\u2019aura fallu le regard d\u2019un psychanalyste libre et clairvoyant comme mon \u00e9poux pour r\u00e9ussir \u00e0 \u00e9branler plusieurs couches de savoirs th\u00e9ologiques et m\u2019inciter \u00e0 entrer dans l\u2019\u00e9tonnement, le soup\u00e7on,\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>l\u2019\u00e9tranget\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, sans paralyser de crainte. Je sais qu\u2019il me faudra renoncer aux certitudes, percer l\u2019\u00e9vidence, la creuser, la d\u00e9passer pour voir ce que nous n\u2019avons pas encore vu, pour entendre ce que nous n\u2019avons pas encore entendu, pour acc\u00e9der \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019in-ou\u00efe\u00a0\u00bb dira Maurice Bellet<\/span>[2]<span style=\"color: #000000;\">. Qui sait? Peut-\u00eatre que cette visitation nouvelle provoquera une mise au monde\u2026 Comme Marie visitant \u00c9lysabeth, sa cousine. Il y a entre ces deux femmes une f\u00e9condation mutuelle o\u00f9 chacune na\u00eet en c\u00e9l\u00e9brant la vie en gestation chez l\u2019autre. Ainsi, le parcours que j\u2019emprunterai en sera un de chair, d\u2019incarnation. Il revisitera l\u2019eucharistie en suivant le chemin de trois corps\u00a0: celui de la femme, celui de la communaut\u00e9, celui de l\u2019humanit\u00e9<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><strong><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">L\u2019eucharistie en tant que Corps\/Femme<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Non seulement il est un scandale de repr\u00e9senter le corps eucharistique par un corps de femme mais \u00e9galement, pour trop de personnes encore, il est tout aussi inacceptable d\u2019envisager que la pr\u00e9sidence du rite soit assum\u00e9e par une femme. Le corps f\u00e9minin n\u2019est digne ni d\u2019offrir, ni d\u2019\u00eatre offert. Le mythe de la faute d\u2019\u00c8ve n\u2019en finit plus d\u2019empoisonner les mentalit\u00e9s, et pas uniquement celles des esprits religieux. On le sait, les paradigmes d\u00e9terminent la fa\u00e7on de voir le monde, de l\u2019interpr\u00e9ter, de lire les traditions et d\u2019\u00e9laborer les hypoth\u00e8ses d\u2019avenir. Passer d\u2019un mod\u00e8le androg\u00e9nique \u00e0 un mod\u00e8le f\u00e9ministe implique une transformation compl\u00e8te de notre imaginaire religieux certes, mais d\u2019abord et avant tout de nos imaginaires affectifs et sexuels.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">En 1984, dans la cath\u00e9drale St John the Divine, \u00e0 New York, on exposa une sculpture repr\u00e9sentant une femme crucifi\u00e9e qu\u2019on appela la Christa. Cette \u0153uvre voulait sugg\u00e9rer une identification de Dieu avec toutes les femmes battues, viol\u00e9es, brutalis\u00e9es du monde et nullement nier la masculinit\u00e9 du J\u00e9sus historique. R\u00e9action \u00e9trange, cette cr\u00e9ation provoqua un v\u00e9ritable scandale; on la consid\u00e9ra comme ayant un caract\u00e8re pornographique plut\u00f4t que d\u2019y reconna\u00eetre une expression artistique des femmes mises en croix et des souffrances que Dieu endure lorsque ses filles subissent un tel sort. Ultime exemple des r\u00e9sultats pervers issus d\u2019une spiritualit\u00e9 qui a trop souvent situ\u00e9 le p\u00e9ch\u00e9 dans le corps, surtout dans le corps des femmes. Augustin affirmait que l\u2019\u00e2me \u00e9tait la meilleure partie de la personne\u00a0: \u00ab\u00a0Lorsque vous \u00eates dans l\u2019Esprit, vous \u00eates au milieu; lorsque vous regardez en bas, il y le corps; lorsque vous regardez en haut, Dieu est l\u00e0\u00a0\u00bb<\/span>[3]<span style=\"color: #000000;\">. Une telle anthropologie r\u00e9duit la femme \u00e0 un corps englu\u00e9 vers le bas, dans le lieu des t\u00e9n\u00e8bres, de la tentation et du p\u00e9ch\u00e9, loin de Dieu qui, lui, se tient \u00e0 l\u2019abri, dans la lumi\u00e8re du haut.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><strong><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">Le corps de la femme\u00a0: scandale ou ic\u00f4ne?<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">Scandale donc que le corps et le sang de la femme puissent repr\u00e9senter le corps et le sang de J\u00e9sus dans l\u2019eucharistie. Curieusement, le corps d\u00e9nud\u00e9 de l\u2019homme de Nazareth est per\u00e7u comme Dieu lui-m\u00eame; celui de la femme, une tentation vivante expos\u00e9e. Le sang de J\u00e9sus s\u2019offre \u00e0 boire; le sang de la femme, puant, impur et indigne d\u2019un rituel sacr\u00e9, invite \u00e0 fuir. Pourtant, il fait na\u00eetre l\u2019enfant, renouvelle \u00e0 chaque mois le cycle de la vie et coule \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de tant et tant de corps donn\u00e9s pour les autres. En outre, le v\u00e9cu proprement f\u00e9minin de la grossesse, de l\u2019accouchement et de l\u2019allaitement s\u2019associe, pour la plupart des femmes, \u00e0 de v\u00e9ritables exp\u00e9riences spirituelles. Comme le rappelle L\u00e9onardo Boff, \u00ab\u00a0la spiritualit\u00e9 et la sexualit\u00e9 sont dans une perspective radicale les deux noms d\u2019un m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne. Il s\u2019agit de manifestations d\u2019une m\u00eame \u00e9nergie qui d\u00e9passe l\u2019\u00eatre humain\u00a0\u00bb<\/span>[4]<span style=\"color: #000000;\">. Seuls des esprits malhonn\u00eates ou born\u00e9s s\u2019acharnent \u00e0 cantonner le corps f\u00e9minin au scandale. Ceux-l\u00e0 n\u2019accepteront jamais de revoir l\u2019imaginaire religieux qui paralyse le renouvellement de la liturgie eucharistique.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Mais fort heureusement, ils ne sont plus l\u00e9gions. Parmi les vagues de fond qui ont travers\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9, la lib\u00e9ration f\u00e9ministe est sans doute celle qui a le plus visc\u00e9ralement marqu\u00e9 l\u2019identit\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise. Une nouvelle mani\u00e8re de voir, de penser, de comprendre, d\u2019agir, de r\u00eaver est apparue avec elle. Depuis la R\u00e9volution tranquille surtout, chaque g\u00e9n\u00e9ration de femmes a op\u00e9r\u00e9 une \u00e9tape singuli\u00e8re dans l\u2019\u00e9volution de la r\u00e9volution f\u00e9ministe. Dans cette foul\u00e9e, toutes les sciences humaines ont \u00e9t\u00e9 revues et questionn\u00e9es. Parmi elles, advint la th\u00e9ologie f\u00e9ministe. C\u2019est la g\u00e9n\u00e9ration du tournant du second mill\u00e9naire qui a le plus grandement contribu\u00e9 \u00e0 la transformation de l\u2019imaginaire anthropologico-philosophico-religieux d\u00e9nonc\u00e9 plus haut, en r\u00e9interpr\u00e9tant les notions de sujet, de corps, de genre, de divinit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">Entre autres r\u00e9visions, elle entreprit une relecture fondamentale des \u00e9vangiles en s\u2019habilitant \u00e0 entendre \u00ab\u00a0l\u2019in-ou\u00efe\u00a0\u00bb qui se cache dans le silence de textes r\u00e9dig\u00e9s en contexte patriarcal. Ce n\u2019est pas le lieu de donner ici une id\u00e9e exhaustive de ces \u00e9tudes; je me contenterai de pointer quelques d\u00e9couvertes particuli\u00e8rement significatives pour notre propos. Par exemple, la parole de J\u00e9sus priant ses disciples de se souvenir de cette femme qui lui verse du parfum sur la t\u00eate : \u00ab\u00a0En v\u00e9rit\u00e9, je vous le dis, partout o\u00f9 sera proclam\u00e9e la Bonne Nouvelle, dans le monde entier, on redira aussi, \u00e0 sa m\u00e9moire, ce qu\u2019elle vient de faire\u00a0\u00bb (Mc 14, 9). Or, bien que la formule eucharistique retenue par la liturgie \u00ab\u00a0en m\u00e9moire de moi\u00a0\u00bb (1 Co 11, 24-25) ressemble de tr\u00e8s pr\u00e8s \u00e0 l\u2019invitation de J\u00e9sus de proclamer l\u2019\u00c9vangile \u00ab\u00a0en m\u00e9moire d\u2019elle\u00a0\u00bb, la tradition eccl\u00e9siale a oubli\u00e9 jusqu\u2019au nom de cette femme<\/span>[5]<span style=\"color: #000000;\">.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">Autre remarque, il aura fallu des femmes ex\u00e9g\u00e8tes pour soulever l\u2019hypoth\u00e8se, tout \u00e0 fait plausible, d\u2019une\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>non transmission<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">\u00e9ventuelle de l\u2019histoire du Nazar\u00e9en, si ce n\u2019avait \u00e9t\u00e9 de la pr\u00e9sence des femmes au moment de sa mort, de sa s\u00e9pulture et de sa r\u00e9surrection. En effet, au pied de la croix, les femmes sont seules, les ap\u00f4tres ayant fui. Ce sont des femmes qui rendent l\u2019hommage des aromates habituels \u00e0 sa s\u00e9pulture; au matin de P\u00e2ques, c\u2019est Marie-Madeleine qui le reconna\u00eet et court pr\u00e9venir les hommes<\/span>[6]<span style=\"color: #000000;\">. Ces femmes sont donc les premi\u00e8res \u00e0 \u00eatre t\u00e9moins des \u00e9v\u00e9nements extraordinaires qui se produisirent alors. Sans leurs r\u00e9cits, personne n\u2019aurait pu rendre compte de ces faits. \u00c0 l\u2019\u00e9vidence, elles font partie du groupe des disciples, au m\u00eame titre que les Douze qui entouraient le Nazar\u00e9en. L\u2019\u00e9vang\u00e9liste Jean l\u2019atteste en rapportant que tous et toutes re\u00e7oivent l\u2019Esprit (Jn 3, 3-9), sont envoy\u00e9s-es en mission (Jn 20,21), re\u00e7oivent le pouvoir de pardonner les p\u00e9ch\u00e9s (Jn 20,23) et sont pr\u00e9sents et pr\u00e9sentes lors du dernier repas o\u00f9 il va jusqu\u2019\u00e0 laver les pieds des disciples r\u00e9unis (Jn 13, 2-15). Et rien ne permet de penser qu\u2019il s\u2019est alors abstenu de toucher les pieds des femmes disciples qui participaient certainement \u00e0 cette rencontre d\u2019adieu.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">Il y aurait beaucoup d\u2019autres illustrations; une derni\u00e8re : le choix des analogies que J\u00e9sus emploie pour expliquer \u00e0 ses auditeurs que Dieu n\u2019abandonne jamais. Parmi d\u2019autres, la brebis \u00e9gar\u00e9e (Luc 15, 4-7) et la drachme perdue (15, 8-10); dans les deux cas, Dieu cherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00ab\u00a0l\u2019objet d\u2019amour perdu\u00a0\u00bb<\/span>[7]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0symbolis\u00e9 ici par un animal et une pi\u00e8ce de monnaie. Aucun mod\u00e8le sexiste \u00e9merge de ces paraboles et pourtant, encore ici, la tradition a abondamment enseign\u00e9, cat\u00e9chis\u00e9, sculpt\u00e9, peint, pr\u00each\u00e9 l\u2019histoire du Bon Pasteur alors que le r\u00e9cit de la femme qui c\u00e9l\u00e8bre avec ses amies le bonheur de retrouver les sous durement gagn\u00e9s pour faire vivre sa famille n\u2019a pas retenu l\u2019attention, si on en juge par le peu de fois qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Ces quelques fragments suffiront. Que l\u2019on comprenne seulement ceci\u00a0: un trop long et trop lourd silence peut se transformer en cri. Magistralement, la relecture f\u00e9ministe de la bible a d\u00e9couvert un sens \u00e9vang\u00e9lique fondamental qui a d\u00e9finitivement r\u00e9habilit\u00e9 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du corps f\u00e9minin. De scandale, il est devenu ic\u00f4ne de Dieu. et alors plus rien ni personne ne convaincra les chr\u00e9tiennes de leur indignit\u00e9 \u00e0 repr\u00e9senter le pain et le sang eucharistiques. Chacune peut recevoir l\u2019appel \u00e0 devenir dans son \u00eatre entier (c\u2019est-\u00e0-dire dans son corps puisque selon la conception h\u00e9bra\u00efque nous n\u2019<i>avons<\/i>\u00a0pas un corps nous\u00a0<i>sommes<\/i>\u00a0un corps) image et ressemblance de\u00a0<i>Dieue<\/i>. Ce fait \u00e9tabli, la r\u00e9flexion se poursuit car bien qu\u2019on ait souvent redout\u00e9 le contraire, le f\u00e9minisme vise la lib\u00e9ration des hommes tout autant que celle des femmes.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><strong><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">En christianisme, Dieu est Homme et Femme<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">\u00ab\u00a0Je supplie Dieu de me d\u00e9faire de Dieu\u00a0\u00bb disait Ma\u00eetre \u00c9ckhart, comme le rappelait Michel pr\u00e9c\u00e9demment. Car la repr\u00e9sentation que nous nous faisons de Dieu n\u2019est jamais Dieu, seulement une image toujours imparfaite de Lui ou d\u2019Elle. Les limites de notre condition humaine ne capteront jamais l\u2019absolu. Nos lunettes religieuses seront toujours partielles et partiales, \u00e0 la hauteur de nos \u00e9poques, de nos exp\u00e9riences, de nos cultures\u2026 et de nos corps. Cela vaut pour toute religion et toute d\u00e9finition de la divinit\u00e9, la mienne y compris. Cependant, une chose est s\u00fbre, pour acc\u00e9der au divin, aucun syst\u00e8me religieux n\u2019a pu faire l\u2019\u00e9conomie de la femme, ne serait-ce que pour d\u00e9cider de l\u2019\u00e9carter d\u00e9finitivement de la sph\u00e8re du sacr\u00e9. Mais heureusement, il s\u2019est toujours trouv\u00e9 des hommes libres.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">Remontons jusqu\u2019au tournant du 13<\/span><span style=\"color: #000000;\">e<\/span><span style=\"color: #000000;\">\u00a0si\u00e8cle o\u00f9 notamment, le musulman R\u00fbzbehan Baql\u00ee Sh\u00eeraz\u00ee nous servira d\u2019exemple. Michel Cazenave s\u2019int\u00e9resse \u00e0 ce moine fascin\u00e9 par une femme dont il est profond\u00e9ment amoureux. Selon Cazenave,\u00a0 \u00ab\u00a0il ne peut y avoir d\u2019acc\u00e8s au divin et,\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>a fortiori<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, au secret ultime de Dieu, si ce n\u2019est dans la pr\u00e9sence la plus famili\u00e8re et en m\u00eame temps la plus inqui\u00e9tante, qui est celle d\u2019une femme\u00a0\u00bb. Il constate que l\u2019\u00e9preuve amoureuse permet au mystique de s\u2019adresser \u00e0 sa bien-aim\u00e9e \u00ab\u00a0comme si l\u2019amour humain le plus charnel pouvait offrir imm\u00e9diatement acc\u00e8s au divin<\/span>[8]<span style=\"color: #000000;\">\u00bb. La distance douloureuse qui le s\u00e9pare de la femme qu\u2019il aime devient alors le symbole de l\u2019ab\u00eeme et du d\u00e9sir qu\u2019il \u00e9prouve pour Dieu. Car Dieu ne se manifeste-t-il pas dans l\u2019autre sexe justement parce qu\u2019il est Autre? Dans cette optique musulmane, on peut comprendre que Dieu n\u2019est pas\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Individu<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">mais\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Relation<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">\u00a0ou rencontre f\u00e9conde entre homme et femme. On y apprend qu\u2019une image divine amput\u00e9e de l\u2019autre sexe, quel qu\u2019il soit, en r\u00e9duisant la divinit\u00e9, la trahit. Voil\u00e0 une repr\u00e9sentation qui n\u2019est pas tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e de la vision chr\u00e9tienne.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Du c\u00f4t\u00e9 du christianisme, de nombreuses recherches ont d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 que du Premier Testament \u00e0 aujourd\u2019hui, en passant par le Second Testament, les P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise, les grands spirituels, de nombreux saints et saintes et les th\u00e9ologies contemporaines, une conviction s\u2019\u00e9nonce, s\u2019accroche et se r\u00e9pand, malgr\u00e9 une multitude de tentatives pour l\u2019\u00e9teindre :\u00a0<i>Dieu est Femme autant qu\u2019il est Homme<\/i>.\u00a0 Aujourd\u2019hui, il n\u2019est plus possible d\u2019ignorer cette longue trajectoire historique; elle impose de revoir nouvellement l\u2019eucharistie en respectant la f\u00e9minit\u00e9 de Dieu qui, elle aussi, demande d\u2019offrir et d\u2019\u00eatre offerte.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">Afin d\u2019y voir plus clair, revenons \u00e0 J\u00e9sus; Michel s\u2019est d\u00e9j\u00e0 demand\u00e9 quel \u00e9tait son Dieu. Je pr\u00e9ciserais la question ainsi\u00a0: quelle perception avons-nous de sa vision de Dieu? Au premier abord, on constate que J\u00e9sus voyait son Dieu \u00e0 travers l\u2019image masculine du p\u00e8re. Ceci ne s\u2019av\u00e8re nullement probl\u00e9matique. Par ailleurs, il faut savoir qu\u2019une analyse approfondie des \u00e9vangiles et du contexte dans lequel ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits permet de d\u00e9couvrir l\u2019\u00e9ventail des significations alors rattach\u00e9es au mot\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>p\u00e8re<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">. La fr\u00e9quence de cette appellation, la personne qui l\u2019utilise et les divers sens qu\u2019elle recouvre nous enseignent plusieurs choses. Avec \u00c9lysabeth A. Johnson, permettez-moi un peu d\u2019ex\u00e9g\u00e8se<\/span>[9]<span style=\"color: #000000;\">.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">D\u2019abord, le nombre de fois que les \u00e9vang\u00e9listes utilisent le mot \u00a0: 4 fois chez Marc, 15 fois chez Luc, 49 fois chez Matthieu et 109 fois chez Jean, le plus tardif des \u00e9vangiles. Et le nombre de fois que J\u00e9sus lui-m\u00eame emploie le mot p\u00e8re pour parler de Dieu\u00a0: 1 fois d\u2019apr\u00e8s Marc, 2 fois d\u2019apr\u00e8s Luc, 1 fois d\u2019apr\u00e8s Matthieu et 73 fois d\u2019apr\u00e8s Jean. \u00ab\u00a0Ici, se manifeste tr\u00e8s clairement une tradition florissante, une fa\u00e7on de parler de J\u00e9sus et de sa relation avec Dieu qui se r\u00e9pand au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies du premier si\u00e8cle\u00a0\u00bb<\/span>[10]<span style=\"color: #000000;\">. De plus, lorsque la tradition biblique utilise le mot p\u00e8re pour s\u2019adresser \u00e0 Dieu, elle d\u00e9sire souligner l\u2019id\u00e9e d\u2019une protection tendre, d\u2019une lib\u00e9ration de la souffrance plut\u00f4t que l\u2019id\u00e9e d\u2019un engendrement biologique. On ne parle pas d\u2019un p\u00e8re qui donne la vie mais d\u2019un p\u00e8re qui sauve ses enfants de l\u2019oppression, qui les soutient dans la pauvret\u00e9 et la mis\u00e8re. Un p\u00e8re protecteur activement impliqu\u00e9 dans la r\u00e9volution historique qui leur a permis de s\u2019enfuir d\u2019\u00c9gypte, l\u00e0 o\u00f9 ils \u00e9taient tenus en esclavage. Pas un seul h\u00e9breu ne peut oublier la sollicitude que Dieu a alors manifest\u00e9 pour le peuple&#8230; comme un v\u00e9ritable p\u00e8re. Autrement dit, dans cette perspective, Dieu n\u2019est pas un g\u00e9niteur, il est un lib\u00e9rateur. Lorsqu\u2019on dit que Dieu est P\u00e8re, nous disons vrai. Mais il faut savoir que nous ne sommes pas en train de parler d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration physique; nous parlons analogiquement d\u2019un type de relation, d\u2019amour r\u00e9ciproque, d\u2019attention mutuelle comme il en existe entre un p\u00e8re et son enfant. Ce papa (Abba) que J\u00e9sus appelle n\u2019a rien de la figure patriarcale dominatrice excluant la femme. Au contraire, sa fa\u00e7on de voir Dieu nous autorise \u00e0 le reconna\u00eetre dans tout lien de tendresse comme il peut en exister entre un p\u00e8re et son fils, entre une m\u00e8re et sa fille.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">Dieu est p\u00e8re et m\u00e8re, il est homme et femme, plusieurs mystiques l\u2019ont ainsi per\u00e7u. Leurs oraisons r\u00e9v\u00e8lent magnifiquement l\u2019image qu\u2019ils se faisaient de Dieu. Arr\u00eatons-nous \u00e0 quelques-unes d\u2019entre elles<\/span>[11]<span style=\"color: #000000;\">.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\" align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Vous \u00eates P\u00e8re, vous \u00eates M\u00e8re, vous \u00eates m\u00e2le et vous \u00eates femelle. (Syn\u00e9sios, \u00e9v\u00eaque de Libye, Ve si\u00e8cle)<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\" align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Mais vous, J\u00e9sus, notre Seigneur, n\u2019\u00eates-vous pas aussi une m\u00e8re? N\u2019\u00eates-vous pas cette m\u00e8re qui comme une poule, rassemble ses poussins sous son aile? Vraiment, Ma\u00eetre, vous \u00eates une m\u00e8re ! (St-Anselme, XIe si\u00e8cle)<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\" align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Tu as mis \u00e0 nu les seins de ta douceur, premiers aliments de ta gr\u00e2ce. (Guillaume de St-Thierry, XIIe si\u00e8cle)<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\" align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Non seulement Seigneur vous nourrissez ceux qui sont pr\u00e9sents du lait de la douceur int\u00e9rieure, mais vous r\u00e9pandez sur les absents l\u2019odeur agr\u00e9able d\u2019une bonne r\u00e9putation [&#8230;] Vous avez du lait, dis-je, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur vous r\u00e9pandez des parfums. (Bernard de Clervaux, XIIe si\u00e8cle)<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\" align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Notre Seigneur montrant le tr\u00e8s aimable sein de son divin amour [&#8230;] il serre l\u2019\u00e2me, la presse et la colle de ses l\u00e8vres de suavit\u00e9 et sur sa d\u00e9licieuse poitrine, la baisant du sacr\u00e9 baiser de sa bouche, et lui faisant savourer ses mamelles meilleures que le vin. (Fran\u00e7ois de Sales, XVIe si\u00e8cle).<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Ces textes peuvent surprendre, rendre mal \u00e0 l\u2019aise ou m\u00eame faire sourire, habitu\u00e9s que nous sommes \u00e0 concevoir la sexualit\u00e9 et la spiritualit\u00e9 comme deux univers s\u00e9par\u00e9s. Pourtant, les grands priants ne font que relire les \u00c9critures \u00e0 la lumi\u00e8re de leur exp\u00e9rience spirituelle. En fait, ces \u00e9loquents t\u00e9moignages confirment l\u2019importance de redonner \u00e0 Dieu sa part de f\u00e9minit\u00e9. Lorsque le coeur humain cherche Dieu, il ne peut l\u2019imaginer autrement que par les voies \u00e0 travers lesquelles il a re\u00e7u l\u2019amour et par lesquelles il se sent appeler \u00e0 le redonner, habituellement, celle de la rencontre entre un homme et une femme. On le constate, un h\u00e9ritage f\u00e9minin issu d\u2019un imaginaire religieux \u00e9rotique a travers\u00e9 toute l\u2019histoire de la repr\u00e9sentation de Dieu dans le christianisme.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Mais voil\u00e0 ! Il me faut l\u2019admettre, cela me touche et m\u2019exasp\u00e8re \u00e0 la fois ! J\u2019y vois le m\u00eame probl\u00e8me que je soulignais concernant la pratique cultuelle de l\u2019eucharistie :\u00a0<i>la peur de la femme r\u00e9elle, en chair et en os<\/i>. Certes, la beaut\u00e9 du d\u00e9sir de ces hommes \u00e9meut; elle se manifeste avec tendresse sans pudibonderie ni glissement pervers. Mais le d\u00e9tournement, l\u2019\u00e9vitement, voire la n\u00e9gation de la femme singuli\u00e8re irrite. Comme s\u2019il suffisait de projeter l\u2019id\u00e9e du f\u00e9minin et du masculin sur Dieu pour rendre inutile et sans signification la moiti\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9. Comme si la repr\u00e9sentation de la masculinit\u00e9 \u00e9tait en elle-m\u00eame compl\u00e8te puisque que le Grand Tout comblait la diff\u00e9rence. Comme si le v\u00e9cu f\u00e9minin n\u2019\u00e9tait qu\u2019une m\u00e9taphore utile mais accessoire, et non l\u2019exp\u00e9rience de personnes authentiques capables de transmettre avec profit leur propre sagesse du corps et du coeur. Comme s\u2019il suffisait que le m\u00e2le ordonn\u00e9 partage le pain et le vin au nom des femmes pour que toujours et sans h\u00e9sitation aucune, elles se sentent elles-m\u00eames c\u00e9l\u00e9brantes. J\u2019irai plus loin. On aura beau, \u00e0 la suite des mystiques, voir en J\u00e9sus une m\u00e8re, cela ne changera pas le fait que son exp\u00e9rience est masculine. Ce qu\u2019il a v\u00e9cu dans son corps d\u2019homme ne pourra jamais remplacer ou pire d\u00e9valuer ce qu\u2019une femme vit dans son corps lorsqu\u2019elle perd du sang, porte un enfant, accouche, allaite et materne.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Il ne suffit donc plus d\u2019accoler des images f\u00e9minines sur Dieu, ni m\u00eame de trouver les traits f\u00e9minins \u00e0 une divinit\u00e9 masculine; il s\u2019agit d\u2019arriver \u00e0 se repr\u00e9senter Dieu comme une femme aussi compl\u00e8tement et aussi enti\u00e8rement qu\u2019on se le repr\u00e9sente lorsqu\u2019on le voit comme un homme.\u00a0<i>Elle<\/i>\u00a0cherche sa drachme perdue tout autant qu\u2019<i>Il<\/i>\u00a0cherche la brebis \u00e9gar\u00e9e.\u00a0<i>Elle<\/i>\u00a0est tout autant Sagesse, qu\u2019<i>Il<\/i>\u00a0est Logos.\u00a0<i>Elle<\/i>\u00a0est tout autant m\u00e8re cr\u00e9atrice de vie qu\u2019<i>Il\u00a0<\/i>est proph\u00e8te lib\u00e9rateur.\u00a0<i>Dieu est aussi Dieue.\u00a0\u00a0\u00a0<\/i><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">En cons\u00e9quence, si on d\u00e9sire revisiter l\u2019eucharistie afin d\u2019en r\u00e9v\u00e9ler le sens aux prochaines g\u00e9n\u00e9rations, il s\u2019av\u00e8re indispensable d\u2019imaginer Dieu autant au f\u00e9minin qu\u2019au masculin. Car tant que nous n\u2019arriverons pas \u00e0 changer notre repr\u00e9sentation de Dieu\/e les femmes seront exclues de l\u2019acte de partager le pain. Et alors, la communaut\u00e9 des disciples \u00e9gaux ne sera pas r\u00e9alis\u00e9e et le message de l\u2019\u00c9vangile demeurera consid\u00e9rablement amoindri et d\u00e9tourn\u00e9. C\u2019est pourquoi revoir l\u2019eucharistie en tant que Corps\/Femme, s\u2019av\u00e9rait un imp\u00e9ratif important pour reprendre contact avec l\u2019authenticit\u00e9 du \u00ab\u00a0faire m\u00e9moire de J\u00e9sus \u00bb et entendre le questionnement religieux de notre \u00e9poque. On aura compris, je l\u2019esp\u00e8re, qu\u2019il ne s\u2019agit aucunement de reproduire un autre r\u00e9ductionnisme en utilisant d\u2019uniques all\u00e9gories f\u00e9minines mais, au contraire, d\u2019ouvrir nos horizons \u00e0 l\u2019univers symbolique du couple, de la communaut\u00e9, de l\u2019humanit\u00e9 enti\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><strong><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Le couple humain, comme premier mod\u00e8le d\u2019ouverture<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">Avant d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 une doctrine, la femme et l\u2019homme modernes chercheront \u00e0 en \u00e9prouver la valeur pour leur vie concr\u00e8te. Or, le type de christianisme qui ne fait que reproduire un monoth\u00e9isme monarchique issu de l\u2019id\u00e9ologie patriarcale (un seul Dieu, un seul roi, un seul pape, un seul p\u00e8re, un seul pr\u00eatre, un seul dogme, un seul sexe\u2026) ne rejoint plus les valeurs contemporaines. Il n\u2019est pas davantage fid\u00e8le \u00e0 la pratique et au message de J\u00e9sus, \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience des\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>premi\u00e8res t\u00e9moins<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">\u00a0de sa mort et de sa r\u00e9surrection, \u00e0 la sensibilit\u00e9 des grands mystiques ni au d\u00e9sir de tant de chr\u00e9tiennes et de chr\u00e9tiens qui souhaitent encore c\u00e9l\u00e9brer l\u2019eucharistie, \u00e0 la condition d\u2019en op\u00e9rer une radicale et profonde revisitation<\/span>[12]<span style=\"color: #000000;\">.\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">Le couple humain se retrouve au principe de la cr\u00e9ation, traverse la bible de part en part<\/span>[13]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0et participe \u00e0 la mise sur pied des communaut\u00e9s eccl\u00e9siales primitives. Pourquoi serait-il inconvenant ou pire, scandaleux de le concevoir aux fondements du m\u00e9morial eucharistique? Si le corps eucharistique n\u2019est pas uniquement Homme, ni uniquement Femme, c\u2019est qu\u2019il est communaut\u00e9 d\u2019\u00e9coute, d\u2019\u00e9change, de partage, de nourriture mutuelle, d\u2019engagement, bref, une communaut\u00e9 d\u2019amour. Rien de surprenant Dieu est amour. Mais qu\u2019y a-t-il de commun entre la rencontre de Dieu dans l\u2019eucharistie et l\u2019exp\u00e9rience humaine de l\u2019amour ? Avec Moltmann, j\u2019irais jusqu\u2019\u00e0 dire que si on d\u00e9cidait qu\u2019il ne s\u2019y trouve rien de commun, il faudrait alors ne plus utiliser le m\u00eame mot pour en parler. On a bien essay\u00e9 en faisant de grandes distinctions entre \u00ab\u00a0amour eros\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0amour agape\u00a0\u00bb, entre \u00ab\u00a0amor\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0caritas\u00a0\u00bb, entre amour sensuel, charnel, corporel et amour spirituel, penchant de l\u2019\u00e2me, tendresse du coeur. Or, il s\u2019agit d\u2019un seul et m\u00eame amour et le Nazar\u00e9en a bel et bien demand\u00e9 de ne pas le s\u00e9parer<\/span>[14]<span style=\"color: #000000;\">. L\u2019amour de Dieu, l\u2019amour des amants, l\u2019amour du proche, l\u2019amour de l\u2019\u00e9trang\u00e8re et de l\u2019\u00e9tranger constituent la base essentielle et incontournable de la trame qui tissera la communaut\u00e9 eucharistique.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Beaucoup plus qu\u2019un rituel sans cesse r\u00e9p\u00e9t\u00e9, la c\u00e9l\u00e9bration du\u00a0<i>manger le corps et boire le sang<\/i>\u00a0pr\u00e9side \u00e0 la construction d\u2019un Corps vivant, souffrant, se r\u00e9jouissant, inventant les fa\u00e7ons d\u2019aller \u00e0 la rencontre de ceux et de celles qui ne sont pas encore autour de la table. Une fois que la femme y est int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 de l\u2019homme et que le couple humain arrive \u00e0 y projeter l\u2019amour qui le rend f\u00e9cond, l\u2019eucharistie commence v\u00e9ritablement \u00e0 devenir Corps\/Communaut\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><strong><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">L\u2019eucharistie en tant que Corps\/Communaut\u00e9<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Pour la femme et l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui, croire en Dieu implique de prendre leur cheminement en main en \u00e9tant persuad\u00e9s que leurs espoirs sont atteignables \u00e0 partir du travail de leur propre libert\u00e9. Non pas qu\u2019ils croient avoir nul besoin des autres ni m\u00eame de l\u2019attention de Dieu sur leurs existences, mais que sans consentement libre et autonome aucune r\u00e9alisation ne s\u2019av\u00e8re lib\u00e9ratrice. Or, l\u2019eucharistie appuie r\u00e9solument\u00a0cette conviction moderne en attestant que la vie, dans son acception pleine et enti\u00e8re, est \u00e0 notre port\u00e9e parce que l\u2019un de nous l\u2019a d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9e et qu\u2019alors, comme Michel ne cesse de le r\u00e9p\u00e9ter,\u00a0<i>la mort n\u2019aura pas le dernier mot<\/i>. Oui, pour chaque \u00eatre humain un avenir existe. Et s\u2019il est pris \u00e0 plein bras, il g\u00e9n\u00e8re une esp\u00e9rance vivifiante; plus encore, une promesse l\u2019habite. Comme l\u2019amour entre deux amants d\u00e9passe le d\u00e9sir qu\u2019ils ressentent l\u2019un pour l\u2019autre, la communaut\u00e9 eucharistique d\u00e9passe la chaleur du rassemblement et promet de travailler \u00e0 r\u00e9aliser concr\u00e8tement le serment de son Dieu :\u00a0<i>chacun, chacune de vous ne sera plus jamais seul-e<\/i>. En christianisme, les autres, celles et ceux que nous ne connaissons pas tout autant que celles et ceux que nous connaissons sont nos s\u0153urs et nos fr\u00e8res en humanit\u00e9. Cette solidarit\u00e9 humaine forme un corps toujours en gestation qui, \u00e0 m\u00eame le rite eucharistique, prie et se construit.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><strong><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><i>D\u2019un corps donn\u00e9 \u00e0 un corps re\u00e7u<\/i><\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Dans l\u2019eucharistie, le\u00a0<i>Logos<\/i>\u00a0(le Christ\/Parole) se fait\u00a0<i>dia-logos<\/i>; autrement dit, le verbe qui se donne devient le verbe qui s\u2019\u00e9change communautairement. Il fa\u00e7onne ainsi un corps de disciples, un Corps\/Nous. En langage plus clair, on pourrait dire que le corps<i>insaisissable<\/i>\u00a0du Christ ressuscit\u00e9 se transforme en chair d\u2019hommes et de femmes qui discutent, d\u00e9battent, \u00e9changent, partagent la parole transmise comme on partage un bon pain chaud. Devenu rassemblement, le Corps se fait d\u00e9sormais\u00a0<i>saisissable<\/i>\u00a0\u00e0 travers une solidarit\u00e9 r\u00e9elle de chr\u00e9tiennes et de chr\u00e9tiens d\u00e9sireux de se retrouver autour de la table pour c\u00e9l\u00e9brer la m\u00e9moire qui les garde unis.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">Cependant, une priorit\u00e9 importe; celle de \u00ab\u00a0nous entretenir de lui\u00a0\u00a0\u00bb plus que \u00ab\u00a0nous entretenir avec lui\u00a0\u00bb<\/span>[15]<span style=\"color: #000000;\">. Car, la tentation de nous tenir longuement voire interminablement seuls devant lui sera toujours contrari\u00e9e par une aga\u00e7ante question : \u00ab\u00a0Qu\u2019as-tu fait de ton fr\u00e8re, qu\u2019as-tu fait de ta soeur?\u00a0\u00bb. Toute la vie de J\u00e9sus, son comportement, ses attitudes, ses relations, les risques qu\u2019il a pris, tout cherche \u00e0 solutionner cette angoissante interrogation. D\u00e9sirer y r\u00e9pondre \u00e0 sa suite, c\u2019est entrer dans la folie \u00e9vang\u00e9lique et consentir \u00e0 faire partie du Corps qui la conduira jusqu\u2019au bout&#8230; jusque l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la mort.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Le d\u00e9fi est monumental. \u00c0 d\u00e9faut d\u2019une foi revisit\u00e9e \u00e0 l\u2019aulne de chaque \u00e9poque, on comprend que la r\u00e9p\u00e9tition s\u00e9culaire de ce<i>manger-ensemble<\/i>\u00a0puisse occasionner une importante perte de m\u00e9moire; on en a un indice dans la trop grande place que le dernier Congr\u00e8s eucharistique international a accord\u00e9 au mouvement intimiste d\u2019adoration divine. C\u2019est pourquoi, cette\u00a0<i>re-visitation<\/i>demande de se\u00a0<i>re-souvenir<\/i>. Que s\u2019est-il r\u00e9ellement pass\u00e9 lors de ce fameux repas \u00e0 l\u2019origine de nos eucharisties? Quelle puissance de rem\u00e9moration peut en arriver \u00e0 constituer un Corps vivant aujourd\u2019hui? Rappelons la sc\u00e8ne\u2026 la derni\u00e8re C\u00e8ne comme on l\u2019appelle souvent.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Ce soir-l\u00e0, pour J\u00e9sus et les personnes r\u00e9unies, il s\u2019agit d\u2019un repas d\u2019adieu. Toutes et tous sont conscients que ces rassemblements deviennent de plus en plus dangereux. Quelque chose se pr\u00e9pare. Le contexte est tendu, des complots se trament, J\u00e9sus se sent de plus en plus surveill\u00e9 et il sait que les d\u00e9placements du petit groupe sont \u00e9pi\u00e9s. Il faut maintenant voyager de nuit. Le Dieu pr\u00e9sent\u00e9 par le Nazar\u00e9en (bon, tendre, mis\u00e9ricordieux, inconditionnellement accueillant, surtout pour les femmes, les pauvres et les exclus) s\u2019oppose radicalement \u00e0 la repr\u00e9sentation que les autorit\u00e9s religieuses entretenaient de leur c\u00f4t\u00e9 (un Dieu qui exigeait une ob\u00e9issance stricte de la loi, la s\u00e9paration des hommes et des femmes au temple, une observance sans condition du sabbat, des offrandes, des classes sociales). Le choc est majeur. Spirituelles au d\u00e9but, les divergences sont vite devenues sociales, puis politiques; J\u00e9sus est inquiet. Il commence \u00e0 se demander s\u2019il aura le temps de r\u00e9aliser le r\u00eave de justice qui, il en est profond\u00e9ment convaincu, se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre celui du Dieu\/P\u00e8re\/M\u00e8re qui est le sien.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Cette soir\u00e9e est peut-\u00eatre la derni\u00e8re chance qu\u2019il a de dire \u00e0 ses amis-es ce qui lui tient le plus \u00e0 c\u0153ur. Il d\u00e9cide de la saisir : le projet qu\u2019ils et elles ont commenc\u00e9 ensemble doit continuer, m\u00eame si pour le moment \u00e7a risque de tourner mal. La situation ne se pr\u00eate d\u00e9cid\u00e9ment pas aux subtilit\u00e9s du langage. Pour bien se faire comprendre, il utilisera une image incroyablement forte\u00a0: il parle de manger son corps et de boire son sang comme ils sont \u00e0 partager le pain et \u00e0 boire le vin qu\u2019ils ont devant eux. Il veut les convaincre que s\u2019il lui arrivait de dispara\u00eetre, cette nourriture leur rappellera qu\u2019ils seront d\u00e9sormais\u00a0<i>Lui<\/i>\u00a0continuant leur projet de lib\u00e9ration; et qu\u2019ils pouvaient \u00eatre assur\u00e9s que jamais il n\u2019abandonnera ni ses disciples, ni son projet.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">Dans ce contexte, la surprenante analogie du\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>corps-mang\u00e9-comme-un-pain<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">\u00a0se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre beaucoup plus qu\u2019une simple image et assur\u00e9ment pas une demande d\u2019adoration. Bien au contraire, c\u2019est de don qu\u2019il s\u2019agit. Son corps c\u2019est lui, tout lui, ses paroles, sa pratique, sa fa\u00e7on de voir le monde, les pauvres, les femmes, les lois, la religion, Dieu lui-m\u00eame\u2026 et son sang c\u2019est ce qui coule dans ses veines, sa vie, son \u00e9nergie, sa d\u00e9termination \u00e0 vaincre la mort\u2026 En fait, il leur dit : si vous m\u2019int\u00e9grez en vous, vous aurez ma force et mon esp\u00e9rance, vous serez mon corps et vous pourrez continuer mon \u0153uvre. Et comme pour joindre l\u2019acte \u00e0 la parole, il attrape un tablier et se met \u00e0 laver les pieds poussi\u00e9reux des hommes et des femmes qui l\u2019entouraient : \u00ab\u00a0Ce que je viens de faire, faites-le \u00e0 votre tour\u00a0\u00bb<\/span>[16]<span style=\"color: #000000;\">. Pour lui, personne ne sera jamais assez sale pour \u00eatre refus\u00e9 au repas car dans une v\u00e9ritable communaut\u00e9 on se lave mutuellement les pieds. Ainsi, tous et toutes sont dignes de s\u2019asseoir \u00e0 la table. Or, on s\u2019en doute, une telle subversion est redoutable pour les grands de ce monde et J\u00e9sus n\u2019\u00e9chappera pas \u00e0 leur vindicte. L\u2019inqui\u00e9tude du d\u00e9but fera bient\u00f4t place \u00e0 l\u2019angoisse; suivront la trahison, la passion, la mise en croix.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Encore aujourd\u2019hui, le Corps\/Communaut\u00e9 qui tente tant bien que mal de poursuivre l\u2019\u0153uvre inaugur\u00e9e par J\u00e9sus, souffre de nombreuses blessures et, \u00e0 son tour, risque la mort. Souvent complexes et paradoxales, les sources de douleur \u00e9mergent tant de l\u2019int\u00e9rieur de la communaut\u00e9 que de sa mission vers l\u2019ext\u00e9rieur. Rien de surprenant \u00e0 cela, une telle responsabilit\u00e9 demande de se maintenir \u00e0 une hauteur humaine incomparable. D\u2019une part, il y a donc les l\u00e2chet\u00e9s et les fermetures du corps eccl\u00e9sial institutionnalis\u00e9, sorte d\u2019automutilation maladive et, d\u2019autre part, il y a l\u2019engagement des croyantes et des croyants aupr\u00e8s des fr\u00e8res et s\u0153urs insupportablement crucifi\u00e9s, corps compatissants ressentant la douleur de l\u2019autre. Michel en a abondamment trait\u00e9 en pr\u00e9sentant la vie impressionnante de Etty Hillesum et de m\u00e8re Teresa. On l\u2019a souvent rappel\u00e9, les disciples ne seront pas au-dessus du ma\u00eetre ; J\u00e9sus lui-m\u00eame a subi ces deux types d\u2019\u00e9preuve. Son c\u0153ur se d\u00e9chirait devant la d\u00e9tresse, la maladie, la mis\u00e8re, l\u2019exclusion de ceux et de celles qu\u2019il aimait; tandis que l\u2019aveuglement, l\u2019\u00e9troitesse d\u2019esprit et la compromission des instances dirigeantes suscitaient en lui une grande col\u00e8re.\u00a0<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Hormis ce paradoxal m\u00e9lange d\u2019indignation et de respect que le Nazar\u00e9en lui-m\u00eame a v\u00e9cu face aux autorit\u00e9s de son temps, que cache donc cet \u00e9trange rapport amour\/haine qui colle r\u00e9solument \u00e0 la peau de beaucoup de nos contemporains en regard de l\u2019\u00c9glise catholique romaine? Le psychanalyste y trouverait sans doute de quoi se mettre sous la dent\u2026 voici quand m\u00eame mon point de vue.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><strong><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Le paradoxe du besoin et de l\u2019aversion face au corps institutionnel eccl\u00e9sial<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">D\u2019entr\u00e9e de jeu, pr\u00e9sentons le point de vue de nombreuses communaut\u00e9s qui se r\u00e9unissent encore autour de la table eucharistique, malgr\u00e9 le sentiment d\u2019une r\u00e9elle d\u00e9connexion de l\u2019institution eccl\u00e9siale actuelle. Quant \u00e0 ma position personnelle, elle est claire : je partage enti\u00e8rement leur avis. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit ailleurs que j\u2019avais mal \u00e0 mon \u00c9glise comme j\u2019avais mal au ventre<\/span>[17]<span style=\"color: #000000;\">. Voici donc, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, comment nous percevons les choses.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">L\u2019unidimensionnalit\u00e9 de l\u2019id\u00e9ologie romaine donne une telle pr\u00e9dominance au d\u00e9j\u00e0-dit, au d\u00e9j\u00e0-\u00e9crit, au d\u00e9j\u00e0-proclam\u00e9 par les papes et les d\u00e9clarations officielles qu\u2019elle en vient \u00e0 ne plus \u00eatre en contact avec la nouveaut\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience, les pratiques concr\u00e8tes de la communaut\u00e9 eccl\u00e9siale, la complexit\u00e9 de sa pens\u00e9e et le dynamisme de ses projets. Bien qu\u2019elle pr\u00e9tende \u00eatre toujours la t\u00eate du corps, nulle circulation vitale n\u2019atteint plus la grande majorit\u00e9 de ses membres. Sorte de corps sans \u00e2me, l\u2019organisation cl\u00e9ricale s\u00e8che et se d\u00e9grade. Ses points de vue dogmatiques et unilat\u00e9raux s\u2019apparentent \u00e0 ce que le philosophe et psychanalyste Miguel Benasayag appelle \u00ab\u00a0la v\u00e9rit\u00e9 de perspective\u00a0\u00bb. Il la compare \u00e0\u00a0 \u00ab\u00a0une pi\u00e8ce de monnaie qui, plac\u00e9e dans un angle ad\u00e9quat, est \u00ab\u00a0plus grande que le soleil\u00a0\u00bb \u00bb. La perspective cache ainsi le soleil en faisant croire aux autorit\u00e9s magist\u00e9rielles que ce qu\u2019elles per\u00e7oivent (la pi\u00e8ce de monnaie)\u00a0 \u00ab est la somme, la totalisation du r\u00e9el\u00a0\u00bb<\/span>[18]<span style=\"color: #000000;\">. En n\u2019acceptant aucune question ni d\u00e9bat, le Magist\u00e8re romain ne fait pas moins que domestiquer J\u00e9sus, son message et son \u00c9glise. Faisant cela, il asservit le christianisme lui-m\u00eame puisque le Christ en constitue le fondement essentiel.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Loin de s\u2019enferrer dans les mille et une lois qui \u00e9taient en passe de rendre la vie impossible \u00e0 ses compatriotes, le Nazar\u00e9en incarne une nouvelle mani\u00e8re de vivre qui propose une \u00e9thique de libert\u00e9, de relations, de comportements et de socialisation invitant \u00e0 voir et \u00e0 pratiquer les choses autrement. Reste \u00e0 inventer les applications qui s\u2019ajustent \u00e0 notre \u00e9poque, \u00e0 nos cultures, \u00e0 nos sensibilit\u00e9s, \u00e0 nos consciences propres. En refusant de faire confiance \u00e0 la bont\u00e9 du c\u0153ur et au dynamisme de la libert\u00e9, les autorit\u00e9s institutionnelles paralysent les avanc\u00e9es contemporaines. Tout se passe comme si la t\u00eate se d\u00e9tachait de son corps, le peuple croyant d\u2019aujourd\u2019hui\u2026 et s\u2019imaginait pouvoir se reproduire sans sa chair, sans ses membres pour toucher, embrasser et mettre au monde les\u00a0<i>Bonnes Nouvelles<\/i>\u00a0r\u00e9elles, effectives et salutaires qui nourrissent la quotidiennet\u00e9. La blessure est grave car sans la t\u00eate, tout corps risque la dispersion et la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence. Le nombre effarent de chr\u00e9tiens et de chr\u00e9tiennes se retrouvant sans \u00c9glise le d\u00e9montre suffisamment. Devant ce triste constat, la question de l\u2019\u00e9vang\u00e9liste demeure pertinente\u00a0: \u00ab Lorsque le Fils de l\u2019Homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? \u00bb (Luc 18, 8b). Pour le moment, comme lui, laissons cette \u00e9nigme en suspend.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">\u00c0 mon propre \u00e9tonnement, sans rien gommer de tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de, une conviction tenace me garde cependant dans l\u2019esp\u00e9rance. Car m\u00eame si cette situation affaiblit r\u00e9solument le corps, je ne crois pas que l\u2019institution, toute imposante qu\u2019elle soit, en arrive \u00e0 l\u2019an\u00e9antir. La raison est simple\u00a0:\u00a0<i>le Corps\/Communaut\u00e9 r\u00e9side dans le peuple<\/i>, d\u2019abord et avant tout. Chaque membre y acc\u00e8de par l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une rencontre libre et intime avec Dieu. Comme l\u2019amour peut s\u2019\u00e9panouir sans l\u2019institution du mariage, la foi peut vivre sans l\u2019institution eccl\u00e9siale. Aucune autorit\u00e9, aussi sacr\u00e9e se pr\u00e9tende-t-elle, n\u2019y pourra rien\u2026<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">Par ailleurs, impossible de nier qu\u2019il existe un autre p\u00f4le \u00e0 cette tension\u00a0car la foi est n\u00e9cessairement croyance en quelqu\u2019un ou en quelque chose. Elle appelle une rencontre, un \u00e9change, une pri\u00e8re commune\u2026 et \u00e0 leur suite, la formation d\u2019un groupe, la constitution d\u2019une m\u00e9moire, la structuration d\u2019une d\u00e9marche, bref, une institutionnalisation. Toute\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>force instituante<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">\u00a0\u00e9merge d\u2019intuition, de spontan\u00e9it\u00e9, de cr\u00e9ation; pour durer, elle aura besoin d\u2019un\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>institu\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire de forme, de cadre, de direction pour r\u00e9sister aux \u00e9preuves du temps. Et inversement, \u00e0 d\u00e9faut du dynamisme de l\u2019instituant, le corps institu\u00e9 fige et meurt d\u00e9finitivement. Sans\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>tension contradictorielle<\/i><\/span><\/span>[19]<span style=\"color: #000000;\">, pas d\u2019institution vivante.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Comme tout autre religion, le christianisme doit donc maintenir un juste \u00e9quilibre entre l\u2019incessante \u00e9volution de l\u2019humanit\u00e9 et la protection du message re\u00e7u aux origines. Pour y arriver, il a besoin d\u2019un corps souple, mouvant et vivifiant qui gardera le message ouvert aux in\u00e9dits de la vie. C\u2019est la raison pour laquelle la grande Tradition consid\u00e8re la communaut\u00e9 comme constitutive de la foi chr\u00e9tienne. Sans elle, plus de vie eccl\u00e9siale et sans eccl\u00e9sialit\u00e9, plus d\u2019\u00c9glise. Car, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019une solidarit\u00e9 structur\u00e9e entre s\u0153urs et fr\u00e8res croyants, on risque de ne plus manger le pain partag\u00e9, de ne plus s\u2019abreuver \u00e0 la vie offerte par J\u00e9sus et alors de perdre la M\u00e9moire\u2026 et le cas \u00e9ch\u00e9ant, de se retrouver hors la lign\u00e9e chr\u00e9tienne. Je viens de d\u00e9montrer combien le risque est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, \u00e0 nos portes, l\u2019institution eccl\u00e9siale contemporaine devenant in-signifiante, se rigidifiant, se vidant, abandonnant sa base. Dans cette foul\u00e9e mortif\u00e8re, comment \u00e9viter que les rites, celui de l\u2019eucharistie notamment, deviennent des timbales retentissantes? Le danger de perversion est d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent, \u00e0 tout jamais inscrit dans les \u00e9vangiles. Elles y racontent que chez les Corinthiens, en pleine c\u00e9l\u00e9bration du repas sacr\u00e9, des membres se sont empiffr\u00e9s alors que d\u2019autres souffraient de la faim (I Cor11,17 et ss). Autrement dit, on peut\u00a0<i>communier sans communier<\/i>.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\">\u00a0<span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">D\u2019o\u00f9 l\u2019importance de \u00ab\u00a0discerner le Corps\u00a0\u00bb comme le dit l\u2019auteur de l\u2019\u00e9p\u00eetre, pour en redresser les torts et en d\u00e9noncer les d\u00e9viations. Pour reconna\u00eetre surtout l\u2019authenticit\u00e9 des communaut\u00e9s qui tiennent bon dans les \u00e9preuves et partagent la souffrance de tant de personnes affam\u00e9es, esseul\u00e9es, oubli\u00e9es et abandonn\u00e9es sur le bord de la route. Car, en v\u00e9rit\u00e9 ici, il s\u2019agit rien de moins et rien d\u2019autre que du corps vivant d\u2019un Dieu donn\u00e9 et rompu\u2026 sans lequel, le Corps\/\u00c9glise ne vaut absolument rien.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><strong><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\"><i>Un corps rompu, d\u00e9chir\u00e9 et broy\u00e9\u2026 comme le pain.<\/i><\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">Une vieille l\u00e9gende juive me touche beaucoup. Elle r\u00e9v\u00e8le combien la tendresse de Dieu pour l\u2019humanit\u00e9 d\u00e9passe infiniment nos valeurs, nos codifications, nos morales, y compris religieuses. L\u2019histoire se situe en \u00c9gypte lors de la fuite des H\u00e9breux qui y subissaient un esclavage \u00e9hont\u00e9. Au moment o\u00f9, dans une course folle contre les fugueurs, les chars \u00e9gyptiens s\u2019enlisent dans les flots d\u2019une mer d\u00e9cha\u00een\u00e9e et entra\u00eenent toute l\u2019arm\u00e9e dans la mort, les anges du ciel se mirent \u00e0 danser et \u00e0 chanter des all\u00e9luias de joie. Dieu en col\u00e8re leur cria\u00a0: \u00ab\u00a0Des \u00eatres humains cr\u00e9\u00e9s par moi sont en train de mourir dans la mer et vous voulez vous r\u00e9jouir?\u00a0\u00bb<\/span>[20]<span style=\"color: #000000;\">.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Aucune, absolument aucune souffrance ne r\u00e9jouit le coeur du Dieu de J\u00e9sus m\u00eame si, \u00e0 nos yeux d\u2019humains vindicatifs, elles apparaissent m\u00e9rit\u00e9es. Imaginez alors, ce qu\u2019il en est de la douleur injuste de l\u2019innocent, du pauvre, de l\u2019exclu, de la femme humili\u00e9e, d\u00e9pouill\u00e9e, mise de c\u00f4t\u00e9? L\u2019offense est \u00e0 son comble et alors aucune communaut\u00e9 eucharistique peut, en v\u00e9rit\u00e9, faire m\u00e9moire de J\u00e9sus sans, comme lui, aller au coin des rues soigner, soulager et convoquer au festin ceux et celles qui n\u2019ont rien \u00e0 se mettre sous la dent. Le partage de nourriture avec les affam\u00e9s-de-toutes-les-faims et le partage du pain eucharistique participent au m\u00eame mouvement \u00e9vang\u00e9lique de lib\u00e9ration. C\u2019est lorsque se r\u00e9alise, dans la vie quotidienne d\u2019un milieu, une bonne nouvelle longtemps attendue que l\u2019eucharistie, (litt\u00e9ralement l\u2019action de gr\u00e2ce) trouve son sens pl\u00e9nier. C\u2019est seulement par la suite qu\u2019il est signifiant de se retrouver autour du rite pour revivre et c\u00e9l\u00e9brer, avec et devant Dieu, le moment o\u00f9 la mort s\u2019est chang\u00e9e en vie.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">En fait, l\u2019\u00e9l\u00e9ment primordial qui constitue le Corps\/Communaut\u00e9 n\u2019est pas tant un esprit rassembleur, une id\u00e9ologie mobilisatrice, une amiti\u00e9 partag\u00e9e ni m\u00eame une solidarit\u00e9 en action, c\u2019est un corps collectif, un corps r\u00e9el, tangible, vivant qui peut dire \u00ab\u00a0ceci est mon corps\u00a0\u00bb. Comment, de nos jours, ne pas avoir mal \u00e0 cette partie de notre corps qui est mortifi\u00e9e, avilie, broy\u00e9e? Chaque fraction, chaque d\u00e9chirure du pain b\u00e9ni devrait nous emp\u00eacher d\u2019oublier. Car justement il s\u2019agit de faire m\u00e9moire, de cette \u00ab\u00a0m\u00e9moire dangereuse\u00a0\u00bb que Michel rappelle si pertinemment en fin de premier chapitre. R\u00e9tablir l\u2019\u00c9glise ne peut que consister \u00e0 redonner la sant\u00e9 aux corps souffrants de femmes, d\u2019enfants et d\u2019hommes en d\u00e9tresse. Sans cela, le corps du Christ ne sera jamais per\u00e7u comme un corps ressuscit\u00e9, un corps redevenu vivant, un corps esp\u00e9r\u00e9 et esp\u00e9rant.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Or, de quelque origine religieuse qu\u2019elles proviennent, les sources d\u2019esp\u00e9rance s\u2019av\u00e8rent indispensables\u2026 plus que jamais. Car, nul ne l\u2019ignore plus, nous vivons au croisement de crises humanitaires, financi\u00e8res, alimentaires, environnementales et migratoires sans pr\u00e9c\u00e9dent. Alors que nous aurions tellement besoin de solidarit\u00e9, une id\u00e9ologie \u00e9conomique globalisante continue \u00e0 occuper tout l\u2019espace social imposant aux peuples de tous les continents une\u00a0<i>d\u00e9-communautarisation<\/i>\u00a0sans \u00e2me, sans chaleur humaine, o\u00f9 les biens s\u2019\u00e9changent autour de la seule m\u00e9canique du march\u00e9. Comment alors parler de partage du pain eucharistique dans un monde o\u00f9, pour d\u2019innombrables personnes, il n\u2019y a plus de pain, et pour combien d\u2019autres encore, m\u00eame plus de table? C\u2019est, je crois, en\u00a0<i>re-communautarisant<\/i>\u00a0nos milieux en fonction d\u2019une ouverture \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019humanit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><strong><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">L\u2019eucharistie en tant que Corps\/Humanit\u00e9<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">L\u2019ouverture au monde est une autre dimension constitutive du christianisme. Certes, celui-ci est \u00e0 l\u2019origine de l\u2019humanisme moderne<\/span>[21]<span style=\"color: #000000;\">, mais il lui est encore difficile de saisir le monde comme un corps libre et autonome. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019humanit\u00e9 y tend et y r\u00e9siste \u00e0 la fois. La solidarit\u00e9 et l\u2019amour font peur comme le montre cette h\u00e9sitation \u00e0 joindre la Fraternit\u00e9 aux valeurs d\u2019\u00c9galit\u00e9 et de Libert\u00e9 au moment de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/span>[22]<span style=\"color: #000000;\">. Pourtant, malgr\u00e9 les particularismes, les nationalismes et les tentatives de fermetures pr\u00e9sentes \u00e0 chaque \u00e9poque de l\u2019histoire, l\u2019universel, le plan\u00e9taire, l\u2019international a toujours fascin\u00e9 les \u00eatres humains et les a sans cesse entra\u00een\u00e9s \u00e0 voir plus loin, plus vaste, plus prodigieux. Les temps \u00e9vang\u00e9liques ne font pas exception. J\u00e9sus lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9 par un mouvement apocalyptique universalisant qui v\u00e9hiculait un imaginaire transgresseur visant \u00e0 tout repenser. C\u2019est ce qui le provoquait \u00e0 remettre beaucoup de choses en question : on ne coud pas une pi\u00e8ce neuve sur un vieux v\u00eatement\u2026 on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres\u2026 on n\u2019ignore plus les femmes, serait-ce une samaritaine\u2026 on ne refuse plus de soigner un bless\u00e9 m\u00eame le jour du sabbat\u2026 on n\u2019\u00e9carte plus les l\u00e9preux\u2026 L\u2019appel \u00e0 l\u2019ouverture est consid\u00e9rable. Joseph Moingt va jusqu\u2019\u00e0 dire que \u00ab\u00a0dans la pr\u00e9dication de J\u00e9sus, Dieu ne serait plus attach\u00e9 \u00e0 un lieu, un pays, une langue, etc\u00a0\u00bb<\/span>[23]<span style=\"color: #000000;\">. S\u2019il en est ainsi, la vision d\u2019un Corps universel libre, autonome et aim\u00e9 de Dieu, fait certainement partie du testament que J\u00e9sus nous a l\u00e9gu\u00e9 le soir du fameux repas o\u00f9 il s\u2019est offert en nourriture. De l\u00e0, l\u2019importance de clore le m\u00e9morial eucharistique par une pri\u00e8re d\u2019envoi\u00a0:\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Allez la messe est dite\u2026<\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Chacune des eucharisties chr\u00e9tiennes appelle ses convives \u00e0 quitter la table et \u00e0 sortir dehors pour aller rejoindre la masse qui parcourt les rues des villes et des quartiers. Cette incitation ne cache nulle intention de convertir, de moraliser, de cat\u00e9chiser ni m\u00eame d\u2019afficher une croyance, loin de l\u00e0. Il s\u2019agit plut\u00f4t de rejoindre nos concitoyens et nos concitoyennes surtout ceux et celles qui ont faim et soif, qui sont nus, seuls et abandonn\u00e9s (Matt 25); pour les aimer, d\u2019abord et avant tout, puis, leur proposer notre aide dans le difficile combat contre la pauvret\u00e9 et l\u2019injustice qui les tuent.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">Interpr\u00e9t\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019humanit\u00e9, cette convocation sugg\u00e8re que la revisitation que nous avons entreprise ne s\u2019av\u00e8rera jamais compl\u00e9t\u00e9e tant que le corps eccl\u00e9sial refusera d\u2019entrer dans une\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>aculturation<\/i><\/span><\/span>[24]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0v\u00e9ritable et sans restriction entre le christianisme et le monde d\u2019aujourd\u2019hui. \u00c0 mon avis, cela suppose une proposition de foi qui non seulement \u00e9vang\u00e9lise et prie mais soul\u00e8ve une esp\u00e9rance qui cr\u00e9e des conditions palpables pour une issue r\u00e9elle des malheurs qui assaillent aujourd\u2019hui la plupart des peuples de la plan\u00e8te. C\u2019est pour cela qu\u2019il faut \u00ab\u00a0sortir de table\u00a0\u00bb<\/span>[25]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0et participer \u00e0 la mouvance esp\u00e9rante d\u2019un Corps\/Humanit\u00e9 insolite, pluriel et dispers\u00e9 mais \u00e9galement jeune, solidaire et ouvert sur l\u2019avenir.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><strong><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">L\u2019eucharistie de l\u2019avenir ou l\u2019amour du monde.<\/span><\/strong><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">R\u00e9p\u00e9tons-le encore, pour entrer dans l\u2019avenir, l\u2019eucharistie doit renouveler sa m\u00e9moire et r\u00e9aliser qu\u2019\u00e0 travers des situations sociales, politiques, \u00e9conomiques et religieuses tout aussi complexes que les n\u00f4tres, les \u00e9vangiles racontent comment les faits et gestes de J\u00e9sus de Nazareth ont instaur\u00e9 un va-et-vient de dons re\u00e7us et donn\u00e9s. En vivant tout simplement sa vie en proximit\u00e9 avec les gens qui partageaient sa quotidiennet\u00e9, il a b\u00e2ti une cha\u00eene de solidarit\u00e9s qui enrichissait et revivifiait le milieu. On ignore trop souvent qu\u2019en ses d\u00e9buts, le\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>mouvement J\u00e9sus<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">\u00a0n\u2019a rien de la structure eccl\u00e9siale actuelle. Il est compos\u00e9 de marginaux, de libres-penseurs et de femmes qui trouvaient aupr\u00e8s de lui un espace de parole et de libert\u00e9 que la soci\u00e9t\u00e9 leur refusait. C\u2019est l\u2019ap\u00f4tre Paul qui, plus tard, organisera en petites\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Ekkl\u00e8sias<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">\u00a0domestiques<\/span>[26]<span style=\"color: #000000;\">, ce mouvement devenu r\u00e9volutionnaire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du monde gr\u00e9co-romain.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">Or, toute pratique qui conteste l\u2019ordre \u00e9tabli doit comprendre, un jour ou l\u2019autre, qu\u2019elle participe d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019univers politique. Nul besoin d\u2019\u00eatre gros, grand et fort comme les puissants pour y jouer sa mise. S\u2019il est vrai, comme le dit Max Weber, que la politique est le go\u00fbt de l\u2019avenir, tout groupe aussi petit soit-il peut se donner un espoir\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>lib\u00e9rateur<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">\u00a0en acte qui transforme la donne sociale de son milieu. Ivone Gebara dirait qu\u2019il s\u2019agit alors\u00a0 d\u2019un \u00ab\u00a0amour politique\u00a0\u00bb<\/span>[27]<span style=\"color: #000000;\">; c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un amour qui travaille \u00e0 mettre en place des gouvernements, des institutions, des lois qui cherchent \u00e0 r\u00e9tablir la justice et la paix, par amour pour nos s\u0153urs et fr\u00e8res humains. C\u2019est en fait, mettre en oeuvre, en forme et en sens, notre condition humaine d\u2019exister symboliquement, spirituellement et corporellement, c\u2019est-\u00e0-dire dans un Corps\/Humanit\u00e9 sainement constitu\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">L\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de ce volume montre jusqu\u2019\u00e0 quel point l\u2019eucharistie est concern\u00e9e par ce monumental projet. Ce qui n\u2019implique aucunement, encore une fois, qu\u2019on doive y enfermer la totalit\u00e9 des projets humains. La catholicit\u00e9 doit se souvenir que\u00a0<i>l\u2019\u00c9vangile n\u2019est pas une religion<\/i>; elle est\u00a0<i>un projet de lib\u00e9ration<\/i>\u00a0et s\u2019adresse \u00e0 l\u2019intelligence et au coeur des hommes et des femmes de bonne volont\u00e9. Un peu comme un po\u00e8me s\u2019offre \u00e0 la lecture sans pouvoir s\u2019imposer. Se tenir en plein c\u0153ur de l\u2019\u00e9vangile, c\u2019est d\u00e9passer le catholicisme pour rejoindre par en bas le premier niveau de la religiosit\u00e9 humaine, celle d\u2019aimer l\u2019autre et de vouloir s\u2019y relier. Le christianisme donc ne doit pas se positionner comme s\u2019il \u00e9tait le vis-\u00e0-vis religieux incontournable du monde actuel28. Il serait par ailleurs souhaitable, voire n\u00e9cessaire, qu\u2019il participe activement au d\u00e9bat plan\u00e9taire qui deviendra bient\u00f4t indispensable entre les diverses traditions religieuses qui traversent les continents. Ceci est important, car, pour parvenir \u00e0 une r\u00e9alisation compl\u00e8te, le grand Corps\/Humanit\u00e9 a besoin d\u2019\u00e9change, de discernement, d\u2019enrichissement r\u00e9ciproque pour saisir Dieu\/e dans le monde, appr\u00e9hender le transcendant dans l\u2019immanent et constater que le salut de tous est impliqu\u00e9 dans le salut d\u2019une seule personne de quelque culture, \u00e2ge, sexe ou religion qu\u2019elle soit.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Le temps est maintenant venu de redonner la parole \u00e0 Michel. \u00c0 d\u00e9faut de pouvoir conclure cette audacieuse entreprise de revisitation du grand m\u00e9morial chr\u00e9tien, je terminerai ce chapitre en exprimant mon d\u00e9sir d\u2019aller \u00e0 la rencontre des jeunes g\u00e9n\u00e9rations qui, je l\u2019esp\u00e8re profond\u00e9ment, trouveront leurs fa\u00e7ons \u00e0 elles de se rem\u00e9morer l\u2019extraordinaire force issue d\u2019un soir de repas o\u00f9 une vie nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 continuer. D\u00e9j\u00e0, il me semble reconna\u00eetre chez un tr\u00e8s grand nombre de jeunes la conviction qu\u2019il existe une transcendance sociale dans l\u2019exp\u00e9rience de la grande solidarit\u00e9 mondiale qui est en train d\u2019advenir. L\u2019exp\u00e9rience de Dieu dans la communaut\u00e9 humaine et l\u2019exp\u00e9rience de Dieu dans la relation intime compose les deux faces du \u00ab\u00a0aimer son prochain comme soi-m\u00eame\u00a0\u00bb. Plus m\u00eame, aimer la nature, la d\u00e9fendre, la prot\u00e9ger participe de la m\u00eame foi en la vie qui circule envers et contre tout essai de la contrer. Selon un vieil adage cit\u00e9 par Moltmann\u00a0:<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Dieu dort dans la pierre<br \/>\nIl r\u00eave dans les fleurs<br \/>\nIl se r\u00e9veille dans l\u2019animal<br \/>\nIl prend conscience en l\u2019homme.<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\">Entrer dans la vie de Dieu, c\u2019est \u00ab\u00a0\u00e9largir la conscience individuelle en conscience sociale, la conscience humaine en conscience \u00e9cologique et la conscience terrestre en conscience cosmique\u00a0\u00bb<\/span>[29]<span style=\"color: #000000;\">. Les jeunes g\u00e9n\u00e9rations sauront faire cela.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; font-size: small;\">Voil\u00e0. Cette conception de l\u2019eucharistie peut para\u00eetre os\u00e9e, iconoclaste ou provocante. Loin de vouloir offenser qui que ce soit, je d\u00e9sirais seulement poser ma petite pierre \u00e0 l\u2019oeuvre de mon homme car je partage avec lui le d\u00e9sir de transmettre l\u2019intelligence de cette foi qui me tient \u00e0 coeur.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\"><strong>\u00a0Ce texte est le chapitre 5 du livre de Michel Dansereau,\u00a0<a href=\"http:\/\/www.novalis.ca\/Product.aspx?ids=7538719\"><em>Dieu \u00e0 travers mes \u00e2ges<\/em><\/a>, Novalis 2012. Il est reproduit avec les permissions requises.<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><span style=\"font-size: small;\"><strong>NOTES<\/strong>\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[1]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Je paraphrase librement ici une image utilis\u00e9e par Dani\u00e8le HERVIEU-L\u00c9GER dans\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Chr\u00e9tiens, tournez la page<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, Paris, Bayard, 2002, p. 83.<\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\">[2]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Voir\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Christ<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, Paris, Descl\u00e9e, 1990, p. 58.\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\">[3]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Cit\u00e9 par \u00c9lysabeth et J\u00fcrgen MOLTMANN dans\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Dieu, homme et femme<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, Montr\u00e9al\/Paris, Fides\/Cerf, 1984, p 111.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[4]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Voir\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>La terre en devenir. Une nouvelle th\u00e9ologie de la lib\u00e9ration<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, Paris, Albin Michel, 1993, p. 250\u00a0<\/span><\/span><span style=\"font-size: small;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\">[5]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Elle reste anonyme chez Marc et Matthieu. On apprendra chez Jean (12, 1-8) qu\u2019il s\u2019agit de Marie, la s\u0153ur de Lazare. \u00c0 ce propos, la th\u00e9ologienne \u00c9lysabeth Sch\u00fcssler Fiorenza consacra une \u00e9tude monumentale qui constitue encore aujourd\u2019hui une base importante de l\u2019ex\u00e9g\u00e8se f\u00e9ministe. Il faut lire\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>En m\u00e9moire d\u2019elle. Essai de reconstruction des origines chr\u00e9tiennes selon la th\u00e9ologie f\u00e9ministe<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, Paris, Cerf, 1986, 478 pp. Elle a bien s\u00fbr influenc\u00e9 ma propre r\u00e9flexion.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"LEFT\"><span style=\"font-size: small;\">[6]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Nous sommes ici dans l\u2019\u00e9vangile de Jean. Celui-ci affirme que Marie-Madeleine est all\u00e9e retrouver les douze et leur a dit \u00ab J\u2019ai vu le Seigneur \u00bb. Elle a donc \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re \u00e0 voir J\u00e9sus ressuscit\u00e9. Luc et Corinthiens (15,3-6) racontent, pour leur part, que J\u00e9sus est d\u2019abord apparu \u00e0 Pierre. Il faut lire les r\u00e9cits apocryphes ult\u00e9rieurs pour prendre connaissance du conflit qui a divis\u00e9 deux groupes d\u2019\u00e9glises domestiques, celles rassembl\u00e9es autour de Pierre et celles rassembl\u00e9es autour de Marie-Madeleine. La grande tradition eccl\u00e9siale n\u2019a \u00e9videmment retenu que le point de vue des r\u00e9cits qui proviennent de Luc et de Paul.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[7]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Selon le beau titre du volume de Michel.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[8]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Voir Michel CAZENAVE,\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>La face f\u00e9minine de Dieu<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, Paris, No\u00easis, 1998, p. 64 et 68.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[9]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Voir\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Dieu au-del\u00e0 du masculin et du f\u00e9minin. Celui\/Celle qui est<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, Paris, Montr\u00e9al, Cerf, Paulines, 1999, p. 130-135.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[10]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0James DUNN, cit\u00e9 par \u00c9lysabeth A. JOHNSON, p. 132.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[11]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0On trouvera les trois premi\u00e8res citations dans Virginia RAMEY MOLLENKOT,\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Dieu au f\u00e9minin. Images f\u00e9minines de Dieu dans la Bible<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, Montr\u00e9al, Paulines, 1990, p. 22-112-119 et les deux derni\u00e8res dans Michel CAZENAVE,\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>La face f\u00e9minine de Dieu<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, ouv. cit\u00e9, p. 118-120-121.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[12]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Voir\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>T\u00e9moins d\u2019une naissance. Vingt textes portant sur une autre mani\u00e8re de voir l\u2019eucharistie et l\u2019avenir de l\u2019\u00c9glise<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">\u00a0dont le titre seul \u00e9voque un r\u00e9el d\u00e9sir de changement.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[13]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Il n\u2019est pas possible d\u2019aborder cette discussion dans le cadre du pr\u00e9sent travail mais, si on se fie \u00e0 plusieurs \u00e9crits apocryphes, il pourrait \u00eatre plausible d\u2019envisager le fait que J\u00e9sus et Marie-Madeleine aient form\u00e9 un couple. Dans l\u2019<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>\u00c9vangile de Philippe<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, trouv\u00e9 dans les grottes de Nag Hamadi, on peut lire\u00a0: \u00ab La compagne du Seigneur est Marie-Madeleine. Le Christ l\u2019aimait davantage que tous les disciples et il avait coutume de l\u2019embrasser sur la bouche \u00bb. Cependant, aucun indice ne permet de pr\u00e9voir la possibilit\u00e9 d\u2019un tel d\u00e9bat dans l\u2019institution eccl\u00e9siale actuelle.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[14]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0 Voir J\u00fcrgen MOLTMANN,\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Le Dieu crucifi\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, Paris, Cerf, 1974, p. 349-350<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[15]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Bernard FEILLET,\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>L\u2019errance<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, Paris, Descl\u00e9e de Brouwer, 1997, p. 122<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[16]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Le r\u00e9cit du dernier repas de J\u00e9sus a \u00e9t\u00e9 maintes fois racont\u00e9. Deux interpr\u00e9tations admirables parmi d\u2019autres\u00a0: Yvonne BERGERON, \u00ab Eucharistie et solidarit\u00e9 universelle \u00bb, dans\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Pr\u00e9sence<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, vol 17, no 129 (mars-avril), 2008, p. 17-21 et une conf\u00e9rence de Odette MAINVILLE, intitul\u00e9e \u00ab L\u2019eucharistie, m\u00e9morial du dernier repas de J\u00e9sus \u00bb, publi\u00e9e sur le site de\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Culture et Foi<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\">\u00a0<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">(2000-2001).<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[17]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Voir \u00ab D\u2019une rive \u00e0 l\u2019autre \u00bb dans\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Chemin faisant<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, Montr\u00e9al, Paulines\/M\u00e9diaspaul, 1991, p.48.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[18]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Miguel BENAZAYAG,\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>La fragilit\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, Paris, La D\u00e9couverte, 2007, p. 31.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[19]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0L\u2019expression est du sociologue Michel Maffesoli.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[20]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Cit\u00e9e par J\u00fcrgen MOLTMANN dans\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Dieu homme et femme<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, p. 78.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[21]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Voir Fr\u00e9d\u00e9ric LENOIR,\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Le Christ philosophe<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, Plon, Paris, 2007.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[22]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Alors que la r\u00e9volution a eu lieu en 1789, BELLET note que la Fraternit\u00e9 ne fut ajout\u00e9e que quelque 40 ans plus tard, soit en 1848. Voir Christ, ouv. cit\u00e9, p. 95<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[23]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Voir l\u2019article de Joseph MOINGT dans\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>La plus belle histoire de Dieu<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, Paris, Seuil, 1997, p. 119.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[24]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0En th\u00e9ologie, il faut distinguer\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>inculturation<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">\u00a0et\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>aculturation<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">. L\u2019<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>inculturation<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">\u00a0d\u00e9signe le processus qui re\u00e7oit la R\u00e9v\u00e9lation \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une culture donn\u00e9e et l\u2019exprime \u00e0 travers les \u00e9l\u00e9ments propres \u00e0 cette culture. L\u2019<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>aculturation<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">\u00a0propose que ce rapport entre la foi et la culture soit une rencontre de r\u00e9ciprocit\u00e9 o\u00f9 les deux p\u00f4les se questionnent et s\u2019enrichissent mutuellement.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[25]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Expression employ\u00e9e par C\u00e9line BEAULIEU, Yvonne BERGERON et Denise BRUNELLE dans un article intitul\u00e9 \u00ab Prendre la sortie \u00bb dans\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>T\u00e9moins d\u2019une naissance<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, p. 34-35.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[26]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0L\u2019ekkl\u00e8sia est un concept d\u2019abord civil et politique. Il \u00e9voque l\u2019assembl\u00e9e des citoyens qui se r\u00e9unissaient pour d\u00e9cider librement de leurs propres affaires. \u00c0 ce sujet, voir\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>En m\u00e9moire d\u2019elle<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, pp. 467-478.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[27]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Th\u00e9ologienne br\u00e9silienne amie, impliqu\u00e9e avec les plus pauvres de son pays. Elle a employ\u00e9 cette expression lors d\u2019une conf\u00e9rence donn\u00e9e \u00e0 Montr\u00e9al \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une de ses nombreuses visites au Qu\u00e9bec.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[28]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0Malheureusement, il est facile de percevoir que telle semble \u00eatre la pr\u00e9tention des autorit\u00e9s romaines actuelles. Voir notamment la derni\u00e8re encyclique du pape Beno\u00eet XVI intitul\u00e9e\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>Caritas in veritate. Sur le d\u00e9veloppement humain int\u00e9gral dans la charit\u00e9 et dans la v\u00e9rit\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, Ottawa, \u00e9ditions de la CECC, 2009.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">[29]<span style=\"color: #000000;\">\u00a0J\u00fcrgen MOLTMANN,\u00a0<\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;\"><i>L\u2019Esprit donne la vie<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\">, Paris, Cerf, 1999, p. 311<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: small;\">\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab De nos jours, parler de rites chr\u00e9tiens m\u00eame s\u2019il s\u2019agit du plus fondamental d\u2019entre eux n\u2019est certes pas un d\u00e9fi facile \u00e0 relever. La culture religieuse qu\u00e9b\u00e9coise a subi un tel \u00e9clatement &#8230; On ne s\u2019y retrouve plus; comment arriverais-je \u00e0 revisiter th\u00e9ologiquement, pour notre contexte, des si\u00e8cles et des si\u00e8cles de croyances, de pri\u00e8res et de foi sinc\u00e8re, sans trahir le meilleur de ce qui s\u2019est transmis? Le pari est immense. \u00bb<\/p>\n<p>Ce texte est le chapitre 5 du livre de Michel Dansereau, Dieu \u00e0 travers mes \u00e2ges, Novalis 2012. Il est reproduit avec les permissions requises.<br \/>\n <a href=\"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/?p=628\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[],"ppma_author":[148],"class_list":["post-628","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-femmes-en-eglise","author-lise_baroni"],"authors":[{"term_id":148,"user_id":2,"is_guest":0,"slug":"lise_baroni","display_name":"Lise Baroni","avatar_url":"https:\/\/femmes-ministeres.lautreparole.org\/wp-content\/uploads\/2013\/09\/Lise-Baroni.jpg","user_url":"","last_name":"Baroni","first_name":"Lise","description":"Th\u00e9ologienne sp\u00e9cialis\u00e9e en th\u00e9ologie pratique et en travail social et cofondatrice du r\u00e9seau Femmes et Minist\u00e8res, Lise Baroni a \u00e9t\u00e9 successivement directrice d\u2019un centre de jour pour familles d\u00e9favoris\u00e9es, d\u2019une \u00e9cole de formation au dioc\u00e8se de St-J\u00e9r\u00f4me et professeure \u00e0 la Facult\u00e9 de th\u00e9ologie et de sciences des religions de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al. 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