Les femmes dans la mission de l’Église aujourd’hui

D’entrée de jeu, je voudrais poser une question : sommes-nous rassemblés, en ce 11 mars 2006, en ce 20e anniversaire de la fondation de Femmes en Église, autour du thème : les femmes dans la mission de l’Église d’aujourd’hui, sommes-nous rassemblés par naïveté ou par lucidité ? Continuer la lecture

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Les femmes dans la mission de l’Église aujourd’hui

Étant donné que nous nous en tenons trop souvent aux réactions viscérales, je nous invite à faire un voyage au-dessus des nuages. Question de voir les choses d’une certaine hauteur. J’ai un très grand respect pour l’Église catholique : je le dois d’ailleurs largement à mes parents. En outre, mes ancêtres sont chrétiens catholiques depuis peut-être avant Charlemagne. L’Église catholique n’est la propriété d’aucun pape, ni d’aucune classe cléricale. Elle est la famille de Dieu sur cette terre. Jésus a fondé son Église sur l’expérience fraternelle et non sur la structure hiérarchique. Ce sont des ecclésiastiques manquant d’imagination ou craignant l’originalité évangélique qui veulent réduire l’Église à une institution hiérarchique. Ils sont incapables d’imaginer comment des frères et des sœurs peuvent vivre en communion sans se contrôler les uns les autres. Continuer la lecture

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Les femmes dans la mission de l’Église aujourd’hui

Je me sens à la fois privilégiée et bien petite pour vous parler d’un sujet aussi complexe que celui du rôle de la femme dans l’Église.

C’est dans un contexte de silence, de recueillement et de prière que m’a paru clairement le besoin de parler encore du rôle de la femme dans l’Église en 2006, car l’égalité des sexes est loin d’être acquise. Ceci se vérifie, bien sûr, dans toutes les sphères de la société. Que l’on pense à la question de l’équité salariale, aux postes gouvernementaux où les femmes sont beaucoup moins nombreuses que les hommes.

Cependant aujourd’hui on voit des femmes jouer des rôles primordiaux dans notre société moderne. Vous en connaissez sans doute qui occupent les postes de gouverneure générale, de présidente ou de chancelière d’un pays, de générale d’armée, de sénatrice, de juge à la Cour Suprême, de ministre d’État, de ministre du culte dans une communauté.

Ces réalités encore rares, montrent que la femme du 21e siècle peut accéder à des postes de prises de décisions.

Mais il est surprenant de constater qu’au niveau des grandes religions, la femme n’a aucune place quand il s’agit de postes de direction. Avez-vous déjà vu une communauté musulmane dirigée par une femme imanm comme chef de prière dans une mosquée ? Avez-vous déjà vu une femme élue rabbin par le consistoire israélite ?

Dans le christianisme, certaines églises protestantes ont ordonné des femmes. Je pense entre autre à Lytta Basset, pasteure et professeure de théologie en Suisse. Elle est considérée, sur la scène internationale, comme une des grandes figures de la pensée chrétienne contemporaine. Elle est l’auteure de 11 volumes qui lui ont valu la qualification de « maître spirituel ». On pourrait énumérer toute une liste de femmes de la même envergure, toutes spécialistes en théologie : Sandra Schneiders, Elizabeth Schüssler-Fiorenza, Joan Chittister, Elizabeth Johnson…

Même si j’ai mentionné plusieurs femmes considérées comme de grandes théologiennes et que j’ai lu leurs oeuvres afin de mieux connaître leur pensée, je ne suis pas pour autant une féministe engagée. Je joue plutôt un rôle pacifiste et modeste au sein de l’Église pour une raison bien simple : c’est Jésus qui m’attire. Sa pédagogie faite de tendresse et de respect de l’autre, sa façon de s’y prendre pour remettre les gens debout me fascinent.

Notre Église fonctionnerait-elle mieux si la hiérarchie romaine était remplacée par un corps féminin? Nul ne peut l’affirmer. Ce que je déplore dans l’Église hiérarchique, ce n’est pas tant sa position sur la question du sacerdoce pour les femmes, mais plutôt le mutisme qu’on leur impose concernant les grandes questions et la vie même de l’Église. Il faut admettre que notre Église hiérarchique et dirigeante est dysfonctionnelle, comme d’ailleurs toute famille et toute personne. Pour qu’elle devienne plus équilibrée et en santé, il faudra plus d’humilité de part et d’autre, c’est-à-dire que l’homme et la femme ne se voient plus comme des rivaux, mais complémentaires et égaux dans leurs richesses et leurs pauvretés respectives.

Quelle richesse pour notre Église si l’intuition féminine était déployée à plein! J’appuie ce que je viens de dire par une citation d’Yves Duteil, auteur-compositeur-interprète français et maire de Précy-sur-Marne, en France : « Ne serait-il pas temps de trouver notre place entre Mars et Vénus, d’inviter Ying et Yang au même repas? Il y a trop longtemps que nous sommes orphelins de l’un ou de l’autre… Le mythe du guerrier a fait son temps. La douceur apaise les peurs, permet de faire tomber l’armure, d’apprendre à baisser la garde. » (Panorama, décembre 2005, No. 416, page 28)

Mon expérience de 25 années dans la pastorale catéchétique des adultes m’a convaincue que la grande faiblesse dans le leadership de l’Église n’est pas mauvaise volonté, ni manque de dévouement, mais un manque réel de la contemplation de la personne de Jésus et de la Parole de Dieu. Seuls les contemplatifs dans l’action réussissent à toucher le cœur des humains et à les rejoindre dans leur vécu quotidien, comme Jésus savait si bien le faire. « Dieu divinise ce que nous humanisons » disait François Varillon.

Mon rêve pour l’Église, c’est que nous arrivions ensemble – laïques, prêtres et religieux – à partager notre vécu à la lumière de l’Écriture Sainte. Le petit outil « Parole et Vie », préparé par une équipe du diocèse de Rouyn-Noranda sous la direction du Père Pierre Goudreault, nous donne la chance et l’opportunité de solidifier nos liens et de réaliser que nous avons tous et toutes besoin les uns des autres pour grandir humainement et spirituellement.

J’appuie ma constatation par une citation de Francine Carillo, pasteure protestante à Genève, poète et écrivaine. Interviewée par Anne Ponce qui lui posait récemment cette question : « Y a-t-il une façon féminine d’être pasteur ? », elle répond :

 … Un jour, j’ai eu une discussion passionnante avec un collègue. Il me confiait : ‘Quand je prêche, j’ai dans l’idée qu’il faut que j’amène mes auditeurs quelque part. J’argumente pour les conduire en un lieu précis.’ Je me suis rendu compte que telle n’était pas du tout ma conception de la prédication et peut-être même du ministère! C’est-à-dire, moi, j’ai plutôt envie de partager ce qui m’habite, de dire ce qui me nourrit. Quand je prépare mes prédications, il me faut du temps jusqu’à ce que le texte me rencontre à l’intérieur, me mette en route. Si je n’ai pas ce déclic, je ne suis pas satisfaite, il faut que j’attende que quelque chose m’arrive pour que je puisse en parler. Je n’aime pas ces discours généraux où on parle toujours de la même chose, quel que soit le texte. On parle beaucoup, on emploie de grands mots sans rien dire au fond… Peut-être que les hommes ont en effet cette tendance à penser qu’ils sont là pour mener le troupeau. Alors que les femmes songent d’abord à partager la vie.

J’ai très peur des discours clos ou dogmatiques. Je m’en méfie, car ils ne rencontrent pas les gens dans leur quête, ils ferment la porte. D’où l’importance de former de petits groupes pour le partage de la Parole. La Parole est au milieu de nous, nous nous disons l’Évangile les uns aux autres… Rien ne me rejoint plus que d’entendre les gens prendre la parole, car ils me racontent Dieu. Comme pasteur, je ne pense pas avoir le monopole de la Parole. …

Dieu se dévoile au fil de nos vies et de nos rencontres. Mais il n’est jamais là comme un objet sur lequel on pourrait mettre la main. Le problème est qu’aujourd’hui, nous avons beaucoup de mal à trouver les mots pour en parler, pour l’annoncer : on a l’impression d’utiliser un langage usé. Mais ce n’est pas l’Évangile qui est usé, c’est la manière de le dire!  (Panorama – le mensuel chrétien de spiritualité – janvier 2006, no. 417, page 13 …)


Aux femmes qui sont devant moi ce matin et à toutes les femmes de par le monde, je dis, en empruntant une citation du moine Enzo Bianchi, fondateur d’une communauté monastique en Italie : « Sache vivre le temps d’attente. L’attente n’est pas signe de faiblesse, mais de force, de stabilité, de conviction, c’est une responsabilité. Elle invite au partage. L’attente n’est pas une attitude passive, ni une évasion, mais un mouvement actif.  … C’est une action qui ne se limite pas à l’aujourd’hui, mais opère dans le futur, en tournant notre esprit vers un avenir. Sans cette claire compréhension, c’est le fatalisme ou l’impatience qui nous menacent. »

Donc, femme d’aujourd’hui, toi qui attends depuis les débuts de l’humanité d’être l’égale de l’homme, pose-toi cette question : Te distingues-tu par une espérance certaine? 

Fernande Chiasson, f.j. 
Moncton (Nouveau-Brunswick), le 11 mars 2006

Dans le cadre de la journée internationale de la femme, le Comité diocésain pour les femmes en Église de l’archidiocèse de Moncton tenait son atelier de ressourcement annuel le samedi 11 mars 2006. L’archevêque de Moncton était présent, de même qu’une dizaine de membres du clergé et quelques centaines de laïques, hommes et femmes. L’atelier comprenait une table ronde formée de quatre invités, deux hommes et deux femmes.

Ce texte a été publié dans la revue Culture et Foi

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Les femmes dans la mission de l’Église aujourd’hui

Étant donné que nous nous en tenons trop souvent aux réactions viscérales, je nous invite à faire un voyage au-dessus des nuages. Question de voir les choses d’une certaine hauteur. J’ai un très grand respect pour l’Église catholique : je le dois d’ailleurs largement à mes parents. En outre, mes ancêtres sont chrétiens catholiques depuis peut-être avant Charlemagne. L’Église catholique n’est la propriété d’aucun pape, ni d’aucune classe cléricale. Elle est la famille de Dieu sur cette terre. Jésus a fondé son Église sur l’expérience fraternelle et non sur la structure hiérarchique. Ce sont des ecclésiastiques manquant d’imagination ou craignant l’originalité évangélique qui veulent réduire l’Église à une institution hiérarchique. Ils sont incapables d’imaginer comment des frères et des sœurs peuvent vivre en communion sans se contrôler les uns les autres. Continuer la lecture

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Dix raisons pour ordonner des femmes… selon le Women’s Ordination Conference

WOC
10 Le travail du prêtre consiste à servir le peuple de Dieu — ce n’est pas une question de genre (ou encore de statut matrimonial ou d’orientation sexuelle).
9 Le concile Vatican II demande que toute forme de discrimination soit éliminée.

couleur_f_et_m« Toute forme de discrimination… fondée sur le sexe… doit être dépassée et éliminée, comme contraire au dessein de Dieu » — Vatican II, Gaudium et Spes, no 29

8 Des femmes furent des leaders remarquables à l’intérieur du ministère de Jésus. Dans les quatre évangiles, Marie de Magdala fut la première témoin du plus important événement de la chrétienté — la résurrection de Jésus-Christ.
7 Il y a une grave pénurie de prêtres à l’échelle mondiale; par contre, il existe un nombre croissant de femmes appelées à un ministère ordonné.

couleur_f_et_m En effet, entre 1975 et 2005, la population catholique a augmenté de 57%, de 709,6 millions à 1,12 milliards, mais le nombre de prêtres est resté à peu près le même avec une augmentation de 0.4%. — Centre de recherche appliquée à l’apostolat.

6 La Bible renferme plusieurs passages présentant des femmes comme leaders dans le christianisme primitif.

couleur_f_et_m « Je vous recommande Phoebé, notre sœur, diaconesse (diakonos) de l’église de Cenchrées. » — Romains 16, 1

5 Des découvertes archéologiques démontrent de façon évidente que des femmes servaient comme diacres, prêtres ou évêques aux origines du christianisme.
4 Au XXe siècle, des femmes ont été ordonnées prêtres dans l’Église catholique romaine.

couleur_f_et_m Ainsi, le 28 décembre, 1970, l’évêque Felix Davidek a ordonné prêtre Ludmila Javorová dans l’Église souterraine de la Tchécoslovaquie communiste. Et en 1991, le cardinal Miloslav Vlk de Prague a confirmé que cinq autres femmes avaient également été ordonnées prêtres durant cette période.

3 En 1976, la Commission biblique pontificale a affirmé qu’il n’y avait aucun argument biblique justifiant l’interdiction d’ordonner des femmes.
2 Parce que les femmes et les hommes ont été créés à l’image de Dieu, les deux peuvent représenter le Christ comme prêtres.

couleur_f_et_m « Dieu créa l’humanité à son image : à l’image de Dieu il les créa, femelle et mâle il
les créa. » — Genèse 1, 27

1 À travers le baptême dans le Christ, les distinctions entre les femmes et les hommes disparaissent; ainsi les femmes deviennent aussi aptes à répondre à l’appel de Dieu au ministère presbytéral.

couleur_f_et_m « Dans le Christ il n’y a plus ni Juif, ni Grec, ni esclave, ni homme libre, ni mâle, ni femelle. Tous sont un en Jésus Christ. » — Galates 3, 28

Top Ten Reasons to Ordain Women…
Traduction : Pauline Jacob

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Accorde-lui ton Esprit

Le Saint Synode de l’Église orthodoxe de Grèce a voté à Athènes le 8 octobre 2004, pour rétablir le diaconat des femmes. Tous les membres du Saint Synode – 125 métropolites et évêques et l’archevêque Christodoulos, chef de l’Église de Grèce – avaient étudié le sujet. Continuer la lecture

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LA FEMME DANS LA MISSION DE L’ÉGLISE DU QUÉBEC

Situons-nous clairement. En abordant la question des femmes dans la mission ecclésiale, il est important de rappeler que la Mission de l’Église est une. Saint Jean la définit ainsi : « Rassembler dans l’unité, les enfants de Dieu dispersés »[1] . La mission de l’Église est une et cette mission est celle de tous les baptisés. Elle est la même pour tous et toutes. C’est dire qu’il n’y a pas une mission ecclésiale pour les hommes et une autre pour les femmes. Baptisés, femmes et hommes, tous et toutes, sont ensemble responsables « d’annoncer la Bonne nouvelle à toutes les nations et de faire des disciples »[2] . De fait, l’Église repose sur la commune responsabilité des chrétiens et des chrétiennes selon la diversité des ministères. Voilà pourquoi, nous parlons de la femme dans la mission de l’Église et non de la mission de la femme dans l’Église. Continuer la lecture

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Les ACTES du PROJET VIRAGE 2000

Les  ACTES  du  PROJET  VIRAGE  2000,
projet élaboré par un comité présidé par Annine Parent et formé de Lise Baroni, Yvonne Bergeron, Pierrette Daviau et Céline Girard
ont été rédigés par une équipe coordonnée par Annine Parent et composée de Pauline Jacob, Raymonde Jauvin, Annine Parent et Georgette Sirois. Continuer la lecture

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Virage 2000 – La situation des femmes en Église

Je voudrais d’abord vous dire à quel point j’apprécie l’invitation car préparer un exposé nous force à réfléchir et à vérifier ce qu’on a vraiment envie de dire sur le sujet proposé. J’espère que mes paroles qui peuvent peut-être paraître un peu dures seront comprises vraiment comme des paroles d’appui aux femmes dans l’Église. Je voudrais vous dire aussi que je vous trouve très courageuses. Vous vous attaquez à l’une des institutions que je considère les plus patriarcales au monde, l’une d’elles, il y en a d’autres, et je vous trouve très courageuses d’y rester et d’avoir envie de mener ce combat comme d’autres le mènent dans le monde politique ou dans d’autres institutions. Vous avez donc toute mon admiration. Continuer la lecture

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Virage 2000 – Des stratégies de changement

Après hésitation, j’ai accepté de vous parler de façon générale de ce que je pense être les grandes conditions de succès à toutes stratégies de changement. Je me suis inspirée particulièrement de mon vécu dans des mouvements de jeunesse (la JEC pour ne pas la nommer), dans mon engagement syndicaliste lorsque j’étais dans l’enseignement, dans des mouvements de femmes, dans la politique municipale (mouvement urbain d’abord et politique municipale ensuite). De ces expériences, se dégage pour moi un certain nombre de vérités de La Palisse, peut-être, mais vérités que je crois importantes de considérer lorsqu’on a l’intention, la prétention ou simplement la volonté de devenir actrices ou acteurs du changement.

Pour des stratégies efficaces de changement, je pense que la première chose qu’il faut assumer, c’est une grande foi en l’institution que l’on désire investir. Ma grand-mère me disait : est-ce que ça vaut la peine que tu mettes autant d’énergie ? Est-ce quelque chose qui le vaut ? Je crois qu’il est nécessaire, et c’est l’expérience de toute personne militante ou engagée, de régulièrement se poser la question suivante : « Est-ce que cette institution vaut d’être transformée ? » De mon point de vue, je crois qu’il existe bien sûr des réponses collectives à des questions comme celles-là et il existe aussi des réponses personnelles. La clarté à cet égard est importante à deux points de vue. D’abord, pour soi. On doit être à l’aise avec ce qu’on exige de soi quand on décide de transformer ou de militer à l’intérieur d’une institution, au-delà du rôle formel qui est le nôtre dans cette institution; mais c’est aussi toute notre légitimité de la transformer même avec éclat, même avec confrontation, que d’être connue comme quelqu’un, quelqu’une qui y croit profondément et qui a des intérêts à ce que cette institution soit transformée, modernisée, radicalisée. Voilà la première condition qui m’apparaissait devoir être retenue.

La deuxième condition, c’est d’être capable de se placer dans le continuum historique dans lequel s’inscrit notre action. Quand toute jeune, on m’a confié le mandat de secrétaire générale à l’Alliance des professeurs de Montréal (la grosse Alliance comme l’appelait les gens des autres régions du Québec à l’époque), j’ai passé quelques heures avec Hélène Chénier. Conteuse extraordinaire, elle m’a alors raconté l’histoire de ce syndicat dans ses hauts et dans ses bas, dans ses difficultés, et ainsi l’histoire des femmes dans toute la syndicalisation du monde de l’enseignement. Je me souviens de cette conversation comme si c’était hier et, à partir de ce jour, c’est devenu pour moi une exigence que je me suis imposée de toujours trouver dans l’institution où j’arrive une personne qui était là avant moi, qui en a vécu l’histoire et qui peut me donner les informations qui se dégagent de l’action, tout ce qu’on ne trouve pas dans les livres officiels ou les récits, mais qui permettent de s’inscrire dans une histoire, dans des luttes qui ont commencé bien avant mon arrivée. Certes, dans toute institution, il y a toujours l’histoire officielle, mais il y a toujours aussi l’histoire souterraine, l’histoire de celles qu’on n’a pas nommées, l’histoire de celles qui étaient à l’origine des succès et qui étaient comme pas celles qu’on honorait quand ce temps arrivait. Et ce contact avec des femmes qui m’ont précédée dans une institution est pour moi un élément clé des positionnements que j’ai faits par la suite, comme des choix que j’ai pu opérer ou des alliances que j’ai pu nouer dans toutes stratégies.

Vous voyez comment tout cela est un peu comme des capsules et vous savez mieux que moi ce que cela peut signifier dans votre univers ou dans votre expérience. Le troisième élément consiste à travailler essentiellement à recueillir une adhésion la plus large possible auprès de ce qu’on appelle communément la base ou les membres des communautés où on veut agir. L’anecdote suivante peut aider à saisir ce point : une jeune femme, secrétaire au bureau où je travaille, dont la petite fille venait de faire sa première communion, s’est dit très choquée parce que sa petite fille avait été préparée par une femme, agente de pastorale, et qu’au moment de la célébration cette femme est disparue et c’est le prêtre de la communauté qui a pris toute la place évidemment. Elle a fait cette réflexion : « J’étais choquée… mais moi comme je suis un peu plus en distance, je suis donc allée voir des femmes, mères de d’autres petites filles et ma propre mère à qui j’ai dit : Est-ce que ça vous choque de réaliser que cela avait échappé à certaines ? » Ces femmes réalisaient alors et trouvaient que vraiment il y avait quelque chose d’incorrect là-dedans, et en même temps elles constataient aussi que cette réalité faisait partie d’un silence partagé et que les femmes impliquées dans cette disparition n’en avaient à peu près jamais parlé avec ces autres femmes, membres de leur communauté, lesquelles auraient pu comprendre, auraient pu aussi s’indigner. Donc je ne veux pas généraliser à partir de cette anecdote, mais je sais que partout où j’ai travaillé, on a souvent tendance à garder entre nous l’analyse de telles situations, les souffrances ou les difficultés liées à des situations inacceptables. Garder silence, est-ce que ce n’est pas sous-estimer la capacité d’adhésion, de compréhension et ne pas travailler à élargir la perception, l’adhésion. Françoise David, par exemple, avec les qualités qu’on lui connaît, permet cet élargissement de l’adhésion ou de la perception des autres membres du groupe concerné. Un projet collectif porteur doit s’enraciner profondément dans sa base, auprès de tous les membres de vos communautés très actifs, moyennement actifs, un peu moins actifs ou plus moins présents.

L’autre préoccupation ou indication qui m’apparaît importante, c’est d’apprendre à dépasser la compétence technique pour rechercher une compétence stratégique. Sur ce point, j’insiste beaucoup, particulièrement quand je m’adresse aux femmes. Les femmes sont de la culture du A+, c’est-à-dire faire tout ce que l’on fait le mieux possible et viser une note de A+, mais dans la vraie vie en dehors des collèges et universités, comme dans l’action en politique, le A+ n’existe pas. Il ne suffit pas d’avoir raison, d’avoir le meilleur dossier, d’avoir fait la meilleure preuve de ce qu’on tient à faire comprendre, encore faut-il en convaincre les autres, encore faut-il avoir les arguments pour qu’une majorité nous donne raison. En politique, c’est clair, on compte les votes; on a besoin que la majorité vote dans le sens de notre proposition. Mais souvent les femmes en politique croient au début qu’il suffit que leur dossier soit bon, qu’elles soient compétentes pour en parler et qu’elles aient vraiment fait le tour de la question.

Il faut donc faire ce travail plus politique, plus stratégique qui vise à créer l’adhésion et à élargir. Il faut passer de travailleuses intéressantes partout où nous sommes, à être incontournables aux yeux de tous, autant ceux qui prennent les décisions que les militants avec qui nous travaillons. Donc établir notre compétence par la reconnaissance à la fois des gens de notre groupe, la base générale comme je l’ai dit précédemment, des gens avec qui on travaille, puis aussi le plus possible ceux à l’extérieur. Parce que la reconnaissance à l’extérieur a un avantage. Les gens avec qui vous travaillez disent : « Regarde donc ça, un tel la connaît, dans tel milieu on la connaît », et tout d’un coup il y a comme un soupçon que peut-être vous portez des éléments importants. Voilà ce que j’appelle développer la compétence stratégique et je sais que de façon générale les femmes ont un peu de retard là-dessus. Je raconte toujours mon expérience qui a été beaucoup politique. Quand j’étais à l’école et que j’étais candidate pour être présidente de la classe, il ne fallait surtout pas voter pour soi. Imagine que tu sois élue par un vote unanime et qu’on sache que tu as voté pour toi et non pas pour la petite fille qui se présentait contre toi. C’est comme cela qu’on nous a appris à nous battre pour le pouvoir. Évidemment, je révèle mon âge, mais je sais que certaines plus jeunes que moi ont connu la même situation.

Évidemment, je veux aussi rejoindre des éléments qui ont été apportés par d’autres intervenantes avant moi; c’est toute la question de bien nommer les objectifs à court et à long terme. Il se peut qu’à court terme nos objectifs soient moins ambitieux qu’à long terme, c’est une question de stratégie. Je pense qu’il ne faut pas craindre d’avoir des objectifs ambitieux, à première vue à ce point révolutionnaire qu’on oserait à peine en faire un programme officiel public. Donc bien nommer la nature des changements souhaités; dans un deuxième temps, indiquer quels sont les changements successifs qu’on est prêt à opérer pour arriver à des changements éventuellement plus radicaux. Mais être bien au clair sur nos objectifs ultimes, sur des objectifs à plus court terme ou à moyen terme auxquels on adhère pour y arriver, et en conséquence développer au fur et à mesure des alliances avec des personnes qui dans un premier temps veulent simplement aller sur les objectifs que nous pouvons avoir à court terme. En développer avec ceux qui ont aussi des objectifs à moyen terme et à long terme et bien sûr que dans cette idée de temps j’inclus aussi une idée de radicalisation des objectifs ou de changements plus profonds. De toutes façons, il se peut, qu’au cours de cet exercice constant de redéfinir des objectifs et de mesurer nos gains, que nous-mêmes avec les personnes avec qui nous travaillons, nous évoluons aussi sur l’ampleur et sur l’importance des objectifs poursuivis.

Autre élément essentiel, à tout moment quand on se lance dans un projet, c’est de bien identifier ses zones de pouvoir individuel et collectif. Je voyais dans les papiers lus que certaines avaient identifié des zones de pouvoir individuel et collectif. Je pense que c’est important de bien les connaître avec l’intention évidemment d’exercer tout le pouvoir qu’on a déjà et d’aller au bout malgré les difficultés que parfois cela peut présenter, d’autant plus quand on travaille dans un univers où on s’identifie comme sœurs, frères, comme de la même famille. Là-dessus, je reprends les propos de Françoise David, cela peut apparaître difficile de s’imposer tout simplement, de prendre ce qui nous revient naturellement parce que ça pourrait heurter et blesser. Mais il faut faire cet exercice, autrement l’ensemble de l’analyse où l’accès pour le collectif à des réalités nouvelles va nous échapper longtemps si nous ne faisons pas nous-mêmes l’exercice de reconnaître le pouvoir que nous avons, de l’exercer et d’apprendre à l’exercer tout en respectant les autres valeurs qui sont les nôtres, tout en restant en harmonie avec des valeurs que nous partageons avec les gens qui imposent d’exercer les droits et les pouvoirs qui nous appartiennent.

Un autre incontournable aussi, je le répète, consiste à nouer des alliances et à développer des partenariats à l’interne, avec les femmes et les hommes en Église; à l’externe, avec les groupes de femmes, les femmes et les groupes progressistes qui partagent les mêmes objectifs. Je pense que c’est vrai pour vous comme pour tout le monde; on ne peut plus penser faire avancer les choses autrement que dans une perspective internationale et de solidarité qui dépasse largement les personnes qu’on connaît et qu’on rencontre tous les jours. Françoise vous a parlé de Beijing +5, nous nous préparons à y aller, c’est vrai que cela va mal, les dossiers sont absolument bloqués. Les États de l’Islam en alliance avec le Vatican tentent de revenir sur des acquis forts que nous avions obtenus à Beijing. C’est inquiétant ! C’est inquiétant pour les femmes et pour certains États. Il y a donc des inquiétudes et nous en sommes bien conscientes, nous qui nous préparons à faire partie des délégations officielles ou de groupes de femmes invitées. Nous savons bien que la seule façon de contrer tout cela sera une solidarité entre nous qui va dépasser largement la situation ou les intérêts de chacun de nos pays, de nos gouvernements. Je pense que c’est vrai pour vous aussi et que personne n’échappe à cette réalité aujourd’hui. Et je me souviens de ma vieille formation de JEC qui m’a servi toute ma vie; sa méthode du voir, juger, agir est devenue, en cours de route, action, réflexion, action; réflexion qui fait qu’à chaque étape on mesure les résultats qu’on a obtenus, on vérifie ses stratégies, on les redéfinit, on les affine à nouveau et on redéfinit les objectifs. Souvent les objectifs prennent de l’ampleur et de l’importance quand, étape après étape, nous prenons la peine de les redéfinir entre nous.

Alors, voilà ce qui c’est dégagé de quelques années de travail et que j’ai voulu partager avec vous ce matin. Merci !

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